Zabou the terrible

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Prise en flag ou l'apophtegme unifiant du macaron à la pistache

Long temps de la fin d'année où fatigue et presse savent se conjuguer. Pour moi, il y a toujours l'enjeu de tenir ma vie professionnelle et tout le reste ensemble sereinement, en unifiant la totalité dans la prière puisque l'ensemble fait ma vie "de consacrée" qui appartient à Dieu, origine, fin, arrière-plan et joyeux compagnon de chacun de ces jours. Et parfois...  

 

J'avais aujourd'hui un rendez-vous pour mes études de théologie et, n'ayant pas cours le matin, j'avais mis autour de mon cou une petite croix en bois. Ce que j'appelle en mon for intérieur mon mode "cathostensible" : une petite croix comme signe simple de Celui à qui j'ai donné ma vie et qui, avant tout, l'a donnée pour moi.   

Il y avait aussi un peu de course aujourd'hui afin d'ensuite rejoindre mon collège pour quelques rendez-vous avec des parents et un conseil de classe. Dans ma poche, une croix de Taizé afin d'évidemment changer mon tour de cou mais non point l'essentiel avant de rejoindre mon établissement. Avant de reprendre le train, je me dis qu'un petit goûter (car, oui, je suis une affreuse prof qui aime bien goûter) serait bienvenu pour tenir jusque tard. Et là, arrivant à proximité d'une échoppe de la gare, la vendeuse m'interpelle et s'exclame : 

"Oooooh, mais c'est la maîtresse de ma fille ! Bonjour Mme P**** !" 

Incroyable mais vrai : je tombais sur la mère d'une des élèves dont je suis professeur principale ! Un de mes rendez-vous de la semaine suivante ! Et... j'avais autour du cou ma croix. Et... j'avais un bouquin au titre bien catho dans les mains. Et.... j'étais un peu, voire beaucoup, gênée, je dois l'avouer. Que faire ? Rien, il était trop tard : il ne me restait qu'à assumer, mine de rien et à sourire. 

Mais la maman de mon élève, musulmane comme je le savais par ailleurs, était elle aussi tout sourire. Pas de choc de son côté. Ni de question, sinon la joie de me voir... et de m'offrir un gros macaron à la pistache ! En plein Ramadan ! 

Je suis donc repartie vers le collège avec un bon goûter sous le bras et la promesse de revenir la voir lors d'un prochain passage. Mais je suis aussi repartie en me disant que la couverture de mon identité secrète mais profonde de catholique-consacrée venait d'un coup de prendre un sacré choc. 

Et pourtant... y avait-il eu là atteinte à la laïcité ? 

Dans le fond, cette classe a, sans le savoir, une consacrée comme prof principale. Dans mes études de théologie ou dans les cours que je donne, je suis bien la même, partout. 

Au bout d'un moment de perplexité quant à cette scène, je me suis mise à sourire dans le train. Je pense que, durant ces premiers mois de vie consacrée, je suis encore en train d'apprendre, de découvrir, le don de Dieu spécial de cette forme de vie, qui ou plutôt ce que je suis devenue tout en étant la même... 

Et si les autres étaient aussi patients apprentissages de notre identité ? 

Et si les autres étaient aussi patients apprentissages de notre unité de vie ? 

 

Commentaires

1. Le mercredi, mai 31 2017, 13:48 par Tigreek

Tu n'en fais pas un peu trop ?

La laïcité n'est pas un athéisme d'Etat. En tant qu'agent de l'Etat, comme professeur dans un établissement public, tu es soumise à la neutralité par rapport aux religions, soit. Mais en dehors de ton contexte professionnel, tu es aussi libre que tous les autres citoyens de ce pays. Libre de tes pensées, de croire ou non, de t'exprimer...

Ici, tu étais précisément en dehors de ce contexte (= pas dans l'établissement scolaire, et pas pendant les heures de cours ou temps para-pédagogique), donc je ne vois pas en quoi la question se pose...

Ensuite, à l'intérieur de toi, oui bien sûr que la théo te change et qu'elle va changer le regard que tu portes sur toi et sur les autres... Et sans trop savoir pourquoi ou comment, ta foi deviendra d'autant plus "visible"... Et la question de la laïcité ne se pose pas... Sauf en prétexte à un billet de blog ?! ;)

2. Le mercredi, mai 31 2017, 14:28 par Zabou

@Tigreek : Oh, si, bien sûr que j'en fais trop... :-)

Mais ma gêne face à la situation fut bien réelle : je savais bien que, légalement, j'étais dans les clous mais il n'empêche. Dans ma situation quelque peu "aux frontières" de l'ordinaire, la prudence me semble de mise : dans le fond, je sais bien qu'il y a quelque chose d'un secret de polichinelle dans tout cela et que je respecte suffisamment les règles pour qu'il n'y ait pas de problème mais c'était la première fois que le "je ne dis rien" craquelait à l'insu de mon plein gré... et cela s'est bien passé ! :) 

3. Le mercredi, mai 31 2017, 16:41 par nicole 86

Oh ! que ce billet me réjouit !

Je crois que je peux comprendre ce que vous avez ressenti, je n'étais pas consacrée, juste une laïque qui allait à la messe chaque jour (ou presque)et longtemps j'ai hésité à aller à la messe le dimanche dans une église de ma ville où je savais pouvoir rencontrer élèves et parents. Un jour, je me suis sentie prête et cela était bien pour moi et peut être pour certains d'entre eux aussi. Au lycée, mes élèves musulmanes savaient que j'étais une "croyante" et cela facilitait nos relations en particulier pendant le Ramadan ; j'ai utilisé le féminin car je n'ai jamais eu d'échanges avec les élèves garçons.
Le plus compliqué, ce ne sont pas les élèves et leurs parents, mais plutôt certains collègues au laïcisme intransigeant et ... prosélyte. Le Seigneur vous a juste donné le coup de pouce au bon moment et Il vous a fait franchir une étape, il y en aura d'autres parce qu'Il a besoin de vous pour Se rendre visible. Bonne fête de Pentecôte.

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