Seigneur,

Je cours et j’ai si peu de temps…

 

Tu le sais bien, j’ai cette foutue tendance à ne pas savoir dire non, cette fichue habitude de dire oui à la moindre sollicitation, de venir rendre service même si je n’ai pas le temps… tant je ne supporte pas la détresse d’autrui, si minime soit-elle. Pourquoi m’as-Tu faite hypersensible ?

 

Et Seigneur, tu le sais, j’ai du travail… et tous mes engagements à l’année à accomplir jusqu’au bout parce que si j’ai dit oui un jour, ce n’est pas pour dire non maintenant.

Et je n’ai pas le temps, plus assez de temps pour tout mener à bien.

 

Et je viens tout de même, ce soir, le soir, me mettre quelques instants auprès de Toi, pestant parce que je n’ai pas le temps…

 

Pourtant, tu sais, il y a aussi cet ami à accompagner, à répondre à ses incessantes questions alors que je suis moi-même en galère, ces autres à ne pas perdre de vue, ces mails auxquels répondre, ces intentions confiées sur le coin d’une porte… Mais je n’ai pas le temps… !

 

Seigneur, je suis sur les rotules.

Et l’on m’interrompt toujours, et l’on ne comprend pas pourquoi j’aimerais parfois sortir prendre l’air longuement, mais que les interruptions de quelques minutes, rompant ma concentration m’insupportent… alors que je rêverais tellement d’une bonne bière pression au soleil avec des amis enfin, qu’importe. Seigneur, je les aime si maladroitement ! Et je n’ai pas le temps.

 

Mes journées m’échappent… c’est le fruit de toute cette année où je n’ai pas su être raisonnable, et dormir, et me reposer quand il le fallait. Et il faut finir ce mémoire, écrire, encore, cette page. Et prendre cette décision-là, aussi, dans la paix.

 

Seigneur, je n’ai pas le temps.

Mais je crois que Tu es là : c’est ta mystérieuse présence qui me donne cette force, ce courage de veiller, cette envie de me lever.

 

Seigneur, je n’ai pas le temps,

Pas même vraiment celui de prier, de Te prier… mais c’est Toi qui me fais venir ce soir. Et c’est le cœur joyeux que je passe ces minutes avec Toi.

 

Mais je n’ai que des journées trop remplies de pas grand chose à T’offrir, pas des myriades de merveilles sincèrement, et puis, toutes ces intentions que j’oublie trop souvent…  

Je ne sais même pas quoi Te raconter mais, Seigneur, rends-moi disponible vraiment, pas qu’un peu, pleinement ! Et, puisqu’il paraît que l’âme qui brûle d’amour ne fatigue, ni ne se fatigue, j’aimerais bien, même si l’élève n’est pas douée, que Tu m’apprennes à aimer.