Zabou the terrible

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Mot-clé - Mystique et boule de feu

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samedi, mai 14 2016

Au coeur du monde pour une énergie nouvelle

Derniers jours du Temps Pascal...

Je me demandais hier soir en publiant l'extrait de Sagesse d'un pauvre quelle était celle de mes lectures qui m'avait le plus marquée durant ce Temps. 

Or, si je devais en choisir une, ce serait certainement Le Coeur du Monde d'Hans-Urs von Balthasar, lu grâce à mon tuteur d'études en théologie. Puisque j'ai réalisé une fiche de lecture sur ce livre, je me suis dit que j'allais vous en partager une version légèrement raccourcie : puisse-t-elle vous donner envie de découvrir ce très bel écrit ! 

http://img.over-blog-kiwi.com/0/87/38/05/20150919/ob_596ad7_coeur-du-monde.jpeg

Quand on a déjà lu un autre ouvrage de Balthasar, Le Cœur du monde déroute car, alors qu’on s’attend à un ouvrage théologique érudit sur la spiritualité du Cœur de Jésus, seul vrai cœur faisant battre le monde, il s’agit essentiellement d’un immense poème méditatif aux consonances lyriques. 

 

Treize chapitres scandent cette longue méditation, organisée en trois parties : le Royaume – la Passion – la Victoire. Tantôt faisant parler Dieu, tantôt faisant parler le Christ, tantôt partageant l’expérience de l’homme croyant, Balthasar nous offre un véritable chemin pascal, commençant par le constat de notre misère humaine au sein de laquelle s’ouvre l’espérance à travers le soupirail de la prison ténébreuse où nous gisons : « Et dans tout cela une promesse : d’amour, de joie, une échappée sur des lointains indéfinis, éveillant un vertige. La délivrance du cachot insupportable de mon moi. L’aventure à laquelle j’ai toujours aspiré. Le risque total dans lequel je serai sûr de tout perdre et de tout gagner ». C’est le début d’une aventure dans laquelle Balthasar constate et rappelle, jouant de nombreuses fois sur l’ironie, combien Dieu est dangereux puisqu’Il nous laisse profondément libre, « incognito, au milieu de tout le tumulte de la foire terrestre. Il recherche la confiance, la confidence, il mendie votre amour ». C’est cette raison même qui fait que nous L’écartons alors même qu’il voudrait « transformer [s]on cœur sublime en bassin de décantation du monde ». Pourtant, tout prend sens dans le mystère de l’Incarnation : Dieu ne saurait se rendre impur en nous côtoyant, il prend tout de notre humanité pour en enlever le péché. Acte de folie divine ? Peut-être mais Balthasar poursuit : « juste à temps, je me souvins de ton cœur, Seigneur, et je me rappelai que tu as aimé les limites de tes créatures », louant, exaltant cet amour qui s’épanche infiniment. Si certaines paroles sur l’Église peuvent sembler cinglantes, il s’en dégage en réalité un grand amour, un désir de la voir pleinement vivre au rythme du cœur de Dieu, quoique constituée de pécheurs.  

 

En lisant, j’ai souvent senti des échos de saint Jean de la Croix et je me suis souvent prise à prier : « combien je te remercie, Seigneur, de pouvoir couler sans être obligé de saisir, de pouvoir m’épanouir dans ton bienheureux et insondable mystère sans être obligé de me creuser l’esprit sur des signes et des écrits. Car tout est murmure, mais c’est ton nom que les choses murmurent ». Un livre qui ordonne foi, dogme et Église au seul amour, qui a vaincu le monde.

 

-->  Hans-Urs von Balthasar, Le Cœur du monde [1956], éd. Saint-Paul, réédition 1997, 238 p. 

 

mardi, janvier 12 2016

Dans ce monde où le ciel est ouvert

Plaisanterie ce soir lors de la réunion de l'équipe CdEP  à laquelle j'appartiens sur le fait qu'à un moment, j'aurais été en train de réfléchir au billet que j'allais faire sur ce qu'on disait (!!! Tss tss ;-) ). Ce n'est pas impossible du tout mais le billet suivant que j'avais prévu de poster était en l'occurrence celui-ci, un extrait d'un livre que je lis actuellement et qui porte beaucoup ma méditation ces temps-ci. 

Et pourtant, finalement, en le relisant, je me suis dit que ce n'était pas tout à fait sans lien avec ce drôle de choix d'être et d'enseigner en chrétiens dans l'enseignement public... non ? 

 

"Le Fils annonce qu'il n'est nul besoin de fuir le monde pour trouver Dieu. Le ciel n'est pas fermé. C'est dans ce monde, dans cette chair, dans ce temps, dans nos rencontres que le ciel s'invite. Cet événément infime, la vie du Christ offerte, est le gond de l'histoire du monde, le point focal de toutes nos vies, plus important que tout ce qui se passe au ciel. Ce petit réduit créateur est davantage le lieu du salut que toute galaxie d'anges. C'est à hauteur de corps, à hauteur de terre et à hauteur d'homme que tout ce qui compte advient, et Jésus nous le montre : il mange avec les siens, parle de moisson et de boisson. Il touche les corps malades, il parle et il prie. 

Le dernier mot de Dieu sur nos vies est le même que le premier : nous sommes beaux pour lui, merveilles à ses yeux, quels que soient nos travers, nos erreurs et nos fautes. Ce n'est que dans la prise de conscience de cette réalité insondable que nous trouverons la force de ressortir de nos ressentiments, de nos rétrécissements et de nos péchés. 

Plus de colère, dès lors, mais une infinie gratitude pour celui qui depuis l'origine n'attend que notre élan vers lui. Plus de honte, plus de haine. Tout est neuf pour qui s'offre au Verbe. Naître d'en haut, ce n'est pas fuir l'en bas mais y vivre renouvelés. Le ciel est ouvert, Dieu attend d'être invité dans notre conversation." 

 

Sr Anne Lécu, Marcher vers l'innocence, éd. du Cerf, 2015, p.  68-69.

 http://peindre-icones.fr/images/20_bapteme_christ.jpg

 

samedi, octobre 4 2014

Comme une fête de feu, comme un feu de fête

 

Certains soirs, certaines dates, certains jours sonnent curieusement dans notre cœur ;

Ou plutôt, non, ils résonnent comme une analepse[1] pas du tout insidieuse :

Ils n’ont pas non plus la saveur d’une madeleine de Proust car ils sont bien plus forts que tout cela ;

Ils conservent au fil des ans le caractère indélébile d’une brûlure.

 

C’était un jour de pluie cette année-là ;

Il y avait eu une confession et une absolution,

Il y avait eu une parole posée,  

Il y avait eu des larmes,

Il y avait eu une joie sans pareille.

 

Quand des paroles font entendre la Parole ;

Puis quand la Parole prend feu ;

Tu te trouves soudain un peu comme Moïse face au buisson ardent : imbécile ne sachant que faire, surpris et tellement pas à la hauteur que tu as envie d’enlever tes sandales avant même qu’on ne te le demande ;

Tu te trouves soudain follement aimé : et les mots que tu avais entendus pourtant depuis des années, que tu connais par cœur, ne sont plus les mêmes ;

Tu es aimé et c’est Sa voix que Tu entends dans s/c/Ses mots ;

Ce ne sont plus des paroles vagues et impersonnelles :

Tu sais que ta vie de foi est devenue infiniment personnelle et, surtout, infiniment relation.

Il y a des jours où, plus que d’autres où Il t’échappe (en apparence !), eh bien, même si cela fait pompeux de dire cela, tu sais que Tu as rencontré Dieu.

 

Ce jour sonne un peu différemment pour moi cette année maintenant que celui qui m’avait alors donné le pardon du Seigneur est reparti vers Lui, justement ;   

Mais ce qu’il m’avait transmis ce jours-là, c’étaient en quelque sorte les lettres de Son Nom, lettre(s) d’Amour entre toutes, qui sont restées gravées sur mon cœur et dans ma mémoire depuis ;  

Mais la route continue, et tout spécialement demain,

Car « un jour de plus se lève, Jésus en moi veut le vivre ». (Madeleine Delbrêl)

 

 



[1] Un flash-back si vous préférez mais le terme est moins élégant. 

jeudi, juillet 31 2014

Lecture estivale #1 – L’expérience de la présence de Dieu

 

Comme souvent l’été, je posterai ici quelques citations ou quelques mots sur certaines de mes lectures estivales. Parce que c’est un moment favorable pour lire plus, dans tous les domaines. La première est un petit livre de spiritualité, tout court mais fort efficace, offert par un grand ami dans le Seigneur.

 

Fr. Laurent de la Résurrection, L’Expérience de la présence de Dieu


 

Des mots tout simples, des mots tout doux même, mais une grande petite voie de simplicité. Il n’y a rien dans ce livre que vous ignorez, il n’y a rien dans ce livre que vous ne puissiez faire et, pourtant, dans ce livre, il n’y a pas grand chose dont nous avons une réelle conscience permanente. On admire, on se sent pécheur et puis, on a finalement encore plus le désir de se tourner vers l’amour du Seigneur en le lisant.

 

« La pratique la plus sainte et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Dieu, qui consiste à se plaire et à s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant amoureusement avec lui en tous temps, à tous moments, sans règle, sans mesure ; surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts et même des infidélités et des péchés.

 

Il faut s’appliquer continuellement à ce que toutes nos actions soient une manière de petits entretiens avec Dieu, pourtant sans étude, mais comme ils viennent de la pureté et de la simplicité du cœur.

 

Il faut faire toutes nos actions avec poids et mesure, sans impétuosité et précipitation qui marquent un esprit égaré. Il faut travailler doucement et amoureusement avec Dieu, le prier d’agréer notre travail, et par cette attention continuelle à Dieu, nous briserons la tête du démon, et lui ferons tomber les armes des mains.

 

Nous devons, pendant notre travail et autres actions, même pendant nos lectures, quoique spirituelles, pendant nos dévotions extérieures et prières vocales, cesser quelque petit moment, le plus souvent que nous pourrons, pour adorer Dieu au fond de notre cœur, le goûter en passant et comme à la dérobée, le louer, lui demander son secours, lui offrir notre cœur et le remercier. »

 

Fr. Laurent de la Résurrection, L’expérience e la présence de Dieu [1694], éd. du Seuil, coll. « Livre de vie », 1997, p.132-133.

 

jeudi, février 6 2014

Adoration

"En la nuit heureuse 

En secret nul ne me voyant 

Ni moi ne regardant rien 

Sans autre lumière ni guide 

Que celle qui dans mon cœur brûlait 


Celle-ci me guidait 

Plus sûrement que la lumière de midi 

Au terme où l'espérait 

Celui que moi je savais bien 

En lieu où nul ne paraissait 


Ô nuit qui me guidas 

Ô nuit aimable plus que l'aube 

Ô nuit qui joignis 

L'aimé avec l'aimée 

L'aimée en l'aimé transformée [...] 



Je restai et m'oubliai 

Le visage appuyai sur l'aimé 

Tout cessa je m'abandonnai

Abandonnant mon souci 

Entre les lis oublié." 


Nuit obscure, saint Jean de la Croix