Zabou the terrible

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Mot-clé - Madeleine

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lundi, novembre 6 2017

En-train de grâce

 

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Course… halètement… et zut ! Train raté à trois minutes près ! Dans le domaine des choses agaçantes, rater son train se pose là, même si l’on sait que le train suivant sera possible sans grand soucis.

 

C’était vendredi. Le soir, j’allais dire quelques mots chez un curé quasi-ex-blogueur-mais-pas-mort : j’avais encore un texte que je tenais à insérer dans mon propos. J’allai m’installer dans la salle d’attente et là, je vis une vieille femme qui pleurait. Dans l’échelle des choses qui m’emplissent de compassion et que je supporte mal, voir une personne âgée pleurer est bien situé : ça me fend littéralement le cœur. Je me dirigeai donc vers elle.

 

Cette dame venait de rater elle aussi son train. Elle allait à l’anniversaire de son gendre et de son petit-fils pour lesquels une grande fête était organisée. Elle était toute dépitée, désespérée à l’idée de rater cette occasion. Nous échangeâmes quelques mots : « Peut-être pouvez-vous changer votre billet ? ». Elle était perdue, ne savait comment faire. Alors, avec elle, je suis allée à la borne automatique et l’ai aidée : le billet fut changé. Elle a pu appeler son petit-fils pour lui annoncer un simple retard au lieu d’une annulation : un sourire commençait à naître sur son visage. Elle était seule, elle avait envie de parler… Tant pis pour mon texte, il y avait mieux à faire.

 

- Et vous, vous allez faire quoi en Normandie ?

- Oh, moi, j’y vais pour une conférence.

- Ah j’ai une amie qui aime bien aller assister à des conférences aussi.

- Oui… Alors là, c’est moi qui la fais, en fait.

 

Je ne lui ai pas donné le sujet exact mais nous avons commencé à parler de foi. Et puis elle a vu que je portais une croix autour du cou. Elle finit par comprendre qu’elle avait affaire à une femme consacrée, même si elle n’avait pas tout à fait le vocabulaire correspondant. Elle m’a dit l’importance de la foi dans sa vie, nous avons un peu parlé du Christ : c’était simple… Mais c’était beau car c’était profondément vrai.

 

A l’heure d’embarquer dans le train suivant, elle était à quelques places dans le même wagon que moi. A plusieurs reprises, elle revint échanger quelques mots… puis finit par entrapercevoir mon fond d’écran (i.e. une photo de ma consécration durant la litanie des saints où je suis prosternée) : « oh, comme c’est beau ! Vous voir, ça me redonne un peu confiance dans l’humanité ! ». ».

 

C’était une vieille femme en pleurs que j’avais rencontrée, c’était une femme rayonnante que je vis embrasser puis partir avec son petit-fils, non sans m’avoir fait de larges saluts.

 

Ce soir-là, c’était de Madeleine Delbrêl, une femme ayant témoigné de la grâce du Christ dans l’ordinaire du monde, dont je parlais. Allez savoir pourquoi, je me suis pris cette histoire comme un gros clin-Dieu dans le cœur : le primat de la vie et de la grâce sur tous nos pauvres mots, sans doute ! 

 

vendredi, novembre 28 2014

Au-delà des "toi" étendards

 

 

Parce que cela résonne avec tout plein de trucs !

 

 

 

« Aussi, toi, communiste (comme tu me dis : toi, chrétien), toi, communiste, plus tu méprises l’Église, plus, chaque fois, je t’aime parce que je voudrais que tu comprennes que dominant tout ce qu’on dit d’elle, tout ce qu’on lui dit, elle crie, et souvent par le cri énorme de son silence, l’amour que Jésus Christ lui donne sans arrêt pour toi comme pour moi. Si je t’aime, communiste, ce n’est pas malgré elle, c’est grâce à elle, c’est en elle.

 

Tu dis qu’elle est mon Église et tu dis vrai, mais ce que tu ne dis pas et qui est encore plus vrai, c’est que je suis à elle. L’Église de Madeleine ? Oui ; mais Madeleine de l’Église, oui et davantage, mais Jacques, Pierre ou Paul de l’Église, chaque fois qu’un chrétien aime ses frères, son frère, quel qu’il soit, quoi qu’il soit, d’où qu’il soit. »

 

M. Delbrêl, Ville marxiste, terre de mission, réed. t.11 des Œuvres complètes, éd. Nouvelle Cité, p. 38

 

 

jeudi, août 21 2014

Lecture estivale #5 : et Madeleine, bien sûr

 

Je la cite ici ou là sur mon blogue ou sur les réseaux sociaux mais j’aime surtout la lire : je parle de Madeleine Delbrêl (1904-1964) dont le procès de béatification est en cours. Elle est pour moi une grande figure « inspirante », d’une actualité détonnante et pertinente.

 

Forcément, je ne pouvais qu’aller lire Madeleine Delbrêl, poète, assistante sociale et mystique, cette nouvelle biographie faite par les pères Gilles François et Bernard Pitaud, bien nécessaire après la première écrite par Christine de Boismarmin, une des équipières de Madeleine certes, mais rédigée voici trente ans.

 

Littéraire de formation et de goût, je ne suis pas une grande lectrice de biographies : j’ai tendance à préférer me plonger dans les écrits mêmes de la personne. C’est a fortiori le cas pour Madeleine à la plume si agile (ça pourrait être son épithète homérique !) : ses écrits et ses poèmes sont forts, denses et profonds. Je n’ai que 3 volumes de ses Œuvres complètes toujours en cours de publication mais je vais souvent piocher dedans tant Madeleine a une vision profondément christocentrique de la vie. Et ça, c’est essentiel pour nous chrétiens : tant pour comprendre sa vie et son œuvre que pour nous en inspirer. Rien n’a de sens dans la vie de Madeleine sans le Christ et sans l’Évangile : cela ne devrait-il pas être le cas pour chaque chrétien ?

 

Toutefois, même si je ne peux donc cacher ma préférence pour ses propres écrits, cette biographie a l’immense mérite de me faire découvrir toute une période de notre histoire ecclésiale que je connais assez mal : les années 1930/40/50 en particulier. Avec la fameuse « crise » des prêtres ouvriers et, en même temps, l’immense désir missionnaire qui animait une partie de la France – l’a-t-on encore ? –, le marxisme omniprésent et le concile de Vatican ii en préparation : cela permet de mieux comprendre le monde dans lequel Madeleine a évolué, ainsi que sa pensée. Du coup, on conçoit mieux les différences mais aussi les points de convergence que la vie de Madeleine peut avoir avec notre propre monde et ce qui l’anime présentement. Personnellement, je reste marquée, comme toujours, par sa présence chrétienne réelle au sein d’une mairie marxiste : belle voie à suivre quand on est professeur dans l’enseignement public et dans un pays touché par ce qu’on nomme à grands cris la « sécularisation » ?

 


 

P.S. : il y aura un colloque pour le cinquantenaire de sa mort à la Catho de Paris en octobre. Plus d’infos par là >>

 

mercredi, octobre 2 2013

Quand un homme a été aimé de cet amour-là



"Mais quand un homme a été aimé de cet amour-là

il en garde le souvenir, 

et ce souvenir devient à son tour

comme un pressentiment de l'amour de Dieu." 

Madeleine Delbrêl

mercredi, mai 29 2013

Et ça peut monter haut

 

 

… dans les deux sens du terme !

 

« La taille du paradis en nous, c'est l'accomplissement minutieux et magnanime de notre devoir quotidien. [...]

 

C'est lui qui livre à la Visitation de Dieu la petite parcelle d'humanité que nous sommes et qui nous établit dans une ordonnance d'amour.

 

Faire son devoir quotidien, c'est accepter de rester là où on est pour que le règne de Dieu vienne jusqu'à nous et s'étende sur cette terre que nous sommes ; c'est accepter comme une obédience large la matière dont nous sommes faits, la famille dont nous sommes membres, la profession où nous travaillons, le peuple qui est le nôtre, le continent qui nous entoure, le monde qui nous enserre, le temps où nous vivons. »

 

Madeleine Delbrêl

 

vendredi, février 15 2013

La surface du chrétien au cœur du monde comme lieu d’évangélisation

 

« A chaque appel de Dieu, c’est en nous-mêmes que quelque chose sera séparé contre nous-mêmes, déchiré en tirant droit comme une étoffe dans le sens du fil. Un amour toujours double s’étirera depuis Dieu, le préféré, jusqu’à « chacun de tous les autres », chacun des préférés de Dieu. Sans cesse suspendu entre un vrai bien et un vrai mal, habité de cet esprit qui le fait sans cesse plus frère et sans cesse plus solitaire, il résistera au vertige et restera le répondant de ceux qui n’ont pas de voix pour Dieu. Pauvre au nom des pauvres, il ne se souviendra plus d’un instant à l’autre de la force obscure dont il va se servir.

 

Adorant sans force, sans apparences, mais reliant, mais religieux, les mains ancrées aux épaules de son Seigneur, les pieds plantés dans une foule pour qui il croit, espère et aime, il rendra à la gloire divine, entre le premier et le second commandement dont il ne pourra être que le vrai obéissant, le seul espace qui lui convienne : la surface d’un homme qui de sa part et pour tous les hommes de la terre, publiquement, préfère Dieu. »

 

in Madeleine Delbrêl, Ville marxiste (cité dans Christine de Boismarmin, Madeleine Delbrêl, éd. nouvelle cité, p. 182)

 

dimanche, novembre 11 2012

Veille de rentrée

 

« Avez-vous des résultats ?

Quand le Seigneur est mort, quels résultats avait-il ?

Nous ne sommes pas encore morts.

 

Nous pensons qu’on ne peut pas aimer sans produire de la grâce. Mais cette grâce, où va-t-elle, vers qui va-t-elle ? Vers quel lieu ? Vers quels temps ?

Dieu n’a pas à nous le dire.

 

À travers ces êtres proches que nous aimons, au bureau, en famille, dans la rue, c’est le monde entier que nous avons à aimer.

Ce monde entier nous ne l’aimons en vérité que si nous aimons pratiquement ces êtres qui sont près de nous. Mais, les résultats, à Dieu d’en décider le lieu et le temps.

 

À propos de milieux particulièrement imperméables à la grâce, au message chrétien, on souhaiterait ardemment la multiplication de Carmels, de monastères priants et pénitents.

Ce souhait ne nous coûte pas cher.

Quelque chose de plus onéreux et d’immédiatement réalisable, c’est de hâter notre propre dépouillement et de laisser dans ce dépouillement jaillir un amour forcené du monde, l’amour même du Christ pour ce monde pour tout le monde. »

 

in Madeleine Delbrêl, « Pays païens et charité » (1943), reproduit dans le 7ème tome des Œuvres complètes, La Sainteté des gens ordinaires, éd. Nouvelle Cité, p. 48-49.

 

dimanche, octobre 16 2011

« Le Bonheur de connaître et d’aimer Dieu » - semaine missionnaire mondiale

 

Ce week-end, il se passe beaucoup de choses dans l’Eglise universelle ! Outre le congrès sur la Nouvelle Evangélisation, ce dimanche ouvre aussi la semaine missionnaire mondiale, deux thèmes qui résonnent, logiquement très liés, évidemment très proches. Du coup, cela m’a donné envie de vous partager un autre texte (et pas simplement une citation cette fois) sur ce thème car il me semble simplement vital, qui que nous soyons, quoi que nous vivions ; car il est fondamentalement chrétien.

 

Ce texte est signé Madeleine Delbrêl et se lit drôlement bien. L’idéal serait de le vivre de même, c’est-à-dire drôlement bien ! :-)

 

 

 

Quand on connaît le bonheur on ne peut pas l’imposer mais on n’a pas le droit de ne pas le proposer.

C’est la pire injustice quand ce bonheur est

Connaître Dieu,

Aimer Dieu.

 

C’est la valeur suprême de Dieu qui doit être gravée à vif dans notre esprit, notre cœur, notre chair.

C’est elle qui est marquée sur nous, indélébile par le baptême.

 

Nous n’avons plus le droit de rabougrir notre faim de bonheur, de bien, à moins qu’elle.

 

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jeudi, avril 21 2011

Humour dans l'amour


Simplement parce que je trouve beau et bon de lire ou relire ce texte en plein coeur de la Semaine Sainte ! 



"Humour dans l'amour

Quand on sait ce que nous sommes, il serait ridicule, vraiment, de n'avoir pas dans notre amour un peu d'humour, car nous sommes d'assez comiques personnages, mais mal disposés à rire de notre propre bouffonnerie. 

Seigneur, je vous aime plus que tout... en général ; mais tellement plus que vous, dans cette petite minute qui passe, une cigarette anglaise... ou même gauloise ! 

Seigneur, je vous donne ma vie, toute ma vie... mais pas ce tout petit morceau de vie, ces trois minutes... où je n'ai pas tellement envie d'aller travailler. 

Seigneur, vous gagner la ville, et la France, et l'univers, me consumer pour votre règne... mais ne pas écouter cette insupportable créature qui me raconte pour la centième fois ses minuscules ennuis. 

Oui, nous sommes des héros de comédie bouffe et, de cette comédie, il serait normal que le premier public ce soit nous. Mais là n'est pas le bout de l'histoire. 

Quand on a découvert cet impayable comique, quand on est parti d'un grand éclat de rire en récapitulant la farce de sa vie, on est tenté de s'abandonner, sans plus, à une carrière de clown pour laquelle, après tout, on semble assez doué. 

On serait volontiers tenté de penser que cela n'a pas grande importance et qu'à côté des sublimes, des forts, des saints, il y a place pour des pitres et des guignols et qu'ils ne gênent guère Dieu. Ce n'est certes pas très exaltant, mais ce n'est pas non plus très fatigant, et c'est encore un avantage. 

C'est alors qu'il nous faut souvenir que Dieu ne nous a pas créés pour de l'humain, mais pour cet amour éternel et terrible dont il aime tout ce qu'il crée depuis toujours. 

C'est alors qu'il nous faut l'accepter, cet amour, non plus pour en être le partenaire splendide et magnanime, mais le bénéficiaire imbécile, sans charme, sans fidélité fondamentale. 

Et dans cette aventure de la Miséricorde, il nous est demandé de donner jusqu'à la corde ce que nous pouvons, il nous est demandé de rire quand ce don est raté, sordide, impur. 

Mais il nous est demandé aussi de nous émerveiller avec des larmes de reconnaissance et de joie, devant cet inépuisable trésor qui du coeur de Dieu coule en nous. 

A ce carrefour du rire et de la joie s'installera notre paix inconfusible !" 

Madeleine Delbrêl