Zabou the terrible

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mercredi, avril 6 2011

Agrégation externe 2011 - littérature comparée

Parce que j'ai besoin de continuer mon processus de métamorphose cathartique vers la délivrance... 

"Ce qui caractérise ce théâtre, ce n'est pas simplement la "monstration de monstres", mais bien le processus de métamorphose par lequel le héros sort de l'humanité." (Marie-Christine Lesage, "De Sénèque à Kane : monstres et cruauté symbolique", dans Le Théâtre et le Mal, Registres 9/10, hiver 2004-2005). 

Dans quelle mesure cette réflexion d'un critique contemporain éclaire-t-elle les oeuvres du programme : Titus Andronicus, Médée, Viol et Anéantis ? 

lundi, avril 4 2011

Agrégation externe 2011 - littérature française

Composition n°1 : 

Alain Robbe-Grillet écrit : "Comme il n'y avait pas, dans nos livres, de "personnages" au sens traditionnel du mot, on en a conclu, un peu hâtivement, qu'on n'y rencontrait pas d'hommes du tout. C'était bien mal les lire. L'homme y est présent à chaque page, à chaque ligne, à chaque mot. Même si l'on y trouve beaucoup d'objets, et décrits avec minutie, il y a toujours et d'abord le regard qui les voit, la pensée qui les revoit, la passion qui les déforme." ("Nouveau roman, homme nouveau", Pour un nouveau roman, Gallimard, coll. "Idées", 1963, p. 147) 

Vous direz en quoi cette mise au point est susceptible d'éclairer votre lecture des Gommes et de La Jalousie d'Alain Robbe-Grillet. 

lundi, mars 28 2011

Des petites mains

 

Mains qui disent, presque malgré nous, nos attitudes intérieures.

 

Mains qui bougent, occupées en permanence au service,

Mains plus calmes, (é)levées pour louer,

Mains fermées de nos jours de peurs,

Mains simplement ouvertes et tendues, confiantes, dans l’attente ou le don.

 

Mains tendues pour te saluer toi, l’hôte, l’ami ou l’Inconnu qui arrive

D’un sourire chaleureux, d’un regard franc, d’une poignée de mains cordiale.

 

Mains tendues, encore, l’une sur l’autre, pour recueillir l’eau le moins mal possible

Pour la puiser, quand l’on n’a rien d’autre et que l’on est tenaillé par la soif 

Pauvres mains qui n’en sauraient retenir que quelques gouttelettes 

Mais mains qui s’avancent aussi humblement qu’assurément vers le Puits :

C’est qu’il fait soif aujourd’hui.

 

Mains légèrement tremblantes de ce prêtre malade qui, hier encore, levait la patène depuis son fauteuil roulant en action de grâce : « Par Lui, avec Lui et en Lui » ;

Mains de ce même prêtre qui aujourd’hui se tendent  pour recueillir des miennes ce fragment de pain.

 

Mains qui viennent ainsi chercher leur unique force ;

Mains qui suffisent alors à recueillir cette eau très vive

De ce Puits pour soifs inextinguibles.

 

Mains de la vraie confiance dans la sombre épreuve :

« Au torrent, il s’abreuve en chemin

C’est pourquoi il redresse la tête. »

 

Mains d’humains ; mains par lesquelles passent le Divin.

Mains des hommes ; mains de Dieu.

 

jeudi, mars 24 2011

Comme un enfantement


   

Les mois filent, ou défilent, je ne sais.

Le présent est brumeux et stressant,

Et l’avenir forcément quelque peu angoissant.

 

J’ai pourtant aux commissures des lèvres un improbable sourire,

Une joie née et grandie insensiblement dans les recoins de mon cœur,

Qui affleure au fil des mois, si curieusement profonde,

Qu’elle produit, au-delà de moi, un chant qui bourgeonne à la naissance du printemps.

 

Car ces mois sont tout de même beaux et grandissants…

 

Parce qu’ils dessinent, chaque jour, malgré tout, un peu plus l’empreinte de l’être ;

Qu’ils marquent des chemins pris,

Parcourus alerte ou hésitante selon l’heure,

Mais orientant un peu plus à chaque instant mon pas vers ma vie propre.

 

Mois de croissance, mois qui blessent et font grandir tout ensemble...

 

Pour eux comme pour le reste,

Reçois, Seigneur, en ce jour, ma prière et mes mercis : 

Qu’ils « s’élèvent devant Toi comme l’encens »

Et mes mains aussi, pour l’offrande,

Non seulement du soir mais, avec, de chaque aurore.

 

lundi, mars 7 2011

Que ma prière devant toi s'élève...

 

C’était encore un soir où il était tard, trop tard.

 

Ce soir-là, il n’était pas brûlant de colère…

Ce soir-là, il n’avait pas non plus le rayonnement de ces jours particuliers où la joie surabonde,

Mais il n’avait pas plus l’âpreté de ces jours d’aridité,

Passés sans avoir eu l’impression de progresser.

 

C’était un soir qui, simplement, fleurait bon le devoir accompli et les moments dérobés malicieusement au trop-plein du quotidien, du temps-là-pour-travailler-seulement :

 

un temps pour prier en communauté,

un temps pour l’amitié,

un temps de silence « cœur à cœur », volé dans une église enténébrée…

 

Secondes minuscules, minutes insignifiantes…

 

Rien d’extraordinaire mais simplement cette joie de se sentir vivre, de se sentir soi.

 

Se coucher en paix, les yeux posés sur le doux regard de l’icône.

Tendre les mains en offrande, pour un dernier « je t’aime ».

 

samedi, mars 5 2011

Des hommes et des dieux - reloaded

Certes, tu ne crois pas et tu me dis souvent que, toi et moi, on ne partage rien.

 

J’ai alors voulu te partager un film qui était venu me remuer jusque dans mes profondeurs il y a quelques mois : un vrai beau film qui parlait d’humains, d’hommes tellement humains qu’ils avaient essayé, avec la grâce de Dieu, d’aller jusqu’au bout de leur humanité.

 

2h plus tard, quelques hymnes, une tragédie pourtant si pudique après, le silence se fait.

 

- Que veux-tu que j’en dise ? Je ne vais plus pouvoir dormir.

- Je ne comprends pas : la violence n’est pas montrée ici ? Et si peu de sang ? C’est une histoire d’hommes…  

- Oui, mais c’est une histoire vraie.

- Faut-il se voiler la face et ne pas voir ce qui est ?

 

Le silence dure… l’une comme l’autre vaque de son côté.

 

- Pour moi, leur vie, elle est ratée. Ils auraient mieux fait de rentrer en France.

 

C’est ton choix, ta vision des choses et je n’ai pas à la trouver mauvaise. Et je ne t’ai d’ailleurs répondu qu’en te parlant de ce film qui peut être, je le crois, ferment de paix parce qu’il n’est ni dans le voyeurisme ni dans l’accusation

 

Mais la croyante que je suis fulminait en son intérieur, de tristesse… Leur vie, ratée ? Est-ce uniquement chrétien de croire qu’une vie ne se réussit qu’en se donnant ?

 

J’ai encore une fois été touchée par cette discussion entre frère Christian et frère Christophe, en pleine lutte : « mais ta vie, tu l’as déjà donnée ! ». Tout est là, il n’y a pas d’autre secret.

 

La question est existentielle : Il s’agit de vivre, non de vivoter ; il s’agit de vivre, non de mourir ; il s’agit d’aimer.

 

Donner, se donner : je n’ai que vingt-cinq jeunes années vécues dans un milieu somme toute assez protégé et je ne sais pas, je ne peux pas savoir ce que j’aurais fait à leur place.

 

Mais, quelle que soit ma vie future, j’espère avoir le cran, à leur image, de faire mes choix enracinée dans le Christ, même si je n’y vois pas d’apparente utilité.

 

Parce que je crois que c’est seulement dans une vie donnée, pleinement donnée, que l’on trouve toute sa fécondité et toute sa beauté.

 

lundi, février 28 2011

Un quart et un demi ?

  

Si je parle de temps à autre ici ou ailleurs, dans mes joies et dans mes prières, de mes trois filleuls bien-aimés, je ne peux et ne veux oublier que je ne suis pas que marraine mais que je suis aussi moi-même, avant tout, une filleule. C’est seulement en me recevant et en me reconnaissant comme telle que je puis tenter d’être marraine.

 

Bien sûr, il y a ma marraine de confirmation, celle que j’ai choisie dans mon adolescence et que je vois toujours souvent : notre différence d’âge est énorme, notre complicité l’est tout autant. Elle est l’une de celles qui ont jalonné mon parcours de foi, une sans qui je ne serais certainement pas celle que je suis aujourd’hui. Elle m’a appris ce que chrétien voulait dire ; elle m’a appris, simplement mais toujours avec une immense exigence, à servir.

 

Mais il y a aussi toi et puis toi, vous que l’on a choisis pour moi, vous deux que j’ai reçus respectivement comme parrain et marraine, non pour un jour mais bien pour toute la vie, un 13 juillet, dans une petite église de Normandie si joliment ornée de colombages. Mais, aujourd’hui, nous habitons loin les uns des autres…

 

Et pourtant toi… toi qui fêtes aujourd’hui ton demi-siècle alors que j’ai fêté le quart de mien il y a quelques mois ! Amusement des comptes : tu as le double d’âge du mien… cela ne compte-t-il pas ?

 

Si les liens du sang nous unissent, mon parrain, tu sais bien qu’un lien nous lie au-delà  de ceux-ci, si importants soient-ils. Tu le sais comme je le sais et tu me dis souvent « je suis un piètre parrain », ne me laissant jamais le temps de te répondre combien je suis une piètre filleule.

 

Si ce soir, j’ai pris la plume de manière plus privée pour te remercier de nos vies indéfectiblement croisées, même souvent de loin, de bien trop loin, je voulais aussi prendre un clavier plus public pour te dire merci.

 

La qualité d’un parrain ne se mesure pas en cadeaux ou en présence, elle ne se mesure même pas sans doute en grands débats sur la foi, elle se mesure certainement à l’humanité.  

 

Et j’aimerais serrer ce soir ta main calleuse de travailleur de la terre aguerri dans ma main d’étudiante pour te remercier de toute celle que tu m’as toujours apportée. Te dire dans un regard au-delà de notre pudeur respective combien tu comptes pour moi.

 

Et te dire combien je pense tous les jours à toi, surtout en ces jours si difficiles pour toi.

 

mercredi, février 23 2011

Espace de liberté + espace de fragilité = espace christifié

 

Les espaces de liberté se font rares lorsque les mois filent et approchent de l’échéance : il est du devoir de l’agrégatif de les recréer pour parvenir à respirer. L’un des miens est d’aller – oh, quand je le peux, certains jours – à ces messes de semaine : courtes, petites, sans gloriole ni trompette mais que j’apprécie tellement parce qu’elles m’aident à réinscrire sans cesse l’Essentiel dans ma vie.

 

Le 22 février, c’est une date un peu particulière pour moi et la messe y fait toujours partie de mon agenda, aussi chargé soit-il. Hier en fin de matinée, une panne d’oreiller, un concours de circonstances me fit aller non dans une de mes « paroisses de semaine » mais dans la mienne : ce concours de circonstances était finalement heureux ou, comme l’a dit mon vicaire conceptuel d’un sourire en me voyant arriver, avec une formule lapidaire dont il a le secret : « t’as bien fait ».

 

On fait toujours bien d’aller à la messe, je le sais bien, pas la peine de me le redire, padre enfin !

 

Ma présence rajeunissait de quelques décennies l’assemblée du jour, qui se comptait hélas sur les doigts des deux mains, dans une paroisse désertifiée (ah, les vacances scolaires !). Là, je sentis combien c’était bien ainsi, que j’avais eu vraiment raison de venir ici prier avec eux, les fidèles parmi les fidèles. Prendre exemple sur leur fidélité et leur apporter par ma petite présence l’inattendu de la jeunesse.

 

Sourires mutuels, salutations à chacun : petite communauté aux liens solides, tissés dans la fidélité et dans l’amitié.

 

Et puis, surtout, elle, là assise, sans force pour se lever.

Elle qui avait la tête baissée, les mains empêtrées dans son chapelet.

Elle dont les cheveux à moitié en bataille recouvraient le regard, visiblement perdu, un peu égaré.

Elle, qui allait recevoir le sacrement des malades, ce jour, maintenant, à cette messe.

 

« Zabou, viens m’aider »

Tenir le rituel pendant l’imposition des mains.

Tenir l’huile pendant que son front et ses mains étaient oints.

Regarder, admirer de toutes ses forces ce qui se jouait là.

Et prier, surtout, pour que le Christ soit sa Force,

Prier de toutes ses pauvres forces.

 

Être émue, profondément émue

De la confiance tranquille de celle qui recevait ce sacrement.

De la douceur de celui qui le lui donnait…

Quelque chose de tellement grand et de tellement simple se passait à côté de moi et j’avais la chance d’en être témoin.

 

Et puis surtout voir ce regard  fuyant se transformer soudain en regard rayonnant,

Un sourire aux lèvres revenu, des yeux emplis de gratitude.

Fantastique simplicité du geste où  le Christ advient :

Que le Christ soit sa force, toujours !

 

J’avais bien fait de venir, ici et non ailleurs, ce matin-là, oui.

 

lundi, janvier 31 2011

Moi de janvier et go ! Heureuse ?

  

Fin janvier : la préparation à l’agrégation se traîne maintenant dans sa lo/angueur interminable et pourtant si pressante, nous emportant de concours blancs en devoirs, nous entrainant à des réveils et à des levers désormais trop rarement retardés.

 

Nos teints sont pâles, nos cernes bien marqués, notre démarche en son ensemble elle-même paraît éreintée : mais, au-delà de notre fatigue, je veux croire qu’il reste la possibilité - non d’une île - mais celle d’un doux sourire donnant aux fossettes inusitées l’occasion de se creuser.

 

Quand les dissertations se multiplient en pages longuement verbeuses, entrelardées de mots abscons tout autant qu’insensibles, le charme des mots tend à se fait moins sentir : il faut lire, écrire, réfléchir. Mais uniquement en trois parties. Problématiser, arguer, rédiger… selon les normes d’un exercice trop souvent purement rhétorique. Et nos mots de littéraire ne sont plus qu’ornements d’une pensée qui tourne comme à vide, en vue d’un unique concours prestigieux. Sans amour.

 

Quand mes livres me trouvent harassée et solitaire, il n’en est qu’un seul qui sache bannir l’acédie de mes cours. Le Livre par excellence.

 

J’aime quand son Ecoute vient me rejoindre dans les jours où le ras-le-bol se fait sentir, où les gênes aux entournures de mes choix savent mordre, de concert avec le froid, dans les plis trop noués de mon corps et de mon âme. 

 

Ce matin, cela disait un mot, un seul : Heureux…

 

Malgré la fadeur fréquente des homélies béates, je ne peux me lasser de ce mot. De l’entendre à pleine puissance pour le laisser résonner en moi comme autant d'échos :

 

Heureux ? 

Heureux !

Heureux…


Refrain d’un avenir promis !

 

Mais refrain d’un présent, aussi, à faire advenir dans tous ses couplets : en eux, en vous, en nous, en toi comme en moi.

 

Scansion d’un présent qui s’illumine soudainement dans ses nuits ; 

Sourire qui devient prophète du bonheur jusque dans les plus humbles mystères de nos vies.

 

dimanche, janvier 9 2011

Bris de glace

 

J’ai beaucoup apprécié ce récent billet de David, De perfectione, malgré sa presque trop grande densité : je crois connaître suffisamment son auteur pour subodorer qu’il ne s’attachait pas y à montrer l’antagonisme de deux figures de prêtres – inexistantes – mais tentait de dire un « au-delà » finalement pas si lointain : une fragilité proche, une humanité toute proche même.

 

Son billet m’a donné encore plus envie de continuer, comme à peu près tous les soir, à prier pour les prêtres de ma paroisse, ainsi que pour tous ceux que j’ai la joie de connaître : pour ce qu’ils sont. Ni vraiment type 1, ni vraiment type 2 : plutôt des types de Dieu, des hommes donnés non en héros mais en tant qu’hommes.

 

Ce que j’ai aussi apprécié, comme simple laïque, c’est particulièrement cette attention prêtée à la fragilité, qui ne les concerne pas qu’eux mais qui nous concerne tous.

 

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samedi, janvier 1 2011

2011, dans Ta joie et dans Ta lumière

   

Parce qu’il m’est impossible cette année de faire un classique bilan sans toucher à du trop personnel, mais que 2010, sans être exempte de difficultés et d'opacités fut si grandissante, si riche, si lumineuse ! C'est pourquoi tout simplement, en ce premier jour de l’année, je vous propose de prier avec moi par cette hymne, en action de grâce pour l’année écoulée.

 

Bonne année donc ! Avec et pour vous tous, amis lecteurs, habitués ou de passage aujourd’hui au gré des liens, avec une petite dédicace spéciale pour mon lecteur eudiste à qui je sais cette hymne particulièrement chère :

 

A toi, Dieu, notre louange !

Nous t’acclamons : tu es Seigneur !

A toi, Père éternel,

L’hymne de l’univers.

 

Devant toi se prosternent les archanges,

Les anges et les esprits des ceux ;

Ils te rendent grâce ;

Ils adorent et ils chantent :

 

Saint, Saint, Saint, le Seigneur,

Dieu de l’univers ;

Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.

 

C’est toi que les Apôtres glorifient,

Toi que proclament les prophètes,

Toi dont témoignent les martyrs ;

C’est toi que par le monde entier

L’Eglise annonce et reconnaît.

 

Dieu, nous t’adorons :

Père infiniment saint,

Fils éternel et bien-aimé,

Esprit de puissance et de paix.

 

Christ, le Fils du Dieu vivant,

Le Seigneur de la gloire,

Tu n’as pas craint de prendre chair

Dans le corps d’une vierge

Pour libérer l’humanité captive.

 

Par ta victoire sur la mort,

Tu as ouvert à tout croyant

Les portes du Royaume ;

Tu règnes à la droite du Père ;

Tu viendras pour le jugement.

 

Montre-toi le défenseur et l’ami

Des hommes sauvés par ton sang :

Prends-les avec tous les saints

Dans ta joie et dans ta lumière.

 

mercredi, décembre 8 2010

Je lève les yeux vers les hauteurs

 

Quand un prépare un concours, on a tendance à avoir la tête dans le guidon : littérature française, grammaire, littérature comparée, latin, stylistique, allemand, ancien français… autant de mots qui deviennent la litanie scandant nos journées, dans un rythme rugueux, harassant, étouffant.

 

On a beau avoir choisi ce parcours, on a beau être passionnée par sa matière, on a beau savoir qu’après les difficultés devrait venir  un avenir peut-être plus serein, il est parfois dur de rayonner, de retrouver ses perspectives ou, pire, son désir, sa motivation initiale qui traîne, enfouie sous quelques kilogrammes de bouquins abscons.

 

C’est qu’à force de regarder le guidon, on oublie parfois qu’il convient de regarder un poil plus haut, à quelques dizaines de centimètres au-dessus : la hauteur fait un peu peur, prend un peu plus de temps pour l’accommoder mais elle rouvre nos yeux à la beauté. Elle redonne sa luminosité au paysage tout en évitant la chute, probable, de celui qui ne saurait regarder au-delà.

 

C’était il y a deux semaines, je traînais en réunion pour un futur grand événement catholique. Une réunion vraiment utile pour une fois, l’une de celles où l’on sort content d’avoir avancé, mais la tête en surchauffe après avoir épluché et réglé dix mille détails pratiques. Fin de journée. Une proposition, un acquiescement commun sans se consulter. Dix personnes se lèvent : un simple « Je vous salue Marie » doucement prononcé par ces voix d’hommes et de femmes qui se mêlent… Rien d’autre qu’une perspective regagnée, dans les échos imprévisibles de ma vie.  


vendredi, octobre 15 2010

En service extraordinaire

« … Reçois le corps du Christ et que Dieu te bénisse…. »

 

Je tendis mes mains et reçus cette patène pleine d’hosties consacrées. Dépassée. Emerveillée. Rendant grâce pour le Pain de Vie que je venais de recevoir et préparant mon cœur à le transmettre à mon tour. Tête légèrement inclinée, écoutant dans mon cœur les paroles de bénédiction et d’envoi du prêtre pour cette mission à nulle autre pareille.

 

Ministre extraordinaire : on n’est rien, on ne fait que passer, que donner. Que transmettre ce que Dieu a d’abord donné, ce que d’autres mains ont consacré et ce que d’autres encore vont recevoir.

 

Moments aussi rares que fabuleux. Non parce que l’on se trouverait ainsi mis en avant, mais au contraire parce que l’on est alors pleinement dépassé par ce que l’on fait.

 

Quand on donne la communion, on est à la fois pleinement là et en même temps, plus tout à fait, tellement il y a à s’effacer derrière le sacrement, derrière Dieu qui vient se rendre présent et se donner ainsi à chacun. Rencontre personnelle, profonde, unique, dans laquelle nous n’avons pas à interposer notre présence humaine et ses interférences : c’est au Patron et à lui seul de faire tout le travail. Ministre, cela veut simplement dire serviteur.

 

Ce qui compte alors, ce n’est pas ma voix disant « le corps du Christ », ou bien mon pouce traçant une légère croix sur le front des enfants, ou même encore mes deux doigts tenant l’hostie, mais bien le Corps du Christ qui est là dans nos mains respectives. Présent.

 

Dans mon cœur, un curieux mélange de sentiments. Tant d’indignité que de dignité : indigne de le porter par mes propres et piètres mérites, rendue digne par cette humanité qu’Il n’a pas craint de venir partager. C’est peut-être pour cela que je sens rarement la fraternité portée à une telle incandescence qu’à ces moments-là : j’en reste émerveillée.

 

Et j’admire les visages et les mains de ceux qui s’avancent…

Le cœur priant, le cœur en action de grâce.

 

« … pour Le porter chaque jour avec amour jusqu’aux extrémités de la terre ».

Amen.

 

jeudi, octobre 7 2010

Ah mer** ! T’humes ?

 

Hier, je me suis fait voler mon téléphone portable. Oui, voilà, c’est déplorable, je suis énervée, très énervée même, mais c’est ainsi. Et, non, je me refuse à rédiger un billet qui parlerait d’un caractère détestable de notre société, qui dirait qu’elle est pourrie jusqu’à la moelle ou autres amabilités si fréquentes : je ne suis pas de ces contempteurs qui aiment à hurler pour le simple plaisir de mordre. J’ai vu suffisamment de choses dans ma jeune vie pour croire en l’homme, même là où l’on y croirait le moins et peut-être dans ces petites choses que l’on n’aperçoit pas si l’on n’y prête pas attention.

 

Pourtant, je demeure énervée, et pas seulement à cause du vol d’un iPhone si pratique, mais surtout à cause de la suite. Comme vous le savez peut-être, la première chose à faire dans ces circonstances est de bloquer sa ligne afin que le voleur ne puisse l’utiliser à tort et à travers. Si les policiers furent aimables mais ne pouvaient faire aucune démarche en ce sens, je n’en dirais pas autant de mon opérateur.

 

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samedi, septembre 25 2010

De/Hors saison

Passent les saisons.


 


De l’étendue glaciale de nos consciences,

Aux pluies des jours ternes,


 


Dans la germination lente d’un regard qui s’ouvre un peu, un peu plus, à la lumière et s’achemine d’un côté pour mieux contempler,



Avancer, dans cette confiance avec, pour ou contre tous, que Dieu saura en faire surgir des fleurs à temps. Et surtout à contretemps.


samedi, septembre 11 2010

Benedicamus Domino

            Je n’ai pas vraiment l’habitude de faire ici des « chroniques » de ma grande petite vie mais puisque, comme le dit le poète « on n’a pas tous les jours 25 ans » (oui, je sais, ce n’est pas tout à fait cela, mais c’est l’idée) et que je rentre du Camino (j’y reviendrai prochainement ici), qu’on n’a pas arrêté de me le souhaiter toute la journée et qu’après tout, cet espace est mien, hop, zou, tant pis.

 

            11 septembre 2010 : la date est synonyme d’un anniversaire catastrophe pour beaucoup, elle est aussi pour moi celle qui marque le passage d’un quart de siècle à un autre. Oh, ce n’est certes qu’un jour parmi d’autres, mais il n’empêche qu’il est doté d’une sonorité, d’une saveur toute particulière, ne serait ce que dans les réactions qu’il suscite : « oh là, ça ne te fait pas peur ? ». Oh non pas du tout.

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samedi, septembre 4 2010

Je ne sais pas mais je pars.

 

            Ces derniers jours, j’ai pris le temps de regarder les photos de mes précédents tronçons du Camino. Des photos de qualité inégale, des photos de lieux qui ne veulent pas dire grand-chose et pourtant des photos qui me parlent, beaucoup. Elles font remonter à ma mémoire des souvenirs, certes, des douleurs (… de pieds !), des anecdotes, des prières… mais elles m’ont surtout permis de me replacer avec plus de précision sur l’endroit où j’en étais, l’endroit d’où je partais VRAIMENT cette année, dans le fond de mon cœur.

 

            Il n’y a guère de sens, me semble-t-il, à faire ce chemin par morceaux si l’on ne prend pas le temps de les replacer dans leur continuité, en tenant compte de ces bouts d’années qui s’intercalent entre chaque et qui ne sont pas sans me changer, forcément, un peu. Chercher ce qui en fait la cohésion, au-delà des évolutions et des choix désormais posés, avant ceux qui viendront plus tard. Marcher ainsi, déjà, vers son unité propre, en enlevant chaque année un bout d’écorce de superflu, cette écorce qui colle si bien à la peau qu'on ne la remarque même plus.

 

            Demain, je quitterai une fois de plus mon quotidien confortable, ma chambre toujours pas vraiment rangée, les miens, les soucis administratifs et associatifs, pour avancer vers Dax, dans la simplicité et la rencontre de l’Autre. Je ne sais pas de quoi ce demain sera fait, je ne sais pas vraiment ce que je rencontrerai sur ce chemin mais j’en sais la direction profonde et cela suffit.  

 

            Seigneur, sur ce chemin que j’emprunterai à nouveau demain, je me confie à Toi. Et je ne marche pas seule, loin de là, je marche avec la foule innombrable des pèlerins : les jacquets, oui, mes deux compagnons de route, oui, mais aussi tous ces autres, en marche chaque jour sur ce chemin si unique qu’est leur vie.

 

 Avec vous tous donc, en chemin : e ultreïa !

 

lundi, août 30 2010

Wouahcances

 

Les jours se suivent sans se ressembler : ces vacances auront une fois encore été placées sous le signe de la diversité. Mais une diversité peut-être plus intense que d’habitude, tout en demeurant, certes, dans les bornes limitées de ce que des vacances agrégatives permettent.

 

Alors, chaque jour apprendre à tenir un peu plus sa place, à la vivre : de découvertes en déceptions, de peines en joies, de sourires en sourires toujours plus larges. Et finir le mois d’août en apothéose avec ces amis proches (les absents étant aussi présents !), dans la joie d’un week-end champêtre partagé, à jouer, à chanter, à rire…

 

De drôles de vacances, vraiment, que celles-ci, et un non moins drôle mois de septembre qui s’annonce, entre tutorat, Camino et pré- puis vraie rentrée. Quant à l’année… elle à tendance à me faire peur tant je ne puis douter qu’elle sera lourde mais j’ose croire que nous saurons y faire éclore quelques bulles de légèreté.

 

Mais surtout, à l’issue de ces deux mois sans tempêtes mais non sans vagues, je veux tendre mes mains vers le ciel pour remercier Celui qui m’apprend à devenir chaque jour un peu plus celle que je suis au fond de moi, dans la découverte toujours plus profonde de cette filiation divine qui nous change, un peu, beaucoup, passionnément même. Dans la rugosité des jours sombres où  la lumière peine à percer les nuages, comme dans le soleil radieux de ces jours si heureux que rien ne semble pouvoir leur arriver. Thanks a lot my Lord !

 

Et, quant à vous tous, à très vite pour la reprise d’un rythme régulier de publication !

 

Zabou

 

vendredi, août 20 2010

Entre deux...

Je pensais écrire un billet et en programmer d'autres pour toute cette semaine : le temps a filé entre mes doigts sans que je puisse le faire. Et me voilà en camp, animatrice et assistante sanitaire, double casquette légère et lourde à la fois. 

Et, semi-planquée dans mon infirmerie, nous en sommes à l'accueil des jeunes. Alors j'attends que chacun vienne me donner qui son traitement, qui ses recommandations spécifiques, qui ses conseils, ses craintes... : il faut découvrir, écouter, ouvrir grand yeux et oreilles avec cette fameuse bienveillance si importante. Avec la spécificité que, pour une fois, je n'encadre pas un camp étiqueté "catho" du tout (dur, dur de mettre de côté certaines "habitudes" de prière en équipe d'animation, de chants... et de trouver du temps pour sa prière propre), mais tout de même un camp dont l'origine m'est particulièrement chère, très appuyée qui plus est sur les valeurs humanistes et chrétiennes. 

Tenter de trouver sa place à soi, aussi, dans cette large équipe d'encadrement adultes si disparate pour ne pas être "que" - ainsi qu'un mien cousin - la petite fille d'un certain disparu. Mais l'être tout de même pour faire vivre, pour que vive son héritage non pas dans un simple acte de mémoire, mais gratuitement, au service de ces petits : pour les faire grandir ! 

vendredi, août 13 2010

Le square saint Jacques

            Dans La Croix d’hier jeudi 12 août figurait en dernière page un poème qui a attiré mon attention : il s’intitulait « le square Saint-Jacques », square dans lequel se trouve la tour de l’ancienne église Saint Jacques de la boucherie, point de départ de la via Turonensis du Chemin de St Jacques. C’est donc au pied de cette tour, alors en réfection, que je me suis lancée un jour de 2006 dans cette aventure qui, tronçon après tronçon m’amène toujours plus proche du tombeau de l’apôtre (cette année, départ début septembre pour quelques jours qui devraient nous mener jusqu’à Dax).

 

            Mais elle n’est pas que lieu d’un départ cette tour, elle est aussi cette fière architecture que j’aperçois dans mes nombreuses pérégrinations… parisiennes et qui n’est pas, pour moi, un simple bel édifice parmi toutes les merveilles qu’offre cette ville que j’aime. Car, au dessus de cette tour culmine une statue de St Jacques pèlerin, seule partie de la tour qu’on aperçoive d’ailleurs de loin. Elle me rappelle ma marche, elle me rappelle que je suis toujours en pèlerinage, sur la route de cette vie, ma vie, que je construis jour après jour, orientée vers Là-Haut ; et j’aime à croire que St Jacques, là-haut, veille à ce que je ne m’égare pas trop en chemin malgré les intempéries, avec l’aide et l’amitié de Celui qui fait route avec nous.

 

 


Paraît soudain la tour Saint Jacques,

Bloc de lumière taillée dans la pierre,

Son éclat neuf, substantiel et glorieux,

Rayonne de lui-même.

 

L’étoile de midi sculpte les arbres,

Modèle de clartés et d’ombres leur présence,

Et peint de tous les verts de l’été leurs feuilles

Se multipliant au vent.

 

Le jour me baigne, comme à l’origine.

Le soleil royal, dans ce square et au ciel,

Demeure pourtant muet.

J’écoute le silence, et l’aide à parler.

 

Michael Edwards

 

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