« Une autre enquête passionnante de la Direction de l’évaluation et de la prospective du ministère de l’Éducation nationale montre un effet de découragement impressionnant au fur et à mesure de l’avancée de la scolarité. L’étude qui a permis de suivre un échantillon de 8000 élèves au cours de leur quatre années de collège met en lumière une chute de la motivation scolaire, une montée du stress et un accroissement des attitudes de fatalisme et de démobilisation. Les élèves font preuve à la fois d’un grand conformisme scolaire ("il faut aller le plus loin possible") et d’une forme de résignation et de désenchantement ("je me demande à quoi ça sert de faire des études") et 70% se disent inquiets en pensant à l’avenir. Beaucoup adoptent des attitudes de repli et d’abandon. »[1]

 

            Soyons clairs : je n’ai aucune solution à proposer. J’ai simplement à amplifier ce constat d’après ce que je peux voir. Je repense notamment à cette étudiante si touchante, s’étant écroulée en pleurs dans mes bras au premier semestre : pourquoi donc ? Simplement parce qu’elle avait peur. Je repense aussi à ces étudiants toujours si surpris qu’on leur fasse confiance, comme si cela était parfaitement incongru[2]. Et je me dis qu’à défaut de savoir résoudre cette crise générale, il y a déjà une crise de la confiance en soi, de la confiance personnelle en la vie. Facile à dire ?

 

            Peut-être mais si ce mot, ce simple mot de « confiance » a un jour autant retourné mes entrailles à moi, changeant ma vie du tout au tout, ne pourrait-il constituer la clé pour d’autres ? Du cocon initial trop resserré ou a contrario beaucoup trop lâche, d’une vie étriquée à une vie jouissive pour tenter d’oublier le non-sens quotidien, il y a une réelle meurtrissure de cette confiance dans notre monde moderne. Chacun tente de gravir sa montagne mais s’en croyant si peu capable, se persuadant d’être si nul qu’il en oublie même d’embarquer l’équipement de base nécessaire. Échecs, chutes : le résultat est douloureux et n’aide pas à améliorer une attitude générale confiante puisque la simple confiance en soi s’en trouve peu à peu anéantie.

 

            Il n’y a alors plus qu’à cracher sur la vie, à se morfondre et à grossir les rangs des déprimés, de ces vaincus de la vie qui ne vivotent plus qu’en subissant un quotidien devenu trop lourd. Consentir à la vie, à sa vie ? Faire et avoir confiance, en soi, d’abord ? Tout cela semble si loin, et pourtant… Chemin d’une vie, chemin de la vie[3] : confiance seule susceptible de briser ces ténèbres personnelles où nous nous enfermons si souvent, par crainte de s’ouvrir à cette vie qui est force vivifiante et nous emmène si fréquemment là où ne pensions pas aller.[4] Dire oui et marcher dans ce quotidien qui ne manquera pas de nous blesser, parfois douloureusement, mais qui sera, enfin, loin de toute incapacité, chemin de croissance personnelle.

 

Catholique, mon oui à la Vie est aussi (et avant tout) un oui à Dieu mais cette attitude n’est pas réservée aux seuls croyants, portants le label rouge « catho »[5] : ils ont peut-être juste d’un sourire, à la diffuser, d’un regard à l’accompagner, d’une parole, à la proclamer ?

 



[1] Ibid. p. 39.

[2] Mais j’aime être incongrue.

[3] Je ne précise pas mais c’est « la Vie, la vraie » là, carrément.

[4] Écho biblique, écho, écho, en Jn XXI, 18 : « quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. »

[5] Sur la fesse gauche uniquement, hein : exigez le vrai, l’authentique.