Zabou the terrible

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Frémissement d’intensité poétique

 

 

 

Pour lancer une séance sur la poésie, j’avais eu l’idée de demander à mes élèves de réfléchir à un lieu « poétique », un lieu qui leur parlait de poésie, à chacun.

Je les avais laissés réfléchir quelques instants et puis je les avais interrogés, un par un.

 

Il y a ceux qui, à moitié pour m’épater, me donnaient des grandes villes « Venise ! Je rêve trop d’y aller ! » ou encore « Eh m’dame, la ville de Roméo et Juliette, là, j’sais plus comment elle s’appelle, où il y a les verrous, ça parle de passion ! »

Ceux qui rêvaient aux classiques « la plage sous les étoiles » ou « une belle mer bleue »,

Ceux qui osaient et me donnaient des lieux plus inconnus, plus personnels, aussi…

 

Ce garçon-là, je le sentais qui réfléchissait « à l’intérieur » et, son tour venu, il dit :

- Le bled.

Deux autres l’avaient déjà dit pour plaisanter mais, chez lui, on sentait que cela venait du cœur : bien, c’était ce que je cherchais, la densité de paroles. Il poursuivit d’ailleurs : « parce que, là-bas, c’est vraiment chez moi. ». 

Le tour de classe se poursuivit, entre belles pépites et mots hésitants.

 

Quand il prit fin, le même garçon me fixait toujours et me demanda :

- Et vous madame ?

 

Sans réfléchir, j’ai répondu :

- Les bords de Loire ; la lumière du soleil irisant l’eau et dansant sur les vieilles pierres… c’est beau !

- C’est là que vous avez rencontré votre copain ?

 

Ca m’a fait sourire.

Il ne pouvait pas savoir – d’autant plus que je n’avais pas « réfléchi » ma réponse – que, pour moi, quand je parle de poésie, je ne sais pas la séparer de Dieu ; comme je ne sais pas séparer Dieu de la poésie ;

Parce que Dieu est le grand poète de la vie ;

Parce que j’ai fait mienne cette belle phrase de Scholtus dans son petit Christianisme d’insolence : « se faire les poètes de la grâce à travers les opacités de la chair » pour en rechercher toujours plus la justesse.

 

Il ne pouvait pas savoir que, sans réfléchir, j’avais parlé de « mon » lieu, de cette abbaye où je viens respirer, souvent,

Me ressourcer, vraiment,

Chercher à toujours mieux grandir et vivre en Lui,

Contrepoint essentiel de silence de mes jours devant et avec eux,

Beauté de la nature à conjuguer avec celle de l’humanité.

 

Oui, ça m’a vraiment fait sourire et j’ai répondu :

- En fait… c’est surtout là que j’ai rencontré le grand amoureux de l’humanité.

 

Je ne crois pas qu’il ait très bien compris,

Mais finalement, je ne crois pas que c’était très important de dire exactement,

Car il y avait déjà eu cet espace d’un frémissement,

Le petit interstice subreptice où Il pouvait dire, écrire, l’au-delà des mots.  

 

Commentaires

1. Le samedi, juin 1 2013, 23:39 par Eliette

Eh m'dame, c'est trop beau ce que vous dites...
Merci Zabou.

2. Le lundi, juin 3 2013, 08:27 par Tigreek

Tu me fais penser à un chant de Taizé...
http://www.taize.fr/spip.php?page=c...

C'est chouette ce que tu fais avec tes élèves... Merci de nous le partager ! :)

3. Le lundi, juin 3 2013, 21:45 par el padre

Ah, la poésie... l'art de dire avec des mots ce que les mots ne peuvent dire, disait Stefan Wul ( je n'en ai jamais trouvé de définition plus aboutie)...

4. Le jeudi, juin 6 2013, 22:53 par Zabou

J'aime beaucoup, autant le chant que la définition !!! :-) 

J'ai fait lire ce billet à un prêtre de chez moi, ce qui eut pour conséquence, quelques jours après : "bref, tu vas à St bled sur Loire". J'aime assez l'idée aussi ;-) 

5. Le mardi, juin 11 2013, 06:39 par C.S. Indhal

Ton élève à raison, je crois : "Parce que, là-bas, c'est vraiment chez moi !"… Au fond c'est toujours à partir d'un tel lieu que l'on peut faire de la poésie, non ?
Chez moi… Près d'un coeur qui m'aime… =)

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