Le problème, c’est que là, l’on ne parle pas de débats intellectualo-universitaires, l’on parle d’enseignement fondamental pour des jeunes encore dans l’enseignement secondaire. Or, je ne sais pas si vous avez déjà eu la chance de vous occuper de jeunes lycéens : il faut souvent du courage tant ils sont à un âge où il se cherchent eux-mêmes. Fin de l’adolescence à accompagner… Et ce n’est pas un hasard, je pense, si le thème récurrent des réunions d’aumônerie à cet âge-là c’est « garçons et filles ». Mais bref.

 

Le problème surtout, à mon sens, c’est que l’on ne prétend pas ici former un esprit critique en lui présentant des théories avec lesquelles le jeune pourrait se battre, réfléchir, comparer éventuellement : bref, le propre d’un enseignement en sciences humaines. Non, on lui impose un enseignement en sciences « vraies de vraies », en sciences de la vie et de la terre.

 

Avant ma conversion aux Lettres voyez-vous, j’ai traîné mes fonds de culotte dans une classe préparatoire scientifique à dominante biologie. Cela ne fait pas de moi une spécialiste mais je crois avoir tout de même senti et vécu les spécificités de ces deux types de disciplines : en biologie, l’on a certes des théories mais celles-ci se fondent sur l’observation et l’expérimentation.

 

Or le sexe, notre sexe[1], est inscrit, qu’on le veuille ou non, dans nos gènes, dans ces si belles molécules d’ADN ; il est inscrit par ces chromosomes justement « sexuels » que nous portons dans nos cellules : XX pour les femmes, XY pour les hommes. Notre sexe est déterminé au moment de cette merveille qu’est la fécondation, quand le gamète mâle rencontre le gamète femelle pour former un nouvel être vivant[2].

 

Cela, c’est biologique : nous sommes – sauf anomalies chromosomiques – homme ou femme dès les 1ers instants de notre vie in utero. La théorie du genre, à côté de cela, qu’a-t-elle de biologique ? Vous allez me dire qu’elle est discours sur la vie, certes, mais qu’a-t-elle de réellement scientifique au sens biologique du terme ? Elle est fondée principalement sur des observations culturelles et sociologiques !!!

 

La biologie, ce n’est pas la psychologie, ce n’est pas la « culture », ce n’est pas un quelconque apprentissage d’une « identité » que l’on se construirait : non, il s’agit d’y enseigner la science du vivant, c’est-à-dire ce qu’est intrinsèquement un être vivant et comment il « fonctionne ». A partir de là, enseigner la théorie du genre dans des cours de SVT me semble grave : c’est vouloir présenter une simple théorie sociologique comme une vérité biologique. Et cela, outre le fait que je ne suis pas d’accord avec cette théorie, cela me pose un vrai problème en tant que chrétienne.

 

Après des années où les programmes de SVT ont souvent été du genre « l’homme n’est qu’un animal, une puce savante dont les capacités ne seraient déterminées que par leurs gènes » ; après des années où l’on a détaillé des faits sans même avoir le temps de s’émerveiller sur ce prodige qu’est l’être humain[3], l’on voit apparaître une théorie à dimension idéologique non négligeable dans le programme. Il y a là un manque de logique, une ambivalence certaine, comme par surprise… Je ne suis pas du genre[4] à voir des théories du complot partout mais il y a un manque de justesse profond ici qui attire mon attention. Et qui a de quoi provoquer l’inquiétude des familles, en effet : que cherche-t-on à apprendre à leurs enfants ?

 

Eventuellement, je dirais que la théorie des genres pourrait avoir une place dans un programme d’histoire de terminale par exemple, ou de philosophie, puisque cette théorie est si importante aux Etats-Unis : mais en présentant simplement ses fondements, nullement en l’enseignant comme vérité, ce qui est à mon sens idéologiquement marqué. Or l’enseignement « républicain et laïque » n’est-il pas censé préserver la liberté de conscience de chacun ? Est-ce vraiment le cas ici ?

 

Car finalement, ce qui se cache derrière cette théorie du genre enseignée en SVT, c’est encore plus profondément la question de l’éducation. Quel enseignement donnons-nous aux enfants si nous leur proposons comme « vraies » (idée que l’on se fait des enseignements « scientifiques » au détriment des enseignements « littéraires ») de simples théories sociologiques ?

 

Un éducateur doit chercher avant tout à faire grandir les jeunes qui lui sont confiés. Dire cela, ce n’est pas vouloir être naïf, c’est dire combien il faut veiller à proposer aux jeunes des nourritures solides, bases sur lesquelles ils pourront ultérieurement construire. Cela ne veut pas dire non plus ne leur donner que des aliments insipides car il faut veiller à donner prise à leur jeune esprit critique en formation : mais pas en enseignant magistralement des théories qui, prononcées ainsi, ne sauraient donner lieu à la critique. (Les extraits des futurs manuels scolaires sur ce point sont d’ailleurs particulièrement (non-)édifiants…)

 

Un éducateur chrétien ne peut avoir que cette tâche et chercher à être « coopérateur de la Vérité ». Voilà pourquoi, au-delà de la théorie elle-même, je suis opposée à cet apprentissage dans le cadre où on le propose. Et ce combat n’est pas dérisoire car il concerne, me semble-t-il, le futur de tout notre pays.

 



[1] Je m’amuse déjà des prochaines requêtes google menant à mon blogue…

[2] Ca, c’était le moment « rappel de cours » pour les Terminales qui passeraient par là ;-)

[3] ps. 138.

[4] Ha-ha !