Zabou the terrible

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lundi, mai 21 2018

Une voix s'élève parce qu'il en faut

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            Les migrants, thème à la mode… ou pas tant que ça, malheureusement, ou presque trop exclusivement chez le pape François, souvent considéré comme naïf quand il aborde ce sujet qui lui est cher : mais ce qu’il est facile d’oublier d’y penser, de se dire que ce ne sont que de pieuses pensées et, partant, de n’absolument pas se bouger ! Il est simple d'en rester à déplorer une situation et de se dire que le principe de réalité pousse à ne pas faire plus. 

 

            Alors qu’il est remuant et en même temps si bon de lire l’opuscule de Mgr Benoist de Sinety : Il faut que des voix s’élèvent ! Un appel pressant à vivre vraiment la fraternité, à ne pas confondre problème d’immigration et problème d’intégration, à ne pas regarder de haut ceux qui sont tout autant que d’autres nos frères, à ne pas se dire qu'on préfère traiter les questions bioéthiques en oubliant l'étranger qui arrive… un appel à aimer, tout simplement, clair, net, précis et efficace. 

 

Qu'est-ce que l'homme ? Toute la Bible et la pensée chrétienne ne cessent de chercher à répondre à cette question éblouissante et vergineuse. Non pas d'abord pour savoir comment il fonctionne - ce qui est important mais pas primordial -, mais bien pour cerner ce qu'il en est en totalité. Corps et esprit, chair et âme... grâce au message du Christ, je sais que toute réflexion et toute politique cessent de servir le Bien dès qu'elles ne cherchent pas à éclairer d'une manière ou d'une autre cette question. (...) On ne peut réfléchir à l'accueil du migrant si l'on met de côté cette question essentielle. Non pas d'abord en cherchant à déterminer ce qui fait le Français, Grec ou le Papou, mais en s'attachant à réfléchir à l'homme. Pour moi, chrétien, le fait que Dieu s'incarne, se fasse homme, donne à l'homme un prix infini qui dépasse toute valeur fiduciaire : le prix de l'homme, c'est Dieu. Dès lors, toute vie est unique et essentielle et nous devons proclamer cet intangible : aucune vie n'est inutile, aucune vie n'est méprisable. De sa conception au sommeil de la mort. (P. 48-49) 

Passant en revue sans aucune concession nos peurs et nos choix trop étriqués de société, ce court ouvrage nous invite à ouvrir nos yeux, à nous réveiller, afin d'ouvrir nos bras et notre coeur comme nous y presse le dernier chapitre avec une magnifique conclusion. 

Depuis longtemps, je sais que nous ne sommes sur terre que pour une seule chose : aimer l'autre. Ce que nous laissons derrière nous, ce n'est pas un souvenir pour des proches et des amis, ce n'est pas ce que l'on a construit pendant notre passage sur Terre. Même si l'on est un entrepreneur de talent, un génial architecte ou un peintre, les traces, les seules, qui demeurent vraiment et se transmettent aux générations suivantes, c'est cet amour. Un amour qui ne meurt jamais parce qu'il vient de Dieu et mène à Dieu. (p. 131) 

Et maintenant ? 

 

samedi, mai 19 2018

7 dons tournés vers Toi

 

 

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Jean Bazaine, Vitrail de la Confirmation, église Saint-Séverin (Paris)

 

Seigneur, envoie Ton Esprit de Sagesse, afin que je sache ce qui « plaît à Tes yeux, ce qui est conforme à Tes décrets » et que je m’y fie pour l’accomplir ;

Seigneur, envoie Ton Esprit d’intelligence, pour que j’entre chaque jour davantage dans Ton mystère et que je sache un peu mieux « rendre compte de l’espérance qui est en moi » ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de science, que j’apprenne à Te voir à l’œuvre en tout être et en toute chose ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de force, pour que jamais je ne rougisse de Toi et que mes actes, dans le courant ou à contre-courant, à temps ou à contre-temps, puissent Te dire ; 

Seigneur, envoie Ton esprit de conseil, afin que mes décisions se prennent uniquement selon Toi et non pas selon moi avec pour unique règle l'Amour ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de piété, afin que j’apprenne, chaque jour, à un peu mieux Te parler, Te prier et que j’entre plus avant en Ton amitié ; 

Seigneur, envoie Ton Esprit de crainte, afin que je n’hésite jamais à venir me blottir, d'un appel, d’une prière, d’un je T’aime, en Tes bras. 

 

 

Neuvaine de Pentecôte de prof

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Je ne sais pas si cela fait cela à tous les profs mais j’admets que j’ai du mal avec les corrections de concours, non pas pour l’acte un peu répétitif mais parce que, contrairement aux copies de nos élèves, cela manque de chair et d’os. Certes, il y a de vrais candidats derrière les lignes et il est essentiel de l’avoir toujours en tête mais ce ne sont pas des personnes avec lesquelles nous avons écrit patiemment un bout d’histoire ensemble, cours après cours et que l’on continue d’aider à grandir par notre travail de correction. Je l’avoue, je n’aime pas trop ces corrections « hors-sol ». 

 

Alors quand tu es convoquée pour corriger un concours une fois, ça passe en serrant déjà un peu les dents, mais quand tu es convoquée pour deux sessions d’affilée, ça passe franchement moins bien : surtout quand le temps de correction du deuxième paquet est plus que restreint, te forçant à travailler à des heures indues et à rater de nombreuses heures de cours auprès de tes élèves, ce que tu penses être ta première mission. Et d’ailleurs, c’est cette mission-là qui te passionne. C’est ainsi, tu l’acceptes quand même, mais quelle neuvaine de Pentecôte !!! Et Dieu dans tout ça ?

 

Quasi-quotidiennement, je prie les vêpres avec un vieux prêtre de mes amis. Mercredi en fin de journée, agacée de la situation, j’ai ajouté à l’intercession : « pour que nous sachions chercher et trouver Dieu en tout ». Évidemment, il m’interroge après l’office sur le sens de cette prière : mes fichues copies, père… ces copies… comment y chercher, comment y trouver Dieu ? Aridité maximale et qu’est-ce que j’en ai assez ! 

 

Au fil des (très) longues heures devant mes copies numériques, j’ai beaucoup repensé à cela : comment y chercher Dieu ? 

 

Peut-être que la clef conjuguait à la fois cette humanité dont je déplorais le manque et la très proche fête de Pentecôte ? 

Je n’ai pas réellement trouvé une réelle clef, magique, mais, souvent, après cette réflexion, je me suis mise à prier : Viens Esprit Saint. 

 

Quand je commence à fatiguer, viens Esprit Saint, pour me donner ta clairvoyance et ta justesse ; 

Quand je m’énerve sur une copie, viens Esprit Saint me donner ta douceur et ta patience ; 

Quand le temps s’étire, viens Esprit Saint, me donner ta force. 

Mais, surtout, viens Esprit Saint sur chaque candidat jouant ici une partie de son avenir : 

Viens Esprit Saint l’aider à écrire sa vie bien plus en grand, bien plus en profondeur que dans ces quelques lignes. 

 

jeudi, mai 10 2018

Être ami de Dieu

Une petite citation savoureuse croisée au gré des pages... belle fête de l'Ascension à tous ! 

Contrairement à l'amour, l'amitié est par définition réciproque. On peut aimer quelqu'un sans qu'il le sache, mais on ne peut être l'ami de quelqu'un à son insu. Cela ne veut pas dire que la relation d'amitié est identique chez les deux amis, car chacun est bien lui-même, il a son histoire, sa manière d'aimer, de faire confiance, de manifester sa sympathie. Mais la relation est réciproque : chacun éprouve de l'amitié pour l'autre et se réjouit de sa présence. Cela est vrai de la relation que Dieu cherche à vivre avec l'homme. 

Il n'y a pas d'égalité entre Dieu et l'homme, car l'un est Dieu et l'autre est l'homme, mais il y a réciprocité dans la relation. Si chacun se donne totalement, si l'homme se donne comme Dieu se donne, ils entrent en relation de manière égale, totalement. Cela permet de regarder la foi, par exemple, d'un oeil renouvelé : la foi est l'une des dimensions essentielles de cette relation entre l'homme et Dieu. Elle participe donc à la réciprocité. Tu donnes à Dieu ta foi, et tu découvres que déjà, il croyait en toi. Tu cherches à l'aimer, et tu comprends qu'il te faisait confiance. La mesure de sa confiance en toi n'est pas ta confiance en lui. Car il t'a fait confiance, il t'aime en se donnant totalement

In Jean-Marie Gueulette, Laisse Dieu être Dieu en toi - petit traité de la liverté intérieure, p.32

mardi, mai 8 2018

Dans l'absence, la présence

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0b/53_Montsûrs_église.jpg

C'est une église de campagne comme il y en a tant d'autres :
Un clocher autour duquel sont groupées les maisons du village.
Ici, la messe est encore assez régulièrement célébrée vu le nombre d'habitants. 

C'était la fin de journée et j'ai trouvé l'église ouverte, alors je suis entrée.
Dans la chaleur du jour, la fraîcheur et, oh, une lampe rouge ! Jésus était là.
Comment ne pas rester prier ? 

Je pensais à ces églises isolées dont, souvent les rangs se clairsèment à chaque décès ou quand Mme Machin devient décidément trop âgée pour venir. Et, pourtant, qu'ils sont grands, qu'ils sont beaux et qu'ils sont forts ces vaisseaux de pierre ! Construits pour rassembler l'Eglise, pour prendre vraiment soin du peuple de Dieu célébrant en leur giron. Et, si souvent, vides : sans tomber dans le misérabilisme et le catastrophisme, quelle forte espérance il doit falloir certains jours ! 

Et pourtant ici se sont déjà succédé des générations et des générations de croyants :
Seigneur, continue de donner la grâce de la foi comme Tu le veux chez ton peuple.
Donne-leur de Te connaître, de T'aimer, de Te suivre. 

Il était peu ou prou l'heure des vêpres alors, pour faire vivre davantage ce lieu, j'ai fait ce que je fais rarement quand je suis seule : je me suis mise à chanter l'office et ma voix résonnait, étrangement seule, dans ce vaste bâtiment. 

Il m'a semblé qu'ainsi j'aidais un peu cet endroit à vivre, à respirer ce pour quoi il a été bâti. 
Car ce n'est pas seulement en chaire que s'écrit la foi mais aussi bien en chair ;
Dans nos voix, dans nos mains, dans nos vies, dans notre prière,
S'élevant avec assurance vers Lui,
Continuant à veiller mystérieusement sur ce peuple, même sur les plus absents. 

vendredi, avril 27 2018

La charte de l’Évangile

Au cœur de la dernière exhortation du pape François, un texte de l’Évangile : les Béatitudes. Pour le pape, c’est la clef de la sainteté ! Du coup, il les passe en revue une par une, comme manière d’éclairer notre vie tout entière par le Christ : « le Maître est là, il t’appelle » (Jn 11,28). Néanmoins, là où le pape insiste fortement, c’est sur « le » grand critère : les béatitudes doivent prendre chair. 

 

« Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce fagot est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! Ou bien peut-on comprendre la sainteté en dehors de cette reconnaissance vivante de la dignité de tout être humain ? » (par. 98). Alors, la bioéthique ou les pauvres ? Le pape François nous répond ensuite : les deux !

jeudi, avril 26 2018

Entre deux écueils, la voie de la relation

Dans le deuxième chapitre de son exhortation Gaudete et exsultate, le pape désigne deux hérésies qui nous guettent et nous empêchent de marcher dans notre vocation à la sainteté : le gnosticisme et le pélagianisme. On pourrait se dire que François se contente de donner des baffes d’un côté comme de l’autre, avec justesse et bellement comme il sait le faire mais cela ne s’arrête en réalité pas là : en désignant les deux écueils d’un christianisme qui ne serait que science ou qu’effort de la volonté, il désigne ce qui est important, ce qui sauve et ce qui est l’essence de notre foi, notre relation personnelle avec Dieu : « Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies » (par. 51). C’est donc vers Lui que notre regard doit constamment être tourné : 

 

Cependant nous ne pouvons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce. C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté » (Liucio Gera). (Par. 55)

 

mercredi, avril 25 2018

La rencontre de la faiblesse et de la force

Présentement en train de marcher, j’ai emporté dans mon sac un psaume à apprendre par cœur et la dernière exhortation du pape François, Gaudete et Exsultate. 

 

Voici donc un petit paragraphe issu de la lecture hier du premier chapitre et programmé pour apparaître en milieu de journée. On y invite à la beauté de la sainteté, le tout en citant un magistral roman de Léon Bloy !

N’aie pas peur de viser plus haut, de te laisser aimer et libérer par Dieu. N’aie pas peur de te laisser guider par l’Esprit Saint. La sainteté ne te rend pas moins humain, car c’est la rencontre de ta faiblesse avec la force de la grâce. Au fond, comme disait Léon Bloy, dans la vie, « il n’y a qu’une tristesse, c’est de n’être pas des saints ». 

Pape François,  Gaudete et Exsultate, par. 34.

mardi, avril 24 2018

Silence !!!

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J’ai profité des vacances pour enfin voir en DVD le fameux Scorsese qui avait tant fait couler d’encre : Silence. 

 

Inspiré du livre homonyme (que je n’ai pas encore lu mais que je souhaite lire du coup), les retours que j’en avais eus étaient mitigés. Après l’avoir vu, je comprends mieux pourquoi : le film est complexe et peut facilement mettre mal à l’aise tant il sait habilement détourner nos attentes et nos facilités de penser. Il sait déjouer nos tentations de classer le monde de manière binaire. 

 

Le sujet ? Des missionnaires jésuites partant au Japon non seulement pour évangéliser mais aussi pour retrouver leur mentor qu’on signale perdu, ayant apostasié. 

 

Sujet ô combien rebattu déjà que celui de l’évangélisation des autres peuples ? Pas tout à fait. N-ième film sur le martyre, le fait de tenir bon ou pas, sur le reniement façon péplum romain sur les premiers chrétiens ? Non plus. 

 

Quand on pense à notre foi et à l’adversité, voire à l’hostilité, il est facile de se dire à distance : « moi, Seigneur, je T’aime, je tiendrai bon, c’est sûr ! ». Las, un autre l’a fait avant : « Même si tous viennent à tomber Seigneur, moi je ne tomberai pas » et l’on connaît la suite. Néanmoins, si l’on peut raisonnablement songer et essayer d’évaluer notre résistance de foi face à notre propre torture, si l’on peut se dire qu’après tout, notre vie est déjà donnée dans notre vie comme dans notre mort, qu’en est-il quand, de notre choix, dépend la vie des autres ? C’est tout l’enjeu du film... Alors, même quand tu as mal au fond de tes entrailles quand tu vois quelqu’un piétiner l’image du Seigneur, tu te dis souvent que c’est aussi par amour qu’un tel apostasie ou, au contraire, ne le fait pas. 

 

Que fallait-il faire ? Bien malin qui saurait le dire, bien malin qui saurait juger...  Silence, c’est le drame de notre conscience, prise dans l’absurde, dans l’horreur mais aussi dans l’amour. 

Et puis, la fidélité est-elle seulement ce qui se dit des lèvres ou aussi de ce qui habite le plus profond des cœurs, des consciences, ce lieu où nous rencontrons Dieu ? 

 

Où est le choix de l’amour ? Sans spoiler, il est vrai que le film se termine sur l’énigme d’un cœur, sur l’énigme d’une âme... Et c’est peut-être une vraie note de justesse bien plus qu’une facilité : Dieu seul sonde les âmes, les reins et les cœurs et Martin Scorsese sait le faire ressentir d’une manière grandiose à travers ce film.

Mieux que buller

 

C’était avant les vacances : une histoire sordide qui avait abouti à une convocation comme témoin tout aussi sordide. 

Il était tôt et j’étais dans ma voiture, garée devant un commissariat quelconque de banlieue. 

Et là, à quelques mètres de la gare, alors que les rues bruissaient déjà des passants empressés, dans ma petite voiture, je me suis mise à prier les laudes.

 

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Ce n’est pas une nouveauté, je le fais depuis plusieurs années mais, depuis un peu plus d’un an, c’est la mission qui m’est confiée : participer à cette grande prière de toute l’Église pour le monde entier. Cette mission, c’est celle qui a changé très concrètement quelque chose dans ma vie : depuis que je suis consacrée, tous les matins, j’ai avancé mon réveil de quelques minutes afin de veiller et de prier pour le monde comme toute première action de la journée. Ce n’est pas que la liturgie des heures ce soit tous les jours l’éclate totale mais j’y suis profondément attachée. 

C’est comme une manière d’irriguer le reste du jour, même si le cerveau et les yeux sont parfois encore plus que brumeux : le cœur, lui, déjà, s’éveille. 

 

Mais ce matin-là, il fallait y être très tôt ; alors, à peine le café avalé de travers, j’étais partie et je savais que je prierais en arrivant. Dont acte : il me restait encore à prier. Et je priai donc, perdue à la fois dans la foule et bien au calme dans le même temps, lovée dans la petite bulle de prière que constituait ma voiture. 

 

Alors que je levais les yeux durant l’intercession, c’est là que je repris conscience du monde qui m’entourait : toutes ces personnes qui couraient pour certaines, qui erraient pour d’autres, et, à ma gauche, ce commissariat qui traitait tant de cas de délinquances. En guise de suite logique, j’ai continué l’intercession en priant pour eux. 

 

Alors, bulle de prière, finalement, vraiment ? 

Peut-être, mais pas uniquement coupure, plutôt une bulle tendant à s’élever, à s’envoler un peu mais pas trop tôt : comme un point de contact entre ici et Lui. 

Je me suis dit que c’était beau de chercher à être ce lien et qu’il en fallait vraiment des priants de toutes sortes, pour multiplier toutes ces passerelles, tous ces liens entre Lui et nous au coeur même du monde. 

Comme une invitation à prier pour tenter d’aider, humblement mais un peu plus, à tracer de nombreux ponts entre terre et Ciel. 

samedi, avril 7 2018

Pour vivre notre foi à plein corps, comme Lui !

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Coïncidence : j'ai fini de lire presque en même temps L'esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger et Ceci est mon corps de Sr Anne Lécu. Alors, l'esprit ? Le corps ? Ce qu'il faut, c'est tenir évidemment l'équilibre entre les deux. 

Mais je me demande parfois si, moi la première, je n'oublie pas parfois notre premier lieu de rapport au monde qu'est le corps - n'y sommes-nous pas parfois invités presque malgré nous par le monde actuel ? - et c'est tout le propos de ce très beau livre : pas de vision éthérée de l'eucharistie mais une vision incarnée, en conformité avec Celui qui a dit "ceci est mon corps" avant de Le livrer tout entier pour que nous vivions. Mais cela ne reste pas un unique moment dans la semaine, c'est bien, à notre tour, notre vie entière qui est concernée afin que nous livrions notre vie à nos frères, en Eglise. 

En bref ? J'ai surkiffé énormément aimé ce livre qui n'est pas une description mais bien un petit traité incarné de l'eucharistie. Pour moi qui ai découvert la foi au pied de l'autel en servant la messe et qui y ai découvert cette vie de relation avec le Seigneur qui, plus tard, aura pris un tournant encore plus décisif dans ma vie, je n'y peux que consentir en écho... y compris aux pages plus sombres qui parlent de ces fois où nous nous sentons tout moches et n'arrivons plus bien à consentir au don qui nous est fait. 

Ce livre, il faudrait que tout le monde l'ait entre les mains, je pense, pratiquants occasionnels et réguliers : pour que nous fassions corps et devenions davantage, ensemble, Son Corps. Sans jamais l'oublier. 

 

L'homme eucharistique, c'est celle ou celui qui se fraye un chemin au milieu des embûches, malgré son mauvais caractère ou les débordements dans lesquels il se noie, pour tenter chaque jour d'aimer, un peu, et de vivre mieux qu'hier ou moins mal. L'homme eucharistique, c'est celui qui accepte un jour de perdre le sévère jugement qu'il portait sur lui-même pour recevoir dans la pauvreté cette parole que le Christ offre à tous ceux qui veulent la recevoir : "Moi non plus, je ne te condamne pas" (Jean 8, 11).

L'homme eucharistique, c'est celui qui - alors qu'il ne peut pas pardonner - espère qu'un jour, il aura le désir de pouvoir pardonner.

L'homme eucharistique, c'est celui qui abandonne la fascination pour la mort et fait un pas de côté pour que la vie soit possible. Qui, comme Elie, accepte une galette amenée par un corbeau, se relève alors qu'il se laissait mourir et entend cette parole qui accompagne - qui est ? - le pain du ciel : "Lève-toi et mange, autrement le chemin serait trop long pour toi." (1 Rois 19,7) 

Sr Anne Lécu,  Ceci est mon corps, p. 146. 

mercredi, avril 4 2018

De résurrection et d'eucharistie

Alors nous sommes là, avec lui, ignorant ce qu'il façonne en nous, comme les femmes aux aromates qui veillaient dans la nuit, devant le tombeau du Seigneur. Et ces mêmes femmes étaient là, encore, le grand matin du premier jour, et par la grâce de leur persévérance, voilà que nous aussi, nous sommes là, à l'heure bénie où le Christ est ressuscité. Il s'était offert en remerciement, en sacrifice d'action de grâce. C'est à nous maintenant d'en faire autant. En déposant sa vie entre nos mains, il nous relève et nous envoie, afin que nous soyons nous aussi, eucharistie, en ce monde. 

Sr Anne Lécu, Ceci est mon corps , Cerf,  2018, p. 125

 

http://www.narthex.fr/events/agenda-2015-1/vignette-resurrection.jpg/image_largeManessier, Résurrection

samedi, mars 31 2018

Pâques 2018

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Le Jeudi Saint, le Christ s’est abaissé jusqu’aux pieds de ses disciples, pour les leur laver.

La nuit du Jeudi Saint, c’est à Ses pieds que nous avons veillé, que nous avons adoré ;

Le Vendredi Saint, c’est au pied de la croix que nous nous sommes tous retrouvés ;

 

Pieds de Dieu, pieds de l’homme…

Apprentissage d’un suprême mouvement d’abaissement : aux pieds de Dieu, aux pieds de l’homme.

Ces deux pieds-là sont bien nécessaires pour nous faire tenir debout comme chrétiens : ils sont les pieds de la charité.

 

Le dimanche de Pâques, c’est encore mieux : des pieds gisants seront devenus pieds en mouvement ! 

Mais il leur dit :
« Ne soyez pas effrayées !
Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ?
Il est ressuscité : il n’est pas ici.
Voici l’endroit où on l’avait déposé.
Et maintenant,
allez dire à ses disciples et à Pierre :
“Il vous précède en Galilée.
Là vous le verrez,
comme il vous l’a dit.” »

La bénédiction nous invite à Sa suite également : "suivez maintenant les pas du Ressuscité" !  

Alors que, le dimanche de Pâques, ils soient légers les pieds, qu’il soient « beaux sur les montagnes, les pas du messager, celui qui annonce la paix, qui porte la bonne nouvelle, qui annonce le salut » (Is. 52,7) de ceux qui portent la Bonne Nouvelle

Parce que Pâques, c’est grave le pied ! ;-)

 

Belle et sainte fête de Pâques à tous :

IL EST VRAIMENT RESSUSCITE, ALLELUIA ! :-) 

 

Dans le désert - 5

http://www.desertmarocain.fr/images/mergouza.jpg

Autre caractéristique du désert : le silence. Pas ce faux silence de nos rues animées quand elles commencent à s'endormir et à s'assourdir mais un silence complet, presque parfait, dense et profond. 

Grâce à lui, il semble plus aisé d'écouter le Seigneur dans notre coeur et les lectures de la Bible au désert semblent effectivement résonner plus profondément. 

J'aurai toujours dans mon coeur, justement, une messe célébrée à l'aube dans le désert marocain : sept personnes, pas plus, dont le célébrant. Pas grand chose à voir, un simple corporal posé sur le sable, une gourde comme burette, mais du pain, mais du vin et nous tous autour, assis comme nous le pouvions dans le creux d'une dune. Dans l'immensité désertique silencieuse, Dieu se rendait présent et c'était simplement fabuleux. 

Il n'y avait pas besoin de mots supplémentaires, le silence du désert était particulièrement de mise : Dieu était et cela suffisait. Foin des bavardages, Il était, Il voulait demeurer chez chacun de nous. Je fus plus éblouie par cette certitude confiante que par le soleil. 

Aujourd'hui, Samedi Saint, jour par excellence du silence, je repense à cela... Je ne peux reproduire ce silence, le bruit de la ville vient à moi et puis les pensées futiles sont moins aisément envolées. Mais Dieu est au tombeau, mais cette nuit, nous célébrerons sa résurrection et encore et toujours davantage le fait qu'Il veuille habiter chez nous, ressuscité, pour nous envoyer proclamer, bien plus fortement que tous les bruits, Sa Bonne Nouvelle. 

samedi, mars 24 2018

A l'heure de monter à Jérusalem

Alors que nous nous apprêtons à vivre avec le Christ cette Semaine Sainte et, donc, à monter à Jérusalem avec Lui, un homme est mort. 

Un homme qui a, librement, par amour ou par devoir, mais peut-être que l'amour est justement le plus grand des devoirs, offert sa vie pour d'autres. 

A l'heure où nous nous apprêtons à célébrer Celui qui a donné sa vie pour chacun de nous, les mots de l'Evangile résonnent avec un écho tout particulier. 

Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. (Jn 15, 12-17)

Prions pour celui qui a conformé sa vie et sa mort à l'exemple du Christ, pour une femme, une probable inconnue, une "quiconque" qui aurait pu être chacun de nous.

Prions pour Arnaud Beltrame qui a su aimer à en mourir pour faire vivre. 

 

dimanche, mars 18 2018

Le voir ?

"En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »" (Jn 12)

Quel grand désir de la part de ces Grecs : voir Jésus !

https://storage.gra1.cloud.ovh.net/v1/AUTH_10e1a9235c63431c95e5b84a247830db/prod/artwork/15947_1_m.jpgManessier, Suite de Pâques, l'arrestation de Jésus.


Est-ce que ce même grande désir m'habite toujours vraiment ? C'est facile de dire : "ben, oui, bien sûr, c'te question !" mais en vérité ? Si je ne fais qu'écouter mon coeur, oui, j'aimerais Le voir : en plus d'être Dieu, Il est l'humain par excellence qui ne cesse jamais de me fasciner, de m'inspirer, de m'aimer, de me donner envie d'avancer.


Mais en même temps, est-ce vraiment toujours Lui que je cherche ? Ou l'image que je me fais de Lui ? Il est parfois facile de rogner sur l'amour absolu, il est souvent aisé de grignoter mine de rien sur le caractère tranchant de l'Amour et de la Parole de Dieu : nous sommes toujours tentés de Le ramener à notre mesure humaine. Pas forcément volontairement, d'ailleurs, mais parce que nous ne faisons que balbutier la langue de l'amour. 

Alors, je crois qu'en face de Lui, je serais éblouie par l'incarnation de l'amour, comme parfois, déjà, Sa Parole vient frapper fort, façon coup de bélier, en mon coeur. Car Jésus nous aide en ramenant nos rêves de sainteté bien lisses ou rose bonbon, croyant L'imiter vainement par là, à leur juste mesure, en annonçant déjà que l'amour va jusqu'à la couronne d'épines, que l'amour va jusqu'à la croix, que l'amour va jusqu'à la mort. 

"Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle."

"Stop aux fanfaronnades semble-t-Il nous dire, cessez vos idolâtries qui ne font que morceler la totalité de Ma vie. Choisissez tout !" 

Le suivre, c'est oser regarder le Christ souffrant... pour apprendre à y discerner le Christ, triomphant.
Le suivre, c'est vraiment désirer Le voir et, du coup, ne pas se voiler les yeux devant les épines du quotidien, notamment celles qui frappent durement nos prochains... pour apprendre à y discerner le Christ, présent. 

samedi, mars 17 2018

Correction - conversion

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           Hier après-midi, je corrigeais des copies avec une pause pour le goût... pour aller me confesser. En rentrant, profondément joyeuse d'avoir vécu ce sacrement de réconciliation pour lequel j'ai une estime toute particulière (oui, en réalité, je dis ça pour tous les sacrements mais c'est vrai hein, j'ai une estime toute particulière pour chaque sacrement : comment se lasser de rencontres avec le Christ ?), je me disais que c'était beau que ce sacrement aide à ma propre conversion. C'est ce que rappellent les belles notes pastorales du rituel de ce sacrement : 

"La conversion chrétienne ne se limite pas à un domaine restreint des activités humaines. L’existence entière du croyant est engagée dans la réponse à la Bonne nouvelle. C’est dans la vie chrétienne que s’effectuent les conversions, les réconciliations, fruits de l’Évangile. Au cœur des efforts de rectitude morale, d’engagement, de réconciliation humaine, le sacrement vient manifester que l’initiative de la conversion et de la réconciliation vient de Dieu et non pas de l’homme."

L'existence entière sous le signe de la conversion... les enjeux du sacrement de réconciliation sont vastes ! 

Et cependant, à mon petit niveau, certes, sans sacrement, quand je corrige mes copies, je n'exerce qu'une correction, pas une conversion... Bien sûr, il ne s'agit pas de convertir mes élèves au catholicisme mais, comment les mettre sur un chemin de retournement, de grandissement ? Comment mon stylo rouge peut-il, au-delà d'acter le constat d'un niveau sur un point précis du programme à un instant t, encourager à se mettre en route ? 

Un des points importants du sacrement de réconciliation est de ne pas s'arrêter à la pénitence comme simple pénitence pas forcément super agréable mais bien d'en percevoir le but pour avancer avec Dieu. 

Et si un enjeu de la correction de copies était justement d'essayer d'aller au-delà d'un constat mais bien d'aider à mettre en route, autrement ? 

mardi, mars 13 2018

Où en est la nuit ? Où en est le jour ?

 

Autre lecture sapide de retraite Veilleur, où en est la nuit ? du fr. Adrien Candiard. En bref ? Si vous voulez renouveler votre vision de l’espérance, lisez-le ! Mieux encore : si vous pensez encore que l’espérance est une vertu mièvre pour chrétiens manquant de cran, dévorez-le ! Si vous êtes de ceux qui aimez vous lamenter devant les ruines d’une civilisation parfaite (imaginaire), parce que « ma bonne dame, tout fout le camp », ne prenez pas de cachet mais lisez plutôt ce bon bouquin !

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Deux parties dans ce livre « Espérance et faux espoirs » puis « espérer pour la vie éternelle » : la première s’inspire du prophète Jérémie et le relie avec acuité pour notre temps pour éviter tout faux espoir d’un retour en arrière à l’identique ; la seconde nous invite à nous tourner vers la vraie mesure de l’espérance chrétienne, celle de la vie éternelle.

 

« Vivre pour l’éternité réclame un tel changement de perspective, un renversement si radical que les meilleures volontés peinent à y parvenir. Ce n’est pas pour rien, sans doute, que les portails des cathédrales ont fait de l’acrobate, capable de marcher sur les mains, l’image de la conversion à laquelle nous sommes appelés : conversion ne veut rien dire d’autre que renversement. D’ordinaire nous marchons sur nos pieds et nous avons la tête vers le haut. Mais quand il dit « convertissez-vous », Jésus nous dit « retournez-vous » ; et pas seulement « tournez la tête pour regarder dans la bonne direction », mais encore « renversez-vous, renversez votre manière de voir le monde ». Il s’agit de vivre tourné vers le ciel. Il s’agit de renverser les valeurs de succès et de réussite, pour vivre avec une autre logique, la logique du Royaume. Ce Royaume où les derniers sont les premiers, où ceux qui ont à peine travaillé sont payés autant que ceux qui ont trimé toute la journée, où on ne possède que ce qu’on donne, où seuls les faibles sont forts, parce qu’ils n’ont rien d’autre, comme sécurité, que la force de Dieu. C’est un peu fou, quand on y réfléchit. Si nous étions vraiment chrétiens, les gens devraient aussi penser que nous sommes un peu fous ; ils devraient penser que nous marchons sur les mains. Parce qu’ils ne savent pas que c’est en voyant le monde à l’envers, en sortant de nos logiques si familières d’égoïsme et de sécurité, qu’on voit enfin le monde comme il est, c’est-à-dire comme Dieu l’a voulu. Le vrai fou n’est pas forcément celui qu’on croit. » (p. 84-86)

 

F. Adrien Candiard, Veilleur, où est la nuit ? Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains, éd. du Cerf

lundi, mars 12 2018

Dans le désert - 4

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Août 2017, désert du Néguev, lecture de l’Exode : les conditions sont campées pour comprendre qu’il fait chaud, très chaud, trop chaud et que c'est en réalité le but que nous le faire éprouver. 

 

Alors, lors d'une longue marche, à l’issue du déjeuner frugal et, hélas, sans manne, un point sur l’eau a été fait. A qui en restait-il ? Qui n’en avait plus ? Nous étions partis avec 3 ou 4l d’eau par personne le matin mais chacun réagit différemment face aux hautes températures – par exemple, je ne bois jamais beaucoup (oui, je sais que je devrais). Ainsi, pour finir notre chemin désertique, nous avons été mis en binômes, l’un ayant de l’eau, l’autre n’en ayant pas.

 

Ayant encore presque 2l., je fus mise en binôme avec une dame n’ayant plus qu’une goutte… et nous qui ne nous connaissions pas vraiment encore, nous voici lancées pour faire un bon bout de chemin ensemble. Et nous voici parties à deviser joyeusement de nos vies, de Bible, de Dieu même, un peu puis beaucoup, avec une profondeur confiante assez rare pour des personnes qui ne faisaient que vivre dans un même groupe depuis trois jours, de pays différents, d’âges différents, d’états de vie différents, qui plus est dans un état physique pas possible de puanteur après deux jours dans le désert (mais ça, nous ne nous en rendions heureusement pas compte). J’ai partagé mon eau, elle a aussi partagé généreusement sa vie et sa foi : personne ne donnait plus que l’autre, nous marchions simplement en apprenant à nous recevoir mutuellement comme dons de Dieu. Plus largement, après avoir murmuré de faim et de chaleur comme les Hébreux dans le désert, nous faisions l’expérience de nous laisser unifier les uns avec les autres, les uns par les autres et par Lui : ensemble, nous devenions un vrai groupe. 

 

Si, autour des puits, nous le savons bien, il est souvent question de mariage dans la Bible, j’ai pu constater qu’autour de l’eau, il est tout de même bien question d’Amour et de vie. Et cela était bon.

 

Et si vivre le désert, c’était laisser de la place pour mieux vivre chaque rencontre comme un don de Dieu ? Comme une Rencontre ?

 

vendredi, mars 9 2018

Ce que je sais malgré tout

Seigneur,

Tu le sais bien, c’est bloquée de partout que je suis rentrée avant de me poser un peu avec Toi : la tête comme dans un étau, les épaules serrées… comme si mon corps réceptionnait la violence et le stress de ce qu’il venait de vivre.

Quoi ? Trois conseils de discipline d’élèves ayant commis des actes graves lors d’un récent voyage scolaire que j’accompagnais, les trois qui se sont soldés par des exclusions définitives. C’est la deuxième année que je siège dans cette instance souvent désagréable mais je n’avais encore jamais vécu cela : des actes dont j’étais un des témoins niés ! En 4h30, j’ai vu de la violence, du mensonge mais aussi de grandes détresses : 4h30 de plongée non-stop dans la pâte humaine, ça ne laisse pas tout à fait intacte… Heureusement, je sais que Tu y étais avec moi.

Et il fallait poser une sanction, et il fallait voter… Tu sais, Seigneur, cela fait partie des jours où j’envie ceux qui sont bardés de certitudes sur ce qu’il convient de faire : tous pourris les jeunes de banlieue ? Excluons-les tous ! Et, de l’autre côté, l’attitude qui ne vaut guère mieux : Oh ces pauvres petits… Tellement malheureux qu’il ne faut surtout pas les punir. Souvent, j’écoute ces personnes et ne dis rien : je demeure dans l’inconfort. Ne le dites pas trop fort mais cela fait la cinquième année que j’enseigne en éducation prioritaire et je crois que je ne sais toujours pas ce qu’il convient de faire. En réalité, je le sais de moins en moins : je m’efforce simplement d’aimer, au moins mal.

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