Zabou the terrible

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mardi, novembre 8 2011

Présent d'automne

 

Froid feutré de l’automne qui progresse ;

Froid de plus en plus silencieux, comme rendu opaque par cet amuïssement sonore progressif :  

Peu de marcheurs dans les rues, les êtres commencent à se terrer, à se blottir chez eux ;

Ici ou là, des fumées qui s’élèvent, signes des foyers bien chauffés,

Quand ce n’est pas celle s’échappant de ma bouche à force de respirer dans le froid.

 

Elles semblent loin ces belles et vastes étendues de l’été…

Ils semblent loin ces projets, ces rêves estivaux faits au doux soleil revigorant !

Et ces concours à préparer, qui riment si bien avec aridité ;

Et ces services à assumer, divers et variés.

 

Le champ de vision semble se réduire, se concentrer…

 

Pourtant, c’est ici, dans ce coin,

Dans ce tout petit coin d’automne,

Fait d’études, fait de rencontres, fait de travail,

Fait de peines et de joies, minuscules comme majuscules,

Que Tu m’appelles Seigneur.

 

Temps, espace,

Tout petit coin de vie…

Que Tu m’appelles, Seigneur, à habiter pleinement.

 

Parce que c’est aussi dans ces toutes petites étendues de rien du tout,

Dans ces espaces comme resserrés de l’automne,

Simplement ici, que Tu désires faire Ta demeure

Parmi nous, en nous : 

Se laisser travailler

Pour T’y rendre présent, un peu plus.

 

Et rendre grâce, soir et matin,

De ce qui a pu se vivre de grand dans le tout-petit du quotidien

Et Te demander la grâce de continuer, fidèlement,

A s’en émerveiller.


dimanche, novembre 6 2011

Des livres au Livre, de déjeuners en recensions...

 

Il y a quelques jours, une pause déjeuner entre agrégatifs : toujours un moment privilégié pour décompresser quand, entre deux discussions plus ou moins pédantes sur le programme, sur les profs et sur nos craintes, nous nous mettons enfin à parler de tout et n’importe quoi. Surtout de n’importe quoi d’ailleurs. Le sujet du jour ? Existe-t-il des métiers qui ne peuvent être exercés que par des hommes ou a contrario, que par des femmes ?

 

Bien sûr, l’une de mes collègues de lancer : « ben, prêtre ! »

Moi de répondre quelque chose du genre : « non prêtre, ce n’est pas vraiment un métier, c’est une vocation… Ils sont prêtres tout le temps : pas d’horaires, pas de retraite : c’est tout leur être, jusqu’à la mort ». Et au-delà aussi d’ailleurs.

 

Mais ce n’est pas simple à expliquer en quelques mots qui est un prêtre, ce que c’est qu’un prêtre… Est-ce vraiment possible d’ailleurs ?

 

Enfin, ça tombait bien en réalité… Car il y a justement un bouquin paru il y a quelques jours où des prêtres, des jeunes, tentent de dire leur vie et ce qui la constitue. Et j’en ai écrit une mini-recension sur sacristains.fr 

 

Ca se lit par ici : « Des prêtres : sans scandale, ni trompette »

 

Et pour retrouver le livre, c’est par là :

Ils sont jeunes, ils sont prêtres, ils sont heureux !, presses de la Renaissance,

 par Sylvain Brison, Frédéric Da Silva, David Lerouge, Denis Tosser, Jean-Pierre Barrière,

C’est préfacé par Mgr Albert Rouet et doté d’une belle relecture finale par Laurent Villemin. 

Avec en guest star, un coup d'pouce de l'Esprit Saint ! 

mercredi, novembre 2 2011

Sur 
le chemin raboteux du salut, s'avance...

 

Qui ne connaît pas au moins de nom « la petite fille Espérance », si chère à Péguy ? Mais qui l’a lu(e) ? Qui est allé la quérir pour de bon dans ce livre au nom si étrange, presque rebutant de Porche du mystère de la seconde vertu ? Puis, qui a osé l’écouter pour apprendre à marcher avec elle ?

 

Au soir, quand les cierges sont allumés pour nos défunts, quand les êtres vacillent parfois au souvenir de chers disparus, quand la nuit se fait lourde et pesante alentour, lire quelques mots de Péguy. Ces mots pesants, répétés, martelés. Pour nous dire et faire entrer dans nos crânes tout hautains ce mot qui rime avec enfance : « Espérance ».


L'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne.


Moi-même.


Ça c'est étonnant.


 

Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se
 passe et qu'ils croient que demain ça ira mieux.


Qu’ils voient comme ça se passe aujourd'hui et qu'ils
 croient qua ça ira mieux demain matin.


Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce.


Et j'en suis étonné moi-même.
 

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lundi, octobre 31 2011

Engagez-vous, rengagez-vous !

 

- Ah oui, vous êtes de la famille de Zabou ! Et comment que je la connais ! Elle est très motivée et impliquée.

- Trop impliquée.

 

Propos rapportés, propos pas à discuter parce que venant d’un aîné ? L’histoire fut assortie d’une morale m’expliquant en gros que la messe du dimanche, c’était bien, mais largement suffisant. Ah oui…

 

Ben… ben non.

Je ne peux pas adhérer à cela et, au-delà de cet exemple somme toute ridicule, dérisoire et banal, je repense à tous ces appels lancés à la paroisse en début d’année et qui demeurent bien souvent, trop souvent, sans réponse. Chaque année, cela me peine vraiment.

 

Bien sûr, il ne s’agit pas de stigmatiser ceux qui sont déjà overbookés, ceux qui ont déjà à peine le temps de voir et de vivre avec les leurs – ce qui est la priorité ! –, mais plutôt de pointer une attitude qui, à mon sens, n’est pas très juste.

 

Chrétiens, notre vie de foi ne peut se limiter à la messe du dimanche. Parce que la Foi, c’est avant tout un don, une folle histoire d’amour et que l’amour n’a pas de mesure.

 

Bien sûr aussi, aller à la messe le dimanche demande une réelle fidélité, un premier engagement… mais qu’est ma Foi si elle ne cherche pas à rejaillir sur toute ma vie ? Si elle ne s’engage pas quel que soit cet engagement, qui peut être celui si invisible mais si essentiel de la prière –, quelle est-elle ? Comment saurait-elle porter du fruit ?

 

Il ne s’agit pas de distribuer ici des bons et des mauvais points entre de bons et de mauvais chrétiens : ce serait ridicule, même tout à fait nul. Il s’agit de voir, de chercher comment vous, comment toi, comment nous, comment moi on peut servir le Christ.

 

Alors, on ne cherche pas avant tout à calculer en termes de stratégie, en « heures prises de disponibilité », à se dire « pas assez », « assez » ou « trop » impliqué, on cherche à savoir comment incarner au mieux notre Foi, selon les dons qui nous sont donnés et les services qui, ici ou là, nous sont demandés.

 

Et, toujours, l’on prie au moment de s’engager. Toujours.

 

Car l’engagement n’équivaut pas à l’activisme : c’en est même le contraire ! Quand bien même certains engagements demandent le sacrifice d’une bonne partie de son temps libre… Et c’est la raison pour laquelle il faut discerner, et y revenir souvent, pour toujours mieux s’ajuster : en priant, en demandant conseil aussi.

 

S’engager, se réengager…

Ce n’est pas chercher la gloriole, ce n’est pas faire des actions spécialement éclatantes : tout acte fait avec amour valant autant aux yeux du Seigneur.

Ce n’est pas non plus juste « s’impliquer » dans telle ou telle action pour s’impliquer.  

S’engager, c’est chercher à vivre sa Foi, de son mieux.

 

Je suis une des pierres de cette Eglise à laquelle j’appartiens.

Sans moi, l’édifice d’ensemble tient bon mais sans moi, il y a un trou, tout petit certes, mais un trou réel dans l’Eglise.

Et avec le froid hivernal qui arrive et les grandes tempêtes qui nous secouent périodiquement, c’est mieux qu’il n’y ait pas de trous, mais que tout tienne et se tienne ensemble, non ?

 

dimanche, octobre 30 2011

La spiritualité de l'âne, toujours...


Un des prêtres de ma paroisse a l'habitude, lors des messes de vacances, de distribuer des images aux enfants. Comme je suis une grande gamine qui trouve cela très drôle, il m'en donne toujours un exemplaire avant la messe ! Ces images, prises un peu partout, oscillent toujours entre sourire et profondeur... j'avoue que je les aime bien et que je les sème dans mes bouquins, comme autant marque-pages "spirituels", dans les deux sens du terme ! 

Bref, j'ai beaucoup aimé celle du jour, très parlante, alors je vous la partage ;-) 


vendredi, octobre 28 2011

Pensée inactuelle 9

 

« La myopie congénitale à la polémique fige dans l'instant et fixe caricaturalement ce défaut de perspective : elle charge contre des moulins à vent dont il faut aujourd'hui chercher les noms dans les dictionnaires spécialisés : ainsi Beaumarchais s'en prend au conseiller Guzman, Balzac à Gustave Planche, et Péguy à M. Fernand Laudet. »

 

Julien Gracq, En Lisant, en écrivant.

 

Pourquoi ? Parce que…

 

Une manière d’ « en » parler sans « en » parler,

Une manière d’éviter l’échaudement à vif,

Et de prendre le temps des justes et pacifiques mises au point optiques... 

  

mercredi, octobre 26 2011

Avoir à voir, pour être

 Les jours se réduisant de plus en plus, les nuits s’allongent en conséquence et l’obscurité gagne alors sensiblement du terrain. L’hiver s’y prépare doucement, à travers les premiers frimas embrumés de l’automne : l’occasion d’une petite « étincelle » pour y voir plus clair, sur un regard, un simple regard ? 

 

« Je ne suis pas chrétien aussi longtemps que je proteste – aussi longtemps que je pense en mon intime que je n’ai rien à voir avec cet homme et qu’il n’a rien à voir avec moi (cf. Mt 26, 69-74). Je deviens chrétien lorsque je réalise et que je confesse que cet homme me "regarde". Non pas seulement l’Homme, dans sa divinité, mais l’homme – cet homme, ille homo (Jn IX, 11), ecce homo (Jn XIX, 5) – dans sa singularité absolue et inévitable. Car l’homme Jésus, l’homme d’avant Pâques, déjà, me "regarde" et a bel et bien à voir avec moi, comme j’ai à voir avec lui, et c’est là ce qui, dans la foi que j’ai en lui, est proprement touchant, au sens du terme le plus éloigné de la mièvrerie. »

 

François Cassingena-Trevedy, Etincelles III, p. 272.

 

dimanche, octobre 23 2011

Jésus, blogueur influent

 

Hier soir, en priant avec l’Evangile du dimanche, j’étais un peu distraite… Et si Jésus avait été blogueur ?

 

Je me suis amusée à imaginer des billets d’Evangile, pleins de sa fraicheur dérangeante, vivifiante, impertinente, savoureuse, toujours renouvelée, et puis… Et puis non.

 

En fait, ça n’aurait pas marché.

 

L’Evangile, il n’est pas fait pour être simplement écrit, il est fait pour être vécu.

Et puis, ce n’est même pas l’histoire d’une vie (ou d’une âme !), c’est bien plus fort que cela : c’est une vie.

Et pas n’importe laquelle !

 

Alors, entre l’affadissement de la Parole et le peu de followers qu’il aurait attiré à donner des crochets du droit en plein cœur du genre « il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». (Nan mais franchement… vous Lui en imaginez beaucoup des lecteurs pour Le suivre dans pareille folie ?)  

 

Pourtant, comme il est d’usage de le souligner, Jésus, il a commencé tout petit : 12 types pas vraiment tous recommandables et quelques dizaines de disciples. Et aujourd’hui, un milliard !

 

Mais justement, c’est qu’Il est la Parole de Dieu, c’est qu’Il est le Fils de Dieu qui a donné sa vie par amour pour nous…

 

Et là, ça change tout parce que tout cela, ces deux commandements chocs qui résument tout et qu’on a entendus aujourd’hui :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement.

Et voici le second, qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. Tout ce qu’il y a dans l’Ecriture – dans la Loi et les Prophètes – dépend de ces commandements. »

 

Il les a vécus. Et Il nous invite à faire de même.

A aimer, à en vivre, à en mourir :

Pour Le proclamer.

 

Alors, 

Avec la tonne de commentaires qu’il a suscités : depuis les bouquins des Pères de l’Eglise jusqu’aux plus récents blogues cathos ; 

Avec les followers qu’il s’est attiré par milliers au fil des siècles : des plus saints aux plus balbutiants qui s’efforcent de se convertir jour après jour ;

Je crois qu’on peut dire que Jésus, sans être blogueur, est sans doute LE blogueur le plus influent de tous les temps, rien qu’avec ce genre de commandements : "tu aimeras..." 

 

Oh, certes, ce n’est pas assez : il y a tant à aimer !

Mais c’est déjà pas si mal, pour une sacrée Bonne Nouvelle ! :-) 

 

 

samedi, octobre 22 2011

Click and go…

Chers lecteurs, si vous lisez tout ce passage sans froncer le sourcil, si vous lisez chaque mot malgré l’intense inconfort de lecture qui est le vôtre présentement et malgré la longueur de ce texte inintéressant, si vous ne râlez pas pour l’absence flagrante de mise en page, de mises en gras, de signes diacritiques quelconques – à l’exception des virgules parce que, quand même, faut pas délirer –, de smileys enjoués et autres liens hypertextes ponctuant habituellement nos pages web de leurs coloris et soulignements engageant à cliquer un peu partout, c’est que vous êtes un lecteur, un vrai, un courageux ce dont je vous remercie grandement. Bref…


Vous m’avez suivie jusque là, sans sauter aucun mot ? BRAVO !

 

Mon propos est en réalité réaction à cet article fort intéressant paru il y a quelques jours sur le site de la CEF : « comment les internautes lisent-ils ? ». Celui-ci montre, ce que je veux bien croire, que nous autres internautes avons tendance à lire la zone sise en haut à gauche d’un article et peu ou prou le reste. Et avons, de plus, une fâcheuse tendance à la « lecture zapping ».

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mercredi, octobre 19 2011

Nocturne, sans autre raison que

 

Pensantes journées laborieuses

Et longues soirées de travail ;

Planning qui commence à se charger, un peu trop ;

Course qui commence à se lancer, un peu vite…  

 

Ne plus avoir – du tout – mais prendre le temps.

Prendre le temps, chaque soir,

malgré le tas diffus sur le bureau, de bouquins, de paperasses ;

Chaque soir, malgré ces mots en attente ici ou là,

Prendre le temps, prendre ce temps.

 

Tout couper quelques instants,

S’asseoir par terre, bible en main, ouverte.

 

Doucement, en savourer quelques versets, puis se taire.

Intensément, profondément…

Silence d’oraison,

Silence de raison.

 

Sans vraie raison... et pourtant !

 

Ne rien entendre mais écouter,

Ne rien voir mais regarder,

Ne rien dire mais parler, remercier, voire crier :

Tout, oui tout, Lui confier.

 

Simple, mais essentiel, mais vital « commerce d’amitié »

Avec la Source et le But de chacune de nos journées.

 

dimanche, octobre 16 2011

« Le Bonheur de connaître et d’aimer Dieu » - semaine missionnaire mondiale

 

Ce week-end, il se passe beaucoup de choses dans l’Eglise universelle ! Outre le congrès sur la Nouvelle Evangélisation, ce dimanche ouvre aussi la semaine missionnaire mondiale, deux thèmes qui résonnent, logiquement très liés, évidemment très proches. Du coup, cela m’a donné envie de vous partager un autre texte (et pas simplement une citation cette fois) sur ce thème car il me semble simplement vital, qui que nous soyons, quoi que nous vivions ; car il est fondamentalement chrétien.

 

Ce texte est signé Madeleine Delbrêl et se lit drôlement bien. L’idéal serait de le vivre de même, c’est-à-dire drôlement bien ! :-)

 

 

 

Quand on connaît le bonheur on ne peut pas l’imposer mais on n’a pas le droit de ne pas le proposer.

C’est la pire injustice quand ce bonheur est

Connaître Dieu,

Aimer Dieu.

 

C’est la valeur suprême de Dieu qui doit être gravée à vif dans notre esprit, notre cœur, notre chair.

C’est elle qui est marquée sur nous, indélébile par le baptême.

 

Nous n’avons plus le droit de rabougrir notre faim de bonheur, de bien, à moins qu’elle.

 

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samedi, octobre 15 2011

Parce que la "nouvelle évangélisation", elle a son puits ici...

 

En ce week-end de congrès à Rome sur la nouvelle évangélisation, un rappel de la Source de cette évangélisation… jamais lointaine mais dont on oublie parfois, bien orgueilleusement, le chemin !

 

« "Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte…", tu trouveras là le visage de Dieu et tu en reviendras vers tes frères le visage resplendissant de la lumière divine. »

 

Yves Raguin

jeudi, octobre 13 2011

C’est la vie, c’est la mort ; et réciproquement

 

Foule bigarrée de la très parisienne place de la Sorbonne : sages professeurs, étudiants, touristes, manifestants d’une cause ou d’une autre, voire de l’opposée, et même depuis peu, quelques masseurs. Il y a ceux qui y filent très vite comme pour ne pas se faire remarquer, ceux qui la traversent d’un pas lent mais décidé, ceux qui y déjeunent, ceux qui y causent, ceux qui y rient, ceux qui la photographient (avec de « vrais » étudiants devant !)… Place que je traverse tous les jours, amusée par sa diversité et encore charmée malgré les années par sa beauté si unique.

 

Tant mes pas pressés, attirés par l’heur(e) du café, que mon esprit absorbé par une conversation agrégative ne me firent pas prêter, je l’avoue, une grande attention au premier abord à ces quelques panneaux installés devant la statue d’Auguste Comte.

 

Une suite de photos : du noir, du blanc ; puis une petite tente, avec quelques personnes. J’en avais simplement saisi le titre au passage : « il est toujours temps ». Mon passage suivant me fit voir qu’il s’agissait d’une exposition pour les soins palliatifs ; mon troisième passage fut le bon : je m’y arrêtai.

 

Quelques photos, oui, mais pas n’importe lesquelles : des photos de souffrance et des photos de soins ; des corps et des regards ; des photos de soins palliatifs, oui, mais avant tout des photos d’humains. Elles étaient belles ces photos, vraiment belles. Et vous aussi d’ailleurs, vous pouvez les regarder, puisqu’elles sont ici : « il est toujours temps… »

 

Non, il ne s’agissait pas de voyeurisme, de cette souffrance montrée parfois complaisamment par certains médias, pour faire choc. Il s’agissait de la souffrance vraie, ni cachée, ni exhibée, vécue. Et elle était montrée en plein cœur de notre monde qui, malgré les airs qu’il se donne, est si souvent aseptisé, planquant dans ses recoins obscurs ce qu’il ne veut pas voir…

 

Je reste très marquée par une cérémonie d’obsèques d’un moine à laquelle, alors en retraite, j’avais assisté. Oh bien sûr, la liturgie bénédictine était splendide : toute sobre et réorientant simplement vers l’Essentiel. Mais il y avait surtout ce cercueil ouvert, là, au centre du chœur puis emmené en procession au cimetière. Dérangeant… Choquant ?

 

Le mort[1], ou plutôt son corps, était au centre : ni montré, ni caché. Il était « avec »… Dans une communauté, on ne se cache pas pour mourir. On ne dissimule pas les plus faibles et leurs souffrances, ni leur mort : tout ce qui risquerait de nous gêner, parce que nous renvoyant à nos propres fragilités, à nos propres souffrances, à notre propre mort. On vit avec, pleinement.

 

Oser montrer des photos prises en soins palliatifs, de ces personnes comme vous et moi qui vont mourir, cela me semble relever d’un même désir d’être ; oser les mettre au centre de Paris, sur une place où le monde bouge et non pas dans un recoin d’une expo, c’est aussi oser postuler, pour ces bénévoles, que eux, certes, mais que nous aussi, nous sommes « avec », si nous en prenons conscience. Je me dis que c’est peut-être le pari fou de cette exposition sans prétention

 

Jusqu’à samedi sur la place de la Sorbonne

Organisée par l’association « Les P’tites lumières »

 



[1] Je préfère préciser avant que quelqu’un ne s’offusque : il ne s’agissait bien sûr pas d’une célébration célébrant en vaine gloire la vie du trépassé… Et dans ce geste monastique, il y a bien évidemment aussi toute une charge téléologique forte et profonde mais tel n’est pas mon propos ici. 

lundi, octobre 10 2011

Sur le Camino 2011 – Sorde l’Abbaye -> Saint-Palais (part.2 : Eglise et Camino).



Si j’ai pu me poser et prier ce midi dans l’église d’Arancou ; si j’ai eu la chance d’y être accueillie par un paroissien qui m’a montré quelques-unes de ses merveilles, je n’ai pas toujours eu cette chance sur le Camino. Souvent les églises sont fermées, pour cause de vol. Et que dire des horaires de messe improbables ? Des propositions de prière trop souvent inexistantes sur ce chemin si peu fréquenté que j’ai suivi ?

 

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dimanche, octobre 9 2011

Aux tons d’automne

 

« Une éternité de beau temps pèse aux membranes closes du silence, et la maison de bois qui bouge, à fond d’abîme, sur ses ancres, mûrit un fruit de lampes à midi

pour de plus tièdes couvaisons de souffrances nouvelles. »

 

Saint-John Perse, Poème à l’étrangère

 

Automne ;  

Dépouillement progressif des teintes visibles ; 

Retour progressif vers le plus intérieur où le Froid touche moins : 

Couvaisons de souffrances, couvaisons de joies, ou, peut-être plus justement, tout simplement, de tout ce qui sera…

 

Hé, dis To(to), c'était comment les JMJ ?


A la demande d'un prêtre de ma paroisse, je me suis frottée au si délicat exercice de l'édito de feuille paroissiale... pour y causer JMJ, bien sûr ! J'ai déjà pas mal parlé de ces dernières ici même alors je ne vous apprendrai rien de neuf mais, vu qu'il commence à faire froid et que l'on reste moins longtemps dehors, je me suis dit que cela vous ferait un peu de lecture pour votre dimanche après-midi. Je vous le copie-colle donc ici : eh oui, Zabou, elle pense à vous ! ;-) 

Les JMJ aux Quatre Vents de l’Esprit

 

C’était une fête, un rendez-vous aussi joyeux que coloré de jeunes du monde entier venus proclamer ensemble une même Foi, à la source de leur Joie.

 

C’était une soif, une soif ardente sous le soleil madrilène : celle des corps, mais aussi celle des âmes, cherchant à s’abreuver d’Eau vive.

 

C’était une catéchèse, une catéchèse vivante : tant par les enseignements reçus que par ceux du quotidien, dans la vie fraternelle avec des amis, des frères, avec qui les échanges se faisaient incroyablement profonds, confiants.

 

C’étaient un peuple et une terre qui devenaient pour nous terre d’accueil, pour nous qui n’avions d’autre privilège que celui de partager avec eux ce si beau nom de chrétien.

 

C’était un week-end final à plus d’un million de jeunes ;

C’était une tempête sur le si bien nommé aéroport de Cuatro vientos, venue tout perturber pour finalement nous marquer durablement ;

C’était une explosion de joie sous la pire des pluies qui se mua soudain en silence le plus profond, le plus dense, le plus amoureux : tous tournés vers le Seigneur dans l’Eucharistie.

 

C’était, simplement, une Rencontre au goût ineffable…

 

Alors raconter les JMJ se transforme en exercice périlleux, tant le récit de vacances insipide est impossible pour ce qui est avant tout expérience savoureuse de vie en Christ.

 

Quant aux fruits de celles-ci, ils seront sans doute difficiles à discerner, ne tenant pas au bruit d’une foule en liesse, mais à ces regards ouverts, à ces sourires rayonnants du retour laissant transparaître un travail en profondeur, un modelage discret du cœur, une ouverture à un Autre que nous sommes partis chercher et que nous n’aurons jamais fini de découvrir.

 

Isabelle

 

(P.S. : pour découvrir quelques images de ces 10 jours vécus sous le soleil d’Espagne et du Christ et rendre grâce ensemble, les JMJistes vous convient à les rejoindre à la paroisse le vendredi 4 novembre prochain à 20h !) 

P.S. 2 : le calembour en titre de ce billet est absolument catastrophique, non ? 

samedi, octobre 8 2011

Ave

 

Mystère de nos vies, mystère de nos morts…

Que Te confier Seigneur ce soir étrange sinon, un peu de l’un, un peu de l’autre ?

 

Eclats rayonnants de ces vies-ci ;

Tellement joyeuses, bruyantes, éclatantes !

 

Extinction de cette vie-là, d’un de mon sang :

De ces traits si marqués par la maladie ;

De ces mains si belles et virtuoses courant sur le clavier de l’orgue…

 

Souvenir particulier d’un soir dans une vieille église romane à écouter l’orgue où il jouait accompagnant une chorale quasi-entièrement familale chantant l’Ave verum corpus : frisson d’une rare sensation d’unisson, d’unité.

Et voir, ce soir, ces mails se succéder dans notre mailing-list familiale pour aussi dire « unité » au sein d’une famille beaucoup trop souvent éclatée.

 

Et chez moi, ce soir, à genoux, tendre les mains,

Mes pauvres mains nues, comme toujours ;

Pour mettre tous ceux-là, ces vies, cette mort, dans ma prière devant Toi ;

Parce qu’en Toi, tout est unifié ;

Parce qu’en Toi tout est Vie.

Ave verum Corpus

mercredi, octobre 5 2011

Une vieille

 

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai un amour marqué pour ceux que l’on appelle parfois pudiquement les Anciens – pas seulement de l’Antiquité. J’estime leur âge, leur expérience et cette forme de sagesse qui est souvent la leur, portant un regard devenu affiné par les années sur le monde et sur la vie. J’aime ces rides et ces regards qui disent une histoire, qui révèlent un être… J’aime vraiment les regarder, emplie de respect pour ces années qu’ils ont traversées, comme ils ont pu, le mieux qu’ils ont pu.

 

J’aime les retrouver à une messe, dominicale ou de semaine, souriant à ma jeunesse leur répondant parfois avec trop d’exaltation ; ou au détour d’une rue, faisant leur marché autant que leur provisions des derniers potins du quartier. Avec amusement, avec tendresse.

 

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samedi, octobre 1 2011

Gris

 

Après un été grisant,

La pression retombée, l’esprit quelque peu dégrisé,

La tentation serait de vivre l’automne grisâtre.

 

Les soucis pointant subtilement ;

Le stress d’une année incertaine germant en chacun ;

La force de l’habitude cherchant à reprendre ses droits…

 

La tentation serait alors de ne pas s’accorder au soleil ambiant et de voir la vie lunettes embrumées par toutes nos grisailles, Bref, de voir la vie en gris.

 

Gris, couleur de la poussière ;

Ou plutôt gris, demi-teinte,

Variation médiane d’une intensité que nous ne parvenons plus à percevoir :

Voir la vie en gris, c’est ne plus en savourer les couleurs et les nuances.

 

Il ne s’agit pourtant pas de voir la vie en rose, avec la lunette candide du bisounours

Mais de la voir lumineuse.

Car c’est à l’aune de la seule lumière que nous distinguons les couleurs franches,

Que nous pouvons goûter à l'incroyable profusion des nuances,

Accommodant notre œil à cette lumière pour que se déploie un monde riche en contrastes.

 

Quand la farouche poussière cherche à habituer, c’est-à-dire à encrasser, nos regards les plus justes, les plus vrais, les plus ouverts et les plus beaux,

Redécouvrir que cette lumière porte un nom :

Lumière du Christ !

 

Loin des gris-gris et autres remèdes vitaminés,

Découvrir la Lumière : le Christ

Pour Vivre en enfants de celle-ci : en Lui.

 

jeudi, septembre 29 2011

Sur le Camino 2011 – Sorde l’Abbaye → Saint-Palais (part. 1 : pauvreté)

 

D’après mon journal du 6 septembre 2011

 

Quelle belle étape ! Longue, sous une chaleur assez accablante, mais pleine de beauté à couper le souffle ! Certainement une des plus belles étapes pour les paysages depuis notre départ de Paris, avec ce caractère vallonné, les montagnes des Pyrénées dans le fond…

 

 

 

Et puis, cette si belle histoire vécue... Ce midi, je n’avais rien pour déjeuner. Je voulais m’acheter quelque chose sur la route, simplement pour me sustenter. Les infos du gîte de la veille le précisaient bien : il y avait une épicerie à Arancou. Or, ce midi, tout était fermé…  Le village – à l’exception de la si belle église du XIIIème siècle ! – semblait endormi avec tous les volets fermés. Que faire ?

 

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