Si je parle de temps à autre ici ou ailleurs, dans mes joies et dans mes prières, de mes trois filleuls bien-aimés, je ne peux et ne veux oublier que je ne suis pas que marraine mais que je suis aussi moi-même, avant tout, une filleule. C’est seulement en me recevant et en me reconnaissant comme telle que je puis tenter d’être marraine.

 

Bien sûr, il y a ma marraine de confirmation, celle que j’ai choisie dans mon adolescence et que je vois toujours souvent : notre différence d’âge est énorme, notre complicité l’est tout autant. Elle est l’une de celles qui ont jalonné mon parcours de foi, une sans qui je ne serais certainement pas celle que je suis aujourd’hui. Elle m’a appris ce que chrétien voulait dire ; elle m’a appris, simplement mais toujours avec une immense exigence, à servir.

 

Mais il y a aussi toi et puis toi, vous que l’on a choisis pour moi, vous deux que j’ai reçus respectivement comme parrain et marraine, non pour un jour mais bien pour toute la vie, un 13 juillet, dans une petite église de Normandie si joliment ornée de colombages. Mais, aujourd’hui, nous habitons loin les uns des autres…

 

Et pourtant toi… toi qui fêtes aujourd’hui ton demi-siècle alors que j’ai fêté le quart de mien il y a quelques mois ! Amusement des comptes : tu as le double d’âge du mien… cela ne compte-t-il pas ?

 

Si les liens du sang nous unissent, mon parrain, tu sais bien qu’un lien nous lie au-delà  de ceux-ci, si importants soient-ils. Tu le sais comme je le sais et tu me dis souvent « je suis un piètre parrain », ne me laissant jamais le temps de te répondre combien je suis une piètre filleule.

 

Si ce soir, j’ai pris la plume de manière plus privée pour te remercier de nos vies indéfectiblement croisées, même souvent de loin, de bien trop loin, je voulais aussi prendre un clavier plus public pour te dire merci.

 

La qualité d’un parrain ne se mesure pas en cadeaux ou en présence, elle ne se mesure même pas sans doute en grands débats sur la foi, elle se mesure certainement à l’humanité.  

 

Et j’aimerais serrer ce soir ta main calleuse de travailleur de la terre aguerri dans ma main d’étudiante pour te remercier de toute celle que tu m’as toujours apportée. Te dire dans un regard au-delà de notre pudeur respective combien tu comptes pour moi.

 

Et te dire combien je pense tous les jours à toi, surtout en ces jours si difficiles pour toi.