Zabou the terrible

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Tag - Littérature(s)

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samedi, août 15 2009

La fin du "Hussard bleu" (Nimier)

 

Un extrait d'un livre emporté avec moi en Allemagne : un livre extraordinaire dont voici la fin. Je ne peux cautionner ces propos... mais, qu'est-ce qu'ils sont beaux !

 

            Je revenais en France. J’allais beaucoup lui demander. Une civilisation, une patrie, une religion, ces mots ont un sens. Imbécile qui attribuera ces aventures à l’humanité tout entière. Cette écœurante maladie des hommes, ce goût pâteux de soi-même, jamais, non, jamais… Je me rappelais soudain cette petite phrase insolente qui avait hanté ma jeunesse, bouleversant dans mon cœur les prestiges et les lois, régnant et déchirant : « Tout est possible. »

 

            Il me restait donc un avenir. D’un cœur impatient, je venais l’offrir à tout ce qui dure, à tout ce qui exige, à tout ce qui ordonne l’existence. Ce n’est pas compliqué. Nous devons beaucoup à nos amis morts, nous leur devons tant d’années volées. Alors ce qu’ils nous demandent à voix basse, il faut le faire tout de suite. Que voulaient-ils ceux-ci ? Rita me commandait de ne plus aimer personne, Besse me priait de retrouver une patrie, Saint-Anne me conseillait d’être heureux. En les écoutant, je revenais à ma nature véritable qui était de servir à quelque chose, sans amour, mais avec passion, et puisqu’il est assuré que les hommes ne se passent point de récompense, tel serait mon sauvage bonheur.

 

            Paris, voici ton fleuve et les larmes que tu versas, voilà ton visage au front penché. Paris, voici tes rues et la plaque d’identité au bras de chacune. Les hautes maisons subissent l’amertume du soir. Mes pas sonnent sur le boulevard. Désormais, je connais mon rôle sur la terre, mais je ne sais qui je suis. Voyageur, pose des yeux tristes sur les choses, elles te le rendront au centuple. Le visage barré du ciel te menace et te guide à la fois. Vivre, il me faudra vivre encore, quelque temps parmi ceux-là. Tout ce qui est humain m’est étranger.

 

In R. Nimier, Le Hussard bleu.

 

 

 

dimanche, août 2 2009

Au fil des pages : mystère, mystère

 

                Il n’est rien de beau, de doux, de grand dans  la vie, que les choses mystérieuses. Les sentiments les plus merveilleux qui nous agitent un peu confusément : la pudeur, l’amour chaste, l’amitié vertueuse sont pleins de secrets. On dirait que les cœurs qui s’aiment s’entendent à demi-mot, et qu’ils ne que comme entrouverts. L’innocence, à son tour, qui n’est qu’une sainte ignorance, n’est-elle pas le plus ineffable des mystères ? L’enfance n’est si heureuse que parce qu’elle ne sait rien, la vieillesse si misérable que parce qu’elle sait tout ; heureusement pour elle, quand les mystères de la vie finissent, ceux de la mort commencent.

 

In Chateaubriand, Le Génie du Christianisme, Première partie, Livre i, chapitre ii

 

lundi, juillet 13 2009

Sur les routes des vacances ? Hum...

 
Tiré de "La Revanche de l'Infâme" :
 
         Il est évident que tout automobiliste ambitieux est un assassin avec préméditation, puisque un tel sport implique, à son escient et à peu près nécessairement, le massacre de toute créature animée qui pourra se rencontrer sur son chemin. Cela est formel, absolu, indiscutable et l'avachissement inouï des contemporains est seul capable d'expliquer l'ignoble patience qui encourage ce meurtrier.
 
         Il y a deux ans, me trouvant dans un pays mortellement affligé d'automobilisme, je conseillai aux cultivateurs exaspérés de saluer au passage les automobiles avec des pompes à merde. J'allai même jusqu'à préconiser l'obstacle devant et l'obstacle derrière, dans les bouts de route isolés, puis la destruction des machines à coup de merlin, sans préjudice d'une capilotade consciencieuse pour les touristes exaltés, mâles ou femelles. Mais tout le monde gueule et personne ne marche. C'est la couardise, la pusillanimité universelles.
 
         Jamais on ne s'est tant fichu des pauvres, c'est sûr, mais jamais les pauvres ne l'ont tant permis. Cela les flatte, semble-t-il, d'être écrasés par des machines qui ont coûté jusqu'à cent mille francs. Il se dit et il s'imprime que l'industrie des automobiles occupe un nombre incalculable d'ouvriers, qu'elle en occupera demain le double ou le triple, ce qui donne lieu d'espérer qu'à la fin elle occupera tous les ouvriers sans exception. Les deux tiers de la population de la France et des colonies fabriqueront exclusivement des automobiles innombrables au moyen desquelles il seront écrasés quotidiennement et studieusement par le dernier tiers. Il est possible que tel soit le joli destin. Ce serait la levée en masse pour la bonne guerre du parfait abrutissement français. Il y a dix ans, à peine, la bicyclette semblait avoir atteint d'un bond ce résultat. Personne déjà, ne lisait plus rien. Mais l'automobile est un instrument du progrès à tout casser, à tout enfoncer, à tout écraser.
 
        Sans doute la culture des champs est abandonnée et il se pourrait assurément qu'on crevât de faim en allant plus vite. J'ignore s'il y a là une difficulté inextricable et ce n'est pas à moi qu'il appartient de la débrouiller. Toutefois cette circonstance ne change rien au fait indéniable de l'idiotification d'un peuple qui fut le premier de la terre. Ceci est autrement grave que l'écrasement éventuel des individus ou des multitudes.
 
        Qu'un milliardaire infect enrichi par les plus criminelles spéculations et gavé de la substance des misérables, vienne à s'aplatir bêtement et ignoblement contre un arbre ou contre un mur, désormais impurifiable, en accomplissant, au mépris de la vie des autres, un balourd exploit de vitesse, deux cent journaux, le lendemain, lui décerneront le marture et glorifieront en cette charogne une victime du devoir et de la PENSEE !!! Ne dirait-on pas un faire part du décès de la Raison humaine.
 
in Léon Bloy,  Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne.
 

dimanche, juin 28 2009

Education

 
 
Où est la réalité de ce monde ? Un signe s'est fait dans le ciel et les montagnes poussent comme en rêve.
 
Telle est la leçon des sommets. Si quelque jour le petit garçon descend de sa montagne merveilleuse pour aller rencontrer la vie dans les plaines, la vie, ce souvenir d'enfance mal en point, il trouvera les plaines privées de prodiges et il ne comprendra plus. Vivre ? Qui lui donnera la recette ? C'est un professeur de miracles qui a fait son éducation.
 
in Alexandre Vialatte, La Complainte des enfants frivoles.
 

mardi, juin 23 2009

Sans transition, bonsoir

 
 
Ce siècle est un combat, un fracas, un éclat, un tumulte.
 
Souffrez que je vous présente en ce moment quelques hommes pacifiques. Car il y en eut ; à regarder le monde, on est tout près de s'en étonner. Il y eut des Pacifiques. Parmi eux, plusieurs ont reçu une dénomination singulière, officiele, et s'appellent des Saints.
 
Des Saints ! Souffrez que je vous arrête un instant sur ce mot. Des Saints ! Oubliez les hommes dans le sens où il le faut pour vous souvenir de l'homme. Souvenez-vous de vous-même. Regardez votre abîme.
 
dans Ernest Hello, "Préface", Physionomie des saints.  

lundi, mai 25 2009

Invitation... ?

 
Baudelaire, sur Barbey :
 
"D'Aurevilly vous invite à communier avec lui comme un autre à dîner.
- Nous communierons ensemble, et ensemble nous nous agenouillerons, humblement, le poing sur la hanche."
 

mercredi, avril 22 2009

Violence d'une plume aimée

 
Il est des auteurs qui sont vivifiants par leur vitupérante faconde. De temps à autre infréquentables, ils sont pourtant d'une puissance magistrale et, si parfois on les trouve too much, on ne peut s'empêcher de les admirer, malgré tout.
 

Léon Bloy, Introduction du Pal.

4 mars 1885

         J’ai longtemps cherché le moyen de me rendre insupportable à mes contemporains.

         Il serait tout à fait puéril de raconter les absurdes et impraticables desseins que ce désir m’a successivement inspirés.

         Notre époque de faiseurs d’affaires et de cabots dans tous les genres est tellement abjecte, que rien, je crois, - sinon la fuite ailée de Mercure ou l’indifférence du spectateur, - n’est presque plus capable de toucher personne.

         L’âme humaine oxydée d’argent, intoxiquée de littérature et de politique, avachie, défoncée par tous les chiens errants de l’histrionisme, est en chemin de trépasser dans une sorte de paix ignoble et épouvantable.

         On ne s’indigne plus et on ne proteste plus. Le ferment d’aucune grande idée ne soulève plus le fumier moderne. On est fixé dans l’inscrutable sérénité de l’ignominie absolue, et le derrière humain, désormais impassible, est devenu semblable à un immense Maelström pour coups de bottes.

 
 
NdZabou : Le Pal est un journal pamphlétaire créé par Bloy qui ne connaîtra que quelques numéros par manque de financement.
 

lundi, avril 20 2009

Huysmans et l'humour noir

 
De nombreuses personnes reprochent à Huysmans la tonalité sombre de son oeuvre et me prennent pour une frappadingue quand j'affirme naïvement que Huysmans me fait beaucoup rire. Ce petit texte d'André Breton leur fera peut-être comprendre pourquoi parfois, en lisant, tout simplement, tout humblement, j'exulte !
 

          « Par l’excès des couleurs sombres de sa peinture, par l’atteinte et le dépassement d’un certain point critique dans les situations désolantes, par la préfiguration minutieuse, aigüe, des déboires qu’entraîne à ses yeux, dans l’alternative la plus banale, toute espèce d’opinion, [Huysmans] parvient à ce résultat paradoxal de libérer en nous le principe de plaisir.

Les réalités extérieures présentées systématiquement sous leur angle le plus mesquin, le plus agressif, le plus blessant exigent du lecteur […] une réparation constante de l’énergie vitale, minée par l’accumulation des tracas quotidiens qu’on lui rend tout à coup sensibles. […] Il paraît renoncer pour lui-même au bénéfice du plaisir humoristique et […] nous pouvons croire que ce bénéfice nous est exclusivement réservé, l’auteur ne se départant pas d’une attitude accablée qui nous donne à chaque instant l’illusion de prendre sur lui l’avantage. Il y a ici d’une intention délibérée, d’une méthode thérapeutique réfléchie, d’une ruse destinée à nous  faire surmonter sa propre misère. »

André Breton, Anthologie de l'humour noir

 

jeudi, avril 16 2009

Par tous les sens !

 

« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.

Le Poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie, il cherche en lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit, - et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnue ! »

In « Lettre du voyant », c-à-d  Lettre d’Arthur Rimbaud à Paul Demeny du 15 mai 1871.

 

lundi, mars 30 2009

Lire, relire, parler, annoncer : sacrée responsabilité !

            Le lecteur avait pour tâche de mettre le texte sacré, au cours des célébrations liturgiques, à la portée du public des fidèles, dans les églises, les basiliques et autres lieux du culte. Il était le traducteur et l'introducteur auprès du peuple de la parole de Dieu qu'il exprimait en langue vulgaire et dans laquelle il pouvait, sans même s'en rendre compte, glisser ses interprétations subjectives. Il faut entendre que le lecteur, en ces temps où les masses populaires étaient illettrées, se trouvait détenteur d'un privilège éminent : celui d'être un familier du livre. Le prêtre, au-dessus de lui, était le familier des saintes espèces, corps et sang du Christ, et par là, plus que tout autre, initié aux mystères. Le lecteur, à son rang plus modeste, était initié au secret fascinant de l'écriture, à l'ordre des mots, au mouvement de la phrase, à sa respiration profonde, aux constructions subtiles de la synataxe. Il avait le pouvoir non pas d'ouvrir le tabernacle, ce qui était le privilège du prêtre, mais d'ouvrir le livre et d'accéder au sens des mots. Il avait reçu auprès d'un grammairien et d'un rhéteur une formation qui lui avait ouvert l'esprit à cet autre monde, celui de la beauté poétique et philosophique, aussi insondable et inépuisable que l'infini cosmos donné au regard contemplatif.

In Claude Louis-Combet, Transfigurations, "Passion de Maure et Timothée"

mercredi, mars 18 2009

My french accent ou quand Walter Scott intervient

 
Quelque part en Ecosse, parce que l'on ne parle jamais d'Ecosse sur ce blog !,...
Ou quand l'on se moque déjà au XIXème siècle des Français parlant anglais !
 
- Monsieur de Beaujeu ! dit-il
- Monseigneur ! répondit un jeune officier français de très bonne mine qui lui servait d'aide de camp.
- Ayez la bonté d'aligner ses montagnards-là, ainsi que la cavalerie, s'il vous plaît, et de les remettre à la marche ; vous parlez si bien l'anglais ! Cela ne vous donnera pas beaucoup de peine.
- Ah ! pas du tout, monseigneur, reprit le comte de Beaujeu en s'inclinant très profondément [...]
 
- Messieurs les sauvages écossais, dit-il, c'est-à-dire gentilmans savages, have the goodness d'arranger vous ! Le clan qui comprit le commandement bien plus par les gestes que par les paroles, s'empressa de s'aligner.
 
- Ah ! ver well ! c'est-à-dire fort bien, reprit le comte de Beaujeu, gentilmans savages ! Mais très bien. Eh bien, qu'est-ce que vous appelez visage, monsieur ? (s'adressant à un soldat près de lui) - Ah oui ! face ! Je vous remercie, monsieur. - Gentilshommes, have the goodness to make de face to de right par file. Marche ! - mais c'est très bien, messieurs. - Il vous vous mettre à la marche. - Marchez donc au nom de Dieu ! pace que j'ai oublié le mot anglais. Mais vous êtes de braves gens et me comprenez très bien.
 
De là le comte dirigea son cheval vers la cavalerie du baron de Bradwardine pour faire la même opération. - Gentilmans cavalerie, you must fall in... - Ah ! par ma foi, je ne vous ai pas dit de tomber, à vous. - J'ai peur que le gros gentleman se soit fait mal....
 
in Walter Scott, Waverley.

vendredi, mars 13 2009

Comme une prière

 
C'est par une magnifique description d'un soir d'été au bord de la Néva que l'infréquentable Joseph de Maistre commence son ouvrage majeur, Les Soirées de Saint-Pétersbourg. Soirée tellement belle et exceptionnelle, que seul le silence semble juste face au paysage qui s'offre aux yeux des trois amis voyageant de concert. C'est le jeune Chevalier qui le rompt :
 
"Je voudrais bien voir ici, sur cette même barque où nous sommes, un de ces hommes pervers nés pour le malheur de la société ; un de ces monstres qui fatiguent la terre..."
 
- Et qu'en feriez-vous, s'il vous plaît ? (ce fut la question de ses deux amis parlant à la fois)
 
- Je lui demanderais, reprit le chevalier, si cette nuit lui paraît aussi belle qu'à nous."
 
 
Il est jeune, encore bien naïf : il doit l'espérer.
 
Mais ô combien j'espère qu'il ait raison !
Que les Méchants et, même, que les Grands de ce monde s'arrêtent,
Quelques secondes, quelques minutes, quelques heures
Pour admirer la Beauté de la simple nature,
Pour contempler, saisis en leur être,
En un instant de gratuité.
Aimer ?
 
 
Parce que c'est le début de toute prière.
 

vendredi, février 6 2009

Sous la puissante plume de Barbey

 
"Quand nous sommes jeunes, à l'éclat brillant de nos rêves nous ne faisons que nous pressentir, nous deviner pour un temps lointain encore. Ce n'est que quand la passion a labouré notre coeur avec son soc de fer rougi, que nous pouvons réaliser les préoccupations qui nous avaient obsédés jusque-là. Or, il y a mille chances de mort dans la passion."
 
Léa, Jules-Amédée Barbey d'Aurevilly

vendredi, janvier 30 2009

La lecture, une effrayante (mais amoureuse) responsabilité

 
         "Une lecture bien faite n'est pas moins que le vrai, que le véritable et même et surtout que le réel achèvement du texte, que le réel achèvement de l'oeuvre ; comme un couronnement, comme une grâce particulière et coronale. [...] Elle est ainsi littéralement une coopération, une collaboration intime, intérieure [...] aussi, une haute, une déconcertante responsabilité. C'est une destinée merveilleuse, et presque effrayante, que tant de grandes oeuvres, tant d'oeuvres de grands hommes et de si grands hommes puissent recevoir encore un accomplissement, un achèvement, un couronnement de nous, de notre lecture. Quelle effrayante responsabilité, pour nous."
 
Péguy, cité par Steiner dans Passions impunies
 

vendredi, janvier 23 2009

Ivresse

 
       En ces temps troublés, il convient de savoir revenir à l'essentiel. Baudelaire, essentiel ? Parfois, oui, je le crois volontiers, quand on le lit et qu'il vous saisit, c'est-à-dire souvent. Bêtement hédoniste, osez-vous dire ? Je ne crois pas. Et puis cela dépend de votre lecture : pour ma part, j'ai choisi mon ivresse et souhaite en être ivre longtemps, ma vie durant. Tout est là, même. Et vous ?
 
Enivrez-vous
 
       Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
 
       Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
 
       Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."
 
in Charles BAUDELAIRE, Le Spleen de Paris
 

dimanche, janvier 18 2009

Si même Zola le dit !

 
          "Huysmans est un raffiné de la langue, un des stylistes les plus précieux, les plus délicats que nous ayons. Il a outré le rendu intense de ses aînés, il est allé plus avant dans la curiosité des tournures, dans la vie tourmentée des images, dans la traduction nerveuse des choses et des êtres. [...] Littérature morbide, dira-t-on. Oui, peut-être. Il y a là une recherche du cas pathologique, un goût pour les plaies humaines. Mais ce que personne ne veut voir, c'est que, si le romancier va à la bête dans l'homme, l'artiste est un sensitif des plus délicats et un merveilleux ouvrier de la langue."
 
in Emile Zola, "Céard et Huysmans", Le Figaro, 11 avril 1881
 

mardi, décembre 30 2008

Faire sensation avec la sensorialité ?

 
"On s'accorde assez communément aujourd'hui à reconnaître à la littérature une fonction et un pouvoir qui débordent largement son rôle ancien de divertissement, de glorification ou d'ornement. On aime à voir en elle une expression des choix, des obsessions et des problèmes qui se situent au coeur de l'existence personnelle. Bref la création littéraire apparaît désormais come une expérience, ou même comme une pratique de soi, comme un exercice d'appréhension et de genèse. [...]
 
Tel paysage, telle couleur de ciel, telle courbe de phrase éclairent l'intention de telle option morale, de tel engagement sentimental. Telle obscure rêverie de l'imagination dynamique ou matérielle rejoint en profondeur la spéculation la plus abstraitement conceptuelle. Et c'est dans les choses, parmi les hommes, au coeur de la sensation, du désir ou de la rencontre, que se vérifient les quelques thèmes essentiels qui orchestrent ainsi la vie la plus secrète, la méditation du temps ou de la mort. [...] Et la littérature est une aventure d'être."
 
In Jean-Pierre Richard, "Avant-propos", Littérature et sensation.
(repris en coll. points poche sous le titre Stendhal Flaubert)
 

samedi, décembre 20 2008

Peut-être...

 
"S'enfoncer dans l'érudition, c'est atteindre ces régions où l'on ne vous rejoint plus, s'avancer vers ces pointes extrêmes de la connaissance, ces fins fonds de tiroir où, peut-être, se trouverait Autre chose."
 
in Pierre Jourde, Huysmans : A rebours ou l'identité inchangée
 
Peut-être...
Et si... ?
 

mercredi, décembre 10 2008

Bâtir sa maison sur le roc

 
 
 "Sur toute chose je pleure et j'interroge tout.
Ce n'est point sur le sable, mais sur le roc du Verbe
Que j'ai bâti, moi, le château de mon coeur.
Il fallait, pour revivre, il fallait que je meure.
Tu m'as ressuscité et tu m'as bien voulu
Que je demeure là où tes pieds sont posés"
 
In "Askraios", La Vie Immuable, Costis PALAMAS
 

mardi, octobre 21 2008

Rencontre

 
Je vous l'avais dit qu'il y avait de l'écho dans le coin. Quelques extraits d'un livre sur lequel je travaille actuellement.

"Les livres sont notre mot de passe pour devenir plus que nous ne sommes. Leur capacité de produire cette transcendance a suscité, des discussions, des allégorisations et des déconstructions sans fin.

La rencontre avec le livre, comme avec l'homme ou la femme, qui va changer notre vie, souvent dans un instant de reconnaissance qui s'ignore, peut être pur hasard. Le texte qui nous convertira à une foi, nous ralliera à une idéologie, donnera à notre existence une fin et un critère, pouvait nous attendre au rayon des occasions, des livres défraîchis, des soldes. Il peut se trouver, poussiéreux et oublié, sur un rayon juste à côté du volume que nous cherchons. "

"Ceux qui brûlent les livres, qui bannissent et tuent les poètes, savent exactement ce qu'ils font. Le pouvoir indéterminé des livres est incalculable. "
 
in George Steiner, Ceux qui brûlent les livres
 

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