Un petit texte lu au hasard des pages d'histoire littéraire... 
Pour le plaisir de voltiger sans autre but que papoter, que respirer 
Pour le plaisir des rimes, pour le plaisir des mots. 

 

Petite épître au roi (1518), Clément Marot

 

En m’esbatant je fais rondeaulx en rithme

Et en rithmant bien souvent je m’enrime ;

Bref, c’est pitié d’entre nous rithmailleurs,

Car vous trouvez assez de rithme ailleurs,

Et vous vous plaist, mieulx que moi rithmassez.

Des biens avez et de la rithme assez :

Mais moy, a tout ma rithme et ma rithmaille,

Je ne soustiens, dont je suis marry, maille.

Or ce me dit un jour, quelque rithmart :

« Vien ça, Marot, treuves-tu en rithme art

Qui serve aux gens, toy qui as rithmassé ?

- Ouy vrayment, respond-je, Henry Macé ;

Car vois-tu bien, la personne rithmante

Qui au jardin de son sens la rithme ente,

Si elle n’a des biens en rithmoyant,

Elle prendra plaisir en rithme oyant,

Et m’est advis que, si je ne rithmoys,

Mon povre corps ne seroit nourry moys,

Ne demy jour : car la moindre rithmette

C’est le plaisir où fault que mon ris mette ».

Si vous supply qu’à ce jeune rithmeur

Faciez avoir un jour par sa rithme heur,

Affin qu’on die, en prose ou en rithmant :

« Ce rithmailleur qui s’alloit enrimant,

Tant rithmassa, rithma et rithmonna,

Qu’il a congneu quel bien par rithme on a. »