Zabou the terrible

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Ne poussez pas, je vous prie, le Mammouth dans les orties

 

 

 

Un nouveau ministre de l’Éducation Nationale (entre autres ! Mais particulièrement…) et c’est l’effervescence sur les réseaux sociaux, notamment du côté d’un grand nombre de catholiques. Le problème, c’est que ce que j’ai pu lire m’a un peu fait froncer le sourcil.

 

Il est évident que mon âme de chrétienne ne peut être en accord avec la totalité des positions passées de Mme Najat Vallaud-Belkacem et s’est déjà trouvée chiffonnée par ses propos. Il ne s’agit pas ici de faire de la politique, il s’agit d’éthique et surtout la concernant de bioéthique : de vie, en réalité. Mais ce n’est pas mon propos ici car je pourrais tout autant parler de mes divergences idéologico-spirituelles avec l’un de ses prédécesseurs.

 

Car, quand je dis que ce que j’ai lu ici ou là comme réaction à sa nomination m’a fait froncer le sourcil, c’est en réalité un peu plus fort : cela m’a blessée. On a crié haro sur le fameux mammouth dans son ensemble, décriant dès à présent un niveau encore en baisse ou une idéologie omniprésente, englobant dans le tout d’un jugement à l’emporte-pièce des masses de personnes concernées, et ramenant ces personnes à la seule nouvelle ministre.

 

C’est facile de cracher sur l’Éducation Nationale, sur ces feignants de profs toujours en vacances, sur ces nuls d’élèves… Mais connaissez-vous le « terrain » ? Ces milliers de profs passionnés qui se battent, chaque jour, pour faire grandir un peu plus, un peu mieux ? L’idéologie y est bien loin car l’urgence y est omniprésente, le niveau de fait souvent catastrophique mais, si la marche est haute à faire franchir, le défi est passionnant. Et, pour le coup, c’est la culture de l’humain qui y règne en maîtresse : et c’est ma joie.

 

Il y a un ministre de l’Éducation Nationale, oui, et on a le droit de ne pas être d’accord avec. Et on a le droit d’être méfiant mais, s’il vous plaît, et vous en particulier, mes frères chrétiens, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain : l’enseignement privé ne saurait accueillir tout le monde et l’Éduc’ Nat’ reste la grande usine du savoir, extrêmement loin d’être parfaite, certes, mais n’étant pas repeinte idéologiquement à chaque ministre. D’autant plus qu’on peut travailler ensemble sans être d’accord ! Il faut, simplement, veiller à ce que la liberté de chacun demeure. 

 

Il ne s’agit pas pour moi de peindre plus blanc que blanc un tableau contrasté, souvent très sombre, ni en aucune manière d’encenser cette nouvelle ministre vis-à-vis de laquelle j'admets partager votre méfiance ou même  simplement de défendre mon bout de gras mais, s’il vous plaît, ô mes frères et sœurs dans la Foi, ne serait-il pas bon d’avoir aussi l’honnêteté intellectuelle que vous exigez de vos contradicteurs ? 

 

Commentaires

1. Le mercredi, août 27 2014, 07:48 par David

<3! On relance "sacristains"

2. Le mercredi, août 27 2014, 08:10 par David

(et bien content d'avoir pratiqué une forme d'unfollow assez massif, sur FB comme ailleurs)

3. Le mercredi, août 27 2014, 08:20 par Corine

et moi, juste contente d'entendre un son de cloche juste, intelligent et enfin... chrétien. Merci :-)

4. Le mercredi, août 27 2014, 09:01 par Geneviève

C'est pour çà que je t'aime!! ;-)

5. Le mercredi, août 27 2014, 09:49 par Laurence

Mon frère est en train d'embarquer sur ton bateau, en tant que matelot stagiaire. Bon vent à lui, à toi, à tout l'équipage et à son nouveau capitaine.

:-)

6. Le mercredi, août 27 2014, 09:54 par Mahina

<3

7. Le mercredi, août 27 2014, 11:45 par Eliette

Merci Zabounette.
Idem. Des méfiances vis à vis de sa position sur plusieurs trucs. A côté de ça, elle est jeune, 36 piges, et c'est peut-être ce qui peut faire la différence. Je ne peux pas m'empêcher d'apprécier l'énergie qu'elle a eu pour pénaliser la prostitution. Je suis sûre qu'elle aura cœur à soutenir les profs. Probablement plus que bien d'autres avant elle. Après, pour le reste, affaire à suivre.
Et je suis infiniment d'accord sur le "on peut travailler ensemble sans être d’accord". Les gens qui crient tout fort: "mes enfants n'iront jamais dans l'éducation publique", euh, j'avoue que je ne sais pas pourquoi ça me met un peu mal à l'aise. C'est pas en fuyant qu'on règle les problèmes.

Bref, sur ce, bonne rentrée nos profs préférés!!! :D On vous aime.

8. Le jeudi, août 28 2014, 17:19 par Zabou

Il est doux de vous entendre comme autant d'échos, ici et ailleurs... merci :) 

9. Le vendredi, août 29 2014, 16:29 par Laurent

Ma chère Zabou,

J'ai beaucoup d'admiration pour ton engagement, pour tes prises de position, claires, et ton regard bienveillant et chrétien sur ce qui t'entoure. Ta volonté de faire grandir l'humain, dans cette belle mission qu'est enseigner ne peut qu'être louable. Et probablement qu'il existe (encore) des profs dévoués, dont c'est une réelle vocation que de vouloir donner à nos chères bambins, ou adolescents les clefs pour qu'ils puissent se débrouiller ensuite dans la jungle de la vie avec une tête bien faite.
De plus, le Pape himself invite les chrétiens à ne pas laisser le malin occuper tout l'espace laissé vacant par notre couardise, et à ne pas nous entretenir "entre cathos bien pensants uniquement" mais à aller être témoin dans le monde. Soit.

Mais voilà. Je vais rompre ce concert de doux échos, car je ne peux être d'accord, et je peux faire confiance à l'Éducation Nationale. Le mammouth va où son cornac l'emmène !

En effet, ma responsabilité de parent, c'est de garantir que mon enfant soit instruit, et que cette instruction soit conforme à un minimum de valeurs. Entre parenthèses, je ne considère pas qu'il revient à l'Éducation Nationale d'éduquer mes enfants, mais plutôt de les instruire. Passons ce détail sémantique.
Or, d'aussi bonne volonté sois-tu, toi et tes collègues dévoués, pleins de valeurs, de sens éthique, et de volonté, je ne peux me reposer sur le fait que mes enfants vont toujours n'avoir forcément que des profs comme toi, ou tes collègues engagés.

Je vais tenter une analogie volontairement extrême (qui ne manquera pas de faire suréagir dans les commentaires suivants, j'en suis sûr !) juste pour te faire comprendre ma position : Si dans une maison de débauche, il existe deux ou trois bonnes soeurs qui sont là pour prêcher la bonne parole, et qui réussissent à faire passer le message du Christ auprès de certains clients ou de certaines prostituées, vais-je y envoyer mes enfants sans crainte parce que pas tout le monde n'est mauvais dans cette maison ? Non ! Et trois fois non !

Avant de vous enflammer, tous, dans vos réactions, je ne compare pas l'Éducation Nationale à une maison de débauche (ni vous à des bonnes soeurs !). Mais, j'avoue appréhender l'action de notre chère Ministre de 36 ans, qui n'a jamais enseigné, et qui va justement avoir plus d'énergie que certains de ces prédécesseurs, pour l'engager sur cette voie et faire avancer sa priorité : établir l'égalité garçon-fille (elle l'a déjà annoncé !).
Et le problème justement, c'est qu'il ne s'agit pas simplement de garantir l'égalité des droits garçon-fille (ce qui parait juste, évident, et imparable, et personne ne peut-être contre cette égalité de DROITS). Il s'agit de gommer les différences, et en particulier sexuelles. Et pour ce faire, Madame Belkacem a déjà démontré son mode opératoire (je peux te citer tous ces méfaits sur le terrain, dans les écoles, pour faire avancer ses idéologies !) : Encourager la neutralité, pour plus de liberté de choix de sa sexualité (sauf que je n'envoie pas mes enfants à l'école pour ça !).

Je reprends à mon compte les mots de Koz Toujours, qui traduit à la virgule près mon inquiétude : "Lorsqu’on n’a aucune intuition pédagogique, on ne peut avoir que des préoccupations idéologiques. Il y a vraiment lieu de s’inquiéter : l’enseignement, ce lent et patient travail de construction des personnes et de leur liberté, est sur le point de se voir brutalement détourner au profit d’une déconstruction idéologique. Depuis plusieurs années, Madame Vallaud-Belkacem a fait de la « déconstruction » son maître-mot, pour défaire un héritage culturel qui nous empêche encore de tomber dans cette uniformité qu’elle appelle « égalité »… Quand l’école ne servira plus qu’à déconstruire, quand elle aura définitivement renoncé à transmettre, elle sera devenue un lieu, non pas de formation, mais de formatage."

Il suffit d'écouter France Inter pour avoir un aperçu des ces autres profs qui composent aussi l'Éducation Nationale, et de l'excitation que les récentes révolutions sociétales provoquent chez eux pour craindre sincèrement pour nos chères têtes blondes ! Je rajoute que je suis issu de l'enseignement public, tout comme ma femme. Ma mère y a fait toute sa carrière, et ai eu à côtoyer profondément les arcanes de cette grande institution.

Donc, oui, j'admire ton engagement. Non, je ne confierai pas mes enfants à l'Éducation Nationale. Je plussoie néanmoins ton avis sur le fait que l'enseignement privé n'est ni la solution, ni forcément la panacée, et n'est pas toujours plus sécurisante ! Pour notre part, on n'a choisi d'être servi par nous-mêmes, au risque de passer pour des excentriques, extrémistes, qui ne pensent pas à la socialisation de leurs enfants. Nous décidons juste de comment ils se socialisent, et avec qui, histoire d'assoir les fondamentaux solides pour leur permettre de s'épanouir pleinement.

10. Le samedi, août 30 2014, 14:02 par Zabou

@Laurent : je t'ai bien lu, je te réponds un peu plus tard dans le w-e (car je veux prendre le temps de le faire bien ! :)

11. Le mardi, septembre 2 2014, 00:39 par Zabou

Cher Laurent,

 

Désolée du petit retard à te répondre mais la rentrée comporte son lot d’engagements et d’obligations ! Je ne pense pas que les commentateurs s’enflammeront à te lire ici car, tout simplement, ce n’est pas trop le genre de la maison ! ;-)

 

De plus, mon billet n’a nullement été écrit dans le but de faire la promotion de l’Éducation Nationale. Je partage ce désaccord sur son appellation d’ailleurs – même s’il faut bien avouer que nous ne nous contentons guère de l’instruction dans de nombreux endroits aujourd’hui et cela sans outrepasser notre rôle mais parce que celui des parents fait défaut – mais c’est une autre question.

 

Je ne cherche pas ici à dire : c’est extra, venez tous dans le public ! Mais à calmer le jeu qui m’a sauté aux yeux sur tous les réseaux sociaux lors de la nomination de cette nouvelle ministre de manière, me semble-t-il, fortement exagéré.

 

Je ne suis pas tout à fait d’accord sur le fait que le mammouth va là où son cormac le mène car… c’est un mammouth et non point un éléphant ! Je ne joue pas tant que cela sur les mots : un des gros problèmes de l’Éducation Nationale aujourd’hui, c’est son immobilisme. Mais c’est aussi paradoxalement une chance en cas de questionnement sur les choix qu’effectuera le cormac.

 

Aujourd’hui, à l’heure d’attaquer ma 3ème rentrée scolaire de prof, je crois de plus en plus à ce qui bouge dans le mammouth : c’est-à-dire, au choix, des puces ou des quelconques bactéries circulant dans le milieu ambiant. Je m’explique : je crois plus à des projets pédagogiques locaux innovants – comme celui que nous sommes en train de monter dans le collège où j’enseignerai à nouveau cette année – qui répondent à des urgences réelles, de terrain et non pas à des théories quelconques. En arrivant en ZEP l’année dernière, j’ai été vraiment profondément marquée par l’urgence des situations et par l’incroyable dévouement de mes collègues pour leurs élèves : des gens de terrain à 200%, des collègues avec qui je suis très loin d’être d’accord sur tout dans le fond mais avec qui on sait bien que, là où nous sommes, nous ne pouvons que nous retrousser les manches et nous donner, à fond, au mieux. (D’ailleurs, je ne suis pas certaine qu’un professeur n’étant pas dans cette dynamique « résisterait » longtemps ici !). Sincèrement, tout ce qui a eu cours l’année passée dans les diverses théories, eh bien, on n’en a pas vu la couleur. Et je crois que ce sera pareil cette année – a fortiori avec notre grand projet expérimental qui nous mobilise complètement.

 

En réalité, si j’ai écrit ce billet, c’est sachant tout cela, cette réalité de terrain qu’on a tendance à sous-estimer mais c’est surtout que je ne suis pas une idéologue. Par exemple, si j’ai donc fait pleinement le choix d’enseigner dans le public, je n’exclus pas a priori et à l’avance un passage dans le privé ici ou là un temps si un projet me semble complètement motivant, chrétien et grandissant. Mais, aujourd’hui et en cette période de ma vie, je sais que ma place à moi, elle est dans le public… mais cela ne veut pas dire que je pense que c’est celle de tout le monde !

 

Je pense que la nomination de la nouvelle ministre est une maladresse, au milieu d’autres, mais qu’elle n’aura guère de conséquences directes : comme il y a des profs plus ou moins bien dans le privé, c’est à peu près pareil dans le public. Pour l'éducation des enfants, chacun ses choix et avoir le choix est aussi important qu’heureux mais ne crions vraiment pas trop sur l’Éducation Nationale et encore plus à l’avance.

… à suivre ? :)

 

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