Parce qu'un agrégatif doit être polyvalent, je me penche ces temps-ci sur le concile de Trente afin de mieux comprendre les diverses attaques et plaisanteries d'un Rabelais dans son Quart-Livre (au programme de l'agrégation) quant à celui-ci. Cela me permet aussi à moi, catholique, de mieux comprendre l'histoire de mon Eglise. Or, en lisant un livre consacré à ce concile, je suis tombée sur une lettre assez fascinante. 

Il s'agit d'une lettre du cardinal Cristoforo Madruzzo, alors évêque de Trente, qui défend la traduction de la Bible en langue vernaculaire. Cette question est, à cette époque, centrale tant les humanistes évangélistes commencent à la traduire dans leurs langues respectives (en France : traduction des psaumes par Marot, traduction de la Bible par l'humaniste Lefèvre d'Etaples par exemple). Cette traduction étant aussi prônée par la Réforme, comment l'Eglise doit-elle réagir face à cela ? Les débats furent alors longs et mouvementés... 

Certes, cette question n'est plus de notre temps. Pourtant, en lisant cette lettre d'un cardinal du XVIème s., j'ai été touchée car j'y ai lu une vraie lettre d'amour à l'Ecriture sainte et un appel à mieux la lire, à mieux la connaître, à mieux la prier. Pour moi, aujourd'hui. C'est pourquoi je vous en propose un assez long passage car je crois que ce que dit que le cardinal peut encore nous toucher. 

     Assurément, tout ce qui a été écrit – Paul le dit, comme vous le savez bien, dans cette épître qu’il écrivit aux Romains avec un esprit si riche et si admirable -, a été écrit pour notre instruction et celle de tous les chrétiens, afin que « la constance et la consolation que donnent les Ecritures nous procurent l’espérance » ; et toute écriture, comme le même l’écrit à Timothée, si « elle est inspirée de Dieu, est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice pour que soit parfait l’homme de Dieu », quel qu’il soit. Pourquoi donc, très vénérables Pères, nous montrer comme jaloux de cette sainte consolation des saintes Ecritures à l’égard du saint peuple de Dieu ? Nous qui avons la clef de la science et n’entrons pas, empêcherions-nous par hasard des pieds et des mains les autres qui veulent y entrer de le faire ? Pourquoi, je vous le demande, voulons-nous arracher des mains du peuple et de la foule des chrétiens l’avantage des traductions de l’Ecriture et de le leur dérober ? […]

 

Ne participons-nous pas à un pain unique ? Ne buvons-nous pas à la même coupe ? N’y a-t-il pas pour nous un seul esprit, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu, notre Père, une seule espérance d’un même héritage éternel ? Si donc toute chose est commune aux chrétiens, pourquoi faire en sorte que l’Evangile ne doive pas être mis en commun et d’un même usage, c’est-à-dire disponible pour tous afin de nourrir la piété et de régler les mœurs de tous les chrétiens ? Pourquoi les gens du commun, mais pourtant pieux, alors qu’ils partagent avec nous la même alliance et la même religion, ne posséderaient pas le lait christique adapté à leur mesure, c’est-à-dire l’Evangile en langue vulgaire, par lequel ils seraient nourris et grandiraient avec nous dans le Christ. […]