Zabou the terrible

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vendredi, janvier 15 2016

Ce qu'il y a d'Espérance

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Les heures de vie de classe, ces heures au contenu peu formalisé : élections de délégués, "points" à faire, préparation des conseils ou encore, comme je l'avais fait une fois, atelier philo. En 4ème, un champ s'ajoute, l'initiation à l'orientation, et nous avons mené ensemble notre première séance il y a peu avec ma classe. C'était une première pour moi. 

J'ai été agréablement surprise de voir l'intensité de l'attention de mes élèves à cette question de leur avenir : bien sûr, il y a encore une large part de rêve ou, au contraire, d'un pragmatisme un peu dommageable à leur âge ('ça gagne bien le métier x ?') mais, en tout cas, une vraie envie de penser leur avenir. Et là, en 4ème, on commence juste... 

Après un petit diaporama, leur laisser un temps pour noter sur un papier trois points : 

  • Mes envies ? 
  • Mes points forts ? 
  • Mes points faibles ? 

Ce n'était pas facile... Et je fus touchée de les entendre me dire à voix basse, tant de fois, trop de fois, apeurés : "mais moi, Madame, je n'ai pas de points forts !" ou, peut-être encore pire "je n'ai aucune qualité !". Les rassurer, tant bien que mal. Des ados, déjà, peu enclins à voir leurs qualités, mais des ados aussi venant pour beaucoup de familles dans lesquelles "c'est difficile"... Quelle confiance en eux peuvent-ils avoir ? Comment la leur donner ? 

Je restais perplexe, vraiment touchée de ce qui venait de se passer. 

Et puis il y eut alors cette élève, cette élève-là du premier rang, cette élève sans facilité mais qui se bat et qui en veut à fond, se planter en larmes, bouleversée, devant moi alors que je rangeais mes affaires : 
- Madame, vous croyez que je vais réussir ma vie ? Vraiment ?"

Me trouver désemparée, prise au dépourvu et voir ses yeux embués pleins d'attente. Il fallait que je répondre, aussi rapidement que justement. 
- Moi, je crois en toi, tu sais." Attendre un peu et compléter : "Et puis tu sais, réussir sa vie, ce n'est pas que scolairement ni professionnellement ! Il y a plein de domaines ! Sèche tes larmes, garde confiance et surtout ton habituel si beau sourire : tu es une fille pleine de qualités !".

Evidemment, c'était assez bouleversant...

Mon coeur de croyante avait envie de lui dire qu'un Autre croyait en elle, mais sur ce point, je ne puis évidemment que demeurer silencieuse.

Alors, le soir venu, j'ai confié cette élève dans le coeur-à-coeur de l'adoration et j'ai demandé au Seigneur la grâce de pouvoir toujours croire en mes élèves, même et surtout quand eux-mêmes ne croient pas en eux. 

 

mardi, janvier 12 2016

Dans ce monde où le ciel est ouvert

Plaisanterie ce soir lors de la réunion de l'équipe CdEP  à laquelle j'appartiens sur le fait qu'à un moment, j'aurais été en train de réfléchir au billet que j'allais faire sur ce qu'on disait (!!! Tss tss ;-) ). Ce n'est pas impossible du tout mais le billet suivant que j'avais prévu de poster était en l'occurrence celui-ci, un extrait d'un livre que je lis actuellement et qui porte beaucoup ma méditation ces temps-ci. 

Et pourtant, finalement, en le relisant, je me suis dit que ce n'était pas tout à fait sans lien avec ce drôle de choix d'être et d'enseigner en chrétiens dans l'enseignement public... non ? 

 

"Le Fils annonce qu'il n'est nul besoin de fuir le monde pour trouver Dieu. Le ciel n'est pas fermé. C'est dans ce monde, dans cette chair, dans ce temps, dans nos rencontres que le ciel s'invite. Cet événément infime, la vie du Christ offerte, est le gond de l'histoire du monde, le point focal de toutes nos vies, plus important que tout ce qui se passe au ciel. Ce petit réduit créateur est davantage le lieu du salut que toute galaxie d'anges. C'est à hauteur de corps, à hauteur de terre et à hauteur d'homme que tout ce qui compte advient, et Jésus nous le montre : il mange avec les siens, parle de moisson et de boisson. Il touche les corps malades, il parle et il prie. 

Le dernier mot de Dieu sur nos vies est le même que le premier : nous sommes beaux pour lui, merveilles à ses yeux, quels que soient nos travers, nos erreurs et nos fautes. Ce n'est que dans la prise de conscience de cette réalité insondable que nous trouverons la force de ressortir de nos ressentiments, de nos rétrécissements et de nos péchés. 

Plus de colère, dès lors, mais une infinie gratitude pour celui qui depuis l'origine n'attend que notre élan vers lui. Plus de honte, plus de haine. Tout est neuf pour qui s'offre au Verbe. Naître d'en haut, ce n'est pas fuir l'en bas mais y vivre renouvelés. Le ciel est ouvert, Dieu attend d'être invité dans notre conversation." 

 

Sr Anne Lécu, Marcher vers l'innocence, éd. du Cerf, 2015, p.  68-69.

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samedi, décembre 12 2015

Les chiens aboient La Caravage passe

Période chargée où le temps glisse ; Période troublée où les mots peinent parfois à trouver leur chemin... Et puis cette anecote qui va bon son chemin et qu'on a envie de narrer. Brute, sans syncrétisme ni morale.  

C'est le projet d'une année avec cette classe de 6ème : croiser l'art et la religion, en mélangeant trois matières et les quelques connaissances de trois professeurs. 

Une piste d'entrée pour commencer aujourd'hui : quelques oeuvres d'art à préparer aidés par les professeur puis à présenter par groupes. Et notamment, celle-ci : 

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Le Sacrifice d'Isaac du Caravage. 

Ce n'était pas tout à fait innocent comme choix : une scène qui se retrouve dans les trois grands monothéismes.  

Le groupe commence sa présentation : l'oeuvre, les couleurs, les lignes, la spirale du regard... et puis les personnages, la scène et un essai d'interprétation. Puis vient enfin le temps des questions des autres élèves au groupe qui présente : 

- J'ai pas compris, c'est quelle scène ? 

- Bah, c'est simple en fait, c'est la naissance de l'Aïd ! 

- C'est l'islam alors ? 

Un autre élève : "Nan, c'est chrétien Isaac !".

Avec ma collègue présente, nous intervenons en nous répondant naturellement : oui la scène est commune aux trois monothéismes. Non, ce n'est ni musulman, ni chrétien, ni juif. 

Et, surtout : "oui, ce qui est beau, c'est que vous connaissez tous l'histoire selon votre foi, avec des noms de personnages différents... et que, pourtant, vous y voyez tous la même chose !"

Un beau silence régnait à ce moment-là : un peu de savoir, beaucoup de paix. 

Et je crois que cela fait partie des moments qui font du bien...
Où je ne peux qu'imaginer Dieu, devant nos efforts balbutiants de paix, en train de nous sourire avec une infinie tendresse. 

mardi, novembre 24 2015

A fleur de peau, à fleur d’âme

 

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Il m’aura fallu du temps pour mettre par écrit ce que fut cette semaine post-attentats : je crois que j’ai rarement vécu une semaine aussi dense sur le plan professionnel et il était difficile de mettre des mots dessus. Ca l’est toujours.

 

Soyons clairs : l’immense majorité des élèves était autant sous le choc que leurs professeurs.

J’ai été touchée par les mots, les dessins des 6èmes, qui reflétaient beaucoup de peur ou de tristesse et, parfois, une grandiose espérance lumineuse en la vie ;

J’ai été touchée par le mot venu du cœur d’un collègue qui s’est répandu par la suite dans plusieurs classes : « les terroristes, c’est rien que des conn**ds » ;

J’ai été touchée par la douleur si forte de certains de mes collègues, abattus ;

J’ai été touchée par l’immense volonté de « comprendre » des 4èmes dont je suis prof principale, par cette très belle discussion que j’ai eue avec eux sur la différence entre religion et extrémisme : tous, nous en sommes sortis grandis.

Et pourtant, quand est arrivé vendredi soir, fatiguée à un point comme jamais je ne le suis, ce sont les quelques réactions extrêmement minoritaires inadmissibles qui me restaient en tête comme une ritournelle, comme des violences personnelles presque, ce qu’elles n’étaient pas.

 

Je n’ai pas envie de les écrire ici : elles donneraient une image du « jeune de banlieue » qui n’est pas juste parce qu’il s’agit de seulement quelques-uns, beaucoup dans la provoc’. Quelques-uns qu’on aimerait tant aider à mûrir, à grandir…

Je n’ai pas envie de m’y attarder quoique ce cas m’ait hantée.

 

Et pourtant, Dieu que cette semaine fut difficile…

La salle des profs était dans un  abattement certain, les élèves semblaient eux-mêmes spécialement « durs » : pourquoi ?

Je suis restée avec cette question.

 

Et soudain, j’ai repensé aux premières heures de lundi dernier,

Ces heures où j’ai pris en binôme une classe inconnue avec une collègue : elle n’était pas bien à cause de la situation et, à un moment, elle s’est éloignée.

Un de ses élèves m’a dit : « Elle est partie pour pleurer ?

- Je n’en sais rien, cela ne te regarde pas.

- Mais les professeurs, ça pleure ?

- Oui, les professeurs, comme tous les adultes même, ça pleure. Je crois que nous, vos professeurs, on a presque tous pleuré ce week-end ».

Pendant quelques instants, il y eut un silence étonné dans la classe.

Cette phrase était importante à leurs yeux.

 

Ce fut une semaine difficile, oui, une semaine difficile parce que nous étions tous plus qu’à fleur de peau : nous étions tous à fleur d’âme puisque ce que les terroristes avaient touché, c’était à la vie.

A fleur de peau, on réagit brusquement ;

A fleur d’âme, on réagit avec tout notre être : à la violence, à toutes les sollicitations… et l’on dit beaucoup de soi-même aussi : professeurs, aussi bien qu’élèves ;

Des êtres dans toute leur entièreté, ça fait peu dans la dentelle : c’est dense, mastoc et, dans le même temps, assez beau.

C’était peut-être surtout une semaine très véridique, une semaine exigeante pour chacun, pleine d’être.

Puisse cette semaine à la saveur si étrange amener un « supplément d’âme » ou un « supplément d’être » – selon votre religion – à chacun.

Merci à vous qui avez prié pour les professeurs. 

 

dimanche, novembre 15 2015

Demain dès l'aube j'enseignerai

 

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Demain matin, dès l’aube, il faudra les accueillir ;

Demain matin, il faudra les écouter, les accompagner ; 

Demain matin, il faudra leur dire… quoi ? Comment ?

Quels sont les mots justes quand il n’y a que barbarie indicible ?

 

Je rumine tout cela dans ma tête depuis les événements de vendredi soir ;

Et je prie l’Esprit Saint de me donner mots et attitudes justes.

D’ailleurs, aujourd’hui, je ne suis sortie que pour prier : la messe puis, bien plus tard, les vêpres.

 

En chemin, j’ai respiré à fond l’air qui emplissait mes poumons et j’ai cru lire chez les passants le désir de faire de même ;

Au square pour les enfants, il y avait une affluence bien plus grande que d’habitude ;

Dans les rues, pour un dimanche après-midi, que de couples de tous âges tendrement enlacés faisant une balade ensemble ;

Dans la « coulée verte », que de personnes en train de se parler tout en se promenant !

Il y avait quelque chose d’une douceur printanière, d’un bain de vie, d’un bain d’humanité :

Comme des asphyxiés qui peuvent d’un coup respirer à nouveau l’air libre avec une forme d’ivresse folle.

J’ai souri : c’était juste et c’était beau.

 

En chemin, j’ai aussi vu des bougies sur les fenêtres ;

Des symboles de paix scotchés sur d’autres ;

Ou encore des drapeaux français qui dépassaient.

Peu importe le symbole qui était choisi, cela disait l’union et la compassion dans l’horreur, au-delà de toute conviction ou croyance.

J’ai encore souri car là aussi, c’était juste et c’était beau.

 

Demain, nous, enseignants, serons en classe avec eux, ces jeunes à l’esprit encore en formation ;

Demain, nous parlerons de ce qui s’est passé, sans vraiment savoir à l’avance où iront les échanges : il y aura de l’émotion, des coups de gueule, peut-être des pleurs ou des difficultés, comment savoir ?

Demain, je chercherai à être juste et pédagogue, à expliquer et à consoler, comme je peux, au mieux ; 

Mais demain, je tâcherai aussi de repenser à ce que j’ai vu dans les rues aujourd’hui pour leur redire combien cela vaut le coup de grandir, d’apprendre, et de vivre. 

 

Demain comme hier, nous continuerons de prier pour toutes les victimes, leurs proches et leurs bourreaux de Beyrouth comme de Paris : c’est l’essentiel ;

Mais n’hésitez pas, demain, s'il vous plaît, à ajouter une pichenette de prière pour les enseignants : nous en avons et en aurons besoin.

 

lundi, novembre 9 2015

Diffracter plutôt que filtrer

 

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- Nan mais madame, en quoi l’altruisme, ce serait mieux que l’égoïsme ? Moi j’pense à moi d’abord ! »

 

Et bim. Voilà comment, d’un simple cours sur la figure du héros dans le roman d’aventures et ses qualités morales, tu passes d’un coup à une question à la limite de l’existentiel.

 

Altruisme donc. Un mot dont je venais de leur expliquer le sens en ajoutant combien c’était beau que le héros risque sa peau pour les autres.

 

Des réactions diverses :

- M’dame dans la vraie vie, c’est chacun pour soi, ça se voit qu’c’est inventé !

- J’vois pas en quoi c’est mieux, ça apporte rien ! »

Et puis, cette question susmentionnée.

 

Et c’est là que tu te rends compte que tu as un filtre chrétien devant tes yeux… Que l’altruisme, que l’amour de l’autre, la philanthropie, c’est une évidence pour toi, mais une évidence que tu as fondée avant tout sur ta foi.

Oh, je sais bien qu’il est des êtres formidables qui font preuve d’un superbe altruisme sans avoir la foi et je pourrais citer de nombreux collègues – coucou à vous si vous me lisez les copains ! – mais il n’empêche : j’ai ce « filtre » chrétien car pour moi, l'altruisme, c’est intimement lié à ma foi…

« Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » : on pourrait se bercer de cette phrase alors qu’elle est parole exigeante, nous appelant à viser toujours plus haut.

 

Alors se retrouver en quelques secondes à devoir improviser une explication…

Lancer un grand appel intérieur à l’Esprit Saint, improviser, hésiter, chercher ses mots et, surtout, à contrer le poids de l’évidence par quelque chose d’accessible à qui ne partage pas les mêmes valeurs que les miennes ;

Finir par bafouiller un discours sur le fait qu’on ne pouvait pas être heureux tout seul,

Que la relation nous rendait heureux,

Et même comme exemple que, s’ils vivaient une grande joie, ils n’avaient pas de plus grande hâte qu’en parler à leurs amis !

 

Ce n’était pas terrible et j’y reviendrai à l’occasion avec eux. Mais ce fut pour moi une expérience marquante, pas tant celle d’un égoïsme affiché comme bon, mais celle d’un devoir de dépasser les racines de mon être pour transposer leur fruit à un être ne partageant pas les mêmes que moi. Pas simple.

 

En rentrant, j’ai prié.

J’ai demandé au Seigneur la grâce qu’Il transforme mon filtre chrétien en prisme chrétien :

Pour diffracter Sa lumière en autant de coloris qu’Il le jugera bon, pour La transmettre à chacun dans les fréquences de réception qui sont les siennes,

En autant de reflets de Son unique Lumière.

 

samedi, octobre 17 2015

Vous êtes le regard du Christ

 
Dans mes merdouilles, 
Dans mes péchés
Dans ces moments-là dont je ne suis vraiment pas fière, 
Et même, quand je viens T'en demander pardon : 
Il est un regard qui m'espère. 
 
Et eux ; 
Et leurs cris, leurs bêtises qui sonnent si fréquemment comme autant de "moi, moi, regarde-moi ; fais attention à moi" ; 
Ces mains levées, ces appels, qui réclament toute notre attention et qu'on ne peut leur donner pleine, autant qu'il faudrait ; 
Ces appels à l'aide dissimulés sous des fanfaronnades lourdes d'ado : 
Parce que je le crois, 
Il est un regard qui les espère. 
 
Ce regard qui voit le meilleur, même enfoui dans le plus intime de leur cœur, 
Ce regard sans préjugé,
Ce regard sans surchauffe, sans ras-le-bol même après une journée finie exténuée, 
Ce regard qui les attend et qui les voit plus grands, 
Ce regard qui pousse non à l'enfermement mais à la marche dynamique vers un plus. 
Un regard de confiance, 
Un regard d'espérance : le Sien. 
 
Appel à une conversion de regards, 
À devenir Son regard pour eux, 
Apprendre moins à espérer de nos élèves telle attitude, 
Mais apprendre, là où ils en sont, à espérer nos élèves ; 
Regard d'espérance pour un appel à croître. 

lundi, octobre 5 2015

Des mots pour dire les maux : carte postale d'un cours

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Pour la deuxième année consécutive, nos élèves de 4ème participent à un petit concours autour de la semaine de l’écriture.

 

Cette année, le thème est « j’ai de l’affection ». Ce n’est pas immédiat à comprendre. Cela a nécessité de l’explicitation et, justement, cela fut intéressant car, contrairement à l’année dernière, les écrits ne furent pas autant de billets d’amour confinant au ras des pâquerettes mais une véritable floraison de diversités : déclaration d’amour, lettres d’amitié, amour filial et… amour(s) familiaux dans la séparation ou dans le deuil, fréquents.

 

Un par un, ils passaient se faire corriger leur brouillon avant de passer à l’écriture au propre. Plus souvent qu’à mon tour, j’ai eu la gorge serrée en barrant d’un trait l'expression « histoire vraie » qui n’avait pas sa place. Ils la disaient, cela suffisait.  

 

J’ai vu quelques larmes pointer, j’ai peiné mais réussi à éviter les miennes.

Le vocabulaire était pauvre, j’ai souvent proposé : « tiens, ce ne serait pas cela que tu voudrais dire ? ». Ils étaient contents : « Ah si, c’est exactement ça ! » et, parfois : « vous, vous avez les mots pour dire ce qu’on a sur le cœur. »

Une porte pour goûter le cours de français bien au-delà de toute question de grammaire et de maîtrise délicate de notre langue ? J’ai senti que cette porte s’entrouvrait doucement : savoir écrire pour savoir dire avec le cœur.

 

Et puis, au milieu de tous ceux-là, il y avait elle dont je sais l’histoire récente si blessée, bien que le silence réciproque soit de rigueur. Elle osa écrire sur ce sujet… Elle osa pleurer à chaudes larmes. Tout le monde était à la fois aussi mal à l’aise que profondément respectueux : il y avait quelque chose de beau à voir ces ados souvent un peu balourds touchés par la douleur de l’une de leurs.

 

Il y avait quelque chose d’une tonalité très juste à ce cours bien que nous en soyons tous sortis bourrés d’émotions. Cela m’étonnerait que l’un ou l’autre gagne un prix mais aujourd’hui, nous avons peut-être avancé dans une réconciliation entre l’écrit et l’humain : faire, dire, écrire de belles choses qui viennent du plus profond, du plus humain, du meilleur d’eux-mêmes. A mon sens, le concours est gagné et ce soir, je me sens fière d’eux.

 

Si leur vocabulaire reste souvent indigent,

Dans le fond, mes mots, à moi professeur de français, le restent également dans ma prière…

Alors qu’importe si ce soir, ce sont quelques-uns de leurs mots, griffonnés sur des cartes, que j’ai envie de prier, en guise d’intercession maladroite.

 

mardi, septembre 15 2015

Agrégée… so what ?

 

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Je n’en ai pas parlé sur ce blogue mais, début juillet, un détail quelque peu important mais surtout totalement inattendu de ma vie s’est produit : je fus reçue à l’agrégation externe de Lettres modernes.

 

Top cool, youpi, j’ai sauté de joie et bien fêté ça. Mais finalement, être agrégée, qu’est-ce que cela change ?

 

J’ai demandé, autant par passion que par conviction, à continuer à travailler pour l’instant dans le même collège REP. J’ai donc été affectée sur le même horaire de certifiée, je m’investis toujours dans une expérimentation pédagogique et ne profite donc pas de ma désormais charge horaire moins importante mais fais a contrario un nombre non négligeable d’heures supp’. Vous me direz que je verrai la différence sur ma fiche de paye : c’est sans doute vrai. Mais je pense qu’il est assez clair pour quiconque me lit que ce n’est pas ce qui motive ma vie.

 

L’agrégation, donc. Suis-je une meilleure prof parce que je suis agrégée ? Je ne pense sincèrement pas. Ce n’est que ma 4ème rentrée, année de stage comprise, et je me sens toujours bien moins compétente que des collègues qui enseignent depuis plus longtemps que moi tant l’expérience compte dans ce métier.

 

Mais alors, être agrégée, pourquoi ? D’abord pour la beauté du geste, le plaisir du challenge acharné pour notre intelligence…

 

Mais aussi pour eux, ces petits-là qui sont devant moi une vingtaine d’heures par semaine. Le prof agrégé n’est pas meilleur prof mais le prof qui prépare l’agrégation ou qui se motive pour travailler sur tel ou tel sujet, pédagogique ou non, se place lui aussi en situation d’apprentissage : je suis convaincue que cela nous aide à chercher à apprendre mieux aux autres ensuite.

 

J’ai certainement passé l’agrégation pour plein de raisons mêlées mais je crois que, prof chrétienne, je l’ai aussi passée pour mieux exercer ma fonction baptismale de « roi », non parce qu’il s’agit d’un concours dit « d’excellence » (on pourrait en discuter des heures) mais bien pour régner – faire cours –  au sens où le Seigneur l’entend, aux pieds de mes frères. Pour mieux les servir, pour mieux les faire grandir. J'en ai en tout cas l'ambition ! 

 

jeudi, septembre 3 2015

La rentrée : des filets, des poissons, une vocation et des élèves

 

Attention, malgré son titre et mon envie toujours pressante d’écrire à ce sujet à la veille de ce jour horrible, ce billet ne portera absolument pas sur la qualité du poisson servi à la cantine le vendredi : vous m’en voyez navrée.

 

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Réussir à aller à la messe en semaine la semaine de la rentrée, ça tient un peu de la cerise incertaine sur le gâteau, voire peut-être de surcroît accompagnée de chantilly maison (oui, parce que celle en bombe, elle ne vaut pas dans le comparatif) tant, même si cela se passe bien, la reprise du rythme est physiquement difficile. Heure des levers, des couchers, énergie dépensée pour faire une véritable belle heure de cours et bruit environnant permanent. Il y a beaucoup de joie à retrouver des élèves connus, à faire la connaissance de nouveaux mais il y a aussi des peines, des inquiétudes à entrapercevoir les difficultés de celui-ci ou de celui-là. Pourrai-je faire quelque chose ? C’est l’aube encore pleine de promesses d’une année qui s’ouvre.

 

Alors, se poser ce soir à la messe en rentrant des cours, c’était particulièrement bienvenu. Tout Lui remettre en offrande, bien sûr et Le recevoir. Mais pas seulement. Se laisser toucher par Sa Parole et par l’exemple de Pierre : « mais sur ton ordre, je vais jeter les filets ».

 

La prendre pour soi, pour ses propres questions… Il s’agit d’obéir au sein plein du terme, c’est-à-dire d’écouter pleinement ce que le Seigneur a à me dire. – D’ailleurs, la nouvelle traduction liturgique de ce passage précise « sur Ta parole ».

 

Comme un appel à redécouvrir notre mission – notre vocation ? – de professeur chrétien en ce début d’année, à nous redécouvrir envoyés, ici et pas ailleurs, à ces élèves-là qui nous sont confiés. Alors, dans l’écoute, s’Il m’envoie là, si je fais confiance et agis sur Son ordre, la pêche pourra se découvrir, se révéler, miraculeuse.

 

vendredi, juin 26 2015

Foi de l'alchimiste, foi du prof ?

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Ce ne sont que des noms alignés sur le papier.

En réalité, ce n’étaient que des noms alignés sur le papier il y a encore quelques mois…

Car, au long de ceux-ci, ils ont pris l’image d’une figure, l’inflexion d’une voix, les souvenirs de moments partagés ensemble joyeux comme pénibles : l’épaisseur d’une vie.

 

Les bilans d’année ont été faits : les progrès, les inquiétudes, les joies, les craintes. Des mots pour dire ce qui fut et pour conseiller, faiblement mais au mieux possible pour ce qui sera.

Et pourtant ils sont encore tous rassemblés sur ce papier.

 

Constitution des classes : exercice d’orfèvre.

Il faut chercher les bons ingrédients pour qu’à peine une année touchant à son but, la potion de l’an prochain soit réussie.

La potion ne sera pas franchement translucide, elle est souvent troublée, et elle ne doit être ni inodore, ni incolore, ni insipide : quel intérêt ?

 

La constitution des classes, c’est une forme d’alchimie de la vie ;

Une recherche d’équilibre, d’associations intéressantes et goûtues, en évitant les trop corsées mais en laissant les accords réussis se prolonger.

 

Quand l’année peut sembler s’essouffler à force de tirer en longueur, l’événement donne déjà envie de la suite : de découvrir le résultat comme de rencontrer ceux qui ne sont encore que de simples noms sur ces listes.

 

Rien n’est déjà gagné, rien n’est déjà perdu : c’est l’ouverture à l’imprévisible de la vie.... en quelque sorte un acte de foi du prof !

 

dimanche, juin 7 2015

Certainement... sans la grâce !

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Toujours avec les mêmes 6èmes, s'acheminer doucement vers la fin de la séquence sur la Bible en abordant le genre de la "parabole". 

Choisir pour illustrer mon propos la parabole du Bon Samaritain. 

Lire, expliquer, commenter avec eux... pour qu'ils découvrent la définition et l'utilité de la parabole. 

Et puis, de manière inattendue, cette remarque qui fuse du fond de la classe : 

 

"Il dit bien qu'il faut aimer les autres, tous les autres, comme soi-même ??? Wesh, c'est trop dur ce truc en fait !" 

Allez savoir pourquoi, cela m'a doucement fait sourire ! :) 

 

jeudi, mai 7 2015

Enseigner en ZEP ? « Va dans le pays que je te montrerai »

 

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J’apprécie vraiment de faire la séquence sur la Bible en 6ème : non pas parce que, comme chrétienne, cela me donnerait moins de travail et que comme tout prof qui se respecte, je serais un peu feignasse mais parce que, outre parler d’un thème que j’aime et que je connais bien, cela confronte toujours à de vraies bonnes questions bien pertinentes dans le « choc » que cela peut représenter pour nos élèves.

 

Pour la deuxième année consécutive, j’avais prévu un petit tour par l’étude de l’appel d’Abraham.

 

Cela permet assez facilement de parler des patriarches, des grandes religions monothéistes et de leur vocabulaire respectif, de faire un rappel de conjugaison sur l’impératif et… de parler de circoncision comme point commun souvent inattendu par les élèves entre Juifs et Musulmans !

 

Ce cours-là, c’était ce matin. Et là… 

- Madame, moi j’pense que vous êtes chrétienne alors comment vous savez pour la circoncision pour les Musulmans et pour les Juifs ?

- Eh bien, simplement parce que c’est de la culture ?

 

Au-delà de la question et de la réponse souriantes, quelque chose d’essentiel s’était joué là : la découverte de la culture comme possible pont de rencontre ;

Quelque chose de laïc, profondément,

Quelque chose d’humain, assurément,

Quelque chose d’un mini-pas de lutte contre l’ignorance « mère de tous les maux »,

Quelque chose d’un grand sourire à saveur de promesse dans mon cœur, amoureusement chrétien.

 

mardi, avril 7 2015

Intercession proche d'ailleurs

Je priais les Vêpres avec un ami prêtre. 

Le matin, un élève avait eu un comportement bien lourdement pénible, dans le refus du travail et la provocation constante, ce qui avait engendré de ma part une augmentation progressive mais néanmoins croissante du nombre d'heures de colle. 
Je n'en étais pas fière mais, dans le rush du moment, difficile de faire autrement, de trouver une autre solution sans l'exclure... ce qui lui aurait d'ailleurs fait trop plaisir. 

Cela me travailait depuis le matin, et, lors de l'intercession des vêpres, c'est sorti tout naturellement : 

- Pour Moh****

Ca m'a fait sourire tant ce prénom, si fréquent là où je travaille, sonnait presque en dissonance par rapport à l'action liturgique en cours, venant tellement d'ailleurs... Et pourtant ? Pourtant, c'était très juste : Dieu ne saurait être étranger à ce qui habite le coeur de l'homme. 

Et si le premier pas du dialogue interreligieux, et si même le dialogue tout court, le vrai de vrai, il naissait avant tout, il ne pouvait naître avant tout que dans la prière ? 

Que dans ce moment profond où Dieu nous travaille pour faire passer son Logos à travers nous, malgré tout ? 

 

mardi, mars 10 2015

Lol est aussi un palindrome

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J’avais lu la critique – et des extraits hilarants - il y a peu de Lol est aussi un palindrome et puis l’auteur, M. Levesque, fut l’une de mes chargées de TD à la fac qui maniait si bien l’art de l’humour mordant alors, de manière tout à fait corporate, j’en ai évidemment fait l’acquisition !

 

Sous-titré « Journal d’une prof au bord de la crise [de rire] », l’auteur compile sous forme de journal de bord les meilleurs répliques de ses élèves.  

 

Que dire si ce n’est… que c’est parfaitement vrai, que cela sonne tout à fait juste, particulièrement pour qui enseigne en ZEP ? A contre-courant des défaitismes et des découragements qu’on croise trop souvent sur la toile, l’auteur croque un monde où, s’il arrive de passer de sales quarts d’heure, l’humour prend toute sa place dans un juste enseignement !

 

Enseignant en collège, je ne peux l’expérimenter au même degré de répartie mais il est bien rare qu’une journée n’offre pas sa dose de sourire… au sein même du désespoir du « on estime que tout prof de français consacre au moins un quart de sa vie à lutter contre la confusion entre l’auteur et le narrateur » (note de la page 19), lutte qui commence dès la 6ème.

 

Bref, que vous soyez prof ou pas, en ZEP ou pas, si vous voulez vous offrir quelques dizaines de minutes de franche rigolade ainsi qu’un regard apaisé et apaisant sur ces jeunes des banlieues et les personnes un peu folles qui leur enseignent, courez le lire !

 

 

lundi, mars 9 2015

L’Explicite de l’Implicite et l’Implicite de l’Explicite

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Toujours ces questions quand on évolue en « milieu non catho » :

Ces questions non pas forcément qui te viennent directement des autres, ces questions que les autres font naître à l’intérieur de toi, ma foi… ma foi : 

Que dire, que faire ? Ici ? Et là ?

Que dire et que taire ? Ici ? Et là ?

 

Il ne s’agit pas de se planquer façon « je ne suis pas là, vous ne me voyez pas, d’ailleurs je n’existe même pas »

Il ne s’agit pas de se la jouer prédicateur enflammé sur une chaise : ce n’est pas le lieu.

 

Il s’agit d’être chrétien, vraiment, assurément : dans les actes, oui, comme dans les paroles, aussi.

Et c’est peut-être là le moins facile : difficulté de la parole.

Quel espace ? Quelle justesse pour elle ?

 

Il ne s’agit pas d’être un mur,

Il ne s’agit pas d’être un contre témoignage,

Il ne s’agit pas d’arborer une face de carême,

Il ne s’agit pas d’être une caricature de ce que l’autre pense savoir déjà sur le catholicisme,

Il ne s’agit pas de vouloir imposer sa foi aux autres…

Et en même temps, cette foi, elle est intrinsèque à ma personne, indissociable de moi-même ;

Je crois que c’est un peu comme mon propre cœur : si on me l’arrachait, je crois que j’en mourrais.

 

Alors, ce n’est pas si facile… car, quand on a rencontré le Christ, on est habité par une grande joie, aussi immense qu’intime, aussi personnelle qu’à dimension universelle.

Et on se sent loin, très loin de tous les conflits de « laïcité à la française »… on s’en ficherait en réalité si nous n’étions pas plongés dedans au quotidien.  

En fait, on est chrétien, tout simplement et très profondément.

 

Je me rends compte au fil du temps, avec l’expérience, que je merdouille souvent, très souvent dans mes propos : taisant trop ou a contrario parlant trop.

Parfois, j’avance, un peu, heureusement.

 

Mais toujours je prie :

Parce que, qu’on prenne la voie de l’implicite ou celle de l’explicite pour parler aux autres de ce qui nous anime, de Celui qui nous fait vivre, selon les circonstances, Lui, toujours, Il est toujours là, en contrepoint et en sens ultime.

Il est l’Implicite de notre annonce explicite ;

Comme il est le seul vrai Explicite de tous nos implicites.

 

jeudi, février 12 2015

L'enseignant est sorti ou est resté pour semer ?

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Il est 20h30 quand le professeur rentre, un peu harassé(e) de sa journée. 

Avoir enseigné,
avoir corrigé des copies,
avoir parlé,
avoir crié,
avoir puni,
avoir écouté,
avoir partagé,
avoir échangé,
avoir rencontré (ou pas) les parents des élèves sa classe. 

Des heures, les bêtes et simples heures de travail d'une journée...
Des heures parfois en apparence arides, malgré ici ou là, ces petites lueurs d'espoir...
Que bâtit-on ? Bâtit-on ? 

Bâtir ? Semer, plus probablement. 

Des heures à semer, à travers nous, malgré nous parfois,
Il est difficile d'évaluer le résultat :
En fait, c'est carrément impossible.
Mais semer, inlassablement, sempiternellement,
Dans l'espérance, dans la confiance,
Cette inextinguible confiance du semeur en ce qu'il ne maîtrise pas,
Sous et dans le doux regard du Semeur divin. 

jeudi, février 5 2015

Du séchage, de la justesse, de la politique de la main tendue et de l’éducation façon JC

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Hier matin, j’ai été confrontée à mon premier cas de sèche collective : un cours de rattrapage de 8h30 à 9h30, annoncé comme tel dans le carnet depuis plusieurs jours ;

Hier matin, au lieu d’une classe à peu près complète, j’ai eu des élèves en nombre tel que les doigts d’une seule main étaient déjà trop nombreux par rapport à ceux nécessaires pour les compter ;

Hier matin, j’ai été, je l’avoue, très en colère.

 

Mais très vite aussi je me suis demandée pourquoi étais-je donc en colère ?

En fait, j’ai été surprise devant cette violence soudaine qui m’habitait… Pourquoi suis-je en colère ?

Ce sont eux qui jouent avec leur scolarité, leurs bêtises diverses partout, la suite d’un début d’année plus que pas terrible… pas moi.

 

Il y avait certainement la colère d’avoir perdu une heure de sommeil, point un peu délicat et presque douloureux quand on n’est pas du matin et que c’est la période des conseils de classe et de diverses réunions ;

Il y avait aussi très certainement le fait de l’avoir pris pour moi… c’est un peu débile, je sais bien qu’il faut distinguer son « rôle » - dans le sens tant de fonction que de théâtre – de professeur de sa vraie vie. Mais il n’empêche… On passe tant de temps à préparer des cours qu’on y met un peu, beaucoup de soi. Et qu’un séchage, on a beau savoir que c’est plus un acte de paresse et de révolte adolescente, qui ne nous est pas directement destiné, c’est vrai qu’on le vit un peu comme un gros crachat dans la figure de notre investissement. C’est bête.

 

J’ai réfléchi en me tournant vers Celui qui est pour moi mon modèle d’éducateur, le Christ.

Lui qui s’est pris de vrais gros crachats dans la figure, pas de manière figurée ;

Lui qui a toujours appliqué à la politique de la main tendue…

Tu ferais quoi, Toi, Seigneur, à ma place ?

 

Les élèves furent repris et punis de leur acte… oui.

Et maintenant ?

Toi, Tu pardonnes toujours,

Toi, Tu tends la main, toujours.

 

Tu sais bien qu’on ne peut pas être de gros bisounours lançant des cœurs <3 à qui mieux mieux… surtout avec ces jeunes-là ;

Tu sais qu’il nous faut être droits, fermes et nous-mêmes le plus exemplaires,

Mais Toi Tu regardes,

Mais Toi Tu aimes à plein, à fond, vraiment…

 

Tu sais, j’ai beau m’interroger,

Je n’arrive pas franchement à savoir ce que Tu aurais fait,

Mais Toi Tu n’aurais certainement pas eu cette colère en Toi,

Tu aurais repris avec des mots justes, sans doute, qui pointaient pile sur leur cœur… mais Toi, Tu sais faire.

 

Il reste à espérer, il reste à prier :

Pour que la punition porte du fruit,

Pour qu’ils grandissent, comme de belles pousses,

Pour que vraiment mon cœur soit plein d’un juste et non naïf « je vous pardonne » comme Toi, Tu le fais si souvent avec mes merdouilles à moi,

Donne-moi Seigneur de les aimer, ces élèves pas faciles, comme Toi Tu les aimes.

lundi, janvier 12 2015

Si facile ? Charlie vu d’un coin de ZEP

 

 

 

Jeudi midi, dans l’établissement où j’étais en stage, une belle minute de silence, bien dense.

Ce soir, à Malkah, spectacle chrétien où j’étais invitée, une belle minute de silence priant, de la même densité. 

La première devant le drapeau français et la charte de la laïcité ;

La seconde dans une salle de spectacle emplie de croyants avec au fond un décor déjà biblique ;

Contradiction ? Que nenni : consonance, résonnance.

 

Entre les deux, beaucoup de lectures, beaucoup de discussions,

Beaucoup de prière, beaucoup de réflexions,

Comme des mélanges de bruits et de silences,

Et aujourd’hui, la beauté d’un pays, voire d’un monde, uni :

Rare et si beau !

 

Entre les deux, beaucoup de jugements, de préjugés…

Comme si c’était si facile !

Entre les deux, beaucoup de signalements de réactions d’élèves…

Comme si c’était si facile !

Certains se concentrent sur les réactions extrêmes, d’autres sur la profondeur des discussions entre professeurs et élèves à ce sujet…

… comme si c’était si facile !

 

Je l’ai vécu et j’ai vu et entendu les deux, et tout plein d’autres choses…

Car ce n’est pas si facile !

 

Un « ils n’avaient qu’à pas caricaturer Mahomet ! », un « mais on s’en fout madame ! »,

Ces réactions qui te font te sentir mal tant elles sont à l’exact opposé de ce que tu crois, de tout ce que tu tentes, jour après jour, de leur transmettre… Comme un bon gros coup de poing dans l’estomac et qui augmente peut-être encore humainement parlant quand ce sont deux élèves plutôt choupis qui te disent cela. Ouch, tu as beau t’y préparer, le KO n’est pas loin.

Pourtant, ne pas leur en vouloir, savoir que c’est sans doute ce qu’ils ont entendu chez eux, ou qu’ils n’ont pas les éléments nécessaires pour penser : et, patiemment, expliquer, réexpliquer, tant qu’il faudra, le temps qu’il faudra ;

Car ce n’est pas si facile.

 

Un « les musulmans ne sont pas les islamistes », répété tant de fois par une petite musulmane que j’ai eu envie d’en chialer tant cela transpirait sa peur profonde et, en même temps, sa conviction tout aussi profonde. Lui dire que oui, elle a parfaitement raison, que c’est très important, le répéter à la classe : essayer de rassurer, au mieux.

Car ce n’est pas si facile.

 

Des tonnes de questions, de réflexions intéressantes,

Surprenantes presque de la part de nos élèves et en même temps si normales vu le choc de l’événement passé…

J’ai trouvé cela très juste,

J’ai beaucoup écouté, j’ai cherché à leur donner quelques éléments de réflexion,

Car ce n’est pas si facile.

 

Laisser sa place, toute sa place, à la complexité,

Car ce n’est pas si facile.

 

Et surtout, se rendre vraiment compte aussi, dans ce genre d’affaires, que nous ne sommes pas de quelconques chargeurs de clés USB sur les cerveaux de nos élèves,

Mais qu’il y a de jeunes consciences qui ont besoin de nous pour se construire : en composition ou en opposition, mais, dans le fond, peu importe,

Si le crayon est l’arme de l’expression ;

L’arme anti-extrémisme par excellence est l’éducation ;

Et il est bon, particulièrement bon en ces temps, d’y contribuer.

 

mardi, décembre 2 2014

Adorez-Le, bénissez-Le

 

C’était hier : commencer tôt la journée par un temps d’adoration, la finir par une heure syndicale dans mon établissement.

En mettant en route ma voiture pour rentrer chez moi, complètement explosée de fatigue par la longue journée, je pensais à cela et j’ai souri tant cela pourrait sembler incohérent à simple vue « mondaine ».

 

1h d’adoration, en silence : le cœur qui babille ses multiples cris, ses multiples intentions, ses multiples louanges, ses multiples demandes de pardon, ses multiples « j’essaie de T’aimer » ;

Et puis le cœur qui tente aussi de rester en silence, à écouter, à recevoir.

 

Au milieu : des cours. Enseigner, faire grandir, au mieux.

 

1h d’heure syndicale, « en bruit » : les bouches qui parlent, qui râlent, qui s’exclament, qui murmurent, qui interrogent ;

Temps nécessaire du débat, pour améliorer, ensemble.

 

Du silence à une progressive cacophonie ?

Quelque chose comme une harmonie.

 

Hier, j’ai eu l’impression que quelque chose d’essentiel dans ma vie de chrétienne s’était fait sentir très concrètement ;

Hier, il n’y avait aucune incohérence, mais, au contraire, une profonde cohérence ;

Certes, c’est impossible à réaliser tous les jours sans aménagement d’emploi du temps,

Mais cela permet de toucher, un peu mieux, cette profonde réalité de notre vie chrétienne que, sans Lui, nous ne pouvons rien faire.

S’exposer à Lui pour rester au plus proche des hommes.

Recevoir, se recevoir de Lui, chaque matin,

Pour se donner, Le donner, chaque jour, à nos frères humains.

 

 

 

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