Tout
est éteint chez les miens, comme tous les jours.
Et
peut-être plus encore en ce soir où, à la campagne, je veille seule au coin du
feu, à la recherche de quelques mots, de ces mots à écrire pour cette
introduction critique que je dois procurer à mon édition.
La
tâche est ardue, se veut érudite mais est, le plus souvent, simplement aride.
« Pouvoir perdre (amittere
posse) est ainsi le point de départ de la détermination de l’aimer (amandum) parce que la vie ne cesse de se
perdre en approchant de la mort »
Hannah Arendt, Le Concept d’amour chez Augustin
Et c'est ainsi que "perdre" peut vouloir dire "gagner", dans une logique où tout semble renversé.
J’aime
ces jours particuliers où le printemps semble enfin s’installer dans notre
Quartier Latin. Le soleil se fait plus brillant, les arbres osent enfin sortir
leurs plus beaux atours : la nature prend les couleurs de la jeunesse et
cela est bien doux.
Jeudi
dernier, entre une matinée passée à la bibliothèque et un séminaire, c’est donc
tout naturellement que je me suis décidée à aller déjeuner dans ce square de
Cluny que j’apprécie tant. Le soleil brillait, la foule était dense :
enfants qui jouaient, touristes de passage (les vacances étaient commencées
dans les autres zones !) se mêlaient aux habituels étudiants. Sur les
bancs, les amoureux débutants n’étaient pas rares, balbutiant leurs premières
tendresses sous le regard amusé des pigeons. Tout se faisait rieur, léger, tellement
léger… et, pourtant, dans ce rare coin de libre était avachi endormi cet homme,
pas rasé, suintant l’alcool, respirant la pauvreté. Je n’avais rien à lui
donner, à lui offrir, même pas un mot à dire puisqu’il était dans une autre
sphère… Je me suis installée à proximité en souriant : je n’avais que mon
regard, ce « regard de braise » comme disent les mauvais dragueurs du
métro parisien, à lui offrir. Je l’ai simplement regardé. Oh, non avec feu,
mais avec foi, tentant d’offrir à cet homme endormi et comme déchu, un simple
regard humanisant, brisant l’impersonnalité crasse du tourbillon printanier. Regard
lancé comme une bouteille dans l’amer… regard de rien, aussi, parce qu’il en
est Un qui le regarde avec grand amour, mais regard humain, tout de même, pour
le lui dire.
Vendredi
soir, quelques amis, une messe de semaine dans une célèbre paroisse parisienne :
occasion particulière de prier pour et avec l’anniversaire de l’un d’entre
nous, jeune séminariste. J’aime ce moment, cette petite dizaine de minutes où
chacun arrive pour s’installer : mémé habituée du 1er rang,
cadre dynamique essoufflé, humble malade peinant à marcher, adulte maladroit
bousculant les chaises pour arriver à « sa » place, agnostique du
dernier rang… Au-delà du caractère uniforme et des bises échangées entre les
habitués, entrapercevoir cette vivifiante diversité qui n’est pas sans accrocs…
mais tous tournés vers une même direction.
Des journées…
Tout un reflet d’une humanité, tout un
reflet d’universalité, tout un reflet de catholicité.
Moments où l’humanité se révèle dans
toute sa surprenante fragilité,
Moments pour lesquels je confesse une
profonde tendresse.
Ce soir, je ne sais trop pourquoi, j’ai
eu envie d’ouvrir un vieux bouquin ; un vieux livre qui ne se trouve
jamais bien loin de ma table de nuit parce qu’il accompagna un moment de ma
vie, et d’y relire ce que le p. Varillon racontait sur l’Église. Envie
incongrue s’il en est, non ?
L’Église n’est pas une institution
qui va régir de l’extérieur la vie des chrétiens, comme une organisation qui a
ses règles, ses lois, son programme auxquels il s’agirait de souscrire avant d’entrer.
L’Église est ce qui nous transmet la vie divine, ce qui nous la communique
aussi bien que ce qui la règle. Notre vie a besoin d’être à la fois animée,
dynamisée et réglée. S’il n’y a pas de règles, le dynamisme pur risque de
conduire aux pires aberrations. À l’inverse, là où il n’y a que règles, lois,
disciplines, sans aucune vie, aucun élan, c’est du pur juridisme qui ne répond
à aucun de nos besoins profonds. L’essentiel, c’est la vie, c’est la source. Or
la source est le Christ. […]
L’amour
seul unit et unifie. Il faut toujours commencer par la justice, car l’amour est
chimérique s’il ne s’épanouit pas sur le fondement de la justice. Mais la
justice peut maintenir séparés ; il y aura respect mutuel mais il n’y aura
pas communication ou communion réciproque. Il n’y a pas de communauté
authentique si le ciment n’en est pas l’amour.
François Varillon, s.j. Joie de croire, joie de vivre
C’est le deuxième mémoire que je
rédige. Il est certes fort différent du premier dans son principe mais je
devrais être rodée, avoir acquis une certaine habitude de l’exercice. Pourtant,
il m’est difficile de parvenir à griffonner quelques mots sur la page blanche
devant moi. Le jour, comme la nuit, la nuit, comme le jour…
Je n’ai jamais réussi à prononcer son
nom convenablement, malgré tous mes efforts…. pourtant, jeudi, elle m’avait
invitée. Il faut dire que nous suivons un séminaire commun depuis le début de
l’année et qu’elle tenait absolument à me remercier d’une relecture d’un de ses
travaux.
Elle, c’est une Coréenne, ayant
obtenu une bourse d’études pour 3 ans en France. Elle, c’est une fille sur qui
je ne savais pas grand-chose.
Voilà ce que donnent les bruits de sacristie quand deux
vicaires aiment à y rivaliser d’ingéniosité…
Des bruits de sacristie,
Il y en a beaucoup.
Des petits, des grands, des vrais, des faux,
des drôles, des tristes…
C’est bien simple, il y a autant de bruits de
sacristie que de paroissiens tant il est rare que ce lieu ne bruisse d’un
certain murmure, murmure contre lequel un saint aussi respectable que saint
Benoît ne cessait de mettre en garde : il avait certainement de bonnes
raisons.
Depuis plusieurs semaines, le murmure est
partout : il salit nos prêtres, il salit notre pape, il salit par là-même
notre Église. Il salit nous autres fidèles laïcs qui faisons le choix de suivre
le Christ dans cette Église qui est aussi, ne l’oublions pas, nôtre.
Pour combattre le trouble murmure, il faut
choisir d’élever la voix avec justesse.
Non avec le bredouillement incompréhensible de
la timidité,
Non avec la véhémence indignée d’une forteresse
mal défendue,
Non avec la fougue désordonnée de la colère
Mais bien avec la clarté et la force que
donnent vérité et justice quand elles se rencontrent et cherchent à s’embrasser.
Mais un vide qui crée l'espace d'un appel, d'un désir.
Un vide confiant, car espérant,
Entrevoyant comme une lueur dans
la Nuit,
Comme un à-venir, qui serait plénier et rayonnant.
Un samedi dont vous pouvez aussi
profiter du « vide » qu'il offre, non pour dormir mais bien pour signer cet
important appel à la vérité : http://www.appelaverite.fr/
Je me souviens être entrée dans son bureau pour un amical salut,
de passage dans le coin, et ce que je vis me troubla : il fulminait. Oh,
pas qu’un peu mais l’on aurait presque cru la caricature des cartoons, vous savez tout rouge avec la
fumée qui sort par-dessus la tête.
« Il y a tant de choses à dire sur la fin de mars,
que nous nous trouvons dans la nécessité de choisir. C’est la fête de l’Annonciation ;
mais c’est aussi la fête de l’Incarnation. Car l’Incarnation, après l’Annonciation,
ne s’est pas fait attendre. »[1]
« Le mois de mars, disent les Bollandistes, est le
premier des mois. C’est en mars, disent-ils, que le monde a été créé, en mars
que le Rédempteur a été conçu. Le mois de mars est le premier mois que la
lumière ait éclairé. Le Fiat de Dieu qui a ordonné à la lumière de naître, et
le Fiat de la Vierge qui a accepté la maternité divine ont été prononcés tous
deux en mars. […]
Ces anniversaires ne sont pas des coïncidences. Ils se
répondent les uns aux autres comme les échos se répondent de montagnes en
montagnes.
Ils marquent les heures sur l’horloge du temps. La nuit
qui guidait les Hébreux dans le désert était faite de lumière et d’ombre. Le
plan gigantesque qui embrasse la création, la Rédemption, la consommation, est
tantôt obscur et tantôt lumineux. La main qui guide l’humanité tantôt baisse et
tantôt soulève le voile derrière apparaissent les mystérieuses et solennelles
harmonies. »[2]
Mystérieuses
et solennelles harmonies, symphonies printanières, taquinerie gracieuse du jeu
d’écho.
Demain
commencera un autre mois, demain s’ouvrira le Triduum Pascal : ouverture en service majeur d’une apothéose.
Demain
s’éveille ce qui mène à l’aurore d’une autre Vie,
D’un
moi(s) qui répond à l’a/Autre,
Dans
la vigoureuse fraîcheur d’un éternel commencement.
[1] Ernest Hello, Physionomie des saints, « La fin de
mars ».
Il n’est pas vraiment à la mode de s’agenouiller.
La mode serait plutôt à l’homme s’imaginant debout, fier, délié de toutes ses
attaches, n’adorant plus ni Dieu ni diable, dans une orgueilleuse attitude qui
se prétend et se croit liberté. Attitude trop souvent d’aliénation aux
multiples sollicitations attractives de notre monde.
L’agenouillement ferait l’esclave,
L’agenouillement serait soumission
servile,
L’agenouillement serait profonde bêtise :
Je dis qu’il montre l’homme libre.
Hier, lors de la Passion, en m’agenouillant
avec mes frères au moment de la mort du Christ, avec tous ces jeunes qui me
sont confiés, agenouillement d’un seul mouvement et d’un seul cœur, il se mit à
régner un silence profond. Le Christ venait de mourir… et le silence n’était
pas triste, il était entier.
Et qu’importe si cette lecture était trop
longue et que les plus jeunes décrochèrent, qu’importe s’ils ne comprenaient
pas tout…il y eut ce moment.
Et je dis que cet agenouillement-là avait
valeur d’adoration… qu’il disait à son tour par le truchement du corps « que
toute langue proclame : Jésus Christ est le Seigneur, pour la gloire de
Dieu le Père ».
C’était divinement beau. C’était promesse
de vie devant le troublant silence de la croix.
D'aucuns aiment à critiquer mon humour, qualifié si vulgairement de "pourri", ou, pour les belles âmes de "calamiteux". J'aimerais bien savoir ce qu'ils penseraient de celui du pape...
Parce que, bon, on le critique ces temps-ci mais je crois que personne ne pourra plus désormais le dire dénué d'humour !
(Source : Vatican Information Service traduction française du 26 mars)
« L’homme sans amitié, dit-il, reproche les bienfaits, exagère les
moindres faveurs. L’ami cache les services rendus, en dissimule l’importance,
et semble tout devoir, quand tout lui est dû.
Vous ne me comprenez pas ; hélas ! je parle d’une chose qui ne se
trouve maintenant qu’au ciel, et de même si je vous entretenais d’une plante
des Indes que personne n’aurait vue, il me serait difficile, avec beaucoup de
paroles, de vous en donner une idée exacte ; ainsi mes discours sur l’amitié
demeurent inintelligibles pour vous, car c’est une plante du ciel… Dans un ami,
on possède un autre soi-même. »
Le 2 mars dernier, ce blogue a eu 5 ans. J’ai laissé
passer la date : peu importe, la vie m’appelait alors ailleurs. Toutefois,
je profite du printemps qui s’éveille pour marquer cet anniversaire d’un
billet : ce n’est pas que l’événement soit spécialement important en
lui-même, ni signifiant… mais c’est que ce blogue a tout de même cinq ans. Cinq.