Zabou the terrible

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Mot-clé - Au temps du confinement

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lundi, juin 29 2020

A fleur de peau, à fleur d’âme

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Variation à partir de l’évangile de vendredi dernier : la guérison d’un lépreux (Mt. 8, 1-4)

 

            Plusieurs fois dans la Bible, il est question de lépreux, ces hommes atteints d’une terrible maladie qui les ronge, en commençant par la peau. 

 

            Or, la peau, c’est notre interface avec le monde. Elle est le lieu, même quand on n’y pense pas, où s’exerce notre rapport physique premier au monde. Alors le lépreux de l’évangile est très largement un exclu : exclu parce que contagieux, exclu parce que considéré comme impur, exclu parce que son rapport au monde n’est finalement plus plénier… Sa peau est blessée et malade, elle devient insensible et s’effrite, comme un symbole de sa relation à l’autre presque réduite à néant. 

 

Là où personne ne souhaite l’approcher, là où tout le monde oscille entre mépris et peur, Jésus, Lui, s’approche. Pire encore, loin de se tenir à 1m, Il ose et risque pleinement la relation : Il vient le toucher, le guérir et le purifier. 

 

Aujourd’hui, en temps de pandémie, nos touchers se sont faits plus rares et, avant nos rares contacts, nous devons même nous protéger d’un gel frotté vigoureusement. C’est sagesse tant que le virus circule et, pourtant, nous ne devons pas entrer à cause de cela dans des relations aseptisées, qui seraient moins vraies, qui se feraient insensibles et s’effriteraient. 

 

Il est alors probablement tout spécialement bon de contempler le Christ touchant, guérissant et purifiant car Il est celui qui nous guérit à notre tour du risque de relations faussées. En nous laissant toucher par Lui, nous sommes aptes à inventer d’autres moyens, malgré les gestes protecteurs, pour entrer en relation avec l’autre. Il est Celui qui nous donne d’entrer dans des relations saines, Il est Celui qui fait retrouver la souplesse à notre peau toute protégée, loin des sécheresses et de la peur du contact : Il casse tout risque de repli et fait entrer toute relation  dans le jeu et le risque amoureux, où l’on ne s’aventure que par le don, et ce malgré le gel et les masques. 

 

samedi, mai 16 2020

Fils tendus

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            Je n’avais pas tout à fait prévu cela mais il apparaît que ce temps quelque peu transitoire (encore très confiné pour moi qui ne suis absolument pas certaine de reprendre en présentiel les cours dans un lycée sis en zone rouge) s’écrit beaucoup en temps passé au téléphone. 

 

            Moins de nouvelles directes des réseaux d’amis que lors des premiers temps de confinement – c’est heureux, il y a moins de problèmes de santé – mais de nombreux élèves à appeler : pour prendre des nouvelles récentes pour certains mais surtout, pour d’autres, afin de parler de l’orientation à venir. Exercice délicat du professeur principal déjà dans les rencontres en face à face, que cela soit à la sortie d’un cours ou en rendez-vous plus prolongés avec la famille qui devient épineux par téléphone. Pour certains, évidemment, ça va et il n’y a pas à faire cela ; pour d’autres, il est difficile d’appeler au réalisme alors même que la situation est inattendue. Et les appels s’allongent et s’étirent en durée… parfois avec des résultats, parfois sans avancée probante. 

 

            Mais dans tous les cas, je demeure marquée de ce nouveau rapport qui se crée. Il est sûr que les relations sont un peu différentes du fait de la situation et qu’elles seront à réajuster si le retour en présentiel se fait pour retrouver un juste rapport professeur – élève. Cependant, parlons uniquement de ces moments au téléphone : je suis frappée par la densité de ce qui s’y dit. J’ai des confidences, des bribes d’histoire, des envies, des drames, des réalités qui ne seraient peut-être jamais dites autrement. Je ne dis pas que c’est mieux : certaines choses ne sont pas de mon ressort dans ce qui sort mais comme si la situation, le fait de ne pas se voir en vrai, d’être un peu masqué ( !!!) faisait dire les choses plus en vérité. C’est parfois délicat d’accueillir ces confidences car ce n’est pas un accueil ou un accompagnement spirituel… – même si je les confie après au Boss dans le secret de ma prière ! – mais il se joue là des beaux liens d’humanité. Aussi ces moments au téléphone n’ont-ils jamais autant mérité le nom de « coups de fil » qui se tissent, se retendent, s’approfondissent. 

 

            Je fais le même constat avec quelques anciens forcément plus isolés que j’appelle régulièrement, à défaut de pouvoir les serrer dans mes bras d’amitié pour leur dire d’être forts. Parmi eux, je pense à un prêtre âgé de mes amis chers qui s’embête férocement : non que nous nous partagions des banalités ordinairement mais là les échanges s’écrivent en bribes de vie spirituelle confinée et, si la situation n’est pas drôle, il n’en demeure pas moins que c’est très beau. 

 

            Dans les deux cas, j’en sors souvent assez émue comme à chaque fois que notre humanité sonne juste et parle, parfois directement, parfois comme en creux, de Dieu et de son histoire d’amour avec l’humanité. Des coups de fils devenus simplement comme les fils tendus au travers de notre humanité, comme doublant les liens subsistant très réellement quoiqu’invisiblement au cœur de notre humanité. 

 

vendredi, avril 10 2020

La croix, une histoire de chair

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Corps du Christ qui touche le corps des disciples en leurs pieds, 

Contact entre la chair de Celui qui sauve mais s’abaisse tel un esclave et celle de pauvres pécheurs, entraînés à « faire de même » : mais oseront-ils, oserons-nous, aller jusque-là, jusqu’au bout comme Il l’a fait ? 

 

Chair tirée, emmenée de force, du Christ lors de Son arrestation malgré sa douceur, 

Chair emprisonnée, 

Chair moquée, 

Chair frappée, 

Chair flagellée, 

Chair humiliée, 

Chair trop faible pour porter le fardeau, 

Chair assoiffée, 

Chair crucifiée, 

Chair sanglante, 

Chair asphyxiée,

Chair morte, 

Chair au tombeau 

 

Tellement de liens avec aujourd’hui…

Et un appel à contempler le corps du Christ en croix pour notre monde et notre temps : 

Il est là dans toutes les nuits de l’homme ; 

Il vient là dans nos souffrances ;

Il vient là, jusque dans la béance absurde de la mort. 

 

jeudi, avril 9 2020

De la foule à la relation personnelle

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            Depuis la célébration des Rameaux, nous sommes donc entrés dans cette grande semaine entre toutes. Lors de la messe de dimanche, nous avons comme un condensé de ce que nous vivons pas à pas à la suite du Christ le reste de la semaine. 

 

            Ce qui m’a frappée, c’est le rôle de la foule à côté de celui des personnes individuelles. On connaît la versatilité si féroce de la première, passant en un rien de temps de l’Hosanna triomphal au si cruel « crucifie-le ! » mais, aux moment-clés, celle-ci disparaît et l’Evangile nous narre autant de réactions différentes de personnages singuliers. Une foule hurle, un personnage parle, murmure, trahit, questionne, se tait, s’endort. 

 

            Autant d’histoires personnelles avec le Seigneur qui se trouvent impactées par ce qu’Il vit et il est simple de nous retrouver parfois dans un tel, parfois dans tel autre. Mais il y en a qui sont là jusqu’au bout : ceux qui restent auprès de Lui sont ceux qui ont noué une relation personnelle avec Lui, profondément aimante, qui n’a même plus forcément besoin de mots. Il ne s’agit pas seulement d’être prêt à tout pour Lui car, même là, on pourrait le trahir d’une annonce sans suite, d’un retournement de notre part ou d’un sommeil profond. « Serait-ce moi ? ». Cette question est terrible, elle nous concerne tous, avec notre poids de péché… mais nous savons avant tout, qu’avec Lui, à Son école, comme st Jean et les saintes femmes, il s’agit, sans doute plus que d’annonces et de grands mots, d’être là, de se taire et d’aimer. 

 

            Cette intimité aimante a sans doute à se faire plus grande encore en ce temps de confinement – où la foule disparaît pour faire place à notre cercle familial proche ou à la solitude : pas de rassemblement pour nous porter, nous emporter ou au contraire nous détourner ! – de la part de ceux qui le peuvent pour ceux qui ne le peuvent pas et pour présenter devant Lui, avec Amour, les plaies de nos frères qui sont aussi les Siens, les hommes. 

samedi, avril 4 2020

Semaine Sainte de denuément

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Si les circonstances mondiales font que tout est différent, il faut bien dire que liturgiquement, tout semble également l’être et qu’il est bien étrange d’entrer ainsi dans la Semaine Sainte. 

 

            Ayant grandi en servant la messe durant de nombreuses années, j’ai acquis une sensibilité forte à la liturgie de cette Semaine que j’aime entre toutes : les jours et les célébrations qui se succèdent ont eu pour moi une réelle valeur pédagogique ajoutée au spirituel. Et que dire de cette nuit d’ivresse liturgique qu’est la Vigile Pascale, où chaque temps se laisse savourer pour entrer par tous nos sens dans la joie de la Résurrection ? 

 

Et là, cette année, ce sera une Semaine Sainte dépouillée de tous nos oripeaux, même chargés de sens et de foi ; 

Ce sera une Semaine Sainte où le faste n’aura pas d’éclat extérieur mais devra revêtir le plus profond de nos cœurs ; 

Ce sera une Semaine Sainte pauvre en apparence, dont les célébrations se réduiront à l’essentiel, simplement ; 

Essentiel auquel nous aurons à nous attacher de manière plus rugueuse mais pourtant bien vraie.

Comme un appel à entrer dans l’Essentiel d’un Mystère qui se vit, 

Comme un appel à entrer dans le Mystère d’un Dieu qui se donne pour nous donner la Vie. 

 

Belle entrée dans la Semaine Sainte à chacun, vers Pâques ! 

Du Carême imaginaire au carême réel, vers la Semaine Sainte

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            Je vois encore tous ces chrétiens, le mercredi des Cendres, sur les starting-blocks, prêts à prendre le départ du Carême. Certains avec des grands objectifs, d’autres avec des plus modestes mais tous disposés à saisir ce temps opportun pour se rapprocher, un peu mieux, du Seigneur, même au sein des cahots de la vie. 

 

Comme chaque année, le temps vient éprouver les décisions du premier jour mais, ce qui compte, c’est de vivre tout de même cette fidélité, non pas tant dans une rigidité à faire mal, mais bien dans celle de ce mouvement de conversion qui nous pousse à avancer, chaque jour un peu mieux. 

 

            Et puis est venu ce drame de notre humanité : une pandémie mondiale. De l’incertitude, de l’angoisse suivies d’un confinement, et tout s’est trouvé brouillé soudain : plus les mêmes repères du quotidien. Comment poursuivre le Carême dans ces conditions ? 

 

            Il y a ce malade, professionnel habituellement suractif, qui s’est retrouvé à vivre un Carême qu’il n’avait pas choisi, souffrant, alité : ne pouvant plus être actif, même guéri, simplement malade confiné, devant consentir à cette forme de passivité. 

            Il y a cette famille vivant dans un espace trop resserré, devant se découvrir autrement, inventer une manière d’être ensemble tout en cherchant un semblant d’intimité, en apprenant à se dire encore plus « pardon ». 

            Il y a cette famille débordée par le télétravail, l’école des enfants… plus un moment à soi. La prière devient comme un instant dérobé aux flots tempétueux du quotidien. 

            Il y a ces familles éprouvées par l’hospitalisation ou le décès d’un proche, qui souffrent de ne pouvoir l’accompagner, qui vivent l’angoisse et la souffrance, sans avoir le réconfort de la partager autrement que par des écrans, et encore.

            Il y a ces personnes âgées isolées qui crèvent de leur solitude, sans personne pour les serrer dans leurs bras, pour leur dire combien ils sont précieux et aimés, malgré leur grand âge. 

            Il y a chacun de nous, vivant tant bien que mal ce temps, même dans une recherche de garder le rythme le plus ordinaire qui soit… mais cela ne saurait faire illusion. Tout a changé. 

 

Tous, nous avons vécu un carême différent et il est sans doute temps de mesurer l’écart entre notre carême décidé et résolu, devenu imaginaire, et notre carême accueilli et consenti devenu le réel, celui  du quotidien. 

Il n’est pas certain que cela soit au détriment de notre relation à Dieu, bien au contraire : sans doute celle-ci s’ajuste-t-elle différemment, au gré de jours que nous n’avons pas choisi de vivre. 

 

Mais tous, nous allons désormais entrer dans la belle et grande Semaine Sainte avec tout cela : pour exposer toute notre vie, ce qui la constitue de grand et de misères à l’amour sans limite de notre Seigneur. 

 

lundi, mars 30 2020

Invitation à Le chercher

 

Autour de lui, des accusations fusaient de toutes part, 

On peut imaginer les cris de ceux qui vitupéraient : « coupable ! » « Terrible personne ! » 

Prompts à accuser, moins rapides à se regarder en vérité.  

« Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. » 

 

J’imagine Jésus ainsi dans les accusations stériles qui fleurissent en ce temps de crise,

Jésus écrivant sur la terre, le Verbe de Dieu parcourant la terre : 

Invitation à Le chercher dans les jours qui sont les nôtres, 

Dans ces signes ténus, cachés dans l’épaisseur des jours, qui disent Sa présence. 

 

Sur l’évangile du lundi V-A de Carême (la femme adultère)

 

jeudi, mars 26 2020

Signe de(s) croix

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C’est la première chose que je fais le matin, 

Et ce sont toujours les mêmes gestes, lents et posés : en haut, en bas, à gauche et à droite. 

La priorité matinale qui m’englobe physiquement de cette présence du Christ : 

Le temps et l’espace, aussi, que je trace sur ma vie et sur le monde. 

Si un signe de croix est toujours acte de foi, il prend une gravité particulière dans le contexte qui est le nôtre : il me rappelle tous mes frères et sœurs qui vivent actuellement des croix, chaque jour plus nombreux. 

Alors, chaque matin, je pose encore plus résolument ce geste ténu, en apparence si anodin, pour affirmer que j’ai confiance en une chose : derrière cette croix, la résurrection viendra. 

 

 

samedi, mars 21 2020

Mots d’espérance même si c’est de nuit

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            Je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien prier la nuit : plutôt le soir – n’étant pas du matin ! – ou même l’hiver, les laudes, quand le jour peine à se lever. La prière nocturne a une saveur d’intimité, une profondeur de réalité : quand tout est sombre, il s’agit de tourner notre cœur vers Celui qui est le soleil levant. 

 

            J’aime alors le silence qui règne et, parfois, je murmure les mots que je dis à Dieu : mots doux ou mots rugueux des intentions parfois lourdes, le tout à déposer devant Lui, dans la foi, l’espérance et la charité. 

 

            Ce murmure priant, intime, c’est celui qui se généralise aujourd’hui en temps de confinement : le silence règne et la nuit est là même de jour pour nombre de nos frères et sœurs, la nuit est là pour l’humanité. 

 

            Chacune de nos prières devient alors murmure d’espérance. Comme dans l’évangile du jour, un simple murmure de Celui qui se sait se reconnaît pécheur mais qui veut porter le monde dans une prière d’espérance, pauvre attendant tout du Seigneur, même si c’est de nuit.