"Alors ce qu’il faut avant tout et toujours dire aux hommes, c’est d’aimer Dieu, - de savoir qu’il est l’Amour et de se fier jusqu’à la fin à son Amour.

La loi est juste. La loi est nécessaire, – de la nécessité de la transformation pour le salut, c’est-à-dire pour la vie éternelle avec Dieu.

Mais la loi n’est pas Dieu.

Et Dieu n’est pas la loi. – Il est Amour.

Si Dieu a pour les hommes le visage de la loi, - les hommes s’éloignent parce qu’ils sentent que l’amour est plus que la loi, – ici ils se trompent seulement en ceci qu’ils ne reconnaissent pas la nécessité salutaire de la loi.

Mais l’observation de la Loi sans l’amour ne serait pas salutaire.

Et l’amour peut sauver l’homme même au dernier instant d’une vie mauvaise, - si à cet instant l’homme a trouvé la lumière de l’amour, – peut-être s’il a toujours cru que Dieu est Amour.

Il faut délivrer les âmes de ce sentiment d’inimité qu’elles éprouvent (passivement et activement) à l’égard de Dieu si elles le voient dans l’appareil des lois qui leur est une image ennemie de l’amour, – et qui masque le vrai visage de Dieu.

La Croix, - c’est la Loi qui l’a imposée à Jésus, – alors  Jésus l’a prise pour partager avec nous la dureté de la loi.

Il faut dire ces choses aux hommes. Si ces choses n’étaient pas dites, ils s’éloigneraient de Dieu quand ils souffrent, parce que la loi est une chose qui paraît séparer de Dieu, et alors elle se présente à nous, – si nous ne pensons pas à l’amour, - comme une ennemie de nous, et jamais Dieu ne peut se présenter comme un ennemi.

Elle est d’une certaine manière opposée à l’amour. Dieu l’a faite en tant que Créateur de l’être. Mais en tant que notre fin et notre béatitude il nous appelle au-delà.

La loi est extérieurement proposée, elle implique une sujétion, – en elle-même elle paraît n’avoir rien à faire avec la miséricorde, – ni avec l’égalité d’amitié, – ni avec la familiarité.

Elle est vraiment une nécessité ; seulement une nécessité.

L’amour donne par-dessus la Loi.

L’amour crée la confiance, – la liberté d’esprit, – l’égalité, – la familiarité."

 In Raïssa Maritain, « Le vrai visage de Dieu ou l’Amour et la Loi »