Zabou the terrible

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Comme un cerf altéré cherche l’eau vive…

 

Il s’agit là, cette fois encore, d’une marche. Non d’un pèlerinage, hein. Enfin pourtant, ... Bref. En ce dernier jour de l’année, j’aimerais vous partager quelques mots lus qui nous ramènent tout simplement à la faiblesse ainsi qu’à la beauté de notre humanité.

 

« Il n’est pas difficile de se rendre compte à quel point l’homme est hydrodépendant, drogué, prêt à tuer père et mère pour sa dose vitale ! Ici, quelques heures suffisent pour être en manque. Quelques heures pour réapprendre le sens de la vie. Sa fragilité. Notre permanente vanité.

 

 

De 15 à 16h, c’est la fournaise. On serre les dents, les fantasmes affluent, la bouche colle, la langue gonfle, cartonnée, la gorge racle, le corps renâcle. De 16 à 17h, c’est la prière. On guette du coin de l’œil le déclin du soleil, on maudit les nuages d’être partout dans le ciel sauf entre nous et ce phare obsédant, on maudit l’orientation de la piste qui maintient ce feu sur la joue gauche. De 17 à 18h, c’est l’impatience. La contradiction entre la haine du soleil qui ne tombe pas assez vite, la satisfaction de le voir descendre et la frustration de ne pas sentir la température baisser. Tout à coup, il fait nuit noire. […]

 

Départ : 4 heures du matin. Nous nous partageons l’ultime gorgée. Objectif : l’eau. Gorge nouée. Tête gourde. On sait qu’elle n’est pas loin mais elle n’est pas là, et c’est la seule chose qui compte. Elle manque. Peu de mots. La salive est chère. La voix est déjà déformée. Petite voix de fausset. Les oreilles commencent à bourdonner, signe avant-coureur de la déshydratation aiguë.

 

Au lever du soleil, nous trouvons la rivière. A sec. C’est pas grave, il y en a une autre dans cinq kilomètres, dans une heure. Tic-tac tic-tac, enquiller, avancer… JE la guette au loin sur la piste. Voilà le pont, voilà l’eau. Ne pas courir. Rester digne. Nous sommes sauvés. La rivière approche, le lit se dégage, se révèle… à sec ! […]

 

Soudain, au loin, une femme traverse la piste. C’est une femme comme des millions d’autres dans ce pays, sauf que celle-ci a un seau sur la tête. Dieu en personne. Un miracle ! Un mirage ? Nous hurlons, courons comme des dératés. Elle s’arrête et se retourne. Nous déboulons, elle a compris et nous tend une calebasse, honneur aux dames ! Et glou, et glou, et glou !

 

Je vois ma femme renaître, les gorgées la gorger de vie. Elle reprend son souffle. C’est mou tour. Et glou ! Et glou ! Et glou ! Bestiale musique ! Ineffable douceur ! Du lait et du miel. Mieux encore, de l’eau. Tout est aboli en une seconde. Nous n’avons pas souffert. On ne souffre qu’au présent. Nous rions aux éclats comme des dingues. Nos panses font floc ! floc ! Notre petite dame est émue. Elle connaît la soif. »

 

In Sonia et Alexandre Poussin, Africa Trek 1 – Du Cap au Kilimandjaro.

Commentaires

1. Le dimanche, janvier 15 2012, 16:31 par C.S. Indhal

Tout scout ou pèlerin qui, après une longue marche, après avoir atteint le sommet d'une côté, peut se désaltérer… ou arrivant assoiffé au premier point d'eau rencontré peut ENFIN remplir une gourde depuis trop longtemps vide… sait à quel point l'eau est source de vie, pas seulement de façon symbolique ! Excellente piqure de rappel ! Merci Zabou !

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