Si
l’on associe facilement désert et carême, l’association de ce lieu avec l’avent
paraît moins immédiate. L’espace de l’Avent semble résider dans ce désir qui se
creuse, non pas en un seul mais en tous lieux, nous creusant en même temps pour
faire place à l’Avènement.
Mais
ce matin, une phrase d’Evangile me secoua, me réveilla de ma torpeur :
« A
travers le désert, une voix crie »
Une
voix : Jean-Baptiste, le Précurseur ;
celui
qui annonce, celui qui prépare,
celui
qui s’efface pour laisser transparaître Celui en qui le Père a mis tout son
amour.
Il
crie de préparer le chemin du Seigneur, il crie d’aplanir sa route !
Il
crie, il crie avec tout son cœur :
Mais
il crie dans l’immensité désertique…
Et
pourtant je connais cette voix.
Cette
voix de ceux qui parlent en y mettant tout ce qu’ils sont, sans savoir s’ils
seront entendus
Cette
voix de tous ces responsables dans l’Eglise, à tous les niveaux, qui proposent,
qui osent, sans avoir d’échos, en ignorant où cela ira.
Cette
voix qui cherche à s’exprimer dans le brouhaha ambiant, à dire une parole
apaisante quand les poings et les armes sont de sortie ;
Voix
dans le désert.
Cette
voix des petits, de tous les petits, qui hurlent leur faiblesse
Cette
voix de ceux à qui l’on ne laisse plus voix au chapitre : trop vieux, pas
assez ceci ou peut-être trop cela – t’es catalogué, t’as plus ta place.
Voix
dans le désert.
Ces murmures,
ces râles, de celui qui va mourir, qui n’en a plus pour longtemps
Ces
braillements de l’enfant délaissé par ses parents, trop occupés à se lancer
leurs quatre vérités dans la figure ;
Ces
hurlements jetés par le malade devant lequel on se sent juste terriblement
impuissant ;
Voix
dans le désert.
Ces mots
lancés, ces cris jetés,
Ces paroles
qui résonnent dans un espace semblant infiniment vide,
Elles
viennent habiter au cœur de Dieu, qui n’en oublie aucune, de ces voix,
De
ces voix que je crois particulièrement chères à Son cœur de Père.
Elles
sont les voix qui L’annoncent tout particulièrement,
Qui
préparent Sa route dans l’humilité ;
Elles
sont les voix qui trouvent heureusement, parfois, l’oreille et surtout le cœur
d’un pèlerin un peu égaré, perdu sur la route de son désir fou,
Elles
trouvent alors le chemin d’un cœur prêt à les recueillir, à les accueillir
A
leur donner cette simple réponse que ces voix espèrent : l’écoute.
Et ce
pèlerin, et ce chrétien, pourra alors porter cette voix,
Juste
un peu plus loin,
En
guise de semence de Bonne nouvelle.