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Habiter le monde ? Quelques mots au sujet du Goncourt 2019

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            J’étais terriblement curieuse de découvrir le roman qui avait détrôné mon « poulain » de l’année au Goncourt 2019, quel était cet ouvrage qui avait surpassé Soif – même si, entendons-nous bien, je maintiens aussi les limites réelles de ce livre mais il me semble tout de même méritant ce prix ! (Cf. https://www.nrt.be/fr/recensions/soif-13721)

 

            Donc le Goncourt 2019 signé Jean-Paul Dubois avec, dès l’abord, un beau titre, méditatif comme il faut Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon  et qui présente un rythme narratif intéressant : de sa prison close, l’imagination du narrateur s’échappe en souvenirs pour retracer le fil de sa vie. En termes ignatiens, on dirait certainement qu’il la relit et ce ne serait pas faux tant il y a certainement quelque chose d’un exercice spirituel là-dedans. 

 

            Ainsi le livre tout entier s’écrit et se tresse dans une alternance entre le fil de sa vie passée et le caractère glauque de sa vie présente, avec son co-détenu, un homme rustre dont l’unique raison de vivre est sa moto en bon – ou mauvais ? – Hells Angel. Évidemment, nous ne connaissons rien des raisons de l’incarcération du narrateur, si ce n’est qu’on devine que c’est extrêmement grave et c’est bien ce qui accroche la lecture puisque nous voudrions bien savoir ce qui a pu amener là un homme qui semble simplement être l’un de nous. 

 

            Pourtant le roman ne nous y mène pas en ligne droite et, si « Dieu écrit droit avec des lignes courbes » comme on le sait, ce qui amène à l’exercice de la violence s’écrit aussi avec les méandres d’une vie certes surprenante mais également très ordinaire, avec ses promenades primesautières, une famille qui connaît des bas, le travail quotidien ou encore un amour qui emplit l’existence. On a plaisir à la lire car on croirait lire le portrait simple d’un « honnête homme », aux nationalités plurielles. Mais c’est bien ce même homme, si simple et si bon, qui commettra un acte passible de la prison : toutefois, une fois que nous en sommes là, ce n’est plus vraiment ce qui importe. Car nous avons appris à aimer ce personnage et la fin semble affirmer que le narrateur est heureusement enfin parvenu à trouver et la paix, et ce qui fait le cœur de son identité. Et, oui, je dois le dire, sans être le livre du siècle, notamment à cause d’un style qui se lit bien mais qui n’est pas particulièrement remarquable, c’est un beau roman, comportant quelques clins d’œil intertextuels notamment à des fables de La Fontaine, comme si ce récit se voulait plus « moral » qu’il n’en avait l’air. 

 

            Il est vrai qu’en creux de la trame romanesque se perçoit aussi un questionnement religieux – était-ce la condition cette année pour être finaliste du Goncourt ? – puisque le père du narrateur, personnage secondaire prenant beaucoup de place dans l’intrigue, est un pasteur qui a perdu la foi mais qui demeure attaché de manière assez désespérée à la morale et, derrière, à une forme de vie qui tressaille malgré l’accablement. Car c’est que « tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » dit ce pasteur dans son homélie finale, concluant en gardant une porte ouverte : « Que Dieu, s’il vous voit, vous bénisse ». Ainsi, si l’on devait mettre en relation ce questionnement dans les deux romans finalistes du prix Goncourt 2019, peut-être faudrait-il parler simplement d’incarnation et esquisser l’hypothèse que, dans un cas, celui de Soif, nous découvrons de manière originale Celui qui est venu demeurer, habiter parmi nous, homme au milieu des hommes. Dans l’autre cas, dans ce roman, c’est un homme qui découvre presque de manière initiatique qui il est réellement parmi les hommes : avant tout un être incarné, avant toute tribulation et même après, un fils qui s’est reçu de ceux qui lui ont donné la vie. 

 

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