Zabou the terrible

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Ecclésia mou, sou, tou, mas...

 
 

Certains jours, l’écriture est difficile, tiraillés que nous sommes entre ce que nous voyons, vivons et l’impuissance de nos pauvres mots. Parfois ce tiraillement est interne, parfois on se le prend en pleine face, quand le ressort est trop tendu et qu’il lâche d’un coup. Il faut alors prendre le temps d’accueillir ces événements au creux de soi.

 

Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » -Sur nous, Seigneur, que… Hum, ce n’était pas ça en fait que je voulais dire. Beaucoup s’interrogent, questionnent : « Ouais, ben moi, je croirai au Christ quand les chrétiens montreront l’exemple ! » ou, apostrophent les cathos d’un « Tu te prétends catho ? Vous n’êtes pas meilleurs que les autres ! »

 

Non, nous ne sommes pas meilleurs que les autres, c’est évident. Nous ne cherchons qu’à devenir pleinement humains et cela, ça prend bien une vie, je crois ! Mais ces remarques sont salutaires, elles nous entraînent à bouger, toujours plus, toujours mieux et à ne pas regarder notre petit nombril bien formé de pharisiens béats.  

 

Alors oui, nos communautés paroissiales ne sont pas des modèles et même, horreur, mutent parfois en de terribles contre-modèles que l’on a honte à avouer, où la lutte acharnée pour le maximum de pouvoir ne le dispute qu’à l’ambition d’être en vue. Tristesses, coups de gueules, incompréhension, engueulades forcenées aux naïfs qui font leur job, ne demandent rien d’autre et à qui l’on veut absolument faire prendre partie dans une stérile guerre des clans. Il y a des jours, certes minoritaires mais réels, où l’on a envie de tout laisser tomber, de laisser braire et d’avancer seuls, chacun de son côté.

 

Mais une Eglise sans ecclésia, non, je ne peux pas, non, je ne veux pas. Et, même dans les instants où la tension est palpable, il est beau de voir, sans nul idéalisme, qu’il est bon d’avoir ces frères et sœurs qui nous sont donnés : ce regard, c’est l’étincelle susceptible de rallumer entre eux, plus grandes gueules qu’autre chose, le Feu puissant. En clair : l’amour.

 

Ces derniers temps dans ma paroisse, cela sentait l’orage général. Présente de loin pour préserver ma tranquillité en ces temps délicats, je sentais l’électricité dans l’air à chacun de mes passages, me demandant d’où la foudre venait et où elle allait encore tomber et blesser des chrétiens de bonne volonté sans raison. Et je fustigeais mon regard trop critique.

 

Samedi, jour de fête. Un aumônier fatigué par un trop lourd traitement. Prêtre âgé, qui, chaque jour, vient les traits un plus tirés, qui tire sur la corde, on le sait, on le voit, on lui dit mais il en veut. Mais, quand je vois cet homme qui est aussi un ami j’ai à chaque fois un peu plus mal. Et, lui, ces 6 enfants-là du caté, il tenait à les baptiser, malgré tout.  

 

Quelques dizaines d’yeux pour le couver du regard. Disponibles pour le servir, lui approcher une chaise, lui tendre un micro : un ballet d’aubes blanches, ce soir-là curieusement concentrées en un mélange de joie et de détresse. Leur aumônier, notre aumônier…  mais ils n’étaient pas seuls à le veiller. Chaque baptême était joie, et douleur pour celui qui s’affaissait de plus en plus au dessus de la cuve baptismale : l’assemblée était unie dans une atmosphère orante. Ecroulement. Malaise. Pas de précipitation, pas de folie autour de lui, rien pour changer l’atmosphère : juste la certitude d’une Présence.

 

Doucement, l’assoir ; doucement, un verre d’eau ; doucement lui proposer un meilleur siège pour concélébrer le plus au repos possible ; doucement finir de vivre, ensemble -enfants du catéchisme, jeunes de l’aumônerie, orchestre des jeunes, servants d’autel, paroissiens habituels ou inhabituels, prêtres concélébrants- cette messe où le mot Communion s’est rarement fait aussi fort entre nous et en nous.

 

Quand l’ecclésiastique fit ecclésia.

 

A la fin de la messe, il prit le micro pour quelques paroles, qui n'étaient pas de lui, mais de l'Autre : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples »

 

Samedi fut tragique et fut Beau tout à la fois. Et je ne sais en parler, de ce moment qui m’a tant touchée.

Et je ne sais qu’en dire. Je ne peux qu’essayer de prier, pour lui, et pour un mot dont le désir n’aura jamais été si fort en moi, simple petite laïque de base : Unité.

 

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