basilique de Folgoët

 

Il m’arrive de porter un regard distancié, amusé, quand l’occasion se présente de me rendre à la messe dans une petite église de pleine campagne. Moi, la banlieusarde, je goûte l’harmonium, les voix chevrotantes, les annonces de messe improbables, les usages liturgiques… « spéciaux ». Et pourtant…

 

Pourtant, au-delà de ce que je peux dire, au-delà de mes premières impressions, au-delà de tous ces souvenirs qui me ramènent aux doux mois d’été de mon insouciante enfance en Mayenne et en  Normandie, il se trouve là quelque chose qui m’impressionne, qui me touche dans l’intime de ma vie: leur fidélité inter- dimensionnelle.

 

Au milieu de quelques maisons dispersées, ils viennent, parfois de loin, se retrouver là tous les dimanches. On s’embrasse tous, on se connaît tous, on s’assoit les uns à côté des autres, on se raconte les dernières nouvelles (de ceux qui reviendront dans un an ou deux, ou jamais).

 

L’étrangère regarde, amusée. Amusée avant de voir ces messieurs du premier rang gauche qui ont certainement usé leurs culottes ensemble sur les bancs de l’école avant de les user à l’église. Avant de voir ces vieilles dames à la justesse de foi plus forte que celles de leurs voix usées par les années. Avant de voir ce curé rayonnant, pimpant pour ses 70 ans, rappeler qu’il fêtait aujourd’hui ses 10 ans d’installation comme curé de la paroisse. Avant d’entrer ensemble dans cette prière de l’Église qui est la nôtre.

 

Effata ! Le regard, s’entrouvre, s’élargit, distingue

Effata ! et voit :

cette force qu’il faut pour, chaque semaine, faire des kilomètres (et en plus, parfois, il fait froid !)

cette amitié vécue, signe de celle cherchée sans cesse avec le Christ

cet engagement dans les petites choses, pour que la liturgie soit belle « quand même »

ce courage pour continuer, toujours, « malgré tout », quand les forces vives de la jeunesse sont manquantes.

cette « pratique » qui ne va pas de soi.

 

Effata. Le regard change.

 

L’accusateur devient admirateur

L’amusement devient étonnement

La moue se mue en sourire du cœur.

 

Et le Christ accomplit encore un miracle, là, maintenant, tout de suite.

 

Miracle du quotidien, quotidien du miracle pour qui confie la prunelle de ses yeux au Christ.