Zabou the terrible

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samedi, février 23 2019

Notre église est celle au bout de la rue

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            Je n’aurais probablement pas lu ce livre si je n’appréciais pas les prises de parole de son auteur sur Facebook, souvent très ajustées et jamais dans une caricature rapide (ceci étant très précieux,a fortiorisur les réseaux sociaux !) mais, au contraire, parfois dérangeantes en nous poussant à aller plus loin. 

 

            En effet, l’aspect « journal d’un prêtre » (même si la forme concrète du livre n’est pas telle !) m’intéresse peu, personnellement : je n’imagine pas la vie quotidienne d’un prêtre car, parmi eux, j’ai suffisamment d’amis, voire de frères, pour en avoir une vision à peu près exacte et que je porte dans ma prière, dans ses grandeurs et ses misères, dans ses joies et ses détresses et dans Sa joie fondatrice. Après, en effet, même si je partage avec eux une commune consécration au Seigneur ce qui a certaines caractéristiques communes, la forme est différente et, surtout, ce qui les habite profondément quand ils célèbrent les sacrements, ce mystère du sacerdoce au fond d’eux-mêmes, m’échappe. 

 

            En revanche, j’étais intéressée par la vision de l’auteur de sa vie de curé dans le Marais et, surtout, les développements sapides qu’il allait forcément en tirer vu ce que je lis de lui habituellement. J’ai notamment été marquée par un axe d’insistance qui traverse tout l’ouvrage : le réel. C’est, de fait, certainement, l’un des enjeux de notre monde, pour le prêtre et pour tous, à l’heure où le « je pense » ne signifie pas que « nous sommes » mais devrait être « ce qui est » parce que notre pensée ou notre humeur l’a dit, à l’heure où ce que l’on se dit sur les réseaux sociaux tend trop à remplacer les rencontres, pourtant au cœur de notre foi chrétienne qui croit en un Dieu qui a pris notre humanité.

 

            De même, l’auteur ne cesse de rappeler l’importance de la conscience et de la liberté de conscience – une notion-clé dans les débats sur la laïcité selon lui… que je pense ne pas avoir encore assez exploitée personnellement dans ce que je vis au quotidien ! – et développe sa pensées autour de belles rencontres qu’il a pu faire dans divers milieux, dans diverses galères de la vie. Si je m’attendais à le voir parler du quartier quelque peu particulier, le Marais, dans lequel se trouve la paroisse Saint-Paul, je ne m’attendais pas à ce que ce livre comporte de si belles pages sur les pauvretés et l’accueil de l’altérité, jamais simplistes, et j’en ai été plusieurs fois touchée. 

 

            En résumé, si vous voulez lire un beau livre de prêtre, ne tombant jamais dans une vision restrictive de son sacerdoce, de notre monde ou de notre foi mais au contraire tendant, par sa pensée tout en nuances, à venir éclairer notre monde et élargir notre propre pensée, lisez-le ! 

 

P. Pierre Vivarès, Notre église est celle au bout de la rue, Presses de la Renaissance, 2018

vendredi, février 22 2019

De l’accès au langage, de l’accès à l’amour

 

L’enfant nouveau-né braille au moindre besoin, presque sans raison : il ne sait pas encore exprimer ce dont il a besoin. 

 

L’enfant des banlieues, souvent, trop fréquemment, n’a pas les mots, n’a pas les codes : il a les insultes, il a les poings. 

 

La communauté qui n’est pas encore suffisamment libre ou qui ne se parle plus, quelle qu’elle soit, se met à murmurer ainsi que le peuple hébreu au désert, à médire les uns vis-à-vis des autres : elle n’a plus accès à la communication. 

 

Car il ne s’agit pas seulement d’accéder au langage, 

Il s’agit d’accéder à la parole, la vraie, et d’apprendre à entrer en communication avec l’autre : 

Liens à tisser et à retisser sempiternellement.

 

Mais la communion précède parfois cet échange si fructueux : 

Témoin l’enfant nouveau-né, si fragile qu’il ne saurait exister sans se blottir dans les bras de ses parents, ces derniers cherchant à précéder ses besoins… Car entre eux existe l’amour. 

 

Et pour les autres ? 

Pour les jeunes, il faut leur apprendre à se servir des mots, inlassablement : rôle éducatif ; 

Pour tous, il faut saisir le moindre petit pas vers la communication, vers une communion, par des gestes bienveillants et, surtout, par ce fameux « regard qui espère », même quand tout semble foutu : rôle de la petite fille Espérance, rôle de chacun qui accepte de veiller à cette aune ; 

Parce qu’entre nous tous doit exister aussi une forme de ce même amour, en responsables de nos frères que nous sommes. 

 

 

dimanche, février 10 2019

Chronique des JMJ de Panama 1,5 Relevés !

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Ceci n’est que la chronique 1,5 et non la 2 tant elle a à voir avec la première

 

            Aujourd’hui dimanche 10 février, c’était le dimanche de la santé et, dans de nombreuses paroisses était proposé le sacrement des malades. C’est un magnifique sacrement qui vient donner la force du Christ dans la faiblesse, quelle qu’elle soit. 

 

            Eh bien, justement, ce sacrement, c’était un peu notre innovation diocésaine de ces JMJ… à voir ces h-amis, à les voir rayonnants et souffrants, à écouter certains autres dans leur(s) souffrance(s), à entendre une homélie y faisant référence lors d’une messe unique célébrée sur un bateau voguant dans l’océan pacifique, nous nous sommes posés la question progressivement : et si… ? Et pourquoi pas le proposer finalement ? 

 

            Il fallait former, informer et voir si, concrètement, nous avions ce temps de formation puis un temps de célébration. Au fil des jours, les obstacles tombaient et les plages horaires semblaient évidentes : un topo à l’arrivée à Panama Ciudad, un petit temps d’accueil et d’accompagnement par un des prêtres présents pour les volontaires et un sacrement finalement célébré lors d’une messe diocésaine juste avant de partir pour le week-end avec le pape. 

 

            Nous pensions certes à nos h-amis mais ce ne furent pas les premiers à se manifester et ils ne vinrent pas tous : 6 jmjistes de notre groupe reçurent ce sacrement. Les blessures invisibles sont aussi le lieu où Dieu veut venir apporter sa puissance de vie et c’était beau de voir ce mélange inattendu et confiant de jeunes osant, avec simplicité et humilité, présenter leur souffrance à la prière de tous. Ce fut un très beau moment, très fort, très priant, très enthousiasmant même avant de rejoindre la foule du week-end final et de nous laisser enseigner par le pape et de prier avec lui. 

 

            Car, que cela soit ce week-end comme aux JMJ, n’oublions pas que le Christ vient toucher pour que la personne malade, pleinement membre de Son corps, porte spécifiquement Son amour salvateur en elle. D’ailleurs, dans la Bible, c’est tellement fort que les guéris ne peuvent s’empêcher d’aller ensuite proclamer les merveilles de Dieu ! Le corps blessé des malades mais ainsi oint est en effet le lieu où vient s’ouvrir une relation privilégiée avec le Seigneur : à nous de ne pas les abandonner mais bien au contraire d’entrer en relation avec ces personnes pour nous laisser aussi entraîner par elles, à leur exemple : pour que les chemins parfois improbables de chacune de nos vies soient, ainsi que Lui le désire, toujours davantage chemins de Vie. 

 

 

 

 

samedi, février 9 2019

L'huile de la prière pour l'entretien et pour quand ça grince

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Il y a des jours comme hier qui s’écrivent en mots trop gros :   

Violence, heurts, coups, douleur.

Des histoires qu’ailleurs on n’imagine même pas, 

Des pleurs d’élèves, des pleurs de collègues, 

De la colère, les côtés sombres de l’éducation prioritaire. 

Faire notre job de prof ? Comment quand la violence fait tache d’huile ? 

Et la suite ? Et l’accompagnement ?

Et moi comme consacrée là-dedans… Comment porter lumière et espérance ? 

 

 A contrario, une soirée faite de douceur, 

Avec une petite dizaine d’amies proches, 

Partager un repas « de filles », des nouvelles, des coups de gueule, 

Des rires et, parfois, dans l’intimité d’un ponctuel tête-à-tête, 

Me confier quelques lourdes intentions de prière sous-jacentes. 

Le soir, elles rentreront retrouver leur mari, certaines aussi leurs enfants, 

Leur joie et aussi ce qui fait quelques-uns de leurs soucis : 

Belle est notre vieille amitié, malgré les différences concrètes de nos vies. 

 

Moi je suis rentrée seule et je me suis agenouillée…  

Entre violence et douceur, 

Entre questions insolubles et poids des intentions, 

Entre la violence du jour et la douceur du soir : 

Porter cela de mes mains vides, 

De mon cœur un peu trop plein, 

Dans le silence amoureux de la prière. 

 

Les solutions ne s’écrivent pas là mais, en Lui, tout prend néanmoins une autre dimension. 

A l’aune de la prière, c’est à la couleur de Son amour plénier, offert, qu’on apprend peu à peu à nous laisser façonner : notre regard, les mots que nous posons sur les situations, les mots que nous oserons balbutier pour remettre un peu d’amour comme autant d’huile là où il faut entretenir, là où ça grince et enfin et surtout là où il semble tant en manquer que cela risque de casser. 

 

jeudi, février 7 2019

Chronique des JMJ de Panama 1 Des H-amis et des frères

 

 

            Je suis donc revenue du Panama, le cœur profondément en action de grâce… mais la reprise du rythme quotidien est rude n’ayant pas bénéficié d’un vrai temps de repos, voire de transition avec l’ordinaire des jours. En résumé, les vacances se font très largement attendre ! Mais la reprise du tempo passe aussi sans doute par se redonner un rythme d’écriture, ici et plus personnel ailleurs. Alors, je commencerai par partager quelques éléments des JMJ. 

 

            57 personnes bien parties puis bien arrivées au Panama : soulagement et étrange sensation pour moi de voir un projet sur lequel on est depuis presque 2 ans enfin prendre forme et, surtout, prendre chair. 

 

            Car il s’agit bien ici de chair : des jeunes en chair et en os d’une part et, parmi eux, cinq jeunes tout spécialement à la chair blessée, meurtrie de manière visible, dans le handicap physique. Emmener les quatre parmi eux possédant un fauteuil avait été une vraie question : si les indicateurs logistiques étaient assez mauvais, il faut bien le dire, l’indicateur de leur foi et celui de leur envie étaient au plus haut. Ce n’était pas simple : il a fallu discerner et chercher à organiser au mieux ce qui pourrait se construire éventuellement. J’ai beaucoup prié quand il a fallu dire oui ou non… mais l’Écriture me donnait une réponse : Jésus, Lui, ne laissait jamais personne sur le bord du chemin, au contraire, c’est toujours vers eux qu’il préfère aller. Alors, tant que ce n’était pas utopique, tant qu’on pouvait raisonnablement accueillir, y avait-il une vraie raison de ne pas le faire ? Le manque de dispositifs locaux n’était certainement pas une raison suffisante : nous nous sommes lancés. 

 

            Sur les conseils des plus habitués d’entre eux aux JMJ, nous avons mis en place un système d’anges gardiens pour chacun. Et, dès les premiers jours, quelle joie de voir que « cela prenait » ! Non pas seulement quelques-uns autour d’eux mais bien, très vite, tous, les uns autour des autres ou plutôt les uns avec les autres. Car, s'il n'y avait pas les adaptations matérielles, il y avait les bras, il y avait les coeurs. Sans concertation, tout le monde s’est approché, a voulu aider, a voulu faire partager tel moment avec un tel en le plongeant dans l’océan avec nous ou en lui faisant vivre un bain de foule dans la liesse d’un stade… Bien souvent, mon regard quelque peu scrutateur de déléguée diocésaine s’émerveillait et me faisait dire : « que c’est beau ! Qu’ils sont beaux ! ». 

 

            Quand la fragilité est visible, chacun est aussi invité à faire tomber le masque devant les siennes plus intérieures, à fuir les faux-semblants pour vivre, agir et partager en vérité. J’ai été marquée de voir à quel point cela a été le cas et qu'il s’est créé une ambiance de bienveillance tendant à une communion la plus profonde. En particulier grâce à ces h-amis (on m’a soufflé le terme comme celui qui se disait dans certains mouvements : c’est mieux que nos amis handicapés), nous avons expérimenté la fraternité. C’est ce qui a d’ailleurs fait dire au curé d’une de nos paroisses d’accueil que ce groupe était une « catéchèse vivante » ( !!!). 

 

De ces JMJ, je suis rentrée le cœur profondément réjoui de me dire à quel point les fragilités sont les brèches dans lesquelles Dieu aime s’engouffrer pour y révéler Sa lumière et, partant, pour davantage faire de nous Son peuple. 

 

P.S. : Cette photo qui a fait le tour de la planète ne vient pas de notre groupe... mais nous avons fait pareil le week-end final avec nos h-amis et notamment l'une d'entre elles a été bénie... incroyable moment d'émotion ! 

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La preuve... 

 

 

 

 

 

mardi, janvier 29 2019

JMJ comme consacrée ?

Chers tous, 

Me voici de retour des JMJ de Panama, JMJ que j'ai vécues pour la première fois comme déléguée diocésaine mais aussi et surtout comme consacrée. 

Avant de revenir sur ces JMJ et de reprendre ici un rythme plus ordinaire, vous pouvez déjà aller lire un article écrit pour le "journal d'une jeune consacrée" par ici >>  

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mercredi, janvier 2 2019

Lectures marquantes 2018

Avant de clore le "chapitre" 2018, j'ai fait un tour dans ma liste de lectures de l'année civile... Voici les 10 sélectionnées parmi celles-ci comme les plus marquantes de mon année, il me semble et a posteriori. Certaines ont fait l'objet d'une recension ou d'une citation sur ce blog, d'autres non mais toutes ont marqué, à leur manière, mon année. Peut-être qu'elles viendront marquer votre année 2019 si le coeur vous en dit !  

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Littérature – romans 

Ava Olafsdottir, Audur, Rosa Candida, Zulma, 2015, 224 p.

Endô, Shûsaku, Silence

McDermott, Alice, La Neuvième Heure, Quai Voltaire, 2018, 288 p. 

Olmi, Véronique, Bakhita, éd. Albin Michel, 2017, 455 p. 

 

Essais et spiritualité 

Candiard, Adrien, o.p., Veilleur, où en est la nuit ? Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains, Cerf, 2016, 100 p. 

Giraudo, Cesare, Confesser les péchés et confesser le Seigneur, 2017, Les Éditions des Quatre Vivants, Mesnil Saint Loup, 96 p. 

Lécu, Anne, Sr, Ceci est mon corps, Cerf, 2018, 160 p. 

Sinety, Benoist (de), Il faut que des voix s’élèvent, Flammarion, 2018, 132 p. 

 

Théologie :

Balthasar, Hans-Urs (von), Ratzinger, Joseph,Marie, première Église, Mediaspaul, 1989, 75 p. 

Hennaux, Jean-Marie, s.j. "Le sacerdoce, vocation ou fonction ?", Le Sacerdoce, humain et divin, masculin et féminin, Cahiers de la NRT, CLD éditions, 2018,

Wénin, André, L’homme biblique – lectures dans le premier Testament, Cerf, 2004, 224 p. 

 

P.S. : S'il y avait eu une 11ème place, cela aurait été pour le roman A son image de Jérôme Ferrari... mais je vais m'arrêter là dans ce classement qui s'assume comme purement subjectif. 

mardi, janvier 1 2019

Bonne année 2019 !

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Le réveillon comme cette fine ligne de crête, 

Entre une année passée qui se clôt, et celle qui s’éveille à peine dans la douceur de l’aurore, 

Entre relecture et action de grâce de l’année écoulée et attente(s) de l’année à venir : 

Moment de suspens ! 

 

Belle et lumineuse année 2019 à chacun de vous qui passez en ces parages : 

Qu’elle vous offre de savoir lire les promesses du Seigneur dans chacune de vos vies et de savoir les discerner dans celle des autres, en vous en émerveillant chaque jour davantage ! 

 

vendredi, décembre 28 2018

La Neuvième Heure

 

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La Neuvième Heure ? Soyons clairs : c’est un livre qui pue la fange… Mais au milieu duquel resplendit, comme troublée de timidité, la grâce et, avec elle, la simplicité qui l’accompagne toujours. C’est un roman « sur les bonnes sœurs » diraient de bonnes âmes : non, c’est l’histoire d’un quartier de New York au milieu duquel vit une congrégation de religieuses, si incroyables, si humaines et si touchantes à la fois. Chacune avec son tempérament bien trempé… comme dans la réalité ! 

 

Les histoires où elles gravitent sont sordides, comme souvent nos histoires d’hommeries mais elles s’en savent non exemptes malgré leur choix de vie : elles ont simplement à rayonner de Lui. Elles sont pécheresses au service des pécheurs, ayant donné leur vie pour Lui et, par-là même, pour eux, ces pauvres auprès desquels elles sont envoyées. Petites mains de l’ordinaire : elles ont les doigts occupés à panser, les bras toujours prêts à soulager, le regard prompt à tout voir et l’intelligence du cœur qui prie pour tous, qui sait tout, comprend tout et aime, par-dessus tout, même avec rudesse comme c’est le cas de Sr Lucy. 

 

Et puis, il y a cette fille, Sally ou Saint-Sauveur de son vrai nom, qui est comme l’enfant du couvent puisque sa mère a été employée par ces sœurs depuis son veuvage. Un sauvetage comme un autre quand le mari se suicide et que c’est une tragédie, temporelle et spirituelle. C’est cette petite qui constitue la trame narrative de ce roman : comment grandit une fillette qui apprend la vie au milieu des cornettes amidonnées ? Il s’agit de découvrir la Vie et, aussi, de découvrir la vie, ce qui n’est jamais sans heurts. 

 

Plus qu’un roman d’apprentissage, c’est le récit d’une croissance dans les bas-fonds de la misère humaine où Il aime tout spécialement se nicher. 

 

La neuvième heure, c’est l’heure de la prière des sœurs mais c’est évidemment aussi l’heure de la mort du Christ en croix. 

C’est l’heure mystérieuse qui sonne à la fois le glas dans le noir absolu de la déréliction et, en même temps, l’ouverture du Ciel à notre salvation. Mystère de la rédemption qui court discrètement tout au long de ce livre et qui demeure comme en suspens chez chaque personnage. 

 

La Neuvième Heure, prix Fémina étranger 2018, c’est le récit que je viens de dévorer et que je vous invite à découvrir à votre tour. Tous liront un beau roman, finement construit, « ceux qui y croyaient et ceux qui n’y croyaient pas » et, nous les chrétiens, en ressortirons probablement le cœur émerveillé de la foi de ces femmes – mêmes quand elles grognent : « si j’étais Dieu, je ferais les choses autrement » –  et devenus un peu plus compatissants envers les plus pauvres d’entre nous, Son option préférentielle et la nôtre. 

 

Alice McDermott, La Neuvième Heure, Quai Voltaire, 2018, 288 p. 

 

jeudi, décembre 27 2018

Noël comme à Bethléem, avec le Pape François

À Bethléem, nous découvrons que la vie de Dieu court dans les veines de l’humanité.Si nous l’accueillons, l’histoire change à commencer par chacun d’entre nous. En effet, quand Jésus change le cœur, le centre de la vie n’est plus mon moi affamé et égoïste, mais lui qui naît et vit par amour. Appelés cette nuit à sortir de Bethléem, maison du pain, demandons-nous : quelle est la nourriture de ma vie, dont je ne peux me passer ? Est-ce le Seigneur ou quelque chose d’autre ? Puis, en entrant dans la grotte, flairant dans la tendre pauvreté de l’Enfant un nouveau parfum de vie, celle de la simplicité, demandons-nous : ai-je vraiment besoin de beaucoup de choses, de recettes compliquées pour vivre ? Est-ce j’arrive à me passer de tant de garnitures superflues, pour mener une vie plus simple ? À Bethléem, à côté de Jésus, nous voyons des gens qui ont marché, comme Marie, Joseph et les pasteurs. Jésus est le Pain de la route. Il n’aime pas des digestions paresseuses, longues et sédentaires, mais il demande qu’on se lève en hâte de table pour servir, comme des pains rompus pour les autres. Demandons-nous : à Noël, est-ce je partage mon pain avec celui qui n’en a pas ?

Homélie de Noël du pape François

mercredi, décembre 26 2018

Nuits inouïes

 

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            J’y pensais en rentrant de la célébration de la messe de la Nuit suivie d’un thé – gâteaux chez ma mère : les deux grandes fêtes que sont Noël et Pâques font dans notre liturgie l’objet de célébrations nocturnes. Fêtes des fêtes, fêtes qui se tiennent l’une l’autre par la manche – oui, je sais qu’elles n’ont pas de bras mais les deux ont du chocolat ! – puisque l’une ne peut être conçue sans l’autre, fêtes qui ont tant à voir avec la lumière qu’elles sont d’autant plus éclatantes de nuit ! 

 

            Pourtant, je n’ai absolument pas le même comportement en rentrant de l’une ou de l’autre. 

 

              Après la Vigile Pascale, je suis surexcitée comme une puce, j’ai envie de sauter partout en chantant des Alléluia (oui, bon, ça m’arrangerait que vous ne caftiez pas trop à mes voisins) : une partie de moi murmure toujours que c’est une nuit d’ivresse, de folie, lors de laquelle il ne faudrait pas dormir mais juste clamer les merveilles de Dieu. 

 

            Après la messe de la Nuit, c’est presque l’inverse : une immense sensation de douceur m’emplit l’âme et j’ai envie de dormir comme un bébé, pleine de confiance et d’espérance en un monde meilleur. L’effet ou l’esprit de Noël dont on aime parler ? Peut-être bien… Mais chez nous, chrétiens, cet "effet" a les traits d’un nouveau-né : les traits de la nouveauté dont on ne se lasse jamais, les traits qui annoncent, même quand la désespérance s’accroît, une vie possible dans toute sa vulnérabilité mais, en même temps, dans son irréductible grandeur. Et c’est tellement simple et tellement beau qu’on se prend nous aussi à retrouver une intrépide confiance ! 

 

Quand l’une et l’autre fêtes célèbrent l’inouï du Dieu, elles nous invitent à emplir, de manière différente, notre cœur de Sa Lumière et à en rayonner dans les nuits de notre temps : 

 

Lumineux Noël à vous tous qui passez ici ! J

 

lundi, décembre 24 2018

Communauté éducative, communauté eucharistique

 

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            C’était il y a une dizaine de jours : en plein Avent, nous nous préparions à Noël par la messe mensuelle des étudiants du Centre Sèvres, lieu où j’étudie la théologie à temps partiel. Lors du chant final : O Come, all ye faithfull ou, si vous préférez selon votre sensibilité Adeste fideles ou « Peuple fidèle », il y avait quelque chose de très beau à nous dire que nous venions vraiment tous L’adorer, réunis, étudiants et professeurs, en cette église jouxtant notre lieu d’études par le même désir de mieux connaître et de mieux faire connaître Celui qui anime nos vies. 

 

            Communion, unité malgré notre diversité trouvée dans le Christ, rendue encore plus forte par la participation à la même table de l’eucharistie. Même action de grâce s’élevant des cœurs : nous formons une véritable communauté éducative. 

 

            Je m’en faisais la réflexion en retournant ensuite dans l’établissement scolaire dans lequel j’enseigne. Nous y parlons volontiers de communauté éducative. Mais, qu’est-ce qui nous unit ? Une même citoyenneté, une envie de grandir et de faire grandir, des programmes, un même ministre… la liste est longue et importante. Mais il faut bien constater que le tissu fraternel est plus lâche, plus multiforme et les mailles qui le constituent, dans les temps actuels, semblent se défaire chaque jour davantage et les accrocs s’y multiplient, de manière parfois inquiétante. 

 

            Faut-il pour autant en conclure que cette communauté n’a de commun qu’un lieu, un établissement scolaire, et que nous sommes condamnés à tâtonner, sans vraiment rien y trouver d’unifiant où nous soyons vraiment ensemble ? Ma foi me pousse à refuser cette option… Feu mon premier père spirituel, moine de son état, m’écrivait, dans une de ses dernières lettres, alors que je commençais mon travail en éducation prioritaire : « Tu trouveras Dieu en tes lascars qui sont, en secret, à Lui ». Dieu, mystérieusement, unit et unifie, de manière souterraine toutes ces vies, toutes nos vies : ramifications venues de Son centre. Le lieu d’unification est le même… mais c’est de nuit, mais c’est peu clair, mais c’est lointain et tout ténu. Alors à nous de cultiver, de faire jaillir cette même sève, même en ses extrémités, même en Ses « périphéries ». 

 

Mais rien de cela n’est possible sans Lui. Alors, en cette nuit, en cette vie : viens Seigneur Jésus, apporte Ta lumière en nos vies pour nous rendre capables de La porter à notre tour, par nos vies, à tous ceux qui en ont besoin, pour aider à l’unification et à l’édification de ce qui doit l’être. Amen. 

 

jeudi, décembre 20 2018

Sur un aubergiste fameux

Lorsque Joseph lui avait demandé une place, c'était vraiment trop ! Il avait répondu, avec l'air agacé qu'ont parfois les personnes fatiguées : "Il n'y a plus de place ici, jeune homme ! Mettez-vous, si vous le voulez, dans mon étable à l'entrée du village : pour une nuit ou deux, cela devrait aller..." Pouvait-il deviner qui frappait à sa porte ? Comme tant d'autres, il croyait que Dieu avait le visage de ses rêves. 

P. Raphaël Buyse, Lueurs de Noël - contes inspirés de l'Evangile, Salvator, 2018

mardi, décembre 11 2018

De l’horreur, de la fraternité et de pensées en vrac

 

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L’horreur, à nouveau… Et tous, à nouveau, sommes et serons unis dans la douleur, dans la terreur, dans la détestation d’un acte qui nous fera à nouveau nous méfier de vivre, tout simplement. Ces actes qui grèvent notre confiance dans la vie, qui ôtent toute légèreté, qui semblent poser une chape de plomb sur l’humanité : comment redonner saveur à la vie quand l’horizon s’assombrit chaque jour un peu plus ? 

 

Nous, les chrétiens, avons une intention de prière toute trouvée : pour les victimes, pour leurs familles mais aussi pour le bourreau qui a commis on ne sait vraiment pourquoi cet acte insensé aux conséquences fatales. Àl’heure où j’écris, il n’est pas encore trouvé ; demain, il sera peut-être tué durant sa fuite. La violence engendre la violence. 

 

Il y a encore quelques jours, nous étions un pays divisé, hurlant les uns sur les autres : cri des détresses, essentiel à entendre, mais aussi révélateur des dissensions et d’un cruel manque d’écoute, partant de fraternité. Aujourd’hui, dans la douleur, nous saurons retrouver ce chemin, j’en suis certaine mais, quid de demain ? Le perdons-nous à chaque fois, en dehors des circonstances tragiques ? Sont-elles les seuls événements fédérateurs d’une humanité erratique peinant à se trouver et à se comprendre ? 

 

Savons-nous nous encore aujourd’hui nous rassembler pour nous rencontrer ? Pour écouter la différence de l’autre et, peut-être, découvrir aussi ce en quoi il m’est proche. 

 

            Ce soir, j’avais le conseil d’une classe bien sympathique mais souffrant souvent de la division entre ceux qui font telle option et ceux qui ne la suivent pas : c’est au sein d’une classe, d’heures passées ensemble, qu’ils auront à se découvrir proches, prochains, les uns des autres et cet apprentissage-là me semble plus que jamais d’actualité, a fortiori quand même l’école publique n’offre plus guère de mixité sociale. 

 

            Ce soir, que notre fraternité ne soit pas que de douleur, que notre prière s’élevant dans la circonstance de l’attentat ne s’y limite pas mais s’élargisse pour demander au Seigneur l’art et la manière : l’art de l’écoute, la manière de la rencontre entre chacun de nos frères les hommes, prochains, même quand ils semblent lointains. 

 

(Dans la même veine, on lira avec profit l'appel aux catholiques de France et à nos concitoyens du Conseil permanent des évêques de France sorti aujourd'hui >>

lundi, décembre 10 2018

2 ans de joie !

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Aujourd’hui, 10 décembre 2018, je fête mes 2 ans de consécration, le cœur en immense action de grâce, évidemment. …. J’aimerais remercier le Seigneur sans qui rien n’aurait été possible (c’est vrai en plus !) et, pour Le remercier très concrètement, j’ai aussi eu la joie de participer à la messe célébrée par mon cher confesseur pour rendre grâce au cœur de l’immense action de grâce qu’est l’eucharistie ! 

 

Le célébrant m’avait demandé de dire quelques mots sur ce qui faisait ma joie de consacrée et qui pouvait concerner tout le monde. J’ai parlé sans le papier que j’avais préparé, il peut donc y avoir quelques différences mais voici mes notes : 

 

  • Joie de la certitude profonde d’être à ma place, d’être là où le Seigneur le et me veut… Joie de répondre à notre vocation, quelle qu’elle soit ! Et c’est juste incroyable la profondeur de cette joie, malgré les épreuves et les difficultés du jour. Je n’ai jamais été aussi profondément heureuse que depuis que je suis consacrée : une joie liée à un amour d’une incroyable profondeur. 

 

  • Joie qu’une de mes missions soit de porter la prière de l’Église pour le monde. Pas seulement d’avoir les mains dans le cambouis du monde de par mon travail de professeur mais aussi de le porter dans la prière des heures et dans ma prière personnelle. J’en suis honorée et c’est très beau ! 

 

  • Joie d’être appelée à une conversion permanente pour chercher à être comme un panneau indicateur vers le ciel… De plus en plus, des personnes viennent me parler non pour voir « Zabou » mais parce que je suis consacrée, que j’ai un peu ce double ancrage de mes pieds dans le sol de notre monde et mon cœur ancré dans le Seigneur, pleinement donné à Dieu. En cela, il y a la découverte de mon immense petitesse, de ce que je ne maîtrise pas vraiment, c’est-à-dire de ce que le Seigneur fait et veut faire à travers moi pour témoigner de Lui. Et cela, c’est très grand ! 

 

.... J’ai fini en partageant la prière suivante, écrite en août (et que j’ai dite en « nous » pour l’occasion, en précisant que chacun pouvait en prendre ce qu’il voulait de par sa consécration baptismale mais j’en donne ici la version originale). Prions les uns pour les autres, afin de témoigner de Lui et de Sa joie, quel que soit notre état de vie !  

 

Seigneur, Toi, Tu brûles d’amour pour moi en tout lieu et, si souvent, je passe avec l’indifférence de mes préoccupations à côté de Ton buisson ardent qui ne s’éteint jamais. 

 

            Pourtant, je crois que ma vie de consacrée (et cette joie incroyable dont je ne me suis toujours pas remise d’être à Toi) est d’apprendre à T’aimer en tout. A me libérer de tout ce qui me préoccupe pour que Tu aies pleine place et que Tu aimes à travers moi. Apprentissage d’une vie : accueillir l’Amour, Le laisser emplir chaque recoin de notre être. Mystère d’alliance… Donne-moi, sur terre, de vivre comme Ta bien-aimée, dans la fidélité, témoin de Ta joie et de Ton Amour fou qui Te consume pour l’humanité entière. Cette humanité que Tu as aimée à jusqu’à te livrer pour elle. 

Amen. 

samedi, décembre 1 2018

L'avenant Avent

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Heureuse coïncidence du calendrier : pour une fois, l’Avent commence pour de bon le 1erdécembre, liturgiquement – grâce aux 1ères vêpres du 1erdimanche de l’Avent célébrées dès le samedi - comme « commercialement ». 

 

Une simple coïncidence ? Ou un appel à prier pour la réconciliation ? 

 

Réconciliation entre sens de notre fête chrétienne de Noël et enjeux de consommation propres à cette époque ;

Réconciliation des chrétiens entrant dans l’Avent pour apprendre à accueillir le Christ et de ceux qui n’y lisent plus qu’un temps comme un autre, peut-être lié à quelques bougies et chocolats parce que c'est plutôt joli et très bon ; 

Réconciliation du rythme d’un parcours bien balisé en 4 semaines pour cheminer lentement vers Noël et de la course pour que soient achetés tous les cadeaux à temps… 

 

Et toutes ces réconciliations si urgentes dans notre monde si scindé, si fracturé, si divisé comme le mettent en lumière les événements de ce même 1erdécembre. 

 

Un Avent à prier pour la réconciliation : entre nous et certainement en nous aussi, premièrement, contre ce qui nous divise les uns et les autres, tout comme dans un combat plus personnel, plus spirituel. Unis contre le Diviseur. Pour apprendre à accueillir, dans la nuit de Noël, Celui qu’on appelle aussi le « Prince de la paix ». 

 

mercredi, novembre 28 2018

Regard de saison

 

A l’heure de l’éveil, la nuit est encore là, peinant à se dissiper ; 

A l’heure du goûter, déjà, le jour décline ; 

Et le soir est installé depuis longtemps quand vient enfin l’heure de se coucher. 

 

Frimas de novembre et lueurs désormais fragiles de l’hiver qui s’avance : 

Quand le monde s’emmitoufle et que seul le bout du nez dépasse encore, 

Qu’il fait nuit noire et que tombent violemment pluie et obscurité, 

Il est à travailler l’autre élément qui sort de l’uniforme réchauffant : 

Le regard, s’attachant à distinguer la vie malgré les ténèbres. 

 

C’est un regard de braise à travailler, pour réchauffer, 

En le portant sur Celui qui a le véritable regard ardent : 

Un regard brûlant, un regard aimant, un regard plein de vie. 

Pour vivifier chacun, doucement, dans nos nuits froides. 

 

Le soir, à la lueur des bougies, déposer nos vies sous Son regard ; 

Tendre celui de notre cœur vers Lui, à traver Sa parole, 

Pour réchauffer notre cœur de ses froideurs, de ses hivers, 

Pour vivifier notre regard et tenter de le rendre semblable au Sien, 

Capable de faire vivre, même au plus sombre des nuits de l’homme. 

 

vendredi, novembre 23 2018

Entre gris clair et gris foncé

 

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            Je ne sais pas pour vous mais, pour moi, s’il existe des journées lumineuses, rayonnantes à 200 % et d’autres, plus rares, très sombres et bien noires, la majeure partie de mes journées s’écrit en gris – je n’ose écrire en nuances de gris –. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas de peindre ici des journées grises qui, à force d’être monotones, en seraient moroses mais plutôt de se demander, au terme de la journée : quelle a été la teinte dominante du jour ? 

 

            Je pense que, dans ma vie, cela oscille souvent entre gris clair et gris foncé si je dois tout additionner. Les joies, les difficultés – surtout celle-ci, là, en arrière-plan du cerveau qui te pourrit la journée –, les découvertes, la prière, les rencontres, les discussions, les petites galères (j’aime appeler cela « les renards » à cause du Cantique des cantiques et des renards qui ravagent la vigne : c’est trop ça, non ?), la journée trop longue, le mal que je ne voulais pas faire et que j’ai fait et tout le reste. Mes journées sont humaines, mes journées sont mêlées. 

 

            Le soir, ce sont donc, simplement, des jours entre gris clair et gris foncé que je dépose devant le Seigneur. 

 

Mais, ce qui est beau, c’est que devant Lui, plus rien n’est en semi-teinte : malgré tout, Il vient tout emplir de Sa lumière, de l’intérieur. Et cela illumine, et cela rayonne ! 

 

vendredi, novembre 16 2018

Un homme pressé

 

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Film au pitch sans difficultés : un homme d’affaires super doué mais tout autant super occupé qu’il est stressé fait un AVC et doit réapprendre à vivre. 

 

Alors, évidemment, on pourrait dire que c’est un film aux bons sentiments pour montrer de supposées seules « vraies » valeurs de la vie mais il va en réalité au-delà. Plein d’une belle douceur et de tendresse, le film nous offre également l’incroyable performance d’acteur de Fabrice Luchini, drolatique et touchant dans le rôle d’un homme réapprenant à vivre après un grave AVC avec une mention particulière pour le plan linguistique (qui m’a offert l’occasion d’un bon fou rire). Mais c’est à un niveau encore plus profond que peut nous travailler le film, nous tous qui vivons dans un monde qui est entièrement « pressé », qui prend mal le temps d’être, mal le temps de regarder, mal le temps de respirer : à travers les hésitations maladroites d’un homme obligé de changer, on se prend à observer les travers de notre société, à vouloir reprendre de la hauteur par rapport à ceux-ci, à avoir envie de repartir marcher, à l’exemple des personnages principaux. 

 

Car ce n’est pas un hasard, je crois, si le film parle aussi du Camino, ce chemin vers Saint-Jacques de Compostelle dont nous sommes tant à pouvoir dire qu’il a sacrément changé notre existence : il s’agit bien d’un film pour inviter à goûter à nouveau la vie au pas de l’homme, tout simplement. Si petit et, en même temps, si grand. 

 

mercredi, novembre 14 2018

Dieu ouvre un espace de liberté

Le récit de la création de l'univers (Gn 1, 1-2, 4a) est important puisqu'il livre la première image biblique de Dieu. Image de puissance créatrice. Toute-puissance entend-on dire souvent. Mais ne gomme-t-on pas trop vite un paradoxe ? C'est le septième jour que Dieu achève son oeuvre (2, 2), quand il met une limite à sa puissance créatrice et se repose. Il se montre ainsi "plus fort que sa force, ce qui est la définition de la douceur de Dieu" (P. Beauchamp). La création culmine donc dans une image de douceur déjà présente durant les six premiers jours puisque c'est par sa parole que Dieu exerce sa maîtrise sur le créé. Le sabbat de Dieu n'est pas non plus sans rapport avec ce qui précède immédiatement : la mission confiée à l'être humain de dominer la terre en maîtrisant les animaux (1, 29). En mettant un terme à son intervention créatrice, Dieu ouvre pour l'humanité, pour l'homme et la femme un espace de liberté où agir en responsabilité, où être créateurs à leur tour en exerçant une réelle maîtrise.  

André Wénin, L'homme biblique, Cerf, p. 21

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