Bref, jeudi soir, en sortant des cours, je me suis rendue à l’autre bout du monde (‘fin à l’autre bout de Paris aussi), ne sachant très bien ce que j’allais y trouver. Elle était venue me chercher à la gare RER, craignant avec gentillesse que je m’égare dans les rues de G.

 

            Une fois chez elle, nous avons commencé à parler tandis qu’elle préparait un plat coréen dont le nom m’échappe absolument. À parler longuement. Les études, le mémoire, nos vies… et puis soudain est venu le domaine des activités : elle ne faisait rien de spécial sinon « des réunions avec l’Église… une église protestante… mais j’ai l’impression qu’en France la religion est un sujet tabou. »

 

            J’ai souri et lui ai montré la croix d’une forme si étrange que je porte toujours sous mes vêtements, contre ma peau : « tu sais ce que c’est ça ? » et ai rarement eu autant de douceur à ajouter : « je suis catholique ». Son visage s’éclaira : « c’est vrai ??? ».

 

            Et la discussion se fit soudain plus profonde, nous faisant légèrement brûler les raviolis de l’entrée, mais qu’importe… Elle voulait que je lui dise « comment ? pourquoi ? » Et bien que tout cela ne se dise pas, comme toute histoire d’amour, sans une certaine pudeur, j’étais profondément heureuse de cet échange inattendu où les Bibles furent vite de sortie sur la table. Elle me raconta aussi elle, et la douloureuse mort de son frère…

 

            Les raviolis refroidissaient… Sa colocataire allemande, protestante également, était arrivée : il fallait commencer à dîner. Alors, elle proposa de prier pour bénir ce repas, ce qu’elle allait essayer malgré son piètre français.

 

            Je ne puis voir dans le caractère bafouillant et tout autant émouvant de son benedicite qu’une image vivante d’un œcuménisme réel : priant ensemble un même Seigneur dans ce qui fut l’inattendu joyeux d’un soir... me faisant dire à mon tour un "merci, Seigneur".