Zabou the terrible

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lundi, juillet 13 2015

Lectures estivales 2015 #1 (Ph. Claudel & Erri De Luca)

Comme quasiment tous les ans, je proposerai à l’occasion sur mon blogue quelques partages de mes lectures estivales. Et, comme toujours, pas d’autre ligne conductrice que la la joie de la découverte et la sapidité de la lecture : ici, deux livres savourés dans l’avion, l’un à l’aller d’un voyage en Andalousie, l’autre au retour.

 

 

Philippe Claudel, La Petite fille de M. Linh

 

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Il est des livres mystérieux, qui s’ouvrent dans le brouillard et la lenteur et dont on ressort avec l’impression d’avoir vu se façonner un beau travail d’orfèvrerie. C’est le cas de ce roman extrêmement bref publié en 2005 : à voir arriver ce vieil homme en bateau, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un livre sur le malheur des immigrations forcées en temps de guerre, un livre bien-pensant en quelque sorte, alors que nous en sommes bien loin. Il serait même trop facile de n’en faire qu’un simple livre sur l’exil et la nostalgie des racines : il en est question mais le romancier nous perd et nous entraine bien plus loin. Seule demeure la vraie question : qu’est-ce qui, finalement, nous fait vivre, même au plus sombre de nos pertes ?

 

Erri De Luca, Un nuage comme tapis

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Ce que j’aime le plus chez De Luca, c’est cette approche double des textes bibliques : hébraïsante et littéraire. Elle se décline ici en seize courts textes, cherchant à offrir un regard différent sur des épisodes précis de l’Ancien Testament. C’est simple, priant, beau et tout bon !

« Illustrer la Bible d’une note nouvelle : non pas pour apposer en bas de page, à l’infini, une autre signature, mais pour refléter une part de la lumière qu’elle offre, même au dernier de ses lecteurs. » (préface)

 

samedi, avril 18 2015

Hyacinthe et Rose

Les données initiales sont simples : elle est dévote, il est coco et athée. Une passion commune, unique : les fleurs. Elle et il ? Les grands-parents de François Morel, qu'il "raconte". 

Un livre sur le pouvoir des fleurs (jaaaaaasmin, lilaaaaaa), façon baba cool ? Que nenni ! Des clefs des champs se trouvent comme semées chez les personnages qui traversent le livre : 

Il y a le curé, leur curé, qui parle des fleurs avec cette abondance qu'on adopte parfois maladroitement quand on aborde un sujet qui nous tient tellement à coeur qu'il nous étreint et qu'on préfère cacher notre émoi, en le noyant sous les informations ou sous une réaction trop brusque ; 

Il y a le jeune narrateur recevant une leçon de vie, de langage amoureux par les fleurs qu'il lui est impossible de retenir... Parce que, sans le coeur, rien n'est juste. 

Les fleurs dégagent leur fragrance au fil des pages et parlent de l'amour qu'il n'est jamais possible de dire pleinement, quel que soit celui qui (é)meut notre vie. 

Un livre plein de tendresse... Merci pour cette douce promenade champêtre à saveur cachée d'Essentiel, David

 

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mardi, mars 10 2015

Lol est aussi un palindrome

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J’avais lu la critique – et des extraits hilarants - il y a peu de Lol est aussi un palindrome et puis l’auteur, M. Levesque, fut l’une de mes chargées de TD à la fac qui maniait si bien l’art de l’humour mordant alors, de manière tout à fait corporate, j’en ai évidemment fait l’acquisition !

 

Sous-titré « Journal d’une prof au bord de la crise [de rire] », l’auteur compile sous forme de journal de bord les meilleurs répliques de ses élèves.  

 

Que dire si ce n’est… que c’est parfaitement vrai, que cela sonne tout à fait juste, particulièrement pour qui enseigne en ZEP ? A contre-courant des défaitismes et des découragements qu’on croise trop souvent sur la toile, l’auteur croque un monde où, s’il arrive de passer de sales quarts d’heure, l’humour prend toute sa place dans un juste enseignement !

 

Enseignant en collège, je ne peux l’expérimenter au même degré de répartie mais il est bien rare qu’une journée n’offre pas sa dose de sourire… au sein même du désespoir du « on estime que tout prof de français consacre au moins un quart de sa vie à lutter contre la confusion entre l’auteur et le narrateur » (note de la page 19), lutte qui commence dès la 6ème.

 

Bref, que vous soyez prof ou pas, en ZEP ou pas, si vous voulez vous offrir quelques dizaines de minutes de franche rigolade ainsi qu’un regard apaisé et apaisant sur ces jeunes des banlieues et les personnes un peu folles qui leur enseignent, courez le lire !

 

 

mardi, mars 3 2015

L'offrande du mendiant : à l'école de Sa pauvreté

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Ai lu durant les vacances L'Offrande du mendiant : quelques pages, fioretti d'une "communauté nouvelle", la communauté de l'Agneau, rameau descendant du solide tronc des nombreuses fondations de saint Dominique. 

 

Un charisme, une intuition : retrouver et s'enraciner dans la pauvreté et la mendicité des origines. S'ensuivent de beaux récits, tous pleins de la grâce de Dieu qui aime tant à s'écrire en clins-Dieu, à l'aune de Sa Parole, souvent rappelée en épigraphe ou au gré des récits : car la Parole n'est pas ici simple illustration, elle est au contraire vécue, incarnée, dans ces différents récits. 

 

Et pour nous dans le monde "ordinaire", quel intérêt allez-vous me dire ? 

 

Je vous répondrais déjà que se souvenir de la grâce de DIeu agissant dans notre monde, c'est déjà une belle joie et un motif suffisant pour le lire. 

 

Mais sans doute pouvons-nous le lire à plus large vue. Ainsi, pour moi, aimant la marche au long cours, j'y ai redécouvert quelques belles réalités que j'ai pu vivre le long du chemin : notamment cette réalité si grandiose que Dieu pourvoit, que l'inquiétude est de trop, que la confiance seule est essentielle... 

Il ne s'agit pas de jouer au pauvre : il s'agit de savoir ne pas, ne plus être repus, d'apprendre à laisser de la place pour accueillir le don de Dieu chaque jour, "notre pain de ce jour"... En ce sens, c'est aussi un chemin de Carême, c'est aussi un chemin de vie pour chacun. 

 

samedi, février 14 2015

Les Ignorants, récit d’une initiation croisée

 

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En ce début de vacances, quelques mots sur une autre B.D. lue récemment : Les Ignorants, récit d’une initiation croisée par Étienne Davodeau.

 

Là encore, l’histoire est simple : d’un côté, le monde de l'auteur, celui de la bande dessinée ; de l’autre celui du vin… « artisanal », d’un amoureux de la vigne. Étienne et Richard se rencontrent, rencontrent leurs vies, leurs univers dans une vraie plongée réciproque et croisée : l’histoire est efficace, tout autant que le dessin, très sobre, qui la double.

 

Ce sont deux univers qui m’attirent sans que je m’y connaisse vraiment et, de manière plus générale, j’aime les passionnés, ceux qui sont capables de se donner à fond : c’est le cas de ces deux-là et c’est vraiment appréciable. Le rythme est lent, comme pour nous faire sentir la nécessité des saisons et de leur succession pour les plus belles maturations. On a presque envie de le lire en dégustant un bon vin ! 

 

C’est un bel album, réussi, vraiment, sur une magnifique idée ! Seulement… je reste tout de même un peu sur ma faim – ou peut-être devrais-je dire sur ma soif ? –. Dès le début, on se doute des chemins empruntés par cette « initiation croisée » : pas de chemins de traverse, des parallèles prévisibles et, moi, j’aime qu’on me surprenne… Peut-être Étienne Davodeau pèche-t-il donc par excès dans sa volonté de nous faire comprendre toute la force de sa découverte : quelques petits éléments auraient pu gagner à n’être qu’esquissés… Mais cela reste un ouvrage charpenté et gouleyant !

 

dimanche, février 1 2015

Le Grand Méchant Renard

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Détente un peu hors-sujet du week-end, j’ai lu l’excellent Le Grand Méchant Renard, B.D. de Benjamin Renner. Achetée simplement parce qu’elle m’a attiré l’œil sur l’étalage et qu’en la feuilletant, j’ai goûté le dessin et les personnages qui semblaient venus tout droit du Roman de Renart (ça, c’est un truc pour faire acheter une B.D. à une littéraire !)

 

Je l’ai ouverte en rentrant et ne l’ai plus lâchée : pas tout à fait ce à quoi je m’attendais. Bien sûr, il y a des poules (surtout une !), un Chien, un Loup et un Renart parmi les personnages principaux, des personnages typiques venus de l’univers médiéval, mais l’auteur joue surtout avec finesse sur le détournement des « types ». Les situations improbables s’enchaînent les unes avec les autres et l’on sourit sans cesse, se demandant où l’auteur va encore nous mener.

 

Ni conte de fées, ni réelle récriture médiévale, Benjamin Renner construit avec pertinence un univers où un renard cherche sa place de Grand Méchant Renard parce qu’il est trop gentil : …dire que ce sont des poussins qui l’aideront à la trouver vous dira à quel point c’est improbable ! Bref, une excellente B.D. de détente !

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dimanche, novembre 30 2014

Joseph Roth, sainte Thérèse et la grâce

 

C’est un tout petit opuscule, une nouvelle d’une grosse cinquantaine de pages : rien à voir avec le grand chef d’œuvre de l’auteur qu’est La Marche de Radetzky que j’ai découvert avec tant de délectation cet été.

 

La Légende du saint buveur : d’abord un beau titre, ensuite, l’histoire d’un sans-domicile fixe, d’un buveur qui fait l’expérience de la grâce. Enfin, je positionne tout de suite cela en termes très chrétiens : la réalité est moins claire, moins éclatante que cela car elle est avant tout pleine d’humanité. Disons plutôt que le personnage principal fait l’expérience d’une grâce soudaine : de l’argent, donné par un homme converti grâce à sainte Thérèse.

 

Notre buveur se veut homme d’honneur : il veut rendre cet argent à la petite Thérèse. S’en suit tout un récit, chemin de rencontres, chemin d’un homme entre pauvretés et richesses, entre addictions et grâces immérités pourtant reçues et accueillies, entre zones sombres et coins rayonnants de sa vie. Le regard de l’auteur sur son personnage est aussi tendre que moqueur : c’est celui d’un homme sachant ce qu’il y a dans le cœur de l’homme.

 

L’homme sera sans cesse empêché de rendre l’argent… pourtant, il y a en lui ce désir profond d’être un homme d’honneur qui demeure malgré tout. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions : est-ce le cas de cet homme, voulant et ne réalisant jamais ? Ou cet homme, ce buveur, aime-t-il à sa mesure, malgré le drame de son existence ? On aimerait le croire tant son ouverture à l’inattendu du jour, aux cadeaux que ce dernier peut faire est forte. Si la fin laisse planer le doute, on aimerait croire à sa rédemption, on oserait même croire à une intervention pas vraiment anonyme qui a nom intercession de sainte Thérèse.

 

Un petit joyau que cette nouvelle dans tous les cas qui sonne comme une invitation à laisser plus chaque jour être don de Dieu qui que nous soyons, quoi que nous fassions.

 

 

 

P.S. : Ah et puis, si vous êtes dans mon coin, il y a actuellement pour lancer l’Avent un grand temps fort paroissial autour des reliques de Ste Thérèse : n’hésitez pas à faire un saut, même si vous ne lui devez rien à la petite Thérèse ! Le programme est par ici >>

 

vendredi, octobre 31 2014

A laisser traîner n'importe où

    Après la pub éhontée et évidemment véridique faite par l'ami David, je me devais de lire le fameux fourbi et orbi (oui, oui, je sais, ce n'est pas le vrai titre, l'auteur l'a perdu à une partie de chifoumi selon la légende urbaine) du gars Edmond. 

Mais ce titre il conviendrait bien car, plus que des antisèches qui viseraient à répondre à un quizz (sauf si vous souhaitez participer à celui de KTO... et je sais de quoi je parle pour les antisèches, je suis prof !), ce livre est un vaste fatras ou, au choix, une vraie caverne d'Ali baba relookée avec nos diverses bondieuseries souriantes accumulées au fil des siècles.

Si on n'apprend pas forcément tout quand on aime déjà depuis longtemps parcourir l'Église l'oreille aux aguets et le sourire en bandoulière, on en apprend tout de même de belles ! Et les anecdotes sont toujours tournées de manière à solidement faire fonctionner nos zygomatiques (en ce sens, je soupçonne un sponsoring par mangerbouger.truc, on ne pense jamais assez combien nos muscles travaillent quand nous rions). Du coup, tout cela fonctionne bien et vous essaierez même de convaincre vos amis anti McDo de revenir à l'occaz puisque l'un de leurs burger est catholique ! 

Bref, un livre pas forcément à lire d'une traite comme je l'ai fait mais plutôt un livre de choix pour musarder, pour flâner, pour vous amuser, ou encore à laisser traîner dans vos toilettes pour que vos visiteurs vous lancent sur les sujets catholiques les plus graves et les plus importants en sortant de là ! ;-) 

P.S. : L'illustration est prise sur le site de la procure... Où vous pouvez contempler l'ancien sous-titre de l'ouvrage ! ;-) 
P.S. 2 : on peut notamment commander le livre par ici.  

mercredi, juillet 2 2014

The way, my way, on the way

Hasard du calendrier : j'ai vu enfin il y a une dizaine de jours le film The way et, ce soir, je dînais avec un ancien pèlerin du chemin de St Jacques, avec qui j'ai partagé les ultimes étapes l'été dernier. Forcément, en plus arrivés le même jour, cela a créé un lien très fort entre nous. 

Ça m'a fait repenser à cette séance de visionnage à propos de laquelle je reste dubitative : bien sûr, les paysages sont beaux et certaines situations me rappellent des souvenirs mais, bien sûr aussi, l'histoire est dégoulinante de bons sentiments bien qu'on ne puisse, évidemment, juger des motifs. 

Enfin, oui, il y a de tout sur le Camino et les pèlerins viennent avec ce qu'ils sont, c'est-à-dire portant des histoires plus ou moins simples en eux-mêmes en plus de ce qu'ils portent matériellement dans leurs sacs. Mais il n'y a pas que des "cas", il n'y a que l'extraordinaire de chaque vie ; mais surtout, il n'y a jamais une course à qui saura le grand secret de l'autre, il n'y a que le compagnonnage de jours partagés. 

Ce qui est beau sur le Camino, justement, c'est que, plus qu'ailleurs, chacun respecte la part de mystère que l'autre porte en lui. Seul le pèlerin choisit de révéler ceci ou cela. J'ai personnellement toujours été mal à l'aise face aux personnes qui me demandaient le motif profond de ma marche (d'ailleurs il s'agit souvent de personnes qui commencent juste leur Camino) et ceci pour deux raisons : d'abord parce que c'est éminemment personnel et ensuite parce que, exactement comme pour notre sac et nos affaires, il y a un dépouillement en cours. On pourra toujours arguer de plein d'arguments au départ parmi lesquels il y a notre vrai motif de fond : mais celui-ci va subir une cure drastique et se trouver tellement dépouillé de tout ce qui est superficiel qu'il aura peut-être une apparence radicalement différente de celle du départ. Ce fut mon cas. 

Ce soir donc, j'ai revu l'ami Y. Avec Y., on ne connaît pas exactement LE motif qui a fait respectivement entreprendre à l'autre ce pèlerinage même si nous en avons l'un comme l'autre saisi des bribes. Ce que je sais, c'est qu'Y. a radicalement changé de vie après ; ce que je sais, c'est (ce) que j'ai mûri sur ce chemin effectué au fil des années. 

The way en reste à la représentation d'instants durs de vie ; 

Le Camino "en vrai", c'est du tout mêlé : du dur, du triste, du joyeux et du comique, 

Le Camino "en vrai", c'est un instantané de vie pour rester et être plus "on the way" ou plutôt "on your own way" et ça, c'est son plus grand secret ! 

      

dimanche, juin 15 2014

Job ou la torture par les amis

 


Courte pièce de Fabrice Hadjadj créée pour le Parvis des Gentils sur ce personnage emblématique de l’Ancien Testament qu’est Job, je ne l’avais pas encore lue.

 

Le scénario est d'une simplicité... biblique : Dieu, le diable, ce formidable serviteur de Dieu qu’est Job et les tentations permises pour l’éprouver, cette fois représentées par les amis successifs qui viennent visiter Job à l’hôpital.

 

La tonalité est grinçante mais pourtant si juste... On pourrait regretter que les visiteurs de Job soient finalement si « uniformes » et n’aient pas de profondeur dans leur personnalité, contrairement au personnage principal, ce souffrant si croyant et de manière si touchante. On ne pleure pas mais on est pris aux trippes de l’étoffe humaine de Job.

 

Pourtant, celui, Celui qui me touche le plus dans cette histoire, c’est le Bon Dieu. Vous me direz que c’est normal : peut-être. Mais les mots que met Hadjadj en sa bouche sont terriblement puissants et en voici quelques-uns tirés de la première scène de la pièce :

 

« Je suis

Terriblement myope.

Et c’est pourquoi je dois me tenir tout près de chacun au point qu’il puisse sentir mon haleine dans son cou…

Parce que, pour ainsi dire, je suis l’Acteur pur,

Incapable jamais d’être ce spectateur qui jouit d’observer la tour en flammes au loin depuis son balcon de marbre rose,

Incapable aussi d’être ce comédien qui s’agit sur la scène mais n’agit pas au-delà des derniers strapontins du paradis.

Je connais chaque assistant comme mon propre souffle,

Comme mon fils unique,

Comme ma fiancée sous les arbres en fleurs.

Oui, je sais de chacun d’entre vous le nom absolument propre,

Non pas ce mot général : « Hom ! Hom ! » comme le son d’une bouche qui happe le hameçon des systèmes,

Ni seulement ces menues syllabes : Renée, ou Monique, ou Jean-Charles,

Mais le nom qui t’appelle jusqu’en tes moindres retraits,

Le nom qui te recueille de part et en part et ne convient qu’à toi seul,

Le nom qui te prononce dans la pénombre nuptiale et déclare l’univers singulier que tu ouvras par la faille de tes yeux,

Et par-dessus tout, c’est cela qu’il me fallait plus que toute autre chose te révéler ce soir,

Car pourquoi es-tu ici… »

 

samedi, mai 3 2014

Ne surtout pas s'enfuir à tire-d'aile

 

Ca y est, j’ai enfin lu les récents ouvrages d’Edmond Prochain (blogueur mort mais pas vraiment en fait) : Tombé du ciel. Un et deux (après avoir galéré pour comprendre lequel était le un et lequel était le deux).

 

Il est vrai que je m’attendais à lire ce que je considérais être du Edmond : de la finesse de plume, de la profondeur et surtout, surtout, surtout du taquin à plein. Et finalement, non, on change complètement de registre et les aventures de Tirdel, petit ange gardien et de son protégé sont simplement aussi désarmantes que charmantes.

 

On sourit, on se divertit, on apprécie… et on se demande déjà à quels enfants de son entourage on pourrait bien l’offrir. Merci Edmond pour ces bouquins tout doux ! Quand sortira le prochain ? (Oui, oui, je sais...) 

 

 

 

dimanche, février 23 2014

Twitthomélies, what else ?


(Achat(s) de retraite !) 


 

Si vous ne le savez pas encore, allez vite le « follower » : @mgrgiraud twitte chaque jour quelques mots en guise de twitthomélie sur une phrase de l’Évangile du jour. C’est bon, doux, ça fait du bien et colle même parfois une bonne baffe là où il faut, attirant l’attention sur un aspect dérangeant de la Parole de Dieu. Qui, comme on sait, n’est jamais si confortable qu’on le croit… mais, en même temps, il nous faut bien apprendre à aimer et, en bonne bande de boulets (ou, en tout cas, si vous ne vous sentez pas concernés, sachez que je me considère moi-même comme un bon cas de « boulette » mais une boulette aimée, ça sauve ! :-) ), ce n’est pas tous les jours facile.

 

Au-delà de tout ce long bavardage, je voulais attirer simplement votre attention sur le livre Twitthomélies, paru il y a un mois chez « Parole et silence » qui reprend justement ces méditations-là depuis 2011. Loin des bavardages à n’en plus finir ou d’une loooooooongue homélie, on y a une phrase d’Évangile et, en dessous, la méditation correspondante. C’est (très) court mais, justement, ça fait du bien, ça concentre juste sur l’Essentiel en laissant sa place au silence. Simple écho méditatif de la Parole : pour qu’Elle rentre mieux et plus à fond en nous, comme en stéréo, pour qu’Elle agisse ensuite !

 

vendredi, avril 26 2013

L’aventure étrange de la vie au prisme de la survie


Les éditions JC Lattès ont eu l’amabilité de m’envoyer le dernier livre d’Olivier Le Gendre, C’est une étrange aventure que de survivre en service presse il y a quelques semaines et c’est fort aimable à eux !

 

Et c’est avec intérêt que j’ai ouvert ce livre car le thème de la faiblesse, de la Foi et de la vie dans celle-ci me touche et me parle énormément. Ce livre, c’est l’éloge de la Puissance de Dieu dans nos faiblesses : non seulement dans les « vases d’argile » que nous sommes chacun d’entre nous mais aussi pour la fragilité de l’humanité en général qu’Il vient sauver, au-delà de toutes nos incompréhensions.

 

Cette confiance, cette force qu’Il donne, malgré tout, c’est une des choses les plus belles et les plus intimement touchantes, qu’il nous est donné d’expérimenter quand nous sommes au plus bas. C’est ce que l’auteur balbutie avec ses mots, vers la fin :

 

« Dieu manifeste sa tendresse de multiples façons. Je vous l’assure : je l’ai constaté. Il n’a cessé d’être auprès de moi. Cela ne souffre aucun débat. »

 

Le problème de ce livre, ce qui est extrêmement agaçant, même si cela va en s’atténuant au fil du récit, ce sont les piques perpétuelles contre l’Église. Autant il me semble essentiel d’avoir une parole libre au sein de cette dernière, quitte à dire son désaccord, autant attaquer ou subodorer sans cesse une rigidité derrière des attitudes me paraît manquer de justesse. Car dire son désaccord avec sincérité, c’est ouvrir la possibilité d’un dialogue où l’on accepte d’avoir à terme peut-être soi-même à revoir son point de vue, c’est se mettre en danger mutuellement pour progresser ; tandis que la pique perpétuelle finit par rater son rôle de poil à gratter pour simplement blesser inutilement.

 

Réclamer une bienveillance plus importante de l’Église vis-à-vis de chacun, c’est très juste mais seulement si soi-même on adopte cette attitude envers l’Église, c’est-à-dire vis-à-vis autant de son « impression d’ensemble » que de chacun des membres qui la constitue. C’est d’autant plus dommage qu’on sent bien qu’au fond – et de manière certaine même – l’auteur aime profondément l’Église : mais faut-il craindre de le dire plus clairement, même en face de sensibilités différentes de la sienne propre ?

 

De ce livre, ce sont donc ses pages de confiance que je veux garder. Car l’auteur bafouillait encore, comme un "Seigneur, Tu sais tout, Tu sais bien que je T'aime", ces belles phrases :

 

 « En vérité, je l’atteste, je croisais tous les jours Dieu dans la présence attentionnée des gens, dans un message, dans le souvenir imprécis d’un verset de psaume. François d’Assise voyait bien dans les fleurs et les animaux une présence fraternelle. […]

Dieu est dans notre monde sous des formes ordinaires ou sous des formes extraordinaires, alors qu’Il aurait pu se contenter de vivre à l’écart dans un lieu inaccessible. Il était là, près de moi, Il ne m’a jamais manqué. Point barre. Je n’en démordrai pas. »

 

samedi, mars 9 2013

Au cœur des limbes


 

Qui dit vacances dit attraper l’un ou l’autre de ma très haute pile, certes à moitié effondrée donc plus large que haute, de « livres pas encore lus » et me plonger dedans.

 

C’est ainsi que j’ai goûté Une saison dans les limbes de Robert Scholtus : petit livre troublant en ce qu’il parle de ces zones frontières, de ces zones floues, qui semblent bien souvent régner en notre vie quotidienne.

 

Comme souvent avec lui, on a l’impression qu’il part en un sens – ici, la si facile et non moins fréquente dénonciation de la modernité – pour s’apercevoir qu’il en extrait finalement des paradoxes, qu’il cherche à montrer la complexité d’un sujet insaisissable qui est celui de notre vie…

 

Cela en fait un livre tout particulier, ardu et poétique à la fois, éveilleur de réflexions, de pensées, de méditations. Comme un appel à la vie, à nous ramener plus à notre condition de vivant, à nous sortir de notre éventuel contentement « limbal » qui nous guette chaque jour.

 

Car, au cœur de ce livre, on trouve cette page, qui s’inscrit comme une bonne bourrasque de vent reçue sur le visage, en ce qu’elle a d’instantané, de fort et de vivifiant :

 

« La vie, vivace et folle, qui s’improvise comme un air de jazz, la vie sautillante et inattendue, la vie au risque de la blessure, au prix de l’abandon, la vie ouverte à l’inconnu, offerte à la rencontre, la vie embarquée en haute mer, affrontée à tous les dangers, promise au déroutement et à l’extravagance de l’amour, voilà ce qu’ils redoutent. »

 

in R. Scholtus, Une saison dans les limbes, éd. Bayard, p. 81

 

mardi, juillet 31 2012

D’une plume (d’oiseau), une nouvelle épître à Diognète ?

 

Les vacances sont propices aux lectures différentes. Et l’esprit rêveur a tendance à constituer des liens étranges avec des lectures déjà connues et la pensée comme l’âme en font alors leur miel : je n’ai pu m’empêcher de trouver, à peine grimé dans ce texte de Chamoiseau, le peuple de Dieu dans la légèreté d’un colibri. La faute à l’épître à Diognète, sans doute.

 

Oui je sais, ce n est pas un colibri mais une cigogne : c est presque pareil, non ;-) 

 

« Ces inconsistances dépensaient l’énergie d’un volcan pour une existence qui ne changeait rien à l’ordre du monde et qui se maintenait ainsi : totalement dérisoire, tout à fait inutile, et dans une intensité vaine…

 

Un autre phénomène me sidérait : elles étaient faites de scintillements. Ce qui couvrait leur corps microscopique était une complexité de structures qui captaient les luminosités pour les diffracter dans les des irisations. Ce sortilège transformait leur dérisoire volume en … Hinnk…. Une splendeur absurde qui parcourait en mille instantanés tout le spectre concevable de l’ombre et de la lumière. […]

 

Son intensité et sa fréquence étaient insolites mais, plus que tout, c’était sa manière d’être toujours à contretemps qui aiguisait mon attention. Son vol disséminait une onde, claudicante mais vibratile à l’infini au cœur de tout ce qui existait. Et, par ce vibratile, tout ce qui existait au fond de mon esprit s’éveillait, se troublait, commençait à changer… »

 

in Patrick Chamoiseau, Les Neuf Consciences du Malfini

 

mercredi, juillet 4 2012

De justificatione catholicum blogum

A force d'avoir des amis qui me font lire des trucs improbables, on en arrive curieusement, comme si tous les chemins y menaient, à la théologie. Enfin... 

Imaginer Jésus et Bouddha en vacances ensemble sur terre, le tout dans un manga, y a pas à dire, fallait oser le faire... 

Forcément, être eux, ça leur pose quelques problèmes : impossible de jouer à des jeux "de destin", impossible pour Jésus de se baigner sans marcher sur l'eau ou, pire, sans la changer en vin ! 

Manga au ton léger, bien souvent désinvolte, parfois caricatural, je ne le conseillerais vraiment pas à tout le monde : il n'est pas indispensable. 

 

MAIS CE MANGA EST ESSENTIEL POUR UNE CHOSE : il contient LA raison ultime de l'existence des blogues cathos. 

Il en aurait tenu un selon ce manga ! 

Bref... vivent les cathogeeks, non ? ;-) 


Pour aller (vachement) plus loin (ou pas) : 

Les Vacances de Jésus et Bouddha (t. 1 et 2) par Hikaru Nakamura

vendredi, septembre 16 2011

Lectures d’été : « La vie devant soi » ou la braise incandescente de l’amour

 Aujourd’hui, j’hésite mais je voudrais vous parler d’un livre un peu particulier… d’une histoire de fils… Bon, disons-le tout net : moi aujourd’hui, je voudrais vous parler d’une histoire de vrais fils de putes.

 

En fait, sous cette accroche choquante[1] je voudrais surtout vous parler d’un livre qui narre une magnifique histoire d’amour. Ce livre, ce n’est pas une sortie récente mais celui qui obtint le Goncourt 1975 : La Vie devant soi d’Emile Ajar – Romain Gary, que je n’avais jamais ouvert.

 

C’est l’histoire tragique de pauvres mômes nés suite à une passade de leurs mères prostituées, et mis en pension chez Madame Rosa, elle-même une ancienne bien connue du métier, trop vieille pour « se défendre avec son cul »[2]. Rien de bien joyeux a priori, une vie à la limite de la clandestinité, dans un milieu fangeux et méprisé.

 

Pourtant, à lire cette histoire, qui est surtout celle du héros, Mohammed, on se prend à sourire. Sourire des réflexions de gosse, pas si bêtes, pleines de finesse et si bien (d)écrites par Ajar, mais encore plus sourire de la tendresse qui se dessine page après page dans un univers si grossier et si humainement drôle.  

 

Plongé dans le monde de la prostitution qui est celui du sexe sans l’amour, Momo pose, se pose et nous pose à nous aussi cette question essentielle : « Est-ce qu’on peut vivre sans amour ? ». C’est la question centrale du livre, l’unique question en réalité tant elle est vitale. Et il vit pour y répondre.

 

Momo, il aime la vie, puis il aime Madame Rosa, de tout son petit cœur. Et Madame Rosa, elle, elle le protège, elle l’aime, même quand ses mandats n’arrivent pas. C’est l’amitié entre un jeune Musulman et une vieille Juive, l’amour impensable et incroyable, maternel et filial, qui fleurit à travers tous les travestissements et toutes les pauvretés de l’humanité. C’est l’Amour qui, seul, résiste jusqu’à la fin et est « capable de tout, croit tout, endure tout »[3].

 

A la fin si rocambolesque succèdent ces derniers mots, sonnant comme une réponse finale, même au sein des dernières notes d’humour : « il faut aimer ».

 

Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai lu sur le Camino et qu’il reposait à côté de ma Bible mais j’avais en écho du St Jean : « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » Bizarre, non ? 

 



[1] Faites pas genre, je vous ai vus le lever votre sourcil !

[2] Je cite, hein…

[3] Alors là, je cite aussi, mais, ô indice, c’est un autre Livre. 

mardi, septembre 13 2011

Vatican vertigo

  Habemus papam ! Je ne me prends pas pour le cardinal protodiacre mais je parle bien évidemment du récent film de Nanni Moretti.

 « Brillant, peut-être mais peu priant » ; « beau film et drôle en plus malgré ses longueurs » : je souscris complètement aux analyses de Mgr Bernard Podvin d’une part (à lire ici)  et du P. Emmanuel Pic d’autre part (à lire par là).

 J’ai admiré, j’ai souri, j’ai ri tout en trouvant les traits parfois un peu forcés et l’absence de prière beaucoup trop flagrante : manque de réalisme certain. (Bon, avouons-le, je suis ceci étant complètement fan du match de volley cardinalice !)

 

Habemus papam : je n’aime pas non plus que le film se termine par le retrait du pape, par le début d’une vacance puis ce titre apparaissant immédiatement sur l’écran, suggérant que le seul pape possible, le seul pape régnant déjà dans un monde empli de vacuité et de psittacisme théâtral, c’est le vide…

 

Et pourtant, pourtant, j’ai été touchée par ce pape qui ne veut pas l’être incarné à l’écran par un immense Michel Piccoli.

 Parce qu’au-delà de ce monde moderne qui évacue la question de Dieu, au-delà de ce Dieu qui semble si absent ici, c’est un homme qui est présent et il a toute son importance, y compris pour nous, croyants, qui visionnons ce film.

 Le cardinal Melville, c’est un homme qui reçoit, comme chacun d’entre nous, une mission, une vocation… Charge immense : les autres cardinaux n’aimeraient pas être à sa place et cela se comprend !

 

Mais il n’y a pas que la charge pontificale qui peut sembler écrasante : chacun d’entre nous, pour accueillir une mission, pouvons nous sentir comme ce pape, d’abord écrasé, puis fuyant ce qui est demandé.


Oubliant que ce qui est demandé est aussi donné…

 « Da quod jubes ; jube quod vis :

Donne ce que Tu commandes ; commande ce que Tu veux. » (Saint Augustin)

Cela est suggéré dans le film mais comme noyé par le frou-frou des cappa magna se frottant aux envolées lyriques du psychanalyste ayant un grain alors qu’il s’agit de l’essentiel.

 

On dit que le pape a une salle des pleurs à côté de la chapelle Sixtine quand il accepte sa charge… Cela a dû arriver à plusieurs cardinaux de pleurer en s’habillant pour la première fois tout de blanc mais ils ont prié, ils ont dit oui et ont alors avancé, confiants, pour répondre à l’appel qui leur était lancé. Parce qu’ils savaient que ce n’était pas sur leurs propres forces qu’ils allaient devoir et pouvoir s’appuyer.

 

Finalement, en forçant trop les traits d’un monde d’où la Transcendance semble en exil  – et a fortiori, ce Quelqu’un en qui nous croyons – le film de Nanni Moretti a, au-delà du réel plaisir esthétique qu’il nous offre, le mérite de nous renvoyer, chacun, à notre condition de pécheurs indignes et incapables, certes, mais pécheurs pardonnés et rendus capables de tout en Celui qui nous appelle. 

 

mercredi, août 31 2011

Vitamine pour septembre, et pour la suite !


Parce que ça fait du bien de le relire…

Mais surtout ça fait du bien de le redire, de le revivre, d’en vivre et revivre tous les jours ! 


 

« Et c’est alors que j’ai entendu : « Je t’aime ». Ca alors ! J’te jure que j’ai failli tomber en pâmoison ! Ce Je t’aime, je ne l’ai pas entendu dans le creux de l’oreille, c’était beaucoup plus fort que ça : je l’ai entendu par l’esprit, par le cœur. Une tendresse infinie qui serait montée comme une mer intérieure pour t’immerger. Et j’ai compris que c’était Dieu qui m’avait submergée et subjuguée. Là, tu ressens un sentiment océanique, et tu ressors en île, tout éclaboussé de bonheur. Alors a commencé entre lui et moi une grande histoire d’amour.

 

Depuis que je connais Dieu, j’ai beaucoup changé. Oh ! de l’extérieur, je n’ai pris que quelques centimètres, mais j’ai peuplé mon royaume intérieur de plusieurs milliers de sujets d’intérêt, et je suis bien décidée à ne pas en rester là ! Voilà, voilà : avant, je n’étais qu’un petit bout de femme de rien du tout ; maintenant, je suis une créature unique, parmi des milliers de milliers. C’est une sacrée métamorphose qui est à la portée de tout le monde, à une condition : aimer et se sentir aimé. Pour de vrai, et pour toujours. »

 

Tiré, bien sûr, de Jade et les sacrés mystères de la vie de François Garagnon.

 

samedi, juillet 23 2011

Lectures d'été : Murakami


Temps des vacances, temps où le temps se fait plus lent, comme fait exprès pour y placer des lectures de toutes sortes. Le temps – météorologique cette fois – se met aussi de la partie tant les intempéries nous poussent à rester dans nos demeures estivales, au chaud, à regarder la pluie tomber tout en dégustant thé, café, chocolat chaud et digestifs : autre manière d’habiter le temps, plus doucement, plus lentement.

 

Je ne vous ferai pas l’ennuyeux affront de vous parler de toutes mes lectures d’été mais j’en choisirai certaines pour figurer ici : pas toutes cathos, pas toutes agrégatives (euh, en fait, non, je crois même qu’il y aura un tabou pudique sur ces dernières).

 

Des livres piochés au hasard des titres non-lus, juste pour partager plus souvent qu’à l’ordinaire quelques plaisirs de lecture – ou, à défaut, quelques éventuelles critiques négatives – parce que tout s’y prête.

 

Ces prolégomènes étant posés, ma 1ère découverte de cet été fut asiatique et plus spécifiquement japonaise.

 

Un nom : Haruki Murakami.

Deux titres : Kafka sur le rivage, offert par une amie en septembre dernier et La Course au mouton sauvage, acheté parce que j’avais énormément apprécié le précédent !

 

Des livres… barrés. Enfin, quand j’écris barrés, je pense « fous » mais non pas dans le sens de « n’importe quoi ».

 

Si l’on s’amusait à raconter l’intrigue de ces livres – et encore, est-ce vraiment possible ? – on serait abasourdi par l’apparente absurdité, sans queue ni tête, de celles-ci. C’est que Murakami sait entremêler banale réalité quotidienne et idées folles : on se laisse prendre après un début plutôt ardu à suivre – mais qu’est-ce qu’il nous raconte donc ? Il est fou cet auteur ! – et l’on tourne les pages, de plus en plus vite… Vers la fin des quêtes de ces deux ouvrages : des fins surprenantes, plutôt déceptives, qui nous laissent même assez sur notre faim. Avec en bouche toutefois, une saveur vraiment nouvelle.

 

Ce qui se dégage des livres de Murakami, de sa prose, c’est en réalité une tendre poésie… Un regard fort désenchanté sur le monde et pourtant porteur d’une élévation, d’une indicible beauté. Une beauté qui n’exclut pas l’humour. Oh, pas un humour pour rire à gorge déployée mais pareillement, un humour à dessiner sur nos visages de lecteurs un sourire légèrement désabusé et tendre, humain.

 

J’ai tout simplement beaucoup aimé, surtout Kafka, (… et je crois que l’été ne se terminera pas sans que j’en lise un 3ème !)

       

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