Zabou the terrible

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Laisser se faire la lumière pour découvrir, pour aimer

 

Celui-là est mon élève depuis l’année dernière : fieffé garnement, à la lisière du conseil de discipline bien souvent, trop souvent…

Et, à côté de cela, des histoires familiales bien trop lourdes à porter pour un tout jeune collégien, qui serrent le cœur quand on les apprend.

Puis, en même temps, de vrais efforts et progrès depuis la rentrée, appréciables et appréciés.

 

Pourtant, il n’en demeure pas moins que, cet élève-là, il m’agace bien souvent tant il sait ce qu’il faut faire pour titiller… A moins qu’il ne le cherche même pas, c’est possible aussi.

Avec lui, j’apprends bien plus qu’avec d’autres la patience tant j’ai parfois envie de lui crier dans les oreilles !

 

Cet élève, comment va-t-il grandir ? Réussira-t-on à l’aider ?

Ce matin, à la messe, j’ai pensé à lui : quelle est l’étoile à laquelle il accrochera sa vie ?

Alors, j’ai prié pour lui.

 

Ca m’a fait penser à une scène récente.

Il faut préciser que, souvent, on me demande ce qu’il y a de changé dans ma vie maintenant que je suis consacrée : comme le lendemain, j’aurais du mal à répondre autre chose que « tout et rien ».

Mais au quotidien, dans mon travail de prof, il y a une chose qui change, foncièrement, et j’en ai pris conscience grâce à lui :

Alors que je reprenais cet élève pour la 3ème ou 4ème fois du cours, qu’il n’avait pas écouté les consignes que je venais de donner, que je commençais à sentir monter en moi un début d’énervement et que je priais quelque peu en ces termes : « Esprit Saint, viens à mon aide pour que ce ne soit pas la moutarde qui commence à me monter au nez qui réponde », j’ai été prise soudain d’une grande vague de compassion :

« Si tu pouvais savoir à quel point Dieu t’aime, toi aussi… » 

Intérieurement, je me suis mise à sourire et je crois qu’il l’a perçu :

« Et ma vie, elle est donnée pour toi, aussi » ai-je continué à penser, « peut-être même encore plus spécialement »

Je l’ai pensé, je l’ai prié : ça a redonné, à tout, la juste tonalité.

Et si la sequela Christi – la suite du Christ – à laquelle je me suis engagée, elle passait spécialement par là pour l’enseignante que je suis ? 

Don caché de soi aux élèves ; 

Apprentissage patient de l’amour, dans le cœur du Christ.

 

http://s2.e-monsite.com/2009/12/07/07/huile-1-m-x-1-m--8000-.jpg

Lumière, Kim En Joong

 

Commentaires

1. Le mercredi, janvier 11 2017, 16:42 par Michel Barthe-Dejean

OK pour le "don caché de soi aux élèves" via la "sequela Christi" : comme le dit Bonhoeffer "entre moi et mon prochain il y a le Christ." (*) C'est Lui qui donne le ton juste ! Très belle année avec tes élèves chère Isabelle !
(*) in "De la Vie communautaire"

2. Le samedi, janvier 14 2017, 23:41 par Zabou

Très belle citation ! :-) 

Merci Michel ! Très belle année à toi aussi, dans la joie ! :-) 

3. Le lundi, juin 19 2017, 14:41 par Tigreek

Je ne savais pas trop quoi répondre, même si ton article avait touché juste... Et puis j'ai travaillé sur l'éthique de Bonhoeffer... Indissociable de la "suivance" (Nachfolge) du Christ qu'il exprime. Alors ton article et ses écrits s'éclairent !

Merci...

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