Zabou the terrible

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Je ne suis pas mais suis avec

 

 

 

Ce matin, étudiant le vocabulaire du rire avec mes 5èmes à partir d’un fabliau, je tentais d’élargir l’étude en demandant quels étaient les moyens que nous avions de rire des puissants aujourd’hui. Je ne pensais pas si bien tomber. Mes élèves ne maîtrisaient certes pas tous l’usage du mot « caricaturiste » mais ils voyaient de quoi il s’agissait.

 

 

En rentrant, l’horrible nouvelle.

En rentrant, le choc.

Pas de mots.

 

 

J’ai partagé quelques réactions, ici ou là, abasourdie.

 

 

Que cela soit clair : je ne suis pas Charlie, a contrario du hashtag d’hommage qui fleurit sur twitter. J’ai moi-même en horreur l’outrance et la moquerie de l’autre : je cherche à le respecter, dans son altérité, infiniment ; à l’aimer, comme le Christ en qui je crois m’y invite. Bon, que cela soit clair aussi : j’y échoue bien souvent et c’est peut-être là que je suis le plus « Charlie ».

 

En revanche, je suis infiniment attachée à la possibilité d’être (de) Charlie. Pour la liberté d’expression, d’abord, même si cela semble grandiloquent : avoir cette possibilité de tout dire, sans rien craindre…

J’y suis doublement attachée en fait : parce que c’est dans cette possibilité aussi que moi, j’espérais, je l’avoue, un jour, ta prise de conscience, ô rédaction de Charlie, de ce qui est dit dans la Bible, un livre qui m’est cher et que tu as choisi parfois de conspuer : « Tout (m’)est permis mais tout n’est pas profitable ».

Découvrir, en grandissant ( ?), le sens de cette belle et juste phrase.

Découvrir qu’on peut dénoncer, critiquer, sans manquer au digne respect des uns ou des croyances des autres.

Ceci étant dit, je l’admets, l’outrance, parfois, en grossissant les traits, peut aussi nous aider à prendre conscience de nos propres ridicules, de notre mauvaise communication, de nos travers et nous pousser à nous améliorer.

Et, de plus, j’aime le talent, le panache chez mes « adversaires de pensée », et certains de tes dessinateurs n’en manquaient pas sous leur apparente grossièreté.

 

Enfin, las. De toute façon, ce n’est plus le temps des débats.

Ce n’est plus le temps des mots non plus d’ailleurs.

 

Il n’y a plus qu’un seul mot à dire, en réalité, celui d’une condamnation ferme.

De l’acte.

Et de toute tentative de récupération : présente, comme future.

Les hommes de Charlie hebdo se voulaient libres, quoi qu’ils aient choisi une autre voie que la mienne : leur rendre hommage, c’est continuer à grandir en humanité, un point, où, certainement, eux et nous, chrétiens, nous retrouvions.

 

Pour moi, chrétienne, c’est aussi et avant tout le temps du silence et de la prière.

Pour vous, vos familles, vos proches… temps d’horreur absurde.  

Pour vos agresseurs : hommes, eux aussi,

Hommes à l’humanité comme à retrouver, sous l’horrible écorce d’un acte, d’un endoctrinement.

Temps de silence et de prière pour choisir, sciemment, au plus noir de l’horreur et de la déchéance de l’homme, de laisser poindre l’espérance, même violée, même voilée.

 

Commentaires

1. Le mercredi, janvier 7 2015, 23:15 par -B_T_B-

Bravo pour ce beau texte, c'est un bel hommage que tu rends à ces hommes, très bien tourné.

2. Le jeudi, janvier 8 2015, 07:16 par Anne-Laure

Merci Zabou, c'est exactement ça, la compassion chrétienne...

3. Le jeudi, janvier 8 2015, 09:51 par Chantal

Merci Zabou de trouver les mots et la justesse pour exprimer ce que je ressens sans savoir ou pouvoir le formuler alors qu'il est si important d'avoir cette parole.
Je ne suis pas Charlie mais je suis avec, c'est tout à fait ça.

4. Le jeudi, janvier 8 2015, 10:00 par Perceval

Merci pour cette belle réaction ( je me suis permis de la citer dans mon blog) ...Personnellement, je préfère la formule: "Je suis Charlie"...
Bien sûr, je ne suis pas à la hauteur de cette phrase... Un seul a été capable de la porter pour toute l'humanité, Jésus: Lui, a été chacun d'entre nous, au plus fort de sa souffrance, et nous donne l'espoir de la victoire contre le mal, la haine et la mort...
Derrière la croix, il y a " Je suis Charlie" , "je suis ..."

5. Le jeudi, janvier 8 2015, 14:24 par nicole 86

Merci d'avoir posé des mots qui ne plongent pas dans l'émotion mais disent notre cœur profond et aussi notre espérance. Porter avec Lui, dans la prière, notre monde.

6. Le vendredi, janvier 9 2015, 12:22 par Michel Barthe-Dejean

Oui, merci Isabelle pour ces mots justes, avec une pensée pour tous nos amis musulmans : qu'ils se laissent guider par l'Esprit de Celui qui est appelé "Prince de la Paix" ! Un salut amical de st Etienne !

7. Le vendredi, janvier 9 2015, 22:51 par Elisabeth

Merci !

8. Le samedi, janvier 10 2015, 15:54 par cath

Si on veut être unis pour dire un grand "NON" à la violence, évitez le slogan "je suis Charlie"
Non seulement, beaucoup ne s'y reconnaissent pas, mais Charlie, et d'autres médias, ont beaucoup à apprendre sur ce que veut dire respecter autrui. Il est possible de dénoncer l'injustice sans salir; sans tourner en dérision, sans rire et faire rire de ceux qu'on aime pas.
Imaginez un journal faisant des croquis qui tournent en dérision les événements qui viennent de se passer, les gens sauvagement assassinés ?
Et pourquoi seulement "Charlie" ? et ces agents de la police morts pour pour protéger d'autres, et ces personnes tuées simplement parce qu'elles se trouvaient là ?
Attention à la pensée unique, à la récup polit. et au dicta médiatique qui ne font que nourrir les passions et les haines.
Cath,
pour le resPAIX, 1ère condition d'une lutte contre la haine et la violence.

9. Le mardi, janvier 20 2015, 21:17 par Zabou

Ce fut beau et bon de se sentir "consonner" avec tant de monde dans ces circonstances... Continuons ! 

(Et un salut amical tout particulier à Michel parce que cela faisait bien longtemps ! :)

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