Donne la paix à notre terre, Ô mère de miséricorde, Nous confions à ton cœur et à ton amour Le peuple entier et l'Église de cette terre.
Garde-nous de toute injustice, De toute division, De toute violence et de toute guerre. Garde-nous de la tentation Et de l'esclavage du péché et du mal. Sois avec nous !
Aide-nous à vaincre le doute par la foi, L'égoïsme par le service, L'orgueil par la mansuétude, La haine par l'amour.
Ô mère du Christ, Sois notre réconfort Et donne force à tous ceux qui souffrent : Aux pauvres, A ceux qui sont seuls, Aux malades, Aux non-aimés, aux abandonnés.
Donne la paix à notre terre divisée : Et, à tous, la lumière de l'espérance.
Il était temps pour moi de prendre
un peu de temps à l’écart, quelques dizaines de minutes gratuites pour Un qui
ne part pas en vacances, jamais… sinon avec nous, bagage léger, impossible à
perdre. Temps un peu loin, aussi, de ces proches qui le sont parfois un peu
trop quand on n’a plus l’habitude de vivre ensemble.
Mais, dans ces contrées perdues,
l’église ne se trouve point à quelques pas comme dans ma banlieue parisienne.
Il faut prendre le vélo et se rendre au clocher du hameau, que l’on aperçoit à
peine à l’horizon (… avec les yeux de la foi, en fait). Peine perdue : la
porte est close. Poursuivre sa route, aller au village suivant et se trouver face
à la même situation. Quelques tours de pédale supplémentaires confirment le
diagnostic dans une troisième bourgade plus importante : il me sera
impossible de me poser à l’abri de ces voûtes obscures où le cœur est comme
porté plus facilement à faire silence pour mieux écouter.
Ennuyée, je ne pouvais plus que
reprendre mon vélo et rentrer, ruminant en moi-même certaine tristesse pour ces
bâtiments grandioses qui perdent leur vocation, pour ces villages dont l’âme
semble parfois si morte. Je fis quelques dizaines de mètres, avant de longer un
champ tout juste moissonné : quelques épis restaient, le soleil déclinait…
invitation d’une nature riante à plonger avec elle dans l’action de grâce du
jour.
Alors,
doucement, j’ai posé mon vélo et me suis assise pour recevoir les derniers
rayons du soleil.
Et j’ai tendu les oreilles de mon cœur
pour écouter le « bruit de fin silence » que fait une porte qui s'ouvre.
Comme vous le savez – ou pas – , j’ai
commencé mes vacances en étant animatrice à l’école de prière du diocèse de
Nanterre… Qu’est-ce encore que ce truc bizarre vous demandez-vous ?
Oh, rien qu’une petite école dont je dis quelques mots sur sacristains.fr !
Dans la chaleur surprenante du jour,
assis, nous profitions de l’ombre de cet arbre planté là, je ne sais pourquoi,
au pied de cet édifice pas tout à fait comme les autres, nous réchauffant, lui
ses vieux os, moi ma peau pâlie par les heures de veille.
Notre rencontre non plus n’était pas
tout à fait comme les autres. D’ailleurs, aucune de nos rencontres n’est tout à
fait semblable à la précédente : c’est aussi ce qui fait leur charme.
Assis l’un à côté de l’autre, nous
regardions ensemble le mur d’en face, la végétation grandissante, la
progression lente de l’ombre… et nous parlions. Nous parlions et nous nous
taisions, beaucoup. Nous sourions aussi, beaucoup, je crois.
Le temps d’un tour d’horizon.
Un tour d’horizon, même avec la
vitesse confiance du cœur enclenchée, cela ne va pas vite car il faut veiller à
la profondeur de champ.
À l’aune du silence, les propos se
font différents, veillent à leur justesse, se cherchent pour exprimer au plus
proche ce qui ne peut jamais parfaitement se dire.
Tour d’horizon bienfaisant… Et toutes
ces questions qui invitent à poser un regard différent, à aller plus loin ou
qui dérangent là où l’on n’a pas envie, surtout celle-ci l’anodine, là, bien
posée devant. Qui précède la mienne… mais, zut, quand même quoi, pas
envie !
Je ne peux cesser de l’affirmer, la
joie au cœur : Heureux qui vit l’aventure de l’accompagnement spirituel !
Parce que, parfois, la foi a besoin
d’être secouée.
Un peu comme l’orangina : si on
ne secoue pas, la pulpe, elle reste tout en bas du bas.
Il paraît que, pour être sel de la
terre, ça fonctionne pareil
Certains jours, cela paraît bien renversant,
vertigineux… mais après tout, pourquoi pas ?
Seigneur, donne-nous, d’être
toujours surpris et accueillants à cet inattendu, à Ton inattendu qui n’était pas forcément
notre attendu.
Tu le sais bien, j’ai cette foutue tendance
à ne pas savoir dire non, cette fichue habitude de dire oui à la moindre
sollicitation, de venir rendre service même si je n’ai pas le temps… tant je ne
supporte pas la détresse d’autrui, si minime soit-elle. Pourquoi m’as-Tu faite
hypersensible ?
Et Seigneur, tu le sais, j’ai du travail…
et tous mes engagements à l’année à accomplir jusqu’au bout parce que si j’ai
dit oui un jour, ce n’est pas pour dire non maintenant.
Et je n’ai pas le temps, plus assez de
temps pour tout mener à bien.
Et je viens tout de même, ce soir, le soir,
me mettre quelques instants auprès de Toi, pestant parce que je n’ai pas le
temps…
Pourtant, tu sais, il y a aussi cet ami à
accompagner, à répondre à ses incessantes questions alors que je suis moi-même
en galère, ces autres à ne pas perdre de vue, ces mails auxquels répondre, ces
intentions confiées sur le coin d’une porte… Mais je n’ai pas le temps… !
Seigneur, je suis sur les rotules.
Et l’on m’interrompt toujours, et l’on ne
comprend pas pourquoi j’aimerais parfois sortir prendre l’air longuement, mais
que les interruptions de quelques minutes, rompant ma concentration m’insupportent…
alors que je rêverais tellement d’une bonne bière pression au soleil avec
des amis enfin, qu’importe. Seigneur, je les aime si maladroitement !
Et je n’ai pas le temps.
Mes journées m’échappent… c’est le fruit de
toute cette année où je n’ai pas su être raisonnable, et dormir, et me reposer
quand il le fallait. Et il faut finir ce mémoire, écrire, encore, cette page. Et
prendre cette décision-là, aussi, dans la paix.
Seigneur, je n’ai pas le temps.
Mais je crois que Tu es là : c’est ta
mystérieuse présence qui me donne cette force, ce courage de veiller, cette
envie de me lever.
Seigneur, je n’ai pas le temps,
Pas même vraiment celui de prier, de Te prier…
mais c’est Toi qui me fais venir ce soir. Et c’est le cœur joyeux que je passe
ces minutes avec Toi.
Mais je n’ai que des journées trop remplies
de pas grand chose à T’offrir, pas des myriades de merveilles sincèrement, et puis,
toutes ces intentions que j’oublie trop souvent…
Je ne sais même pas quoi Te raconter mais, Seigneur,
rends-moi disponible vraiment, pas qu’un peu, pleinement ! Et, puisqu’il
paraît que l’âme qui brûle d’amour ne fatigue, ni ne se fatigue, j’aimerais
bien, même si l’élève n’est pas douée, que Tu m’apprennes à aimer.
Il
en faut souvent peu pour être heureux[1]
recevoir l’étiquette catho… surtout quand on ne s’en cache pas, parce qu’on est
joyeux de l’être ou, plus exactement, de chercher à le devenir un peu plus
chaque jour.
Cette
étiquette, elle a, comme tout classement, ses avantages et ses
inconvénients : elle peut limiter et classer d’une manière terriblement
réductrice aussi bien qu’elle peut grandir et encourager. Elle devient alors
bel ornement d’une personnalité, parure bien loin d’être accessoire et dont on
ne peut se glorifier tant elle ne vient pas de nous mais qui fait naître au
cœur un désir, un mot, un chant de « merci ».
Cette
étiquette particulière a parfois des conséquences inattendues dans les petites
demandes que nous font ces personnes croisées dans l’inattendu quotidien, ni
tout à fait proches, ni tout à fait lointaines.
Ces
demandes de prière, notamment au moment du départ d’un proche. Ces demandes
formulées, souvent dans la discrétion, « parce que toi, tu as la
foi… », « peux-tu prier… », « toi qui crois… »
Moi ?
Je
suis toujours émue face à ces demandes inattendues… et gênée tant je ne suis
pas à la hauteur de leur confiance, moi qui sais si mal prier.
Oh,
je sais bien que le Seigneur là-haut et plus intime à moi-même que moi-même, il
se débrouille bien comme il veut avec nos petites (in)capacités humaines, si
incapables de se faire capacité à la mesure de son amour à Lui. Mais il
n’empêche, je me sens morveuse… moi qui sais si mal prier, moi qui ne sais pas
prier.
Et
je me prends souvent à penser que ce sont eux les vrais croyants. Eux, qui,
pleins de confiance, partagent de leur être, de leur trésor, de ce qui compte
pour eux, en ces vases d’argile que nous sommes. Ad Te Domine.
L’homme ignore ce qui
peut se passer en lui, à l’instant où certaines choses qu’il a en puissance
viennent en acte. Plongeant au fond de lui-même, le Prêtre y saisit subitement
d’une main sûre toutes les forces qu’il avait ramassées et préparées depuis
longtemps, et les présentant ensemble à Celui qui voit tout, il restant sans
parole, comme s’il eût été vide, et dit enfin :
- Seigneur, je ne vois, ni ne sais,
ni ne puis. Mais ayez pitié de ces deux hommes entre qui vous m’avez placé :
car vous êtes leur Dieu et ils sont vos créatures. La terre est trop petite
pour eux : ne les repoussez pas de vous ; ne les éloignez pas de la
fête éternelle, car vraiment ils ont besoin de joie, et la joie est un de vos
dons. Ils ont épuisé les choses de ce monde ; ils étouffent ; ils ont
besoin de franchir les bornes de notre atmosphère. Ô Dieu de délivrance, qu’ils
saisissent enfin de leurs mains vivifiées la jeunesse et la résurrection.
J’attends, Seigneur, j’attends :
faites, faites. Amen aux explosions de la lumière qui va venir. Ne la ménagez
pas, Seigneur ; faites-la couler sur nos fronts, sous nos pas ; car
on ne sait où poser le pied, nous sommes encombrés de ténèbres. Amen aux
splendeurs matinales de l’horizon qui s’allume, et que ces deux âmes soient
délivrées !
Faites éclater votre voix qui
soulage en parlant ! Esprit de paix, Esprit de joie, ô langues de feu,
douces et dévorantes, souffle qui enflammes et qui rafraîchis, sérénité
translumineuse, vivifiante, embrasante, devant laquelle meurt ma parole, j’ai
prié, et j’attends. Du fond de l’abîme, Dieu de gloire, je vous parle pour eux
dans toute la faiblesse, dans toute la terreur, dans toute l’impuissance, dans
toute la solennité dont mon âme est capable. Ô lumière adorée, pour leur
apprendre à dire : Amen ! ravissez-les jusqu’aux régions de la joie
et de la foudre. Qu’ils disent Amen de plus près, Amen sur la montagne, Amen
dans leur langue, dans la langue de leur patrie, dans la langue dont l’harmonie
fait oublier, se souvenir, se reconnaître et pleurer ! Que leur Amen
éclate enfin dans les cieux.
Ernest
Hello, « Deux étrangers », Contes
extraordinaires
Des soirs
où rien, du matin au soir, ne fonctionna comme prévu, où des paroles
inattendues furent prononcées, où le retour fut surprenant et grandissant :
et tout marchait, quand même…
Des soirs où
les regards croisés purent éveiller le nôtre à une lueur venue d’ailleurs.
Des soirs
où le seul mot de « Dieu » nous fait sourire jusqu’aux oreilles tant
on a eu l’impression de le croiser à chaque heure. Grâce d’un moment d’apesanteur,
vécu pourtant si simplement, ici et là.
« Il
faut être toujours ivre. De vin, de poésie ou de vertu à votre guise »
J’ignore
si le poète avait raison mais c’est avec ivresse et pour celle-ci que je rends
grâce ce soir. À moi d’y mettre outre neuve, mais avec Toi, Seigneur.
Au milieu des emplettes de Noël, et parce que j'ai envie (très curieusement n'est-ce pas) de leur faire un peu de pub
Un dimanche à Saint Benoît-sur-Loire, par le chœur des moines de l'abbaye de Fleury
Toujours ce subtil et savant mélange de grégorien et de compositions contemporaines, de latin et de français, de voix nues et d'orgue...
Toutes ces voix, graves et douces à la fois, dont qui connaît la communauté sait retrouver chacune des tonalités propres, s'élevant d'un seul cœur dans les splendides voûtes de la basilique : simplement magnifique (pour ne pas dire envoûtant, l'on m'accuserait encore de faire un mauvais jeu de mots) !
On
aura beau faire, une goutte d’eau fera toujours déborder, un soir, une nuit, un
vase déjà trop rempli. Et, par fatigue accumulée, l’on vitupèrera.
On
aura beau râler, notre brin de colère exténuée ne sera jamais rien dans l’immensité
d’un amour si proche qui, pourtant, nous dépasse. Et l’on se prendra à espérer.
Alors, que ce soit la lourde grisaille, le pesant brouillard ou même la nuit noire, il fera beau croire.
Course
dans les couloirs du métro, un rendez-vous à treize heures. J’arrive à Saint-Michel
et regarde ma montre : l’heure n’est pas passée, je suis en avance. Alors,
je pousse doucement la porte de cette église que j’aime tant. Tranquillement,
je m’assois à cette place qu’inconsciemment je considère comme « ma place »
tant elle est celle où je viens naturellement. Toujours. Presque chaque jour en
fait, quelques minutes.
La
semaine fut rude, la journée usante, les nuits bien trop courtes.
Lentement,
je trace sur moi ce signe, le signe de la croix, signe de ce peuple auquel j’appartiens,
ferme les yeux et pose ma tête exténuée sur le dossier de la chaise de devant.
Peu
de choses à dire si ce n’est ma fatigue… mais tant de monde à confier ! Ces
gens que je rencontre, ces gens que j’encadre, ces gens à qui j’apprends… et
ceux qui se confient à ma pauvre prière. Et je bredouille quelques paroles,
bafouille intérieurement, tente à peine d’écouter, somnolant dans le
calme de l’église.
Et
d’un coup, comme si mes oreilles soudain s’ouvraient, j’entendis un pas, puis
deux, puis plusieurs. Pas des visiteurs, pas des priants. Pas tranquille ou pas
pressé, pas de l’enfant, pas du jeune actif, pas du vieillard. Pas hésitant,
pas solide, pas déterminé, pas tremblant. Pas grand-chose non plus, mais
pourtant…
L’humanité
en marche venait se joindre à ma prière, me portant dans le flot quand la
fatigue m’ôtait l’envie de faire un pas. En route, toujours.
Le premier feu dans la
cheminée, puis les arbres dans leur plus farouche nudité… tant de signes, et encore
d’autres, de l’automne, là et bien là. Il est chez moi chez lui, me guettant
avec sa douce mélancolie, me l’insufflant avec l'impertinente douceur du
fumet de compote qui s’échappe de la cuisine. Doucement, tout doucement.
Elle faisait de la compote, elle aussi, avant. J’écrase une larme, le
regard perdu dans la braise. Oui, le temps passe, et je le sais pourtant.
Feuilles tombées, rides
qui se forment chez elle à l’inverse des replis qui s’effacent peu à peu dans
son cerveau. Elle ne sait plus… Et l’impuissance, la rage, me saisissent comme
un feu que l’on viendrait de ranimer… et puis, non. À quoi bon ?
Le regard perdu dans
les flammes, je ne sais plus qu’ouvrir mes mains, ces mains si vides, si
pauvres et l’y placer là, dessus, devant mon cœur et devant ces flammes, confiant
cette mémoire défaillante à Celui pour qui le temps n’existe pas.
Faire lectio divina, c’est, en quelque sorte, aller au concert. Tu entres alors par la lecture comme dans une symphonie avec Marie, les Patriarches, les Prophètes, les Apôtres, les Pères de l’Église, Pascal, Claudel… Une constellation de textes et de scènes bibliques se mettent à résonner, à vibrer avec une liberté souveraine et une fantaisie qui révèlent l’ampleur du chant interne et secret de l’Écriture. Les mots, les versets, les personnages, forment comme une danse autour d’un centre unique : le mystère du Christ, mus qu’ils sont tous par le souffle invisible, mais toujours inspirateur, de l’Esprit.
Pénétrer dans le jardin des Écritures, s’y promener avec le Seigneur à la brise du soir, mobilise toutes les ressources, toutes les puissances, toutes les énergies de ta personnalité. Tu découvres peu à peu, sous l’effet de la grâce, comment les avenues innombrables de l’Écriture se croisent, s’unissent et convergent vers un cœur qui est tout ensemble le cœur de l’Écriture, le cœur de Marie et le cœur de l’Église. Dans le silence et la paix, te voilà introduit à la béatitude de Moïse dont il est dit que « le Seigneur lui parlait face à face comme un homme parle à son ami. »
La lectio, comme la peinture, exige de s’arrêter, de regarder, de contempler, pour que l’auditeur, le spectateur, découvre l’indicible, l’invincible. Fra Angelico et Rembrandt ont fait vivre sur leurs toiles des personnes en train d’accomplir une lecture : saint Dominique ou la vieille femme sont comme des miroirs où l’amant de la Parole découvre qui il doit être, qui il peut être, qui il est. Le livre est ouvert : prends et lis-le !
François Cassingena-Trévedy, Quand la Parole prend feu – propos sur la lectio divina