Zabou the terrible

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Provoc, où est ta victoire ?

 

 

 

Je me refuse à diffuser toute photo de cette femme nue au torse marqué « pope is not a politician » sur l’autel d’une très belle cathédrale française. Je me refuse aussi à toute comparaison avec le traitement des autres religions, comparaison stérile qui ne saurait aboutir qu’à la discorde par une escalade de jalousie façon « ils ont ça et pas nous ! » : quel intérêt sinon de semer la division ? En revanche, c’est à toi qui as ainsi voulu « parader » ? « claironner » ? « provoquer » ? que je souhaite m’adresser.

 

Je n’ai même pas envie de te parler de profanation, de choc… j’ai envie de te dire que tu es une vraie enfant. Connais-tu l’étymologie du mot « enfant » ? En latin, infans, c’est celui qui ne sait pas parler. Eh bien, toi, tu vois, aujourd’hui, ça a été ton cas : tu n’as pas su t’exprimer.

 

Crois-tu vraiment qu’encore aujourd’hui la nudité puisse choquer ? Tu sais, au-delà du fait qu’on est un peu tous faits pareil, il n’y a plus guère que des metteurs en scène déjà dépassés pour s’amuser à mettre des gens nus sur scène au théâtre aujourd’hui, croyant encore que cela choque. Aujourd’hui, c’est la nudité fragile, comme celle d’une mère qui allaite, d’une personne fragile ou âgée qui provoque les questions, pas celle de la violence, dont nos regards sont complètement saturés.

 

Vouloir faire réagir par le choc ? Tu ne dois pas connaître l’esthétique artistique in-year-face des années 80. Ils faisaient bien mieux… Je ne vois pas en quoi ton acte constitue une quelconque « performance esthétique révolutionnaire » : il est d’un conformisme affligeant. C’est la révolte de l’adolescent contre un parent, parfois violente d’irrespect et pas très intelligente. Je ne vois pas même pas en réalité où est le choc, quel est le message que tu as voulu faire passer.

 

Là où tu as encore plus été une enfant, c’est en brandissant le drapeau de l’Europe… Connais-tu son origine ? Te voir ainsi sous ce drapeau, c’est plutôt cocasse. En fait, quand j’y pense, ça me fait même rire devant mon écran. Les 12 pays du départ ? Oh, pas seulement… Voilà ce qu’on peut lire dans le livre de l’Apocalypse au chapitre 12 : « un grand signe apparut dans le ciel, une femme vêtue de soleil avec la lune sous les pieds et, sur sa tête, une couronne de douze étoiles. » Et c’est juste une représentation classique de la Vierge Marie.

 

Enfin, chère femen, prévenir ainsi les médias, c’est justement le signe de ton échec… Ce n’est pas à leur honneur d’être venus chercher un pseudo-scoop, de ne pas être intervenus pour interrompre ce que tu faisais mais c’est signe que ton action ne se suffit pas à elle-même, qu’elle n’est pas parlante, que tu as besoin d’un public. Le signe que tu ne sais pas parler.

 

Le pape n’est pas un politicien mais il est un chef d’état, même s’il s’agit d’un des plus petits états du monde depuis la dissolution des états pontificaux et les accords du Latran. 

Le pape n’est pas un politicien mais c’est lui qui est aux commandes humaines de la barque de l’Église qui rassemble des millions d’humains à travers les hommes : forcément, ses actes ont des implications politiques.

Le pape n’est pas un politicien mais il est un homme spirituel : comme on écoutera le Dalaï Lama, a-t-on le droit de postuler encore aujourd’hui, en dehors de toute religion, que l’homme peut avoir besoin d’entendre des paroles spirituelles profondes ?

Le pape n’est pas un politicien mais il n’a pas besoin de commander les médias, ils seront là : comme toujours, il sera ou encensé, ou critiqué, mais lui, il aura parlé.

 

 

Et, si tu cessais d’être une enfant, ô femen, si tu acceptais l’immense chance que nous avons d’avoir un esprit critique et une immense liberté - que je reçois pour ma part comme un don de Dieu mais que tu as tout autant que moi ! - , tu l’écouterais ce pape et tu pourrais alors réagir, en bien ou en mal, mais honnêtement. En faisant appel à ce qu’il y a de meilleur en toi.

 

Et, si tu crois que ce gars-là, le pape François, il ne raconte que des carabistouilles, eh bien, quel risque y a-t-il à le laisser parler ?

 

Mademoiselle, laisse ici ta crise d’adolescence, elle n’en vaut pas la peine et tu sèmes gravement la division.

Quant à moi, je ne m’indignerai pas mais je prierai pour toi : c’est aussi ma liberté.

 

 

Commentaires

1. Le mardi, novembre 25 2014, 10:16 par nicole 86

Bonjour Zabou,

peut-être une question de génération, j'aurais aimé que votre article utilise le vous. Laissons à la prière et au silence toute leur place.

2. Le mardi, novembre 25 2014, 10:39 par Ribisel

TIP TOP! J'aurais pas dit mieux! Ironique sans être agressif, clair et illustré... +++ ! Bravo et merci! :-)

3. Le mardi, novembre 25 2014, 14:38 par Nitt

Nicole 86 : je l'aime bien, ce tutoiement. C'est celui qu'on utilise pour les enfants, pour les adolescents qui se cherchent. C'est celui d'une demoiselle à une autre, sans aucun déni de leur dignité commune.

Zabou, je regrette une chose en te lisant, c'est que la fémen concernée ne lira sans doute pas ceci. Mais puisque tes paroles sont justes et belles, elles auront posé quelque chose dans mon petit cœur, et pour ça je te remercie.

4. Le mardi, novembre 25 2014, 17:21 par Thibaultl

Très sympa! Et intelligent dans la critique!

Je trouve ça juste un peu dommage d'éviter l'aspect politique de la chose. C'est un choix, en revanche le comparatisme n'est pas qu'instrument de jalousie mais aussi outil de contextualisation. Utilisé sainement, il peut amener à une réflexion pérenne (pour faire évoluer la condition des noirs américains, ne les a-t-on pas comparés aux blancs?).

Un bien joli article en tout cas :)

5. Le vendredi, novembre 28 2014, 19:31 par Zabou

@nicole86 : je crois que, plus qu'une question de génération, c'est une question de tendance... et j'ai une tendance au tutoiement (sauf pour les aînés, que je vouvoie facilement !) non par irrespect ou condescendance mais parce que j'aime que cela souligne une certaine fraternité et simplicité. 

@Ribisel : tant mieux et welcome alors ! :) 

@Nitt : Qui sait, avec la "magie des internets" ? ;-) 

@ Thibault : Pour une fois, j'en parle un tout petit peu de l'aspect politique du pape ;) Pour le comparatisme, je suis d'accord mais justement, il faudrait pouvoir l'utiliser sainement et, surtout, sereinement... Jusqu'à aujourd'hui, je l'ai trop souvent vu stérile, ce que je déplore. 

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