Zabou the terrible

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Croix-sens ?

La scène était tendre, mignonne, prêtant à sourire.

 

Une scène banale de ces mercredis matins où la paroisse grouille de toute sa jeunesse, de toute son enfance bruyante, mais tellement belle, vivante.

 

Elles étaient deux : une grande blondinette et une petite brune, venues dire au revoir à leur aumônier après le caté.

 

Elles racontaient ce qu’elles avaient fait pendant leur séance. Phrases saccadées, lancées de l’une à l’autre où le « mon père » scandait les phrases à la manière d’un prénom. J’étais là aussi, de passage à l’accueil et, connaissant bien ces deux phénomènes, m’amusais de les voir en si bonne forme.

 

Et puis là, après avoir raconté qu’elles avaient prié pour le Japon, montrant leur livre de caté : « oh, ça, mon père, c’était horrible, on n’a pas voulu regarder ça. » « Mon père, on a mis les livres au milieu de la table. Affreux, mon père. » Il s’agissait de la souffrance, d’images un peu dures… de la réalité de la vie, tout simplement.

 

Et le père de leur expliquer, avec cette douceur toute pudique qu’il a quand il parle avec ces enfants, cherchant ses mots pour être juste, pour faire grandir sans brusquer : que le monde, ce n’était pas qu’un doux cocon ; qu’il y avait des aspérités, des difficultés et parfois même, oui, des véritables horreurs. En un mot : la réalité.

 

Les filles écoutaient et brillait dans leurs yeux un désir de comprendre.

 

Soudain, il y eut cette question qui tranchait tel un éclat :

« Et Dieu, il est là dans la souffrance ? »

 

Pas eu le temps de répondre, ni lui, ni moi, elles continuaient sur leur lancée et, leur pépiement fini, elles s’envolèrent d’une bise. Charmants petits moineaux du Seigneur…

 

Mais comme un choc de la justesse de la question, et de son ressac le soir, lorsque j’appris que le même prêtre qui leur avait répondu le matin venait d’être hospitalisé en urgence.

 

Écho désagréable ; discordance ; souffrance. 

 

Souffrance. Souffrance omniprésente en ce moment, semble-t-il : au lointain, au médian, au plus proche.

 

Le « pourquoi » de la souffrance, c’est une aporie : tous nos mots, tous nos traités n’y suffiront jamais, aussi brillants soient-ils. Mais Dieu…

 

Dieu je crois qu’il est là, partout, même dans la souffrance, jusqu’aux plus intimes de toutes les souffrances.

 

Il est passé par là, Il a souffert, lui aussi, pendant sa vie. Il fut flagellé, et puis cloué sur une sordide croix. C'est ce que je proclame à chaque Credo, c'est ce que je crois : ce Dieu qui s’est incarné, je crois qu’il passe la souffrance avec nous. 

 

Mieux même, puisqu’Il nous aime et que nous sommes son corps, il ne fait pas que nous accompagner sur un bout de chemin : il souffre avec nous.

 

Je ne saurais aimer la souffrance : elle me révolte, me révulse et me retourne cœur et boyaux à chaque fois. 

 

Mais je sais que Dieu est là, présent : souffrant car aimant.  

Et c’est ce qui nous donne, malgré tout, cette indéfectible raison d’espérer 

Au creux des plus ténébreuses douleurs. 

 

Commentaires

1. Le jeudi, mars 17 2011, 23:07 par Vieil Imbécile

Merci !

2. Le jeudi, mars 17 2011, 23:34 par Henri

Il est partout et toujours là à nous tendre la main Merci

3. Le vendredi, mars 18 2011, 00:03 par Tigreek

Espérer contre toute espérance... L'Amour est plus fort que la mort. Toute forme de mort, physique, psychique, spirituelle. Facile à écrire, peut-être, mais soutien aussi, de penser qu'Il est là. Toujours.

4. Le vendredi, mars 18 2011, 08:39 par Corine

J'aime beaucoup ton texte. Vraiment beaucoup.

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