Zabou the terrible

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dimanche, décembre 25 2011

Joyeux Noël !

au Mt St Michel

 

Prière silencieuse,

Veille dans le silence de la nuit, 

Soudaine clameur !

 

« Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ainsi le pouvoir s'étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l'amour invincible du Seigneur de l'univers. » (Isaïe IX)

 

Heureux Noël à tous dans l’accueil confiant du Seigneur :

qu’Il soit notre Joie !

 

vendredi, décembre 23 2011

Réveiller le puits


Ce matin, j’ai fini mes courses de Noël.

 

Rien que du très ordinaire pour un 23 décembre : de la foule, du monde ; des gens pressés, des gens qui mendient dans une indifférence presque générale, des gens qui se font la gueule et qui se castagnent, des gens qui attendent le train en se bousculant, des gens avec des paquets dans tous leurs bras… Veille de fête.

 

La tête dans la lune ou peut-être quelque peu au ciel, je songeais à Noël, au p’tit Jésus qui se faisait homme, et ça me rendait profondément joyeuse ; et ça me faisait sourire.

 

Une personne croisée toute tristoune a pensé que c’était à elle que je souriais et les commissures de ses lèvres se sont élargies : elle m’a rendu mon sourire, ce qui a eu pour simple effet de me faire sourire encore plus.

 

La joie, la fête, Noël : quel sens ?

 

Je n’aime pas crier haro sur mes frères les hommes, m’indigner trop parce qu’un de mes professeurs m’a fait découvrir l’expression « vacances de fin d’année » pour parler de celles de Noël…

 

Mais ce simple sourire soudain dessiné dans la foule aussi compacte qu’opaque illumina ma matinée.

 

Et, plutôt que de râler sur la perte de sens, sur le mercantilisme d’une fête si intensément chrétienne, j’ai songé à un épisode du Petit Prince pas si naïf qu'il le semble : un passage qui nous engage tous profondément à veiller, à éveiller, à réveiller :

 

- Les hommes, dit le petit prince, ils s’enfournent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu’ils cherchent. Alors ils s’agitent et tournent en rond…

Et il ajouta :

- Ce n’est pas la peine…

 

Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n’y avait là aucun village et je croyais rêver.

 

- C’est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt : la poulie, le seau et la corde…

 

Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.

- Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante »

 

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

 

mercredi, décembre 21 2011

Santons mais pas sans teint


La crèche, c’est toujours un joyeux bazar, surtout quand c'est moi qui l'organise ! 

 

 

 

Elle est grande, bizarrement installée pour éviter les atteintes d’un roux félidé mais, surtout, constituée de toute une humanité « santonnée ».

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mardi, décembre 20 2011

Qui loue en tout ? Ut in omnibus...


 

(vu en la cathédrale de Saint-Malo)

 

Version moderne du « ravi » de nos crèches ?

Optimisme béat new age ?

 

Nécessaire conversion du « qui loue tout » à « qui loue en tout », oui…

 

Mais nouvel instrument de louange au service de nos églises et surtout de nous-mêmes ?

 

Car rappel, même dans le numéro « indigo » de l’Avent,

que la Joie, bien que don, peut être tâcheronne

mais qu’elle est tellement, tellement porteuse.

 

dimanche, décembre 18 2011

Où demeures-Tu ?

 

Jeudi matin dernier, le trimestre touchant à sa fin ;  

L’inattendu de trains supprimés

Me fit avec colère un cours rater,

Avec joie une messe gagner ; 

A quelques jours de Noël. 

 

A quelques jours de Noël…

L’Avent fut pour moi cette année non difficile mais tout rugueux :

Simplement, l’Avent fut pour moi expérience de fatigue et de faiblesse.

Temps de l’Avent, temps du dépouillement : rime moins évidente qu’en apparence car rime de vie.

 

Mais mon Avent, mais l’Avent – comme toujours en fait, chaque année différemment – fut en réalité grandissement dans l’Espérance :

A 10 jours de Noël, j’en distinguais déjà dans les nuits les lueurs grandissantes, envisagées avec une confiance renouvelée : simples joyaux de mes simples journées, vécues en Présence, confiées, données.

 

Une messe donc, une simple messe ;

La chaleur humaine d’une froide église bien remplie ;

Dieu présent dans le pain de la Parole et dans Celui de la Vie ;

Et un chant de communion qui venait comme, déjà, parapher une fin d’Avent :

 

Tu es là présent livré pour nous

Toi le tout petit le Serviteur

Toi le Tout-Puissant, humblement Tu T’abaisses

Tu fais Ta demeure en nous Seigneur

 

Parapher une fin ?

Pas tout à fait…

Parapher plutôt, d’un même élan,

une Foi et une faim,

Un « déjà là », un « encore plus » et un « pas encore » :

Ô viens Seigneur Jésus.

 

jeudi, décembre 15 2011

A 10 jours de Noël

Station St Michel... l'archange, bien sûr !

Regarde le ciel... 
Vois, déjà, se lever Son Etoile ! 
 
 Les pieds bien sur terre, occupés à l'arpenter, 
Coeur et regard ouverts au plus sombre des souterrains, au plus noir des nuits,
Pour préparer Sa venue. 

mercredi, décembre 14 2011

Pourquoi Lettres ?



- Dis, Zabou, dis, pourquoi tu étudies les Lettres ? 

- Parce que j'aime ça et vraiment ? 

On m'a reposé à plusieurs reprises cette question ces derniers temps, les Lettres apparaissant à beaucoup comme une activité relativement futile, proche de la détente. 

Au-delà d'une simple réponse de goût personnel - qui est réel !-, j'aimerais aussi donner celle de Benoît XVI lors de son discours au monde de la culture à Paris, le 12 septembre 2008. Il parle des moines mais, puisqu'il s'agit dans son discours de retracer l'histoire de la culture européenne, c'est bien à chacun de nous qu'il s'adresse et en particulier à l'idéal du lettré chrétien. Un vrai bel idéal. 

 

« Quaerere Deum […] La recherche de Dieu requiert donc, intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait dom Jean Leclercq : eschatologie et grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l’une de l’autre. Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque, dans la parole biblique, Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes.

 

La bibliothèque faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l’école. Ces deux lieux ouvraient concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola, une école du service du Seigneur. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprendre à percevoir au milieu des paroles, la Parole. »

 

Benoît XVI

 

mardi, décembre 13 2011

E(s)pris de sainteté, viens combler nos cœurs

 

Il y a quelques jours, à la suite d’une bête remarque de ma part sur internet[1], je me suis fait traiter d’ « esprit empreint de sainteté ».

 

Parce que je ne me pense pas « empreinte » d’une sainteté bien trop haute pour moi (ou alors je me sens pied, si vous préférez, ça oui, en marche), pécheresse comme chacun, je préfère marquer « éprise » de sainteté.

 

Cela était certes dit pour me renvoyer au modèle d’une sainteté mièvre et pudibonde que les images sulpiciennes rose bonbon et autres histoires niaiseuses pour enfants ont contribué à forger dans l’imaginaire collectif[2].

 

Mais la sainteté, ce n’est pas ça.

 

La sainteté, ce n’est pas un refus généralisé de tout ce qui touche à la vie humaine. « Au contraire, tes disciples mangent et boivent ! »[3] s’exclamaient les pharisiens et les scribes, outrés[4], à Jésus. Et ce n’est pas inversement réservé – ce que pensent d’autres personnes – à des surhommes et à des surfemmes, embrassant seuls des chemins aussi périlleux que glorieux : une perfection inaccessible ? La sainteté, c’est notre appel commun, à tous.

Quelle que soit notre voie pour y répondre, nous y sommes tous attendus.

 

La sainteté, c’est un accueil jour après jour de Dieu et de ce qu’Il nous donne de vivre.

La sainteté, c’est l’apprentissage de l’Amour, dans une grâce et une liberté qui se répondent harmonieusement.

La sainteté, c’est choisir cet Amour, inconditionnellement ; et désirer en vivre, profondément.

La sainteté, c’est un chemin abrupt aussi, oui, parce qu’il est chemin de toute notre humanité dans la suite du Christ et qu’il est donc aussi travail au plus profond de soi, dans les rugosités de nos êtres.

 

Mais la sainteté, c’est un chemin sur lequel il est beau de s’engager ;

Sur lequel, en fait, il est juste chrétien de s’avancer et qu’on ou tout au moins que, moi, j’ai trop tendance à oublier dans mes dizaines de préoccupations quotidiennes.

 

Je remercie la personne qui m’a fait cette remarque parce qu’en ce temps de l’Avent, cela m’appelle particulièrement à vivifier mon désir de sainteté,

A être pour de vrai « éprise de sainteté » dans l’accueil jour après jour, du don de Dieu, désiré ;

Don vivant à accueillir, à laisser vivre en moi, pour être un jour, non pas canonisée, mais bien, pour de vrai et pour mes frères, être « empreinte de sainteté ».

 



[1] peut-être un peu idiote d’ailleurs. En tout cas, certainement inutile.

[2] Façon Ste Thérèse et les roses autour vous voyez…

[3] Luc v, 33.

[4] Comme de vieilles outres… mais vous n’étiez vraiment pas obligés de lire cette note ! 

jeudi, décembre 8 2011

Un mec crade

Un mec crade

 

 

Sortir des cours, fatiguée, comme toujours en ce moment ;

Courir pour rentrer travailler, encore, un peu plus, claquée ;

Décembre, juste avant les vacances : c’est la mauvaise période pour l’agrégatif.

Il est tout pâle ; il n’a pas le temps ; il a du mal avec son réveille-matin : la loose intégrale.

 

Gare St Lazare : ouf, la moitié du trajet est faite. A quelle heure mon train ?

 

C’est là qu’un mec tout sale s’approcha de moi, le type qui donne envie de le repousser direct : aviné, les cheveux crasseux, le reste pas moins, brinquebalant, la gueule en biais.

 

Et le raisonnement peu glorieux se met en place, tout naturellement, trop facilement : la lâcheté ordinaire quoi. Non, non, non, qu’il ne m’adresse pas la parole, pas envie, là, autre chose à faire ! Puis, il y a plein de monde dans cette gare pour s’occuper de lui, quoi ! Zut, il s’approche de moi, faisons mine de ne l’avoir pas vu… raté.

 

- Bonjou’ Gniéniorqmherimhqr ?

- Euh, bonjour, oui, pardon ? Excusez-moi, je n’ai pas compris ?

- Madm’selle, tu peux changer mon médaillon autour du cou ?

 

Là, je n’ai vraiment rien compris à cette demande étrange… Il avait un médaillon autour du cou, oui : un cœur tenu par une chainette. Mais pourquoi le « changer » ? Le quiproquo dura quelques secondes car je ne comprenais vraiment pas ce qu’il souhaitait. Au bout d’un moment, je compris : il fallait l’aider à enlever la chaine autour de son cou pour remettre le pendentif dans l’autre sens.

 

Je ne voyais pas l’intérêt…

Jusqu’à ce que je découvre que le pendentif avait deux faces :

Et le cœur tout emmêlé devient le cœur côté brillant de faux diamants.

 

- T’sais pourquoi je porte ça autour du cou ?

- Parce que le cœur, c’est l’amour ?

- P’tite m’selle, moi, j’porte un cœur parce que je veux aimer tout le monde. ».

 

Sciée j’étais.

 

Il m’a ensuite parlé de sa misère, de sa famille qui le rejetait : la bouche toute empâtée, je n’ai pas tout compris, mais je tâchais de l’écouter. Et puis, en guise de finale :

« Tu vois ce cœur là que je porte parce que je veux aimer tout le monde. Toi, merci. Tiens, je l’embrasse, j’embrasse ma main et je la mets sur ton épaule. Pour que toi aussi, tu sois forte et que tu aimes tout le monde. »

 

J’ai encore une fois failli rater mon train mais je n’ai pas regretté…

 

Dans le train, j’ai regardé la discrète croix que je porte toujours autour de mon cou :

Tu sais vraiment comment T’y prendre, Toi, pour qu’on ne T’oublie pas, hein ?

J’ai souri, puis en mon cœur s’est élevée une prière en guise de merci.

 

lundi, décembre 5 2011

Mes doux lapins…

 

Quand j’étais animatrice d’aumônerie en lycée, on causait de problèmes super graves, genre t’es stylo plume ou stylo bille ? T’es « fraises tagada » ou plutôt « schtroumpfs ? » Bon, aussi oui, bien sûr, mais en fait, on tâchait surtout de découvrir Dieu à l’œuvre dans nos vies et toujours un peu mieux, Bible ouverte et vies prêtes à s’ouvrir.

 

Pourtant, particulièrement quand on est ado, y a des points qui coincent et qui font qu’ils ont bien souvent du mal à faire rimer ça avec « catho ». Ca vient comme ça, quand on ne s’y attend pas et pourtant avec la même fréquence que les averses en Normandie :

 

« Nan, mais l’Eglise, elle est réac quoi…

Pas du tout adaptée. Elle n’y connaît rien ! »

Avec, en bonus potentiel, un léger soupir de dédain l’accompagnant.

 

Sur ce sujet, à tous les coups l’on gagne quand l’on commence à parler amourettes et puis, d’un coup, amour et sexualité.

 

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Ubi voces clamantes, Deus ibi est

 

Si l’on associe facilement désert et carême, l’association de ce lieu avec l’avent paraît moins immédiate. L’espace de l’Avent semble résider dans ce désir qui se creuse, non pas en un seul mais en tous lieux, nous creusant en même temps pour faire place à l’Avènement.

 

Mais ce matin, une phrase d’Evangile me secoua, me réveilla de ma torpeur :

« A travers le désert, une voix crie »

 

Une voix : Jean-Baptiste, le Précurseur ;

celui qui annonce, celui qui prépare,

celui qui s’efface pour laisser transparaître Celui en qui le Père a mis tout son amour.

Il crie de préparer le chemin du Seigneur, il crie d’aplanir sa route !

 

Il crie, il crie avec tout son cœur :

Mais il crie dans l’immensité désertique…

Et pourtant je connais cette voix.

 

Cette voix de ceux qui parlent en y mettant tout ce qu’ils sont, sans savoir s’ils seront entendus 

Cette voix de tous ces responsables dans l’Eglise, à tous les niveaux, qui proposent, qui osent, sans avoir d’échos, en ignorant où cela ira.

Cette voix qui cherche à s’exprimer dans le brouhaha ambiant, à dire une parole apaisante quand les poings et les armes sont de sortie ;

Voix dans le désert.

 

Cette voix des petits, de tous les petits, qui hurlent leur faiblesse

Cette voix de ceux à qui l’on ne laisse plus voix au chapitre : trop vieux, pas assez ceci ou peut-être trop cela – t’es catalogué, t’as plus ta place.

Voix dans le désert.

 

Ces murmures, ces râles, de celui qui va mourir, qui n’en a plus pour longtemps

Ces braillements de l’enfant délaissé par ses parents, trop occupés à se lancer leurs quatre vérités dans la figure ;

Ces hurlements jetés par le malade devant lequel on se sent juste terriblement impuissant ;

Voix dans le désert.

 

Ces mots lancés, ces cris jetés,

Ces paroles qui résonnent dans un espace semblant infiniment vide,

Elles viennent habiter au cœur de Dieu, qui n’en oublie aucune, de ces voix,

De ces voix que je crois particulièrement chères à Son cœur de Père.

 

Elles sont les voix qui L’annoncent tout particulièrement,

Qui préparent Sa route dans l’humilité ;

 

Elles sont les voix qui trouvent heureusement, parfois, l’oreille et surtout le cœur d’un pèlerin un peu égaré, perdu sur la route de son désir fou,

Elles trouvent alors le chemin d’un cœur prêt à les recueillir, à les accueillir

A leur donner cette simple réponse que ces voix espèrent : l’écoute.

 

Et ce pèlerin, et ce chrétien, pourra alors porter cette voix,

Juste un peu plus loin,

En guise de semence de Bonne nouvelle.

 

 

  

mercredi, novembre 30 2011

L'être au rebut ?

 

L’être au rebut ? Pour personne, je préférerais pas ! Un petit texte à la saveur aigre-douce pour vivifier notre humanité en ce début d’Avent.

 

« La rumeur, donc, voulait que Bartleby eût exercé une fonction subalterne au service des Lettres au Rebut de Washington, et qu’il en eût été soudainement jeté hors par un changement administratif. Quand je songe à cette rumeur, je puis à peine exprimer l’émotion qui s’empare de moi. Les lettres au rebut ! Cela ne rend-il point le son d’hommes au rebut ? Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ? Car on les brûle chaque année par charretées. Parfois, des feuillets pliés, le pâle employé tire un anneau : le doigt auquel il fut destiné s’effrite peut-être dans la tombe ; un billet de banque que la charité envoya en toute hâte. Celui qu’il eût secouru ne mange plus, ne connaît plus la faim ; un pardon pour des êtres qui moururent bourrelés de remords ; un espoir pour des êtres qui moururent désespérés ; de bonnes nouvelles pour des êtres qui moururent accablés par le malheur.

Messages de vie, ces lettres courent vers la mort.

Ah ! Bartleby ! Ah humanité ! »

 

Excipit de Herman Melville, Bartleby le scribe

 

mardi, novembre 29 2011

Faibles forts


Je m’attendais ce matin à écouter la si belle 1ère lecture du jour (Is XI, 1-10) que j’apprécie tant. Raté : le prêtre choisit de célébrer la messe votive pour les malades et les handicapés.

 

Au lieu de prier avec les textes attendus, j’ai dû en écouter d’autres qui se répondaient et me laisser surprendre par eux. Et, parce que les circonstances le voulaient, me laisser toucher et porter par eux : clin-Dieu…

 

« Mais il m'a déclaré :

« Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. »

Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi. C'est pourquoi j'accepte de grand cœur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. »

 

Paroles de folie ; paroles de Foi ! 

 

Nous faisons tous, un jour ou l’autre, l’expérience de la faiblesse,

Chez l’autre, mais aussi en nous ;

Expérience de l’inquiétude, expérience de l’angoisse,

De se sentir dépassé, sans pouvoir faire ce que l’on avait prévu ; 

C’est la maladie ; c’est la blessure ;

C’est la faiblesse insupportable.

 

Et c’est le moment favorable pour se confier et se reconfier à Dieu

C’est le moment non de la résignation mais de l’accueil en une confiance renouvelée :

Le moment, souvent craintif, souvent dans le noir, du « que vivrai-je ? Je ne sais… mais avec Toi, mon Dieu ; avec Toi ».

 

Ce matin, cette messe si priante,

C’était le moment de prier pour tous les malades de ma paroisse, puis pour tous ceux que je connais, mais aussi pour chaque être humain, si vulnérable…  

Et donc pour moi, aussi :

Que Sa Force donne chaque jour sa mesure dans ma faiblesse !

 

C’est cette présence du Christ que nous nous préparons à accueillir par cet Avent,

De ce Christ si petit, si vulnérable, qui n’aura d’autre force que celle de l’Amour

Qui nous dira qu’il n’y en a pas de plus forte que celle-ci, si admirablement faible,

Dans l’humilité de la crèche à laquelle répondra la souffrance de la croix.

 

Dans ce temps de l’Attente, dans ce temps de l’Avènement,

Que Sa Force résonne dans notre faible humanité

Dans notre faible mais belle humanité,

Qu’il n’a pas dédaigné de prendre pour nous illuminer,

Et, surtout, pour nous sauver.

 

samedi, novembre 26 2011

Vous pouvez les encadrer, vous, les blogueurs cathos ?

 

J.-M. Guénois a publié un tout récent article fort intéressant sur son blogue, intitulé « faut-il encadrer les blogueurs cathos ? ». Les connaisseurs de la #FASM savent qu’ils s’encadrent très bien les uns les autres autour de la matérialité de leur devise ora et bibe !

 

Enfin, revenons à nos moutons non de Panurge mais de blogues, brebis catholiques, et citons l’article :

 

« les conclusions de la conférence de l'expert théologique, le P. Henri-Jérôme Gagey de l'institut catholique de Paris m'ont laissée perplexes quand il a affirmé et confirmé en conférence de presse, qu'il convenait « de former les blogueurs catholiques ». Il existe en effet, comme dans toutes les religions, une petite centaine de blogueurs catholiques en France, un phénomène très actif à prendre en compte. Ils sont particulièrement dynamiques et de sensibilité plutôt classique. Ils échappent en tout état de cause à la hiérarchie épiscopale. […] Beaucoup d'évêques ont heureusement aussitôt compris l'inanité de cette idée en mettant en garde le P. Gagey contre le risque de « caporalisme » (sic) »

 

Bon, déjà, c’est faux, parce que Mgr Giraud, avec son diaire, ses délicieuses twittomélies, et ses messages privés sur twitter qui donnent le sourire, je ne crois pas que les blogueurs catholiques lui échappent réellement au tout nouveau président du Conseil pour la communication des évêques de France…  et c’est heureux !

 

Plus sérieusement, je connais « en vrai »[1], une bonne partie des blogueurs catholiques français et l’affirmation du père Gagey me fait plutôt sourire… Avant tout parce que le blogueur catholique moyen – s’il existe ! – il est plutôt du genre « très engagé dans sa paroisse / dans un mouvement » et qu’il se forme le plus possible, avec ce qui lui est donné et ce qu’il est.

 

Mais je crois qu’il y a dans ces propos - s’ils sont toutefois justement rapportés - une méconnaissance plus profonde de ce qu’est la blogosphère catholique. Diverse dans ses sensibilités comme dans ses formes, elle converge pourtant dans le même désir de dire une Foi commune qui les anime. C’est le point de départ, l’Essentiel.

 

Si la blogosphère n’était faite que d’universitaires[2], ce serait une catastrophe : ce serait un peu comme dire que l’évangélisation, elle ne doit passer que par des docteurs en théologie. Ben… ben non. Sinon, ouch à l’Evangile !

 

La chance des blogues catholiques, c’est qu’ils ouvrent une possibilité inédite de dire le Christ avec des mots personnels, des mots de nos vies pour laisser y transparaître Celui qui est la Vie. Pour dire aussi aux absents de la messe dominicale, que Le suivre est un chemin de bonheur, qui n’est pas réservé aux coincés d’un autre âge qu’ils imaginent, semi-extraterrestres croyant en des valeurs aussi rigoristes qu’inaccessibles.

 

S’il est pourtant certain que nous sommes les uns et les autres principalement lus par des catholiques, je suis touchée depuis que j’ai ouvert ce blogue[3] par tous les échanges qu’il a permis. Je ne compte plus le nombre de conversations qui ont prolongé tel ou tel article, lu par des personnes souvent assez éloignées de l’Eglise et qui l’avaient croisé au détour d’un lien Facebook. Nous sommes, blogueurs, aux avant-postes… Je n’ai pas toujours la réponse à leurs questions mais ce que je peux partager avec eux, ce sont ma Foi, ma joie, ma vie, ma propre recherche et la croiser avec la leur : je peux vous dire que je garde vraiment en mon cœur certaines de ces conversations.

 

Il est bien sûr évident que chaque catholique doit avoir à cœur de se former, et en particulier tous ceux qui sont amenés à dire leur Foi d’une manière plus publique : mais cela procède d’une nécessité intérieure, de notre Foi elle-même dirais-je, d’un mouvement d’Amour qui pousse à mieux connaître Celui que nous servons. Mais cela n’est pas parce que nous aurons oublié le numéro d’un paragraphe pour citer le Catéchisme que nous n’aurons pas porté témoignage. Le plus souvent à notre insu, et c’est tant mieux.

 

J’aime bien la conclusion de J.-M. Guénois, alors je vous la cite pour finir :

 

Cette armée d'électrons libres peut certes déplaire à l'Eglise catholique, l'embarrasser ou la gêner tels des aiguillons. Mais elle lui rend un service qu'elle n'imagine pas sur la toile en assurant une présence « catholique » non officielle et très tonique. Car le propre des blogs et autres tweets est justement leur « a-institutionnalité ». Ils sont nés libres et doivent le rester. Loin de s'opposer, ils complètent la communication institutionnelle - elle-même en cours de réforme - de l'Eglise catholique

 

 


[1] IRL, si vous préférez, bande de geeks !

[2] Avec tout le respect que je dois à mes Maîtres révérés de l’Université !

[3] sans prétention  et dont je ne pensais pas spécialement faire un « blogue catholique » au départ : cela s’est fait avec le temps… 

mardi, novembre 22 2011

Au pied de la croix

 Quand on fait des études de Lettres, on apprend la distance,

On goûte le nécessaire recul critique pour ajuster, pour peser, pour relire encore puis pour dire.

Délicat exercice auquel on n’a jamais fini de se frotter en disposant du large éventail des outils d’analyse critique : on sait alors la difficulté de poser un mot juste…

Et l’on peine à le poser.

 

Littéraire, je ne mets jamais ma foi de côté quand je lis, quand j’étudie, quand j’écris.

Et cela même quand j’étudie le programme d’agrégation « théâtre et violence », versant tellement dans cette violence, dans cette esthétique du choc qui n’est pas la mienne.

 

Pourtant, je vous l’avoue, j’ai du mal à crier avec les loups.

Question de caractère, question de formation ;

Question de choix, aussi, très certainement.

 

Les récents événements ont finalement peu parlé de théâtre contemporain ou d’art ;

Les récents événements ont surtout si peu parlé de foi…

 

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dimanche, novembre 20 2011

« Seigneur, quand est-ce que nous T’avons-vu ? »

 

Ils ne sont pour la plupart pas bien grands,

Ils chahutent, et souvent.

Et puis, ils sont tous tellement différents !

 

Dans un groupe de cinquante, chaque proposition nouvelle est particulièrement un défi, tant le risque que certains passent à côté est grand, immense.

Pourtant, il faut avancer.

Pourtant, il faut proposer, sans jamais se lasser :

C’est rien de moins que la découverte du Christ, d’un Dieu qui est les aime, eux, personnellement, qui est en jeu.

J’aime croire que je sers ainsi, un peu, leur bonheur.

  

Et moi, la responsable de ces jeunes bruyants, j’aime le silence.

 

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jeudi, novembre 17 2011

"Être une bibliothèque du Christ"

Parce qu'un agrégatif doit être polyvalent, je me penche ces temps-ci sur le concile de Trente afin de mieux comprendre les diverses attaques et plaisanteries d'un Rabelais dans son Quart-Livre (au programme de l'agrégation) quant à celui-ci. Cela me permet aussi à moi, catholique, de mieux comprendre l'histoire de mon Eglise. Or, en lisant un livre consacré à ce concile, je suis tombée sur une lettre assez fascinante. 

Il s'agit d'une lettre du cardinal Cristoforo Madruzzo, alors évêque de Trente, qui défend la traduction de la Bible en langue vernaculaire. Cette question est, à cette époque, centrale tant les humanistes évangélistes commencent à la traduire dans leurs langues respectives (en France : traduction des psaumes par Marot, traduction de la Bible par l'humaniste Lefèvre d'Etaples par exemple). Cette traduction étant aussi prônée par la Réforme, comment l'Eglise doit-elle réagir face à cela ? Les débats furent alors longs et mouvementés... 

Certes, cette question n'est plus de notre temps. Pourtant, en lisant cette lettre d'un cardinal du XVIème s., j'ai été touchée car j'y ai lu une vraie lettre d'amour à l'Ecriture sainte et un appel à mieux la lire, à mieux la connaître, à mieux la prier. Pour moi, aujourd'hui. C'est pourquoi je vous en propose un assez long passage car je crois que ce que dit que le cardinal peut encore nous toucher. 

     Assurément, tout ce qui a été écrit – Paul le dit, comme vous le savez bien, dans cette épître qu’il écrivit aux Romains avec un esprit si riche et si admirable -, a été écrit pour notre instruction et celle de tous les chrétiens, afin que « la constance et la consolation que donnent les Ecritures nous procurent l’espérance » ; et toute écriture, comme le même l’écrit à Timothée, si « elle est inspirée de Dieu, est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice pour que soit parfait l’homme de Dieu », quel qu’il soit. Pourquoi donc, très vénérables Pères, nous montrer comme jaloux de cette sainte consolation des saintes Ecritures à l’égard du saint peuple de Dieu ? Nous qui avons la clef de la science et n’entrons pas, empêcherions-nous par hasard des pieds et des mains les autres qui veulent y entrer de le faire ? Pourquoi, je vous le demande, voulons-nous arracher des mains du peuple et de la foule des chrétiens l’avantage des traductions de l’Ecriture et de le leur dérober ? […]

 

Ne participons-nous pas à un pain unique ? Ne buvons-nous pas à la même coupe ? N’y a-t-il pas pour nous un seul esprit, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu, notre Père, une seule espérance d’un même héritage éternel ? Si donc toute chose est commune aux chrétiens, pourquoi faire en sorte que l’Evangile ne doive pas être mis en commun et d’un même usage, c’est-à-dire disponible pour tous afin de nourrir la piété et de régler les mœurs de tous les chrétiens ? Pourquoi les gens du commun, mais pourtant pieux, alors qu’ils partagent avec nous la même alliance et la même religion, ne posséderaient pas le lait christique adapté à leur mesure, c’est-à-dire l’Evangile en langue vulgaire, par lequel ils seraient nourris et grandiraient avec nous dans le Christ. […]

 

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mercredi, novembre 16 2011

Réserver un hôtel ou "cherchez et vous trouverez"...

Un concours fini, il faut bien penser au suivant et à ses contraintes matérielles. Comme, par exemple, à réserver un hôtel. 

Quelle ne fut pas ma surprise en lisant les conditions tarifaires de l'établissement de mon choix ! 

Eduquée au "demandez et vous recevrez" évangélique, à la parabole de l'ami impertinent qui frappe sans se lasser, cela ne me fit du coup pas hésiter une seule seconde quand l'heure vint de remplir les champs de réservation. 

Bon, ok, c'est pas 100% garanti comme dans la Bible (même si la réponse est parfois, certes, décapante)... 
... mais ça valait le coup de demander, non ? ;-) 

dimanche, novembre 13 2011

Notre Père des examens

 

 -  Un café et un croissant s’il vous plaît ! 

Plaquer mes mains frigorifiées contre la revigorante chaleur de la tasse et en abreuver mon réveil brumeux d’une gorgée ;

 

Lentement, doucement, sortir mon téléphone de ma poche et, dans ce café si étrangement peuplé d’un mélange d’habitués et de gens stressés, prier silencieusement l’office du matin.

 

- Seigneur, ouvre mes lèvres…

Lentement, doucement, laisser descendre et résonner les mots en moi… Et pourtant sourire en lisant le début de l’hymne « Père du premier mot » ; et y revenir ensuite.

 

Prier dans cette morne ambiance sans teint ; prier au cœur du monde qui s’éveille ;

Lentement, doucement, dans la discrétion : faire monter en moi les mots que l’Eglise donne à prier ce jour-là.

 

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samedi, novembre 12 2011

Déchristianisation massive...


... ou simple problème d'onomastique belge ? 

A un coin de rue discret

Vu à Bruxelles

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