Zabou the terrible

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Synode pas sy-simple

 

« Lobby or not lobby ? »

C’est en ces mots que s’annonce, que s’écrit désormais le futur synode sur la famille. J’en suis triste.

 

Synode sur la famille donc… Et l’on transforme cela, trop abusivement, dans la presse et ailleurs – et, donc, dans les esprits de milliers de personnes – en un vaste jeu : « pour ou contre la communion aux divorcés remariés » ?

 

Fille de divorcés remariés, il est évident que je me sens concernée, et pas qu’un peu[1], mais, fille de divorcés remariés, curieusement, je ne me sens pas appartenir à un quelconque camp.

 

Car, en réalité, je ne crois pas qu’il s’agisse d’être « pour » ou « contre », a fortiori avant le synode : ce dernier, c’est une occasion rêvée pour remettre les choses à plat et écouter comment Dieu nous parle. Et ça, c’est génial. Moi,  j’avoue : je ne sais pas ce qu’il faut faire mais j’aimerais entendre parler de tout cela diverses personnes se mettant à l’écoute de la Parole de Dieu.

 

Parce qu’il est des souffrances autour de nous de personnes dans cette situation et qu’il existe en parallèle une souffrance pour le catholique pratiquant : c’est celle de parvenir à être audible.

 

Je crois à ce que l’Église transmet, je crois à la grandeur des sacrements : je cherche à en vivre, jour après jour, dans ma nature pécheresse et faillible. Mais je sais que mes parents, comme tant d’autres, ne se sentent pas accueillis dans notre Église – j’en suis la première fautive, je ne le nie pas. Quand eux et moi parlons d’elle, d’ailleurs, ou même de Foi, c’est souvent la première chose que je me prends dans les dents : « ah, parlons-en de l’accueil dans l’Église ! Et nous les divorcés ? ». Comment discuter ensuite au-delà, de Dieu, de Son Amour, de l’Essentiel quoi quand la discussion semble déjà close ? D’accord, la question est plus complexe et, à mon sens, il y aurait peut-être surtout à se repencher, pour tous, sur chaque sacrement. Il n’empêche, on n’a pas le droit de mettre cela de côté : et si le synode était simplement l’occasion de se parler ? D’écouter hommes, femmes et parole de Dieu ? Pour mieux dire, pour mieux vivre ? Surtout à ceux qui semblent éloignés de la Foi et qui s’imaginent que l’Église les pointe du doigt « bouh pas bien » et en ajoute ainsi une couche : c’est triste...

 

Comment dire aux personnes divorcées remariées que Dieu les aime ?

 

Un synode sur la famille… Et je suis triste également que l’on ne se concentre que sur cette question qui fait les grands titres. Non pas qu’elle soit accessoire, non, mais parce que la famille ne saurait se réduire aux divorcés remariés.

 

Comment grandir en famille ? Comment promouvoir une cellule familiale solide et stable ? Comment accueillir ces autres types de familles qui émergent – qu’on le veuille ou non – au sein de notre société ? Tous les jours, je vois ou j’entends parler de choses que je n’imaginais même pas il y a quelques années… Des situations complexes, quand elles ne sont pas en plus affreuses. Et pourtant, Dieu est venu pour eux aussi : là, pour le coup, c’est ma joie. Mais se pose pour moi la même question : comment leur dire, comment les accueillir ?

 

Je l’attends avec impatience ce synode pour ma part et je conspue les pseudo-lobbys médiatiques qui prétendent nous dire que penser : je désire écouter.

 

Que dire avant ce synode, sinon : prions ensemble afin que les participants et nous-mêmes soyons dociles à l’Esprit « qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification »[2] ?

 

Seigneur, donne-nous de savoir nous parler entre chrétiens,

Donne-nous de savoir nous écouter :

Fais grandir ton Église dans la fidélité à ce que Tu attends d’elle,

Pour qu’elle soit signe de Toi au milieu du monde et T’annonce ;  

Que tout se passe selon Ta grâce et cela suffit.

 

 



[1] C’est un peu une souffrance aussi pour leurs éventuels enfants pratiquants à « donf », hein, au passage…

[2] C’est un extrait de la prière eucharistique n°4, hein, pour ceux-là bas au fond qui ne suivraient pas. 

Commentaires

1. Le samedi, septembre 20 2014, 09:24 par jeanne

merci Zabou pour ce billet nuancé.

En tant qu'épouse répudiée, je puis témoigner de la souffrance de mes enfants, même si elles étaient adultes au moment de la répudiation,leur vie en a été largement bouleversée et les répercussions sont toujours visibles. Quant à moi, je me sens jugée lorsque je réponds "non " à la question "vous êtes veuve ?". J'étais trop âgée pour seulement imaginer une nouvelle union, et la pression de l'église compte peu dans cette affirmation. Ma vocation est probablement autre.

Par contre je fais mienne la remarque de Dom Guillaume Jedrzejczak, les prêtres obtiennent la réduction à l'état laîc (quelle expression horrible !) et peuvent se marier à l'église et l'ordination est un sacrement. Alors ?

Beaucoup plus profondément, j'ai mal pour tous les petits enfants maltraités auquel l'Eglise du Christ présente pour modèle une famille rêvée, fantasmée qui ne ressemble en rien à la leur. Lorsque je faisais entrer mes élèves en classe, le jour de la rentrée, je regardais chaque visage avec cette question :" et toi ?"

La question des divorcés-remariés, par sa réponse binaire, est facilement instrumentalisée. Je n'est pas étudié le droit canonique mais comme vous j'ai entendu, vu la souffrance et l'incompréhension. Je rejoins Guy Coq lorsqu'il affirme : "le corps trop humain de l’Église seul est perceptible pour l’homme de l’extérieur …, sa pesanteur cache tellement le sens mystique de l’Église qu’elle fait barrage à l’accès à l’Évangile ", et j'ajouterais que, de l'intérieur, je me sens souvent bien seule avec ces "blessures d'Eglise" et certaines homélies qui me laissent dans un grand désarroi alors que je m'apprête à Le recevoir.

Je vous souhaite un beau week-end journées du patrimoine

2. Le samedi, septembre 20 2014, 12:48 par L.

Moi j 'ai une question à poser. Quelqu'un m'avait dit que par rapport à la communion des divorcés, il n'y avait pas "interdiction" "absolue", au sens où c'est le choix de chacun éclairé en toute conscience qui prime : tu es divorcé, le prêtre n'a pas moyen de te refuser la communion. Du coup, tu en es renvoyé à ta conscience : en quoi ce divorce doit affecter ton rapport à la communion ? Selon moi, si en toute conscience, tu ne vois pas le problème, bah, va communier !
Ma question est : que vaut ce raisonnement ?

J'ai une deuxième question à poser : il y a des gens pour dire qu'il est interdit par l'Eglise de communier si tu ne t'es pas confessé. Quel est le statut de cette interdiction ? Et quel est son statut par rapport à celui de l'interdiction de la communion des divorcés ? Est-ce que là encore ce n'est pas une question de conscience qui doit primer en dernière instance ? Si je vis l'eucharistie comme l'autre face de la confession, l'un n'a pas de sens sans l'autre, réponse évidente à la question. Si je vois les choses autrement, et que en toute conscience je désire aller communier, je vais communier, non ? Il me semble que cela n'est en rien "interdit", et pour ma part, je poserais bien la question de la communion des divorcés dans les mêmes termes. Je trouve que celui qui ressent un désir de communier peut déjà se sentir super heureux d'avoir ce rapport là avec Dieu, je vois pas bien qui pourrait le priver d'exaucer son voeu, sauf si peut-être cette privation excitait encore plus son désir de Dieu - à chaque mystique de juger au cas par cas, non ?

Pour résumer, il me semble que ce débat met en jeu plus fondamentalement la question de savoir quel est le statut des prescriptions/interdictions de l'Eglise et quelles sont leur importance dans ma foi. Personnellement, l'Eglise, par le caté, l'aumonerie, les enfants de coeur, les prêtres et tout ça, m'a fait découvrir Jésus, les choses essentielles, l'amour du prochain, et on ne s'est jamais préoccupé de prescription, mais cet essentiel qui nous a été transmis éclaire nos choix au jour le jour, en fonction d'un chemin singulier qui fait bien souvent fi des principes et y préfère l'authenticité et la liberté, en assumant ses erreurs parfois.
Se sentir blessé par une prescription/interdiction de l'Eglise, c'est comme si on se sentait blessé par un "modèle" auquel on regretterait de ne pas coller : dans ce cas là, c'est le modèle le problème, et ma volonté d'y coller au lieu de voir qu'il est vide de sens, en tous les cas pour les gens auxquels il ne correspond pas, sans que ça remette en cause sa pertinence pour les gens qui le choisissent et s'y sentent bien. Il me semble qu'un itinéraire de foi qui prend ses distances, voire ignore les prescriptions, peut être très passionnant dans sa difformité propre, et que Dieu le préfère à ce que serait une vie de bigot aigri par tout ce qui dans sa vie ne serait pas conforme à des principes. Le vilain petit canard est un grand cygne qui s'ignore et il ne paraît difforme qu'aux poules d'eau.

3. Le samedi, septembre 20 2014, 23:32 par Au fil des ouvrages

L'instrumentum laboris va bien au delà de cette épineuse question
Puisse l'Esprit ouvrir les coeurs aux situations difficiles quelles qu'elles soient et permettre aux membres du synode de s'inspirer de l'accueil de Jésus pour les malades et les pêcheurs

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