Les
espaces de liberté se font rares lorsque les mois filent et approchent de
l’échéance : il est du devoir de l’agrégatif de les recréer pour parvenir
à respirer. L’un des miens est d’aller – oh, quand je le peux, certains jours –
à ces messes de semaine : courtes, petites, sans gloriole ni trompette
mais que j’apprécie tellement parce qu’elles m’aident à réinscrire sans cesse
l’Essentiel dans ma vie.
Le 22 février, c’est une date un peu particulière pour moi et la
messe y fait toujours partie de mon agenda, aussi chargé soit-il. Hier en fin
de matinée, une panne d’oreiller, un concours de circonstances me fit
aller non dans une de mes « paroisses de semaine » mais dans la
mienne : ce concours de circonstances était finalement heureux ou, comme l’a
dit mon vicaire conceptuel d’un sourire en me voyant arriver, avec une formule
lapidaire dont il a le secret : « t’as bien fait ».
On fait toujours bien d’aller à la messe, je le sais bien, pas la
peine de me le redire, padre enfin !
Ma présence rajeunissait de quelques décennies l’assemblée du jour,
qui se comptait hélas sur les doigts des deux mains, dans une paroisse
désertifiée (ah, les vacances scolaires !). Là, je sentis combien c’était
bien ainsi, que j’avais eu vraiment raison de venir ici prier avec eux,
les fidèles parmi les fidèles. Prendre exemple sur leur fidélité et leur
apporter par ma petite présence l’inattendu de la jeunesse.
Sourires mutuels, salutations à chacun : petite communauté aux
liens solides, tissés dans la fidélité et dans l’amitié.
Et puis, surtout, elle, là assise, sans force pour se lever.
Elle qui avait la tête baissée, les mains empêtrées dans son
chapelet.
Elle dont les cheveux à moitié en bataille recouvraient le regard,
visiblement perdu, un peu égaré.
Elle,
qui allait recevoir le sacrement des malades, ce jour, maintenant, à cette
messe.
« Zabou, viens
m’aider »
Tenir le rituel pendant
l’imposition des mains.
Tenir l’huile pendant que
son front et ses mains étaient oints.
Regarder, admirer de
toutes ses forces ce qui se jouait là.
Et prier, surtout, pour
que le Christ soit sa Force,
Prier de toutes ses
pauvres forces.
Être émue, profondément
émue
De la confiance tranquille
de celle qui recevait ce sacrement.
De la douceur de celui qui
le lui donnait…
Quelque chose de tellement
grand et de tellement simple se passait à côté de moi et j’avais la chance d’en
être témoin.
Et puis surtout voir ce
regard fuyant se transformer soudain
en regard rayonnant,
Un sourire aux lèvres
revenu, des yeux emplis de gratitude.
Fantastique simplicité du
geste où le Christ advient :
Que le Christ soit sa
force, toujours !
J’avais bien fait de
venir, ici et non ailleurs, ce matin-là, oui.