Zabou the terrible

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jeudi, avril 15 2010

Rédiger...

 

C’est le deuxième mémoire que je rédige. Il est certes fort différent du premier dans son principe mais je devrais être rodée, avoir acquis une certaine habitude de l’exercice. Pourtant, il m’est difficile de parvenir à griffonner quelques mots sur la page blanche devant moi. Le jour, comme la nuit, la nuit, comme le jour…


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samedi, mars 13 2010

Fais le prophète !

Et toujours cette douleur lancinante

De ne pouvoir partager ce – ou plutôt Celui – qui nous fait vivre.

 

N’avoir que cette opacité de notre vie pour Le laisser apparaître,

Transparaître, parfois, au détour de nos regards et de nos gestes,

Quand ils osent se charger d’une Lumière, d’une portée qui les dépassent. 

 

Mais nul n’est prophète en son pays.

 

Insuffisance, misère, folie…

Amour, tristesse, dédain... mais Amour, Amour qui précède.

Ne savoir partager cette joie qui irrigue et inonde le cœur.

Ne pouvoir poser les mots sur Celui qui les rend insuffisants.  

Se contenter de vivre, d’apprendre à vivre, un peu, un peu plus chaque jour.

 

lundi, février 15 2010

Incipit herbacé

         Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user de son intelligence, on ne risque guère d'arrondir les angles. A naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s'expose à se laisser emporter. A imposer sa volonté, on finit par se sentir à l'étroit. Bref, il n'est pas commode de vivre sur la terre des hommes.

         Lorsque le mal de vivre s'accroît, l'envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu'il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.


in Sôseki, Oreiller d'herbes (incipit)

dimanche, février 14 2010

Dire sans ire

Il arrive que les mots, nos mots, soient trop petits, trop faibles, et échouent face aux expériences les plus fortes, fondatrices de notre être. En cet endroit où mystique et poète se savent frères, confrontés à une même impuissance face à cet Indicible qu’il s’agit de dire, quand même.

 

Écrire, dire…

Se dire ici, là où l’on se connaît le moins et où l’on serait en réalité plus vrai ?

Là où la raison achoppe, se perdre, pour mieux se trouver ?

Difficulté de l’écriture, difficulté de la parole amenée par une question impromptue mais si bien vue.

 

Exercice délicat du funambule sur la corde raide de la Parole qui dit ce qu’il sait être tellement insuffisant. Par les mots, vouloir ou plutôt devoir, rendre compte d’un au-delà des mots : quel vaste programme ! 

 

Tentative...

Et ouverture d’un espace où le vent souffle terriblement fort, sans nulle direction prévisible. Récit d’une expérience qui fut avis de tempête.

Ouverture d’une zone où l’on ne confie qu’à demi-mots ce qui est si brûlant que les teintes en semblent gommées. Surexposition de lumière qui estompe et brouille toute limite humaine à nos paysages intérieurs.

Ouverture, enfin, d’un simple moment où la pudeur s’éloigne quelques instants pour prononcer et confier dans le cœur-à-cœur fraternel quelques mots où l’amour ne saurait être qu’au centre. Évidence !

 

lundi, décembre 28 2009

Un roman français - Beigbeder




Ce qui est bien, avec Noël, c’est qu’on a reçoit parfois des trucs qu’on n’aurait pas achetés soi-même. I. e., en l’occurrence, Un roman français, le dernier Frédéric Beigbeder, et accessoirement prix Renaudot de l’année. On me cultive en contemporain, soit, bonne idée, d’autant plus que j’ai déjà lu trois autres livres de cet auteur.

 

Lisons donc…Achever cette lecture un dimanche de la Sainte Famille… triste ironie. J’hésite entre le conchier et l’encenser, est-ce normal ?

 

Frédéric Beigbeder, drogué malmené, hédoniste sans pitié, passe à confesse. Il ne le fait pas sans son lustre habituel mais la vox populi le dit bien « tout ce qui brille n’est pas d’or »

 

Mais enfin, voilà, j’ai envie de le conchier parce qu’il y a écrit sur la première page « roman », parce que ce livre au reçu un prix  littéraire, parce que ce livre veut être de la littérature. Et que ce livre ne correspond pas à l’idée que je me fais de la littérature, à l’idée que je me fais d’un roman. Je suis sans doute (certainement) snob, mes études me donnent des habitudes d’exigence et j’aime de surcroît, personnellement, les livres qui me résistent, au moins un peu, et non pas ceux qui s’offrent déjà dénudés, impudiques, à un premier regard.

 

Et le dernier Beigbeder est ainsi. Il tente d’enrober d’une surface littéraire – creuse – un fond, un témoignage, une douleur, un vécu… qui, lui, est intéressant. Les fissures profondes et ordinaires d’un gosse de divorcés. Il est des pages qui ne pourraient être écrites par quelqu’un qui n’aurait pas connu certains événements et qui ne résonnent sans doute que dans le cœur d’autres gosses de divorcés de milieu assez aisé. Il est des phrases intelligentes qui sonnent comme des sentences, sans illusions sur un présent douteux. Et c'est réussi, et c'est juste.

 

Mais il n’est pas nécessaire d’enrober tout cela de cette amère ironie qui ne trompe personne, de ces phrases si peu élégantes pour faire le gars cool. Beigbeder sait analyser une facette du mal-être de notre civilisation souvent individualiste, il sait le dire ce malaise, mais à la façon d’un témoignage, pas d’un roman… Et peut-être est-ce finalement l’élément le plus symptomatique de tout cela que ce livre ait reçu un prix "littéraire" alors... qu'il ne l'était pas ?

 

jeudi, novembre 12 2009

Et pour toi, Lacordaire ?

 

                Malgré leur parfait manque de charité, j’aime observer l’attention que mettent certaines plumes grandioses à condenser leur pensée en quelques phrases bien senties, puis goûter ainsi la puissance qui s’en dégage. Là, Barbey d’Aurevilly, et surtout sa plume, aussi superbe qu’elle est acerbe, éreinte Lacordaire après son élection à l’Académie Française.


              
Barbey d

« Seulement qu’on se rappelle bien désormais que, par le temps qui court, les moines peuvent entrer à l’Académie, pourvu qu’ils n’y soient pas trop moines, et comme leur langue est particulièrement le latin, l’Académie, qui est parfaitement bonne et aimable, n’exigent pas qu’ils sachent le français ».

 

In Les Œuvres et les hommes, t. I.



lundi, octobre 26 2009

Brûlée

 

Le premier feu dans la cheminée, puis les arbres dans leur plus farouche nudité… tant de signes, et encore d’autres, de l’automne, là et bien là. Il est chez moi chez lui, me guettant avec sa douce mélancolie, me l’insufflant avec l'impertinente douceur du fumet de compote qui s’échappe de la cuisine. Doucement, tout doucement.

 

Elle faisait de la compote, elle aussi, avant. J’écrase une larme, le regard perdu dans la braise. Oui, le temps passe, et je le sais pourtant.

 

Feuilles tombées, rides qui se forment chez elle à l’inverse des replis qui s’effacent peu à peu dans son cerveau. Elle ne sait plus… Et l’impuissance, la rage, me saisissent comme un feu que l’on viendrait de ranimer… et puis, non. À quoi bon ?

 

Le regard perdu dans les flammes, je ne sais plus qu’ouvrir mes mains, ces mains si vides, si pauvres et l’y placer là, dessus, devant mon cœur et devant ces flammes, confiant cette mémoire défaillante à Celui pour qui le temps n’existe pas.

 

Dans la brûlure de mon amour.

 

vendredi, octobre 23 2009

Camino 2009 - jour 2 : dynamique.




Étape : Mirambeau – St Martin Lacaussade

Extraits divers harmonisés, du 15 septembre 2009 :

N.-D. des Douleurs…

( « … des pieds »)

Belle étape, d’environ 40 km. Mal partout, crevée, surtout qu’il a plu une partie de la journée. Pourtant, un poil de fierté d’y être arrivée.


Z dans la tourmente

En ce « milieu » de Camino (tant de km derrière… mais tant de km devant !), la tendance à se poser la question « mais pourquoi donc ? » est forte. Pour m’y répondre, je tends à tracer des parallèles avec toutes ces questions qui m’habitent, dont certaines sont sans doute aussi à leur milieu : plus vraiment l’enthousiasme des débuts (même si… Dieu est là !), un lendemain qui s’approche, incertain comme l’est tout lendemain, et sans doute difficile.


Peu importe. Dans la marche se déploient nos blessures et nos faiblesses. Souvent, on a envie de tout lâcher, de se poser et de rester là comme un vulgaire rat crevé. Sed spiritus vivificat ! Il est un moment où la Volonté ne tient même plus : c’est dans cette faiblesse que jaillit la δυναμις (dynamis), cette Force qui habite dans la faiblesse et qui est Amour, qui n’est qu’Amour : Dieu.

 

l art roman quand on ne l attend pas

Alors, avancer quand même ? Que ce soit le Camino ou d’autres domaines, si Dieu n’était pas là, ne travaillait pas dans les profondeurs et en profondeur, on en resterait là, à cette question de sens, et tout finirait par claquer pire qu’une cuisse.

 

Mais on avance quand même, pas à pas… et « c’est là l’œuvre du Seigneur, merveille devant nos yeux. »

lundi, octobre 19 2009

Un homme



Préparant mes séances de tutorat de la semaine, je relis la sacro-sainte fiche que j’ai demandé à chacun de remplir, histoire d’un peu mieux les connaître que sous leur simple « matricule d’étudiant » dont ils paraphent la feuille d’assiduité et que j’abhorre cordialement.


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mardi, octobre 6 2009

Beth Aleph Ba (billages hébraïques)

En quête du Verbe.

vendredi, septembre 25 2009

Eh oui, c'est la reprise

  La mémoire de l’homme ayant une capacité extrêmement bornée, […] il est nécessaire de faire des recueils pour y écrire les choses remarquables qui se présentent dans la lecture, afin de ne pas les perdre tout à fait, et de ne pas les abandonner à l’aventure d’une mémoire infidèle ou chancelante. Ce ne sont pas seulement les choses que nous lisons qui nous échappent, on pourrait y remédier en relisant plusieurs fois les mêmes auteurs, mais ce sont nos propres réflexions qui s’évanouissent, et que nous recherchons ensuite fort souvent en vain, après avoir négligé de les marquer.

Signé, un auteur très moderne à fond les ballons :

Dom Jean Mabillon, Traité des études monastiques

 

jeudi, juin 11 2009

La ténèbre n'est point ténèbre...

 
 

Et, dans les sombres heures de la nuit, si belles,

Ces heures où l’on écoute le silence, lui si plein, écrire.

 

Ecrire aux rares auxquels on écrit encore « à la main ».

Ecrire tranquillement, posément, en prenant le temps.

 

Ecrire en priant, prier en écrivant,

Ecrire sans s’inquiéter de l’heure,

Sans prêter, non plus, une quelconque attention à la longueur.

Ecrire sans chercher à faire de beaux mots, sans chercher à plaire,

Ecrire sans taper dans le jargon universitaire lettreux, indigeste,

 

Ecrire en quêtant, simplement, humblement, le juste, le vrai.

Simplement tracer quelques mots sur le papier, le cœur en confiance

Cherchant, inlassablement, serviteurs, à devenir échos du Verbe, 

Par nos écrits, par notre vie.  

 

mardi, mai 19 2009

Ecclésia mou, sou, tou, mas...

 
 

Certains jours, l’écriture est difficile, tiraillés que nous sommes entre ce que nous voyons, vivons et l’impuissance de nos pauvres mots. Parfois ce tiraillement est interne, parfois on se le prend en pleine face, quand le ressort est trop tendu et qu’il lâche d’un coup. Il faut alors prendre le temps d’accueillir ces événements au creux de soi.

 

Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? » -Sur nous, Seigneur, que… Hum, ce n’était pas ça en fait que je voulais dire. Beaucoup s’interrogent, questionnent : « Ouais, ben moi, je croirai au Christ quand les chrétiens montreront l’exemple ! » ou, apostrophent les cathos d’un « Tu te prétends catho ? Vous n’êtes pas meilleurs que les autres ! »

 

Non, nous ne sommes pas meilleurs que les autres, c’est évident. Nous ne cherchons qu’à devenir pleinement humains et cela, ça prend bien une vie, je crois ! Mais ces remarques sont salutaires, elles nous entraînent à bouger, toujours plus, toujours mieux et à ne pas regarder notre petit nombril bien formé de pharisiens béats.  

 

Alors oui, nos communautés paroissiales ne sont pas des modèles et même, horreur, mutent parfois en de terribles contre-modèles que l’on a honte à avouer, où la lutte acharnée pour le maximum de pouvoir ne le dispute qu’à l’ambition d’être en vue. Tristesses, coups de gueules, incompréhension, engueulades forcenées aux naïfs qui font leur job, ne demandent rien d’autre et à qui l’on veut absolument faire prendre partie dans une stérile guerre des clans. Il y a des jours, certes minoritaires mais réels, où l’on a envie de tout laisser tomber, de laisser braire et d’avancer seuls, chacun de son côté.

 

Mais une Eglise sans ecclésia, non, je ne peux pas, non, je ne veux pas. Et, même dans les instants où la tension est palpable, il est beau de voir, sans nul idéalisme, qu’il est bon d’avoir ces frères et sœurs qui nous sont donnés : ce regard, c’est l’étincelle susceptible de rallumer entre eux, plus grandes gueules qu’autre chose, le Feu puissant. En clair : l’amour.

 

Ces derniers temps dans ma paroisse, cela sentait l’orage général. Présente de loin pour préserver ma tranquillité en ces temps délicats, je sentais l’électricité dans l’air à chacun de mes passages, me demandant d’où la foudre venait et où elle allait encore tomber et blesser des chrétiens de bonne volonté sans raison. Et je fustigeais mon regard trop critique.

 

Samedi, jour de fête. Un aumônier fatigué par un trop lourd traitement. Prêtre âgé, qui, chaque jour, vient les traits un plus tirés, qui tire sur la corde, on le sait, on le voit, on lui dit mais il en veut. Mais, quand je vois cet homme qui est aussi un ami j’ai à chaque fois un peu plus mal. Et, lui, ces 6 enfants-là du caté, il tenait à les baptiser, malgré tout.  

 

Quelques dizaines d’yeux pour le couver du regard. Disponibles pour le servir, lui approcher une chaise, lui tendre un micro : un ballet d’aubes blanches, ce soir-là curieusement concentrées en un mélange de joie et de détresse. Leur aumônier, notre aumônier…  mais ils n’étaient pas seuls à le veiller. Chaque baptême était joie, et douleur pour celui qui s’affaissait de plus en plus au dessus de la cuve baptismale : l’assemblée était unie dans une atmosphère orante. Ecroulement. Malaise. Pas de précipitation, pas de folie autour de lui, rien pour changer l’atmosphère : juste la certitude d’une Présence.

 

Doucement, l’assoir ; doucement, un verre d’eau ; doucement lui proposer un meilleur siège pour concélébrer le plus au repos possible ; doucement finir de vivre, ensemble -enfants du catéchisme, jeunes de l’aumônerie, orchestre des jeunes, servants d’autel, paroissiens habituels ou inhabituels, prêtres concélébrants- cette messe où le mot Communion s’est rarement fait aussi fort entre nous et en nous.

 

Quand l’ecclésiastique fit ecclésia.

 

A la fin de la messe, il prit le micro pour quelques paroles, qui n'étaient pas de lui, mais de l'Autre : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples »

 

Samedi fut tragique et fut Beau tout à la fois. Et je ne sais en parler, de ce moment qui m’a tant touchée.

Et je ne sais qu’en dire. Je ne peux qu’essayer de prier, pour lui, et pour un mot dont le désir n’aura jamais été si fort en moi, simple petite laïque de base : Unité.

 

samedi, mai 16 2009

Réflexions d'une "échevelée"

 

                Nietzsche : ce n’est pas sans dessein intérieur que j’ai posté cette dernière citation. C’est qu’elle a fait « pouic-pouic » (copyright certains membres de la B-loge !) en moi quand nous en avons discuté en cours hier. Ce n’est pas que je me sente vraiment à rebours de la société, quelconque « intello maudite », loin de là, c’est qu’il est difficile, parfois, souvent, de se faire entendre quand on est une petite masterante obscure rédigeant son mémoire. D’expliquer ce qui est important pour moi dans une matière aussi inutile-inactuelle-futile-passionnante <rayez les mentions inutiles> que la littérature française.

 

                Parce que j’en ai plus qu’assez que tout soit vu au prisme du profit immédiat, qu’il soit celui du diplôme à obtenir, ou celui plus subtil encore –et peut-être de ce fait plus perfide- du mémoire en lui-même. « Tu en es à autant de pages ? Sur 60 ? Oh, bientôt fini alors ! ». Au-delà de la simple précision que c’est « environ 60 » mais non 60, je ne puis plus supporter sans rien dire ces remarques, alors, voilà, je l’affirme : le nombre de pages, je m’en fous. Oui, je m’en fous. Et ne prenez pas ces airs de vierge effarouchée quand je vous le dis !

 

Oui, je serais heureuse (et un peu fière, oui, je l’admets aussi, même si ce n’est qu’un petit travail de rien du tout par rapport à ceux de nos maîtres) si ce mémoire me rapporte une note convenable et une moyenne en conséquence, je serais hypocrite de le nier, mais ce n’est absolument pas ce qui m’importe le plus. Du moment que je satisfais aux simples conditions pour continuer ma route à l’échelon supérieur, cela me suffit. Ce qui m’importe vraiment, c’est de faire un vrai mémoire, un petit travail de recherche à ma mesure, mon tout premier, et non une pseudo moitié de mémoire inintéressante et abêtissante, arrêtée dans son développement et sa réflexion parce que j’aurais enfin accompli le minimum syndical.

 

                Un mémoire, en tout cas pour ma part, on y met de soi. D’ailleurs, en général, tout naît d’une question que l’on se pose face à un texte aimé. Comment supporter alors d’interrompre une réflexion parce que, hop fini, on balance tout ? Comment supporter de rendre quelque chose qui serait médiocre à nos yeux même ? Sans aucun sens du fini, de la réflexion, de relecture et de re-travail ? C’est une question d’honnêteté intellectuelle, avec soi-même d’abord, avant même de penser à celui qui subira la lecture de nos éventuels ubuesques délires. Il ne s’agit alors pas d’aller vite, de laisser courir les lettres à tout va le long des pages pour les remplir. Il s’agit d’aimer, passionnément.

 

Il s’agit d’arriver à la « philologie » que je considère dans son acception étymologique si noble et de la contempler d’une aussi belle façon que Nietzsche. De prendre le temps, simplement et consciencieusement, d’apprendre à lire et à « bien lire » dans ces terrains si mouvants de la connaissance : « lentement, avec profondeur, égards et précautions ». Pour, un jour, « bien » écrire ?

 

 

jeudi, avril 16 2009

Par tous les sens !

 

« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie, il cherche en lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnue ! »

In « Lettre du voyant », c-à-d  Lettre d’Arthur Rimbaud à Paul Demeny du 15 mai 1871.

 

mardi, mars 24 2009

Vie du lettré, W. Marx

 
 

Vie du lettré, W. Marx, éd. de Minuit, coll. Paradoxe, 2009, 240 p.  

Après les citations, quelques mots !

« Ils lisent des textes, les rassemblent, les éditent, les commentent, les transmettent aux générations futures, produisent à leur tour d’autres textes : ce sont les lettrés, apparus parmi nous voici déjà quelques millénaires. […] Le plus souvent invisibles ou méconnus, ils composent une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses. Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Où habitent-ils ? Que mangent-ils ? A quelles amours s’adonnent-ils ? Comment naissent-ils et meurent-ils ? A toutes ces questions et à bien d’autres, ce livre apporte des réponses précises et concrètes. » (Extrait de la quatrième de couverture)

Un simple moment de connivence que la lecture de ce texte. Oh, ce n’est pas un « grand » livre mais c’est un livre remarquablement bien fait, intelligent et amusant. Divisé en 24 chapitres, autant que d’heures dans une journée, on y suit pas à pas les grandes étapes de la vie d’un « lettré », ses occupations, ses problèmes, ses doutes, ses joies. De la Chine à la France, de la préhistoire à aujourd’hui, l’auteur tente de retrouver les grandes lignes de ce qui  fait l’existence d’un lettré, et l’on est séduit. On s’y reconnaît, parfois, mais surtout l’on s’amuse bien, d’autant plus que ce livre est bien celui d’un lettré : notes et bibliographie y sont abondantes !

            On ne peut être d’accord avec tout, certains chapitres semblent lacunaires (celui sur « l’instruction » par exemple où la figure des Maîtres du Lettré apparaît peu alors même que les « maîtres et les maîtres de ses maîtres » sont les dédicataires de l’ouvrage !), d’autres sont exagérés (cf. celui sur « l’âme » et le passage cité il y a quelques jours sur ce blog qui m’a fait sourire) mais l’ensemble se lit avec plaisir. Pour finir, je ne résiste pas au plaisir d’une dernière citation avec un  court passage tiré du chapitre sur « la sexualité » qui se passe en bibliothèque :

« Non plus que les anges, le lettré n’a de sexe. Ce qui revient à dire qu’il relève de l’un et de l’autre. Toute la communauté des lettrés vit sur ce paradoxe.

Il n’y a guère de lieu plus chaste qu’une bibliothèque. Mais guère de plus torride également lorsque, jour après jour, autour des mêmes tables, les mêmes lecteurs se croisent, s’observent, se frôlent, sans pourtant rien savoir les uns des autres. […] Muette, secrète, l’existence d’un voisin de bibliothèque se limite au grattement d’une plume sur le papier, au cliquetis d’un clavier d’ordinateur, au bruit d’une page tournée, d’un stylo reposé, aux menues manifestations de la vie organique. […] La seule chose à peu près certaine que, sans trop de peine, on puisse savoir de lui, ce sont les livres qu’il consulte. […]. On soupçonne certains lecteurs ou lectrices de ne commander certains ouvrages que pour se donner une pose. Dans une bibliothèque, les signaux sexuels sont si feutrés, si tamisés, si indirects, que tout ce qui, dehors, passerait normalement inaperçu prend aussitôt valeur d’invite agressive. Nul besoin de bas résille, de pantalon moulant, de maquillage excessif : un livre suffit, non nécessairement érotique. L’originalité des lectures est un puissant aiguillon de la libido : rien ne fait plus fantasmer l’exégète de codes juridiques qu’un métaphysicien de haute volée ou qu’une lectrice de poésie de la Renaissance, et vice-versa. »

A noter pour les Parisiens : une rencontre avec William Marx est organisée autour de Vie du lettré le jeudi 2 avril à 18h à la librairie Compagnie.  

 

samedi, mars 21 2009

Parce que ? - 2

 
     "Allons encore plus loin : ne serait-il pas possible de retrouver dans l'effort de l'étude la dynamique même de la charité ? C'est sur ce mot en effet que se clôt le Traité des études monastiques, citant encore une magnifique méditation du saint patron des lettrés, Jérôme :
 
Nous mourons tous les jours, nôtre vie s'altere à tous momens, & cependant nous croyons estre immortels. Le tems que j'employe à dicter, à relire & à corriger ce que j'écris,est autant de retranché sur ma vie. Autant de traits de plume que donnent ceux qui écrivent sous moy, sont autant de momens qui sont rabatus sur mes jours. Nous écrivons, nous faisons des réponses : nos lettres passent les mers ; & les vagues que le vaisseau qui les porte excite en fendant les eaux, sont comme autant de momens de nos vies qui s'écoulent. L'unique avantage qui nous reste, c'est de demeurer unis les uns avec les autres par l'amour de Jésus-Christ.
 
      Donner un trait de plume ou sacrifier un peu de sa vie, c'est tout un. Le mouvement qui porte vers les textes pour les comprendre de l'intérieur, avec humilité, n'est-il pas le même que celui qui porte vers autrui dans un élan de charité ? Les commentaires ne sont-il rien d'autre que lettres envoyées aux grandes oeuvres ? Car les textes aussi s'offrent à nous comme nos prochains, créatures à aimer et à servir. Et c'est ainsi que sera sauvée l'âme du lettré."
 
William Marx, Vie du Lettré, éd. de Minuit, 2009, p. 116.
 

samedi, mars 7 2009

Lire Huysmans, toujours

             "Ombres projetées sur un personnage qui demeure toujours un peu mystérieux pour nous. Huysmans est fantomatique, spectral ; peut-être sa spécificité est-elle d’être insaisissable. [...]

             Qui entre dans Huysmans est obligé de laisser tomber ses vieux vêtements de structuralisme invétéré. Ici l’homme est l’œuvre, l’œuvre l’homme. D’ailleurs l’homme Huysmans l’a explicitement voulu ainsi. C’est sa poétique qui en témoigne. Tout en enchevêtrant de la manière idiosyncrasique qui est la sienne ce qui appartient à la vie et ce qui vient de la littérature, Huysmans nous force d’accepter qu’il est impossible de séparer la littérature et la vie. […]

             C’est comme si l’on signait un pacte avec l’auteur. Si vous voulez lire mes livres, il faut accepter que vous fassiez autre chose que de lire simplement un texte. Vous allez me rencontrer dans mon œuvre, moi, mort-vivant vous adressant la parole d’outre-tombe."

 Marc Smeets, "Images de Joris-Karl Huysmans", in Joris-Karl Huysmans, CRIN n°42, 2003

mercredi, février 18 2009

Fuit

Donc  il fut un jour d’espoir,

Où Rien ne peut trahir l’Enthousiasme.

Porté par un je ne sais quoi dans l’air.

Le sourire aux lèvres, la blessure au cœur

Le regard interrogateur, les yeux instinctivement levés.

Cur ? Quid ?

Du café, des larmes, des rires, des cernes : aimer.

Et à l’horizon lointain, indiscernable mais bien présente,

Une seule certitude : l’Espérance.

 

samedi, janvier 31 2009

Dans l'attente du dégel

 

Recevoir une lettre, c’est quelque chose d’heureux,

De surcroît quand les graphèmes distingués sur l’enveloppe vont font deviner l’expéditeur, connu.

Et, faut-il le dire ? Aimé.

 

On pense à la personne : délicieux moments qui précèdent l’ouverture, le crissement du coupe-papier glissé sous le rabat, emplis de rêverie, de souvenirs et d’une chaleureuse tendresse. Ah les rêveries sur le papier...

 

Mais une lettre avec rien que des chiffres ?

Transformation exothermique : Chaleur se muant immédiatement en froid.

 

Oui, je m’efforçais d’oublier pourtant : c’est toujours l’hiver.

Il fait froid, gaffe au gel.

 

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