Un récent billet de David m’avait donné l’envie de remettre le nez dans les deux Petits Christianismes (l’un de tradition, l’autre d’insolence) de Robert Scholtus que j’avais fort goûtés. Petits bouquins à la saveur piquante – mais pas trop, juste comme il faut. Des petits livres qui donnent à réfléchir de concert avec l’auteur avec la délicieuse sensation de le faire en complicité, à contretemps.

 

De récentes discussions sur cette institution qu’il est souvent de bon ton de vilipender m’ont alors tout particulièrement conduite à resavourer la sapidité et la sapience de ces quelques beaux et justes mots sur l’Eglise et son « insolente jeunesse ».

 

« Paradoxalement, c’est à l’Eglise, cette vieille dame si démodée, si dénigrée pour sa ringardise et ses rigidités, que l’on doit la sauvegarde de l’irréductible nouveauté de cet événement. Il n’y a qu’elle pour sauver Jésus, non seulement de l’oubli, mais surtout du mythe qu’il devient quand s’emparent de lui les spiritualités jeunes et sauvages du Nouvel Âge. Gardienne du mystère de ce Dieu incarné, c’est elle qui empêche que son Evangile soit définitivement recyclé dans la vieille lessiveuse syncrétiste.

 

Et parce qu’elle est contemporaine du Ressuscité transparaît sous son fard craquelé et derrière ses parures désuètes un air d’éternelle jeunesse. Pour qui sait voir au-delà es apparences du monde et des aléas de l’histoire, son visage resplendit d’une beauté virginale et primordiale, pur reflet de l’amour d’un Dieu plus jeune que toute mort. Beaucoup la croient ménopausée, définitivement stérile. Mais elle, contrainte au dépouillement, est en train de redécouvrir ce que finalement au plus secret d’elle-même elle a toujours été, cette adolescence rougissante et maladroite, étourdie par tant de grâce et de responsabilité, d’une insolente jeunesse. »

 

in Robert Scholtus, Petit christianisme d’insolence