Zabou the terrible

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Ce qui demeure aujourd’hui

 

            Difficile d’oser écrire dans une telle floraison de publications et de réactions diverses… alors même que la plupart de celles-ci me mettent mal à l’aise. C’est que je demeure profondément gênée par ce qui prend le devant de la scène : la « question » du célibat (si, d’ailleurs, il s’agit vraiment de quelque chose de l’ordre d’une « question » ce qui n’est pas certain). D’un côté, les habituelles critiques faciles du célibat consacré, trop souvent ras-de-ceinture et, de l’autre, une exaltation de celui-ci qui ne me semble pas plus saine. Que l’on ne fasse pas de moi trop vite une relativiste : le célibat auquel je me suis engagée récemment pour toujours, je l’aime et j’espère de tout cœur, avec la grâce de Dieu, y être fidèle toute ma vie. Loin d’être un engagement éthéré comme beaucoup l’imaginent, il est une manière d’aimer en nous engageant avec tout notre être, notre corps comme notre cœur, d’une manière différente mais complémentaire de celle dont les époux s’aiment. Mais en même temps, il n’est qu’un moyen, un moyen d’aimer Dieu et donc chacun. Et qui suis-je pour prétendre y être fidèle toute ma vie par avance ? Qui serais-je pour ne pas trembler un peu en l’évoquant ? Quel est l’être qui n’a pas éprouvé un peu de vertige devant son « oui, je le veux » du mariage ou du célibat ? Bref, le célibat n’est pas une cuirasse, c’est une partie intégrante de mon histoire d’amour et comme tout amour vrai, il est aussi un lieu de vulnérabilité. Je pourrais en parler longtemps mais je crois justement que ce n’est pas le sujet.

 

Je suis fille de divorcés et j’ai trop conscience de la fragilité ténue d’un engagement pour oser me gausser ou juger celui qui le brise. Dieu seul « sonde les reins et les cœurs » et l’épître de Jacques nous rappelle très clairement :

 

Frères, cessez de dire du mal les uns des autres ; dire du mal de son frère ou juger son frère, c’est dire du mal de la Loi et juger la loi (…). Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ? (Jc 4).

 

Mais j’ai aussi conscience de la grandeur folle de l’engagement. Car, pour moi, il n’est pas question dans cette affaire du célibat : il est question de fidélité… Vous savez, la fidélité, cela vient du mot latin fides, qui veut dire la foi, la confiance. C’est à double sens.

 

C’est reconnaître avant tout que Dieu nous fait confiance, ce qui est incroyable ! A toujours nous aimer, nous attendre, nous espérer…

 

Et, de notre côté, c’est répondre en faisant confiance à cette confiance de Dieu, c’est refaire confiance chaque jour à ce Dieu qui nous a appelés et nous appelle : c’est Lui confier notre Foi comme au premier jour où nous nous sommes jetés à plein être en Lui.

La fidélité, c’est le « oui » de chaque jour, même prononcé dans l’obscurité ou les montagnes russes de la tentation ou du désespoir. C’est Lui dire notre humble espérance d’être fidèles, malgré tout ce qui peut arriver.

 

La fidélité, c’est un combat pour que la grâce mène chaque jour plus le bon combat de l’Amour en nous : et c’est valable pour les personnes mariées comme pour tous les consacrés célibataires.

 

En disant cela, loin de moi l’idée de juger celui qui est parti et j’aime penser à lui en sachant que Dieu ne cessera jamais de lui faire confiance puisqu’Il ne cesse de l’aimer. Mais j’ai la conviction que nous avons à nous entraider sur ce chemin de la fidélité selon notre état de vie, qu’il soit doux ou rugueux selon les jours car Dieu ne saurait se faire girouette de bonheur, pour être vraiment là où Lui et nous, après discernement, avons engagé notre Foi.

 

Finalement, il me semble que, dans ces événements si complexes, il y a probablement mieux à faire que chercher des poux dans la tête de tel ou tel, il y a à prier. Réponse facile me direz-vous… Mais l’avez-vous, l’avons-nous vraiment fait ? Pour David et pour sa communauté, probablement profondément blessée ; pour chacun de nous, pour grandir en fidélité en nos différents états de vie. Car, dans la prière, plus que de chercher à conjoindre deux amours, il est question de tout unifier en Celui qui est Amour : et prier, c’est simplement grandir en foi, en espérance et en charité. Id est en fidélité ?

 

Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ; ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu. Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. (1 Co 12-13).

 

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Commentaires

1. Le mercredi, février 22 2017, 08:31 par David

je connais des bateaaaaaaaux qui restent dans le porc

2. Le mercredi, février 22 2017, 08:57 par Chantal

Bravo et merci Zabou pour ce billet. Comme d'habitude, tu sors des lieux communs et tu creuses. Ce que tu écris nous interroge tous sur l'essentiel : l'engagement, la fidélité et l'amour avec toutes les vulnérabilités qui y sont liées. Confier nos fragilités dans la priere pour continuer d'avancer dans Son Esperance, n'est-ce pas une belle manière de commencer cette journée?

3. Le mercredi, février 22 2017, 09:15 par Grimonprez

Merci pour votre texte très juste et très humble

4. Le mercredi, février 22 2017, 11:42 par Patrick Pique

Merci pour ce texte ! Comme d'habitude cela fait vraiment du bien de vous lire. Encore merci !

5. Le mercredi, février 22 2017, 15:34 par L.

J'ai une question : pourquoi la communauté serait "probablement profondément blessée" et pas ravie pour lui ? Je suis d'accord avec tout le reste, mais cette expression me semble induire sur le choix du prêtre une sorte de pression par la blessure de sa communauté.
Vu le bonhomme, il trouvera certainement les moyens de rester engagé dans les actions et dynamiques qu'il a entreprises. Je ne vois pas bien comment cela pourrait blesser d'autres prêtres, si c'est cela dont il est question : en reprenant ton parallèle avec le mariage, quand on est marié, on n'est pas frustré par le fait que certains osent divorcer en se disant que la valeur de notre fidélité est bien mal payée... ça me ferait honte d'être mariée, si le mariage pouvait encore impliquer cela. Je ne vois pas bien comment s'obliger à obéir à un choix qui nierait ce que nous sommes devenus pourrait être considéré comme une fidélité à un engagement pris dans et pour la joie de Dieu : la fidélité à l'autre ne saurait se faire au mépris du respect de soi.
Je salue l'humilité de cette décision qui traduit une vocation assumée dans la liberté et la reconnaissance de ses propres limites : au-lieu d'un engagement tenu formellement pour le principe, qui abrutirait la personne pour la rendre maîtrisable, 100% garanti sans faille et 100% disponible pour l'institution, c'est la valeur de la vie et de la personne humaine dans son aspiration légitime à goûter la joie du Seigneur qui est ici respectée. Ce choix me paraît aussi très moral dans la mesure où il prémunit au passage les paroissiens des conséquences au mieux fâcheuses, au pire dramatiques, que pourrait avoir une vocation mal vécue. Voir un prêtre capable de cela me donne confiance, pas seulement en lui mais aussi dans les autres prêtres, libres de leur choix. Au contraire ça ne me donnerait pas envie d'aller à la messe si le prêtre qui la célébrait était intrinsèquement malheureux de son état : je n'aime pas les sacrifices qu'on peut éviter, et je ne voudrais pas profiter d'un tel sacrifice à mon insu. @+

6. Le vendredi, février 24 2017, 18:44 par Zabou

@L., rapidement : En réalité, tu abordes différents points connexes dans ton commentaire et du coup, ce serait un peu long de répondre à tout mais, sur le sens que je donne à l'expression que j'ai écrite c'est que, quand il y a brisure quelque part, il y a toujours douleur et blessure autour... Ce n'est pas tant les autres couples dans l'absolu que le couple marié qui divorce "blessera" que les proches, par dommages collatéraux (famille et amis) : ils respecteront, par amour, mais il y a toujours quelque chose qui fait mal. Ce que je pointais est quelque chose du même ordre : la communauté de cette paroisse doit avoir mal, elle aussi. 

 

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