En tout cas, c’est peut-être aussi pour cela que, par contraste, j’aime beaucoup ces petits gestes, si petits qu’ils en sont presque imperceptibles pour tout autre que le destinataire. Taper sur une épaule brièvement ; main légère sur un bras pour encourager, pour guider ; franche poignée de main ; signe de tête, regard où l’on met non du vide mais bien de son « moi » non dissimulé.

 

J’aime en donner, j’aime en recevoir. Ils sont signes de complicité, d’une compréhension autre, communication différente de celle qui passe par le canal souvent brumeux de la parole : ils ne peuvent tricher.

 

Il faut être prudent, savoir doser son geste pour ne pas s’appesantir lourdement quand il s’agit de consoler, faire comprendre que l’on est là au besoin, sans jamais s’imposer. Mais ce tact ne doit en aucun cas annihiler la spontanéité : tout un art que l’on acquiert, je crois, au fil des rencontres, amitiés qui se tissent doucement. Mais art à usage unique : le geste jamais deux fois ne sera tout à fait le même. Doigté, tact et surtout cœur : attitude qui demande pleine disponibilité.

 

Difficulté de dire « je suis avec toi » avec justesse. Difficulté d’accompagner un plus jeune en lui laissant sa pleine liberté. Difficulté du regard franc quand on sait qu’il révèlera aussi tant de soi-même et de ses propres combats en le donnant… mais, Dieu, que cet art est beau !

 

Et au soir, relire tous ces gestes lancés, et ces quelques-uns surprenants de reçus, un jour, ce jour, où ces fameux petits gestes ont cette salinité, cette saveur marine d’un clin d’œil évangélique qui s’applique à chacun : avance au large !