Zabou the terrible

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche, mars 29 2020

Incarnation

http://www.robert-moser-atelier.at/sources/aktuelles/ausstellungen_aktuelle/2010_09_03_et_homo_factus_est/et_homo_factus_est_2010_09_03-Dateien/slide0180_image009.jpg

Robert Moser, Et Homo factus est

 

 

Ce temps vient décidément travailler notre incarnation, en profondeur : 

Dans sa vulnérabilité, 

Dans l’interdépendance de celle-ci avec celle des autres, 

Dans ses besoins, 

Dans ses failles et ses forces. 

 

Même sans être malade, nous ressentons en confinement, comme plus profondément, nos peurs viscérales qui viennent parfois saisir le spirituel de la nuit de notre monde, 

A tester les vidéos pour nous faire bouger comme on peut dans nos appartements, nous éprouvons notre simple désir de bouger au grand air ; 

A chercher sempiternellement quel jour nous sommes, nous vivons un temps qui s’écoule autrement, où les heures s’écrivent aussi différemment ; 

A multiplier les webapero et autres temps conviviaux, à avoir des cours en visioconférence, à partager spirituellement par téléphone, nous nous réjouissons car c’est tellement précieux de nous entendre et de nous voir grâce aux écrans – le confinement ne devant pas devenir isolement – , et, dans le même temps, nous constatons bien, chaque jour plus, comme ce ne sont que des pis-aller de la présence en chair et en os. 

 

Je ne suis pas très « tactile » mais je n’ai jamais désiré aussi fort prendre mes amis dans mes bras et leur dire combien je les aime. 

Moi la marcheuse, je n’ai jamais autant désiré mettre mon sac à dos et partir marcher, même sans but, même droit devant en ville. 

Et je suis sûre que pour vous, ce sont d’autres désirs, selon vos personnalités, qui viennent vous travailler au corps, de manière inattendue. 

 

Comme si l’espace restreint venait rappeler plus fortement à tout notre être la dimension incarnée de notre existence : grande et fragile, unique et reliée. 

 

« Il a pris chair de la vierge Marie et s’est fait homme » résonne dans ma prière, avec foi : 

J’aime me rappeler par-là que le Seigneur est venu partager cette dimension incarnée, 

Qu’Il est venu la prendre pleinement en toutes choses excepté le péché, 

Qu’Il en a souffert, bavé, été fouetté et crucifié. 

Sans doute est-ce dans cette incarnation blessée que nous pouvons, avec Lui, nous tenir en prière, parfois, fréquemment même sans mots devant la terreur des maux, mais avec Lui :

Pour nos vies mais aussi plus largement pour celles de nos frères malades ou mourants. 

Pleurant les morts, 

Souffrant avec les souffrants, 

Le Seigneur est là, avec eux, avec nous. 

 

jeudi, mars 26 2020

Signe de(s) croix

https://tse3.mm.bing.net/th?id=OIP.igsJUWk94w8gexgxXrM9cAHaGc&pid=Api

C’est la première chose que je fais le matin, 

Et ce sont toujours les mêmes gestes, lents et posés : en haut, en bas, à gauche et à droite. 

La priorité matinale qui m’englobe physiquement de cette présence du Christ : 

Le temps et l’espace, aussi, que je trace sur ma vie et sur le monde. 

Si un signe de croix est toujours acte de foi, il prend une gravité particulière dans le contexte qui est le nôtre : il me rappelle tous mes frères et sœurs qui vivent actuellement des croix, chaque jour plus nombreux. 

Alors, chaque matin, je pose encore plus résolument ce geste ténu, en apparence si anodin, pour affirmer que j’ai confiance en une chose : derrière cette croix, la résurrection viendra. 

 

 

mardi, mars 24 2020

Il y avait là un homme

 

« Il y avait là un homme… »

Un homme blessé, un homme handicapé, qui n’avait pas vraiment d’espoir à vue humaine de s’en sortir tant il était seul. Mais il était là, présent : la posture de l’espérance, envers et contre tout. 

 

Il y avait là un homme, 

Un homme seul, il était dans le noir d’un monde trop préoccupé pour penser à lui, un monde bouillonnant comme la piscine, se cherchant lui-même, 

Il espérait, envers et contre tout. 

 

Il y avait là un homme malade, 

Il était dans la foule des malades, comme ceux qui emplissent jour après jour, de plus en plus nos hôpitaux, perdu dans la multitude, 

Il était là, simplement, tenant bon dans l’espérance, 

Et Jésus a pris pitié de lui, comme il regarde chacun, avec intensité, de manière infiniment aimante, de manière infiniment personnelle. 

 

Il y avait là un homme malade, 

Il y avait là une humanité malade, comme aujourd’hui : 

Les actions possibles sont nécessaires mais dérisoires, au diamètre d’action de notre brancard à nous, notre demeure de confinement : hors de cela, nous ne pouvons rien faire. 

Mais nous pouvons nous tenir comme cet homme, à proximité des lieux de soin par notre prière, 

Mais nous pouvons nous tenir comme cet homme envers et malgré tout dans l’espérance, 

Car Dieu, malgré tout, passe bien là, se frayant un chemin dans la nuit, 

Hors de Lui, nous ne pouvons rien faire. 

 

Variation sur l’évangile du jour – mardi IV de Carême

samedi, mars 21 2020

Mots d’espérance même si c’est de nuit

http://farm6.staticflickr.com/5134/5445613926_85169104aa_z.jpg

 

            Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien prier la nuit : plutôt le soir – n’étant pas du matin ! – ou même l’hiver, les laudes, quand le jour peine à se lever. La prière nocturne a une saveur d’intimité, une profondeur de réalité : quand tout est sombre, il s’agit de tourner notre cœur vers Celui qui est le soleil levant. 

 

            J’aime alors le silence qui règne et, parfois, je murmure les mots que je dis à Dieu : mots doux ou mots rugueux des intentions parfois lourdes, le tout à déposer devant Lui, dans la foi, l’espérance et la charité. 

 

            Ce murmure priant, intime, c’est celui qui se généralise aujourd’hui en temps de confinement : le silence règne et la nuit est là même de jour pour nombre de nos frères et sœurs, la nuit est là pour l’humanité. 

 

            Chacune de nos prières devient alors murmure d’espérance. Comme dans l’évangile du jour, un simple murmure de Celui qui se sait se reconnaît pécheur mais qui veut porter le monde dans une prière d’espérance, pauvre attendant tout du Seigneur, même si c’est de nuit. 

 

 

jeudi, mars 19 2020

Du côté de ma paroisse, du côté de mon diocèse, du côté de mon pays

En ces temps de confinement, la vie spirituelle est appelée à croître différemment tandis que la vie communautaire propre à nos paroisses n'a pas à se dessécher mais à se réorganiser. Mais, comme on le dit souvent, "un chrétien isolé est un chrétien en danger" alors ne restez pas vraiment seuls dans votre confinement ! 

Voici quelques idées plus ou moins locales auxquelles vous pouvez vous joindre : 

 

Enfin, une belle proposition qui ne concerne pas que les catholiques, faite par les évêques de France pour l'Annonciation le 25 mars : 

 

mercredi, mars 18 2020

Affaire d'équilibre

https://static.pix-geeks.com/2017/01/le-rock-balancing-lart-tenir-pierres-equilibre-82169-650x433.jpg

Premier jour de confinement officiel, on se dit que ça va et, en même temps, qu'il faudra tenir tout cela dans la durée. Convient-il d'avoir un horaire rituélique peut-être de l'ordre d'une routine ou au contraire de laisser les heures s'étirer selon l'envie ? Entre rigidité extrême sans respiration et laisser-aller baba cool, il y a de la place pour nombre de nuances mais aussi pour nombre de déséquilibres.  

Aussi me suis-je fait un petit document façon journal avec un tableau et les 8 catégories qu'il me semblait important d'honorer au fil d'un confinement:  

Vie spirituelle - nourriture intellectuelle - Bien-être physique - lien à l'autre - travail ordinaire - tâche d'intérieur - émerveillement - divertissement

Il ne s'agit pas de cases à cocher au quotidien, ce qui n'aurait aucun intérêt sinon de s'auto-flageller si on ne coche pas tout, mais plutôt de préciser dans la case comment j'ai vécu - ou pas - cette dimension. Le cas échéant, si une colonne reste vide plusieurs jours de suite, elle sera peut-être à réinvestir davantage. 

Peut-être ce document pourra-t-il être utile à d'autres, aussi je vous le partage par ici >> "Pour un confinement épanoui" 

 

mardi, mars 17 2020

Direction Pâques

http://www.cannes.com/_contents-images/ametys-internal%253Asites/mairiecannes/ametys-internal%253Acontents/covid-19-commerces-et-entreprises-article/_metadata/content/_data/coronavirus_entreprise.jpg_268x560

C’est surprenant comme, parfois, on part tambour battant en carême avec nos efforts bien sentis : avec ça, direction Pâques, ça va dépoter, je vous le promets ! Et la vie nous rappelle à ses exigences : avant tous nos désirs de perfection, il faut accueillir le réel car c’est bien là que se situe le chemin de la sainteté. 

 

Et là, ce carême... quelle claque ! Rien ne se passe comme prévu ! Alors, certes, cela fait plusieurs années que je ne choisis pas tant « l’effort » qu’une révision de ma vie avant le carême façon contrôle technique devant le Seigneur afin de discerner les lieux poussiéreux ou ceux dont l’équilibre n’est guère assuré. Ce sont ces moyens de rééquilibrage qui viennent constituer mon « effort », le cœur d’un moteur qu’on décrasse un peu afin de cheminer mieux vers Pâques. 

 

Nous voici donc à ce Carême... Tout est chamboulé dans nos vies personnelles, certes, mais surtout le monde, ce vaste monde du plus lointain jusqu’à mon prochain, est souffrant. « Ils n’en mouraient pas tous, mais tous étaient touchés ». Et tous, nous nous retrouvons dans une situation non choisie, inconfortable au possible, souvent bien loin de nos efforts de carême... et pourtant, c’est toujours le carême, c’est toujours ce temps favorable vers Pâques. 

 

Et je crois qu’il n’y a pas de temps plus favorable pour consentir au réel, dans toutes ses dimensions : de celle spatiale du confinement à celle de nos tristesses, de nos peurs, de nos égoïsmes dans cette situation tendue. Si c’est toujours la confrontation au réel qui est vrai chemin de sainteté, loin de nos rêves éthérés, peut-il y a-t-il là, dans cette terrible adversité, une occasion à saisir ? Pour continuer notre chemin de carême, confinés, nous aurons à redécouvrir, à rechoisir, ce qui est le cœur de notre vie ; nous aurons sans doute à éprouver dans le manque et à redécouvrir ensuite combien nos relations humaines sont belles, riches, précieuses et uniques ; nous aurons à rebâtir nos vies sans accessoires, en choisissant les règles de vie simples qui permettent de tenir, malgré tout, une expérience debout, sans laisser tout aller à vau-l’eau. Enfin, s’il s’agit vraiment de retrouver l’Essentiel de nos vies, il s’agira de laisser Dieu creuser son sillon dans ces jours qui sont, tout autant que les autres, Siens et où Il marchera avec nous, main dans la main, dans le noir des nuits jusqu’à la lueur éclatante d’un matin de Pâques.

dimanche, mars 8 2020

Up and down de la transfiguration

http://3.bp.blogspot.com/-pyHv6Yck_vk/URhbGWuTE0I/AAAAAAAAAt8/ig5blC4gbYQ/s1600/transfiguration.jpg

 

« Écoutez-le ! » 

Trop souvent, Seigneur, 

Je ne suis pas assez à l’écoute de Ta Parole, 

Ou tout au moins, est-ce que j’ai envie, 

Toujours, de venir à Ta parole comme une source ? 

De lire et d’écouter Ta Parole comme un lieu où, vraiment, Te rencontrer ? 

 

« Il est bon que nous soyons ici ! » 

Trop souvent, Seigneur, 

Quand je suis avec Toi et que ça fait des papillons dans mon cœur – entendons-nous bien, c’est loin d’être toujours le cas – 

Bref, quand je prie avec bonheur, avec amour ou même simplement dans une aride mais, je le crois, féconde fidélité, 

J’ai envie de demeurer là, 

Dans ma bulle, loin des tracas du monde. 

 

« En descendant de la montagne », 

Trop souvent, Seigneur, 

Je ne suis pas assez prompte à témoigner de Toi, 

Ou peut-être bien rêvassant de cet ailleurs où Tu te trouverais, plus, mieux, pleinement ? 

Dans un ailleurs de hauteur où Tu surplomberais nos misères, 

Alors que c’est aussi dans la plaine que je peux Te rencontrer, 

Alors que c’est vers la plaine que Tu marches avec moi, 

Alors que c’est vers toutes les misères, tous les drames du monde que Tu te trouves et que Tu veux marcher, aussi, à travers moi. 

 

Tout le mouvement de notre vie chrétienne est dans ce va-et-vient permanent entre la montée de la montagne vers la Rencontre et la descente de celle-ci, aussi vers la Rencontre sous une autre modalité. 

Car Tu es présent, je le crois, aux sommets lumineux, 

Comme dans les vallées parfois moins éclairées quand surgit un nuage, 

Comme dans tous ces creux de nos vies qui sont parfois des gouffres sombres et noirs où, souvent, nous osons moins rapidement descendre ; 

Seigneur, donne-moi de savoir vivre toujours selon cette double dynamique : vers Toi, pour me ressourcer ; vers mes frères pour témoigner de Toi, avec mes frères pour vivre de Toi ; 

Cette simple dynamique du chrétien qui marche vers la Rencontre où le pousse l’Esprit. 

 

Evangile du jour

vendredi, mars 6 2020

Petite présentation du livre

J'en parlais précédemment ici même... voici en interview quelques éléments contenus dans ce livre sur La Réconciliation - chemin d'initiation et de croissance ecclésiales ! Sortie officielle un peu partout le 12 mars ! 
 

lundi, mars 2 2020

Et si le pire germe n'était pas celui du virus ?

http://www.hygiene-securite-alimentaire.fr/wp-content/uploads/2012/12/gel-hydroalcoolique.jpg

 

            Sans aller jusqu’aux noms d’oiseaux, on ne peut pas dire que le coronavirus laisse la cathosphère en paix : des règles d’hygiène aux complotismes les plus fous, il y a de quoi s’instruire, de quoi sourire mais aussi de quoi être largement agacé. 

 

            Plus qu’un nouveau virus, il semble que le Diviseur a largement versé ses ferments les plus puissants :

Comme s’il était impossible d’être pour les mesures sanitaires et pour le respect de l’eucharistie (et comme si cela dépendait vraiment d’une posture ou de l’autre) ;

Comme s’il était impossible d’être pour garder les églises ouvertes tout en reconnaissant qu’il faut prendre le maximum de précautions ;

Comme s'il était impossible d'être pour nos frères et soeurs les plus fragiles et d'être pour nous tourner vers Dieu ; 

Comme s’il était impossible d’être pour prier tout en étant pour appliquer les règles fixées par l’État (tout en sachant reconnaître l’absurdité de certaines concernant tel cas et pas tel autre : les églises ne sont évidemment pas plus dangereuses qu’un match de foot ou qu’un ciné ! Il faut le dire, dans la vérité ! D’ailleurs, nous, on purifie tout à l’encens et zou !) parce que nous, chrétiens, sommes aussi des citoyens.  

 

            Je suis fille de dentistes, j’ai grandi dans un univers à connotation médicale où, pourtant, nous n’allions chez le médecin que quand il fallait vraiment mais où la médecine et ses précautions n’ont jamais été mal vues mais au contraire, ont toujours été considérées comme un bon moyen. Alors, je suis inquiète de l’angélisme de certains de mes frères et sœurs chrétiens : pourquoi ne pas prendre ces moyens que le Seigneur nous donne ? Il me semble qu’il y a presque là quelque chose de l’ordre d’une tentation : « Seigneur, montre-nous que Tu es Dieu, dussions-nous mourir ». 

 

Mais, surtout, encore plus que tout cela, il y a urgence à arrêter de nous opposer entre ceux qui seraient purs et durs et ceux qui seraient faibles et mous ; il y a à commencer à nous tenir dans une même prière que ce soit, ou non, dans le même lieu et dans une même unité : sans peur mais en confiant au Seigneur tous les souffrants, tous les soignants et aussi toute la peur réelle autour d’une épidémie qui pourrait dépasser non sans doute la mortalité mais bien toucher les plus fragiles tout en débordant les possibles de nos hôpitaux déjà impossiblement bondés. 

 

Car il faut tenir, je crois, l’un et l’autre, la dimension verticale et la dimension horizontale ensemble, ce qui est somme toute assez logique dans une religion dont la croix est l’un des symboles. Je me rappelle d’une expression qui m’avait marquée d’une des dernières homélies de messe chrismale de Mgr Daucourt sur le fait que les chrétiens sont « des réalistes donnant le primat à la grâce ». Il me semble que là est la clef et que le discernement des attitudes à tenir se trouve à ce point crucial, justement, entre primat de la grâce et réalisme de nos vies et de notre pays. 

 

 

dimanche, mars 1 2020

1er dimanche de carême... pas si debout ?

https://www.photo.rmn.fr/CorexDoc/RMN/Media/TR1/GIOZ4U/07-506153.jpg

 

 

            Méditer en carême sur le fait d’être debout… alors que, si souvent, il faut bien l’avouer, nous sommes chancelants, voire à terre, si fragiles dans notre humanité. 

 

            D’ailleurs, il me semble même, à lire les textes du jour un peu en recul, que la première lecture du livre de la Genèse et l’évangile de ce dimanche sur les tentations de Jésus au désert nous invitent à ne pas nous laisser prendre au piège de croire que nous sommes toujours debout mais que nous sommes invités aussi à mieux regarder notre propre humanité. 

 

            Il est une tentation qui serait de croire que nous sommes rassasiés, que nous n’avons plus faim, repus, possédant tout… sans aucune place pour laisser croître le désir de Dieu. 

            Il est une tentation qui chercherait à faire croire aux autres que nous ne sommes jamais blessés, que nous sommes des solides, des sans faille… sans aucune place pour nous laisser toucher, pour rejoindre l’autre dans notre commune vulnérabilité. 

            Il est une tentation qui nous laisserait fanfaronner, debout, accaparés par la vision des idoles que nous nous forgeons dans nos vies, à essayer de nous hisser à leur hauteur illusoire au lieu de regarder à notre hauteur d’homme et de femme, humblement, pieds à terre, vers Celui dont nous attendons tout qui, Lui, vient toujours nous rejoindre là où nous en sommes. 

 

            Quand le Christ, Lui, n’a pas besoin d’en ajouter pour dire qui Il est parce qu’Il est justement Celui qui est, le carême est probablement, de notre côté, un temps pour croître dans la vérité de notre humanité. La tentation, du côté du Seigneur comme du nôtre, serait de ne pas être ce que nous sommes. Alors, si nous sommes bien effectivement appelés à être debout, soyons vrais, appelons-Le et laissons-nous relever de nos gamelles ! 

 

            La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant, écrivait st Irénée, l’homme debout mais je crois que la gloire de Dieu c'est surtout l’homme qui se laisse relever, à chaque fois, par Son Sauveur. 

 

(Textes du 1er dim. de Carême année A)

 

mercredi, février 26 2020

Debout le mercredi des Cendres (ou pas)

 

Mercredi des Cendres... et ça commence plutôt mal pour un carême debout : 

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites :
ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours
pour bien se montrer aux hommes quand ils prient.

Certes, il s'agit de ne pas se montrer en spectacle, de ne pas se la raconter devant nos frères parce que franchement, on ne vaut pas chers nous non plus... mais s'il y avait autre chose, aussi ? 

Si, parfois, notre hypocrisie n'est pas tant dans le rapport à l'autre que dans le fait que notre posture n'est pas du tout accordée à l'élan ou peut-être à l'arrêt, de notre coeur vers Dieu ? Que nous nous mettons debout bien souvent par habitude, sans y réfléchir, sans y penser. Peut-être pour bien nous montrer à nous-mêmes comme nous prions bien. 

Et si cette parole était aussi pour nous rappeler que la prière peut se faire n'importe où, dans n'importe quelle position ? Un moyen de nous redire que ce qui compte foncièrement, c'est que cette posture corresponde à notre relation à Dieu à ce moment-là. Je n'ai pas toujours envie d'être dans le claironnant et le triomphant affirmatif avec Lui : j'aime adorer à genoux tout comme j'aime m'asseoir dans un silence d'écoute. Souvent, le soir, je prie en tailleur par commodité et, les jours où ma prière se fait offrande ou pleurs, il m'arrive de poser mon front à terre. 

Tout comme il n'y a pas que les synagogues, les églises, les carrefours et les croisées de nos chemins qui sont des lieux de prière. Ce qui compte, c'est la Rencontre et le murmure priant d'une relation sans cesse entretenue. Et si le carême était temps favorable pour mettre en place un temps plus en vérité avec Lui ? 

 

Debout en carême !

Je ne sais pas dans quelle mesure je serai capable - ou non - de proposer des méditations irrégulières mais pour ce carême, ce thème s’est imposé à moi. Pour deux raisons essentiellement : 

  • Parce que debout c’est la posture du ressuscité et que c’est bien vers Pâques que nous sommes tendus. 
  • Et puis pour une raison plus personnelle... parce que, même si j’ai reçu le don d’une joie qui ne vient pas de moi, je n’ai pas la naïveté de croire que tout va bien dans notre monde. Avant les vacances, même, saisie par la violence de ce qui se passait dans les lycées au niveau du passage des E3C, je me suis encore redit combien profondément  le monde était sombre de toutes les crises sociales, societales, écologiques et tant d’autres qui le hantent. Et c’est alors une figure debout qui est venue habiter ma prière, une femme, touchée mais non écroulée, Marie au pied de la croix, cette figure de l’espérance. 

 

C’est entre ces deux figures que je veux habiter et vivre ce carême, moi aussi debout : alors, quand le jour s’y prêtera, il y aura quelques mots ici pour vivre, avec moi si vous le souhaitez, debout en carême.

dimanche, février 16 2020

Comme un caillou dans la chaussure

https://get.pxhere.com/photo/shoe-leather-stone-leg-full-gravel-pebbles-sneakers-footwear-difficult-children-footwear-difficult-to-move-heavy-leg-feeling-outdoor-shoe-675743.jpg

            Comme prof, il y a des moments où tu regardes avec une certaine satisfaction des bouts de chemin parcourus par tes élèves ou, tout simplement dans mon cas, une classe qui va mieux, même si c’est loin d’être parfait. Et puis, il y a toujours lui (mais ça pourrait être un autre) : lui qui a probablement un problème d’ordre psychologique, qui ne fait rien comme il faut, qui te soule grave parfois, qui n’adopte jamais le comportement d’un élève face à l’adulte, qui a un seul cahier pour toutes les matières depuis le début de l’année, qui commet des actes incroyables d’incohérence en classe, qui joue avec tes limites…

 

            Et là, tu te retrouves vraiment justement face à tes limites : tu cherches à garder patience, tu y arrives le plus souvent mais, parfois, ben non, ça rate. Tu râles, tu t’énerves, tu cries un bon coup et après, bien sûr, tu t’en veux d’avoir manqué le coche de ton rôle de prof, de ton rôle d’éducatrice auprès de lui. Et c’est dur. 

 

            Cet élève ou ces élèves qui t’échappent, qui échappent finalement aux règles du système scolaire, sur lesquels tu n’auras jamais vraiment une quelconque prise sont aussi là pour te rappeler à l’humilité. Ils sont comme le petit caillou dans la chaussure qui vient déranger une marche bien huilée, ils viennent t’irriter, te blesser mais te rappellent aussi que si tu ne prêtes pas attention à un petit bout du membre d’un corps, c’est le corps tout entier qui a mal. Non, ta classe ne va pas vraiment mieux si lui continue d’aller mal. 

 

            Alors, tu sais que ce n’est pas dans les méandres de ton intellect ou du système scolaire français que tu auras la solution. Et tu sais que si tu en restes là, tu ne feras que crier sans avancer : ce petit caillou blessant, il vient bien bien souvent te rappeler aussi combien tu as encore à apprendre à aimer. A aimer vraiment, c’est-à-dire même celui qui dérange, car quel intérêt si nous n’aimions que ceux qui nous aiment ? Même les païens en font autant dit l’Evangile ! Car, même sans solution formelle, c’est seulement dans l’amour que le regard s’éclaircit, que la patience grandit, que la commune humanité ressurgit au-delà des défaillances : alors, Seigneur, enseigne-moi, à travers lui, pour lui, toujours plus, toujours plus justement, comment Toi, tu sais aimer, à pure perte, à plein don, apprends-moi simplement comment tu aimes aimer, Toi et à le faire à Ta suite. 

 

mercredi, janvier 29 2020

Le projet en précommande

 
Addendum 31 janvier - le book-trailer 

lundi, janvier 27 2020

La vraie vie d’un prof de lycée en éducation prioritaire par temps troublés de réforme

 

Attention, il ne s’agit pas ici d’un n-ième récit plaintif de prof pour dire que c’était mieux avant : j’aime profondément enseigner et accompagner les élèves au quotidien dans leur croissance. Néanmoins, la tournure actuelle des événements m’énerve : je ne revendique rien mais je vois les annonces concernant le métier de prof s’alourdir, bien au-delà de la réforme des retraites, et de trop nombreuses personnes extérieures à notre métier, y compris parmi mes proches, expliquer que les profs doivent arrêter de râler et que cela commence à bien faire. Seulement, outre ces annonces qui risquent vraiment de continuer à diluer le sens de notre profession, ceux-ci ne connaissent pas l’état actuel survolté des lycées, en cette période où les réformes du nouveau bac commencent – ou pas – à s’appliquer et chez les lycéens, et chez leurs professeurs. Cette journée écoulée étant particulièrement paradigmatique d’une journée de prof en lycée général d’éducation prioritaire en cette période, je vous la raconte, plutôt sous la forme d’une suite d’instantanés car, mine de rien, j’ai du travail, en bonne feignasse de prof. Commençons donc, aujourd’hui, je devais assurer 4h de cours, de 11h à 13h, puis de 14h à 16h…  

 

7h, le réveil sonne. Trop tôt par rapport aux lundis ordinaires mais je dois me rendre au lycée pour 9h, rendez-vous avec plusieurs professionnels, de l’éducation et de la santé, pour une élève déscolarisée, en grande détresse, qui doit retrouver le chemin de l’école. 

 

Laudes, à moitié endormie. Je confie ce premier rdv, épineux, au Seigneur et je me dis qu’aujourd’hui, ça risque d’être la loose : les fameuses « E3C », épreuves du « nouveau bac », sont prévues chez nous mardi et mercredi et, vu les messages des collègues hier soir et les réactions des élèves la semaine dernière, ça ne devrait pas être serein. Petit-déj rapide et départ, mal au ventre car angoissée par la situation. 

 

Grrrrr des bouchons ! 

 

9h, j’arrive tout juste, je demande au secrétariat où va être la réunion. On m’indique la salle mais en m’informant d’un changement de dernière minute : la réunion ne sera qu’à 9h30. Joie. 

 

Qu’à cela ne tienne, je vais corriger quelques copies dans la « salle de collection » : ah ben tiens, comme la semaine dernière, il n’y a pas de chauffage. De toute façon, je suis vite dérangée par les hurlements dans le couloir qui me font aller voir pour renforcer la présence d’adultes : les élèves s’énervent et mettent en place un blocus progressif pour protester contre les E3C. 

 

9h30 : on se retrouve en salle de réunion, il manque encore l’élève concernée avec sa mère. On prend un café, j’en profite pour échanger sur le cas de certains de mes élèves avec l’infirmière présente, ne perdons pas un instant. On convient de se retrouver à 16h pour parler d’une élève qui nous semble en danger. 

 

Lire la suite...

dimanche, janvier 26 2020

Le dimanche de la Parole de Dieu ? Aussitôt !

 

https://i.pinimg.com/originals/c5/e5/cc/c5e5cca84a9c5ec805480af7b595dabf.jpg

 

« Il les appela. Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent. » 

(Evangile IIIème dimanche du T.O., année A – dimanche de la Parole de Dieu)

 

« Aussitôt » : quelle promptitude impressionnante ! Le lecteur de l’évangile selon saint Marc est habitué aux nombreux « et aussitôt » qui scandent l’évangile ; ils sont moins nombreux chez Matthieu que nous lisons en cette année A mais, pourtant, ils disent aussi, me semble-t-il, quelque chose de l’ordre d’une réalité forte pour chacun de nous. 

 

Pourquoi ? Pour nous dire que le changement de vie, c’est maintenant ? Oui et non. Il est facile de se dire : oui, eh bien, ils étaient déjà super disposés à accueillir la Parole du Sauveur, ils étaient du style juifs formés à 300%, attendant de pied et de barque fermes le Messie : rien à voir avec nous. Peut-être. Mais c’étaient de pauvres pêcheurs, sans doute de pauvres pécheurs : en cela, ils avaient tout à voir avec nous. 

 

Le « aussitôt » n’est pas tant dans l’action, il est de l’ordre de notre disponibilité à accueillir Sa parole vivante qui nous est adressée. Cette disponibilité consiste surtout à disposer notre cœur pour L’écouter, à conserver notre cœur suffisamment libre et non pas encombré sous les diverses idoles, de toutes sortes, que nous formons et qui embroussaillent notre vie : préoccupations, addictions, tiédeurs, bref, tout ce qui empêche d’aimer en retenant captif notre cœur. Alors, « aussitôt », la Parole tombe non dans le vide, non comme un coup dans l'eau faisant d’inutiles cercles, mais bien dans un cœur, vivant lui aussi, apte à répondre. 

 

Ce qui est en jeu, ce n’est pas alors de laisser notre barque et notre père, mais de Le suivre : c’est accepter d’entrer dans cet itinéraire surprenant de suite du Christ. Les apôtres, dans cette péricope, n’ont pas atteint une fin mais bien un début de compagnonnage fécond : c’est le même qui nous est proposé chaque fois que nous ouvrons la Bible, « aussitôt » que nous lisons la Parole de Dieu. 

 

Comme le titrait en effet le frère François Cassingena-Trevedy dans un court traité sur la lectio divina, tout change « quand la Parole prend feu ». Quand notre cœur est libre pour écouter, la Bible n’est pas un texte mort, le livre sacré d’une religion du livre, mais s’emplit des paroles savoureuses de Celui qui est vivant et qui nous aime, des paroles amoureuses qui transforment, « aussitôt » et à chaque fois à nouveau, notre existence en profondeur. 

 

mardi, janvier 21 2020

Divers mots ailleurs

https://www.lesmotspositifs.com/wp-content/uploads/2018/12/herbe_voisin_citation.jpg

La fin bien occupée d'un projet et quelques autres priorités m'ont tenue un peu éloignée d'ici mais, en attendant mieux, j'ai commis quelques petites choses ailleurs en papier et sur le web (payantes pour accéder à la totalité du contenu malheureusement !)... Alors, histoire de vous occuper si vous le désirez :  

Pas grand chose par rapport à tant de délaissement ici ? 

Bon, ok, il y a aussi un chouette dossier autour de la "Parole de Dieu" dans le dernier numéro de la revue Vocations de l'oeuvre des vocations auquel j'ai eu la joie de contribuer parmi d'autres. Si vous ne recevez pas encore cette revue de l'Oeuvre des Vocations (qui vous permet, suivez bien, de faire une bonne oeuvre pour les vocations comme son nom l'indique ! Incroyable, non ?), c'est de ce côté-là pour vous abonner : s'abonner au magazine.  

A bientôt ! :-) 

 

vendredi, janvier 10 2020

La prière, lieu privilégié de l’interreligieux

https://images.unsplash.com/photo-1542042179-03efeb269b35?ixlib=rb-1.2.1&ixid=eyJhcHBfaWQiOjEyMDd9&auto=format&fit=crop&w=400&q=60

 

 

            Mercredi soir, à la messe, comme souvent, je pensais à mes élèves. Au moment de l’offertoire, j’aime regarder intensément ce qui se passe à l’autel et, surtout, prier d’une manière toute spéciale. Mon premier père spi de moine, quand ce n’était pas la messe conventuelle, disait souvent, à ce moment, quelque chose de ce style : « présentons, offrons toutes nos pauvres vies au Seigneur pour qu’Il les prenne en Son eucharistie » : c’est ce que je fais et, souvent, ce qui habite ma pauvre vie, ce sont mes élèves ou le souci plus spécifique de tel ou tel. 

 

            Mercredi soir à la messe donc, c’était ce garçon qui habitait plus spécialement mon cœur, arrivé plus tard que la rentrée dans ma classe mais désormais bien intégré. Ce garçon ? Un « migrant », accueilli en foyer, protégé heureusement par notre pays mais qui revient de loin sur tous les plans – et notons bien que tous n’ont pas cette chance, nous venons de le voir avec cet enfant mort dans le train d’atterrissage d’un avion. Ce n’est pas si facile pour lui mais il fait preuve d’une volonté incroyable. Et mercredi donc, j’avais appris que  mon projet de le faire participer à notre voyage scolaire, ce dont il rêvait, tombait à l’eau pour des raisons administratives. Alors, c’est cet élève que j’ai présenté au Seigneur dans le creux de ma vie lorsque le célébrant présentait les dons. 

 

            Cet élève, comme tant d’autres, comme la plupart de ceux dont je porte le souci, porte un prénom musulman. Ces élèves prient Allah et non le Dieu Un et Trine, s’étant révélé à nous en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai homme. Et pourtant, au-delà de toutes les discussions théoriques dont je ne nie certes pas l’importance, j’aime bien voir là, dans cette simple prière à dimension eucharistique, une belle forme de dialogue interreligieux : parce que je crois qu’Ils sont aussi, d’une manière cachée, à Lui. 

 

 

dimanche, janvier 5 2020

Epiphanie 2020

https://nominis.cef.fr/images/gallerie/epiphaniehyeres.jpg

Epiphanie... Je me dis que, souvent, nous venons à Lui non avec un cadeau mais bien les mains encombrées de tout plein de choses dont nous ne savons nous défaire, sans avoir la simplicité de venir ou directement les mains vides pour Le recevoir, ou plus certainement, d'offrir ce que portent nos mains de varié pour les libérer en allant vers Lui. 

Car ce qui nous encombre peut également être cadeau et moyen tout spécial de Le rencontrer : dans l'or de nos moments lumineux, dans l'encens des moments parfumés de la prière et, enfin, aussi, dans la myrrhe de toutes nos morts. Alors, "prends Seigneur et reçois" pour que, dans nos vies, nous sachions voir Tes épiphanies ! 

 

- page 2 de 97 -