Dépenser, acheter… frénésie du porte-monnaie, danse des estomacs qui se préparent à gueuletonner férocement. Je n’ai rien contre mais pourtant je constate peu, si peu de sourires. Preuve d’un malaise ?  

 

Je fends à mon tour cette foule pour acheter un sandwich. Et, comme toujours, je suis saisie par le contraste du lieu, autre malaise. Ces gens tout empaquetés et ces dizaines de SDF, n’ayant rien d’autre que leurs couvertures. Ces gens tout pressés et ces autres assis, posés, tendant une discrète main, disséminés un peu partout autour de la gare, dans ce froid si vif qu’il saisit autant les corps que les esprits. Et je suis mal à l’aise.

 

Donner… pas donner… ? La question est toujours délicate et j’ai honte, souvent, de donner aléatoirement à un tel plutôt qu’à un tel. Mais ils sont si nombreux et je ne gagne pas encore ma vie ! Mauvaise excuse : ce n’en est vraiment pas une et, même si je ne donne pas deux fois de suite au même le malaise demeure : comment réagir autrement face à la pauvreté ?

 

La solution serait de se protéger, d’être blasée, de devenir insensible à la misère, de ne plus être révoltée mais d’accepter, résignée. Ou, quand on est croyant, quand on est chrétien, de tout confier à Dieu et hop, plus de problème ! Mais si prier est bien, si prier est excellent, Dieu n’a que nos mains, à nous : que fera-t-il si elles restent immobiles ?Il est pourtant tout à fait illusoire de croire a contrario que notre activisme forcené suffira à résoudre le problème : c’est faux, béat et naïf. Bref, complètement à côté de la plaque. Que faire ?

 

Comme chacun, je n’ai pas la solution idéale sinon le « chacun à sa mesure » mais je pense que ce que nous pouvons demander en tant que croyants, c’est que Dieu nous aide à nous scandaliser, à ne jamais jamais nous habituer : c’est ainsi que naîtront toujours le plus de solutions, par la recherche d'un "comment", chaque fois, chaque jour, à cet insupportable frottement sur le cœur. Même si c'est désagréable.


Puis ensuite à transfigurer l’ensemble de l'univers mercantile par la douce lueur d’un sourire. Ce n’est pas grand-chose mais les petites illuminations de Noël ne tiennent-elles pas le coup plus longtemps que les autres ?