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Lectures d’été : « La vie devant soi » ou la braise incandescente de l’amour

 Aujourd’hui, j’hésite mais je voudrais vous parler d’un livre un peu particulier… d’une histoire de fils… Bon, disons-le tout net : moi aujourd’hui, je voudrais vous parler d’une histoire de vrais fils de putes.

 

En fait, sous cette accroche choquante[1] je voudrais surtout vous parler d’un livre qui narre une magnifique histoire d’amour. Ce livre, ce n’est pas une sortie récente mais celui qui obtint le Goncourt 1975 : La Vie devant soi d’Emile Ajar – Romain Gary, que je n’avais jamais ouvert.

 

C’est l’histoire tragique de pauvres mômes nés suite à une passade de leurs mères prostituées, et mis en pension chez Madame Rosa, elle-même une ancienne bien connue du métier, trop vieille pour « se défendre avec son cul »[2]. Rien de bien joyeux a priori, une vie à la limite de la clandestinité, dans un milieu fangeux et méprisé.

 

Pourtant, à lire cette histoire, qui est surtout celle du héros, Mohammed, on se prend à sourire. Sourire des réflexions de gosse, pas si bêtes, pleines de finesse et si bien (d)écrites par Ajar, mais encore plus sourire de la tendresse qui se dessine page après page dans un univers si grossier et si humainement drôle.  

 

Plongé dans le monde de la prostitution qui est celui du sexe sans l’amour, Momo pose, se pose et nous pose à nous aussi cette question essentielle : « Est-ce qu’on peut vivre sans amour ? ». C’est la question centrale du livre, l’unique question en réalité tant elle est vitale. Et il vit pour y répondre.

 

Momo, il aime la vie, puis il aime Madame Rosa, de tout son petit cœur. Et Madame Rosa, elle, elle le protège, elle l’aime, même quand ses mandats n’arrivent pas. C’est l’amitié entre un jeune Musulman et une vieille Juive, l’amour impensable et incroyable, maternel et filial, qui fleurit à travers tous les travestissements et toutes les pauvretés de l’humanité. C’est l’Amour qui, seul, résiste jusqu’à la fin et est « capable de tout, croit tout, endure tout »[3].

 

A la fin si rocambolesque succèdent ces derniers mots, sonnant comme une réponse finale, même au sein des dernières notes d’humour : « il faut aimer ».

 

Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai lu sur le Camino et qu’il reposait à côté de ma Bible mais j’avais en écho du St Jean : « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » Bizarre, non ? 

 



[1] Faites pas genre, je vous ai vus le lever votre sourcil !

[2] Je cite, hein…

[3] Alors là, je cite aussi, mais, ô indice, c’est un autre Livre. 

Commentaires

1. Le vendredi, septembre 16 2011, 17:00 par cgene

En te lisant j'ai dans les oreilles "Roméo kiffe Juliette" par Grand Corps Malade. Histoire d'amour qui fait fi aussi des origines. Coïncidence comme je les aime. Tu m'as donné envie de le lire ce livre!
Bises et bonne rentrée.
Geneviève

2. Le vendredi, septembre 16 2011, 18:21 par Archange carré

En écho à ta conclusion, et au prénom de celle qui a écrit ci-dessus : « Ce que tu crois dans ton cœur et proclame avec ta bouche, prouve-le par tes actes » (je cite — moi aussi, je cite — un certain Germain d'Auxerre à une petite Geneviève qui se consacrait au Seigneur, cette même Geneviève qui est patronne d'un certain diocèse de l'ouest parisien que nous affectionnons particulièrement tous les deux).

Sinon, pour l'« autre Livre », le passage que tu cites est celui qui commence par : « J'aurais beau parler en langues, celles des hommes et celles des anges, … » ?

3. Le samedi, septembre 17 2011, 21:56 par Lionel

... point de sourcil mais un sourire d'agréable surprise : le français courant et direct est immédiatement compréhensible sans effort de traduction simultanée, c'est très plaisant, n'en déplaise aux amateurs de jargons, religieux, philosophiques ou même culinaires, hélas !

Merci de cette belle chronique qui donnera envie de lire Ajar à ceux qui n'ont lu que Gary, tel est mon cas, hélas !

4. Le vendredi, septembre 23 2011, 10:19 par Zabou

@ Cgene : Merci ! :-) 

@ archange : Beau rapprochement et, oui, parfaitement, celui-là même ! 

@ Lionel : :-) 

5. Le dimanche, septembre 25 2011, 01:04 par Lapinos

Le sexe n'a rien à voir avec l'amour au sens de la charité chrétienne. Quant à "Roméo et Juliette", c'est un pamphlet, une tragédie qui se termine très mal, contre l'idée idiote et antichrétienne d'amour sexuel, et ceux qui l'inculquent. Vous prenez le Christ pour le "Grand Meaulnes" ou une niaiserie de ce genre ?
Le sexe est instinctif, et il n'y a rien qu'on fasse par instinct qui soit de la charité.

6. Le lundi, septembre 26 2011, 21:39 par Zabou

@Lapinos : surprise de vous voir traîner par ici (je jette de temps à autre un oeil sur votre blogue). En revanche, je ne comprends pas bien le sens de votre intervention. Geneviève ne faisait pas allusion au Roméo et Juliette de Shakespeare mais à un slam (que je ne connais pas pour ma part). Pour le reste, je ne vois pas bien ce que vient faire le sexe dans votre commentaire : avez-vous lu le livre d'Ajar ? La Vie devant soi est une histoire de fils de putes, certes, mais non une histoire de cul. Elle est une vraie et belle histoire d'amour. 

Enfin, sur le fond, il ne faut pas non plus exclure la partie sexuelle dans l'Amour ! 

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