Lyrisme et enthousiasme
Par Zabou le jeudi, juin 12 2008, 20:51 - Lien permanent
Il ne s'agit nullement d'un simple phénomène de surface mais bien de quelque chose de plus profond, impliquant la part la plus intime du poète et, de là, tout l'être.
C'est bien autour de cette part intime que se situe le deuxième volet des réflexions de la critique. Madame de Staël parle en effet de recherche « en soi-même » puis d’ « enthousiasme », mot à considérer ici dans son acception étymologique grecque formée sur εν Θεος, c’est-à-dire en Dieu, et sur un verbe impliquant l’idée d’un mouvement passif : l’inspiration est alors considérée comme transport divin, trouvant sa source au cœur même du Poète. Le champ lexical du sacré et du religieux, voire du mystique, omniprésent dans ce texte se trouve ainsi expliqué, avec des expressions comme « odes religieuses », « foi vive », « abandon », « dieu », « harmonie céleste », « divinisé » ou encore « âme ». Mystique car le poète écoute un dieu qu’il trouve en lui-même, nourri qu’il est d’une « foi vive », à la façon d’un saint Augustin parlant de ce qu’il possède « de plus intime à lui-même que lui-même ». Madame de Staël se trouve ici à la croisée de l’histoire littéraire. Héritière de celle-ci, elle se situe dans la lignée de l’Antiquité où le lyrisme avait trait aux odes religieuses avant toute chose : elle utilise même les termes d’ « ode » et de « psaume », assurant par là son adéquation avec l’héritage des Anciens. Novatrice car elle se pose en initiatrice d’une conception du poète chère aux Romantiques : celle du Poète inspiré. Notion essentielle se retrouvant chez les auteurs du XXème siècle, comme par exemple chez Jaccottet dans « Le mot joie » du recueil A la lumière d’hiver : le titre déjà semble être un lointain écho à l’enthousiasme… Et l’on songe à une joie pleine, quasi-religieuse, d’autant plus à la lecture de ces mots : « il me venait d’une langue étrangère, ou morte. » renvoyant à une langue divinisée qui serait transcrite dans le poème. Cette idée de langue divine se retrouve également chez Eugène Guillevic où l’on remarque ces vers :
Je veux dire : ces moments
Quand tu ne sais pas qui parle,
Ni de quoi, ni dans quelle espèce de langue.
Langue qu’il convient de « déchiffrer » et ce, tout au long de sa vie assure-t-il plus loin. Le poète endosse alors un statut de prophète, percevant et accueillant cette langue divine. Cette certaine passivité se retrouve par l’usage de verbes de perceptions –principalement « écouter » et « entendre »- que cela soit chez Apollinaire, Reverdy, Jaccottet ou encore Guillevic, souvent dans des tournures impersonnelles.
Approche "tout enthousiasme" du "Poète inspiré" que je me permets toutefois de nuancer un peu plus loin, sans en nier l'importance :
Le poète est en réalité dans une quête permanente où activité et passivité de sa part doivent se rejoindre pour donner au lyrisme toute sa force dans la naissance d’un nouveau poème.