Zabou the terrible

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mardi, février 14 2017

L'oeil était dans le couloir du métro

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Ils étaient trois dans ce recoin bien en coin des couloirs de métro. Près d'eux, la foule passait, distraite, nez sur son téléphone, pressée ou en train de parler à son voisin. Eux trois, ils cachaient un truc... et ils avaient l'air complètement "défoncés" par une substance très illicite. Pas besoin de m'approcher davantage : ils étaient jeunes et avaient l'air vieux et malades ; la vie était devant eux et ils auront très certainement prochainement des soucis avec la police et, plus grave encore, avec leur santé, si ce n'est déjà le cas. Trois êtres aux vies cabossées. 

Je crois que je les ai regardés au passage avec une compassion malheureusement trop condescendante, qui m'a semblé peu chrétienne. 

Hier, à la messe, la première lecture venait de la Genèse avec l'épisode du meurtre fratricide d'Abel par Caïn et le prêtre cita dans son homélie le fameux vers de Victor Hugo : "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". Que fait cet oeil, celui du Seigneur ? Bien sûr, une conception trop étroite pourrait nous faire nous mettre le doigt dans l'oeil en y voyant le regard sans merci d'un juge inquisiteur. Et si ce Dieu qui nous regardait, c'était pour nous dire qu'Il était toujours avec nous, et qu'Il nous regarde, simplement, tels que nous sommes, y compris jusqu'à "nos reins et nos coeurs" ? Parfois, Il doit avoir quelque peu une conjonctivite à supporter de voir tous nos péchés... mais je suis sûre que tout brûle dans le brasier de Son amour, dans l'incandescence amoureuse de Son regard. 

Savoir que Dieu nous regarde, sans cesse, où qu'on aille se cacher ou, au contraire, où qu'on aille vivre au plein jour, cela change tout : 
C'est tout mettre dans la Lumière de Son amour ;
C'est voir, ou plutôt regarder, vraiment car Il est la vraie Lumière qui donne relief aux actes et aux êtres...
Comme un appel à regarder comme Lui, à aimer sans condescendance, sans jugement a priori ni a posteriori,
A regarder, simplement avec la justesse d'un coeur ému aux entrailles qui fait s'élever une humble prière vers Son Seigneur. 

 

lundi, septembre 19 2016

Est-ce que j'ose y croire pour moi ?

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En allant te voir, cette phrase me revenait, lancinante : "est-ce que j'ose y croire pour moi ?".

Cette phrase, je ne l'évoque jamais sans émotion : elle était de feu mon premier père spirituel, un vieux moine plein de sagesse, à quelques mois de sa mort, atteint par la maladie aggravée par l'âge de manière irrémédiable... Lui qui avait donné toute sa vie au Christ, qui portait en sa prière tant de personnes et de cas difficiles, il se reposait cette question face à sa propre mort. Comme s'il voulait me dire dans ses ultimes conseils cette importance extrême de la croissance de la foi, tout au long de notre vie : toujours des "oui" à dire, jamais à s'endormir. Et même, et surtout justement, face à ce moment crucial qu'est notre mort. 

Quand certains non-croyants me disent d'un air supérieur que la foi est une béquille, dans le fond, j'ai également envie de leur rendre leur sourire quelque peu narquois... Comme si la foi était une boite de caramels douçâtres qui suffisait à bercer le coeur du croyant d'illusions ! Comme si elle suffisait pour avancer dans la vie en boitillant un peu mieux ! 

La foi, c'est tout le contraire. La foi te donne un élan dans ta vie, un sens et une profondeur... mais la foi n'est pas une consolation-doudou. La foi est dans le même temps un don, complètement gratuit, et une force... mais une force qui nécessite de l'entraînement. Une force rude et douce à la fois. 

L'entraînement de cette foi, c'est comme une succession de petits sauts, toujours plus dans le vide. Où la raison ne peut plus guère intervenir, mais où Espérance, Foi et Charité se trouvent souvent curieusement mêlées. 

Tu sais, c'est avec douleur que je me dis que je ne sais pas quelle sera l'issue du terrible combat que tu mènes auquel j'assiste, impuissante. Mais je sais que j'ai aussi à poser, pour toi et avec toi, un acte de foi :
La foi, est-ce que j'ose y croire pour toi ?
La foi, est-ce que j'ose y croire pour moi ? 

 

samedi, mai 7 2016

Un chemin d'Assise (qui se fait debout)

Si je parle plus souvent ici de la via Francigena (d'ailleurs, il faudrait que je mette à jour la page ad hoc), je me suis aussi lancée l'année dernière avec des jeunes adultes du diocèse sur le chemin d'Assise dans un projet co-organisé avec un commentateur régulier de ce blogue (l'auteur des DiMails pour ne pas le nommer qui en a déjà parlé dans un récent commentaire). Les inscriptions 2016 sont lancées ici : jeunes cathos 92

Mais qu'est-ce que le Chemin d'Assise allez-vous me dire ? 

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Ce livre donne quelques précisions : non pas tant sur les étapes qu'on trouve par ailleurs sur le site dédié, à propos de ce chemin de randonnée au tracé récent, qui relie la première communauté franciscaine en France - Vézelay - à la patrie du poverello - Assise, mais sur ce qui s'y vit. 

Bien évidemment, comme tout chemin de pèlerinage, qu'il s'agisse du Camino ou d'un autre, les effets personnels sont différents puisque les motivations le sont également. 

Pourtant, il est des données communes, même quand c'est la surprise qui préside au départ comme ici : "Tu ne veux pas marcher vers Assise ?" de quelqu'un qui ne s'affirme pas si catholique que cela ! Le dépouillement, le départ, les questions profondes qui remontent... Et puis la marche dans la nature, cette mouvance indescriptiblement contemplative qui étreint le coeur du pèlerin et qui, en le plongeant dans la Création, le fait plonger toujours plus profondément en lui-même - d'aucuns diraient "en Dieu" et ce ne serait pas faux. N'y a-t-il pas d'ailleurs en cela quelque chose d'un esprit profondément franciscain, de cet émerveillement qui faisait s'exclamer au pauvre d'Assise son fameux cantique des créatures : "Loué sois-Tu mon Seigneur pour toutes les créatures" ! 

Ici s'écrivent et se disent aussi les rencontres, ces rencontres de pèlerinage, si précieuses, si anodines en apparence et pourtant tellement profondes, ces rencontres d'homme à homme, simples et vraies, sans fioritures ni jeux, d'où surgissent ces étincelles de vie et de joie où l'on distingue souvent la présence de Celui qui est le Chemin. 

Pour en lire plus, c'est Chemin d'Assise - l'aventure intérieure d'Olivier Lemire, en co-édition Bayard et éditions franciscaines. (>>)

 

En bonus pour ceux du diocèse... vous venez marcher avec nous ? 

mercredi, décembre 2 2015

Au-delà des "pourquoi" ? L'Autre Dieu

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- Pourquoi ? 

- .... " 

Face à la souffrance, nos mots achoppent mais ils ne sont pas les seuls : souvent, c'est notre raison qui défaille. 

Pourquoi ?

Quel intellect normalement constitué pourrait donner une réponse qui soit et sonne juste à tous ces malheurs, à toutes ces souffrances ? Qui sait réellement parler au chevet d'un enfant entre la vie et la mort ? 

Certains prient, certains se taisent, certains lèvent un poing rageur vers le ciel : d'autres  encore font les trois. 

Cette détresse de l'homme qui souffre, Marion Muller-Colard en a fait l'expérience devant son enfant entre la vie et la mort d'une manière encore plus aigüe que celle qu'elle avait déjà côtoyée en tant qu'aumônier d'hôpital. 

Dans cette catabase jusqu'aux tripes d'elle-même, jusqu'au plus profond de son amour, elle s'est perdue...

Elle a pourtant écouté, elle a prié, elle a relu son expérience et, avec ses connaissances de théologienne protestante, elle a aussi relu le livre de Job. Alors, des échos dans sa vie se sont faits entendre et elle a pris la plume pour nous les écrire avec une légèreté qui ne perd jamais sa profondeur. 

Dans une méditation avec Job, elle-même et le Seigneur, elle nous fait passer de la plainte, à la menace jusqu'à la grâce. Oh, pas avec des simplifications, non, mais avec la simplicité de la vie et de la foi, tournée vers le don de la vie. Elle ne répond pas aux "pourquoi", elle les dépasse, faisant s'écrouler notre paradigme si bien ancré qu'on n'ose se l'avouer d'un système rétributif entre nos actes et ce qui nous arrive et nous ouvrant en douceur à la grâce et à l'accueil vivant que nous pouvons en faire. 

 

Je cite son épilogue - comme je pourrais citer tant de passages de son beau livre : 

 

"J'aimerais être cette femme de foi, enracinée dans la Parole première d'un Dieu qui me préfère à rien et m'invite avec lui à poser des limites au chaos. J'aimerais prendre le relais du Shaddaï dans mes errances intérieures, et savoir dire à mon amertume : ça suffit ! Rien n'est dû, tout est donné. Quoi qu'il arrive, réjouis-toi que le soleil, chaque matin, se lève sur le monde et nvite tous les désespérés à brandir avec lui une opposition inconditionnelle à la nuit." 

 

Voilà, cela s'appelle L'Autre Dieu, c'est écrit par Marion Muller-Colard aux éditions Labor et Fides, cela fait tout juste 112 pages et si vous voulez vous prendre un bon coup de foi qui vient ouvrir un coin de plus chez vous à la grâce, eh bien, lisez-le. Vraiment. 

 

lundi, août 31 2015

Le Christ venu nourrir ses pauvres

 

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C’était il y a une dizaine de jours, une simple messe de semaine.

 

C’était une simple messe de semaine : la Parole de Dieu, le Pain qui devient Corps, le Vin qui devient Sang. L’extraordinaire présent auquel on ne s’habitue jamais.

 

C’était une simple messe de semaine : l’assemblée avait plus qu’aux 9/10èmes les cheveux plus que blancs mais, pour une fois, elle n’était absolument pas clairsemée. Elle était assise, parfois dans des fauteuils roulants, parfois avachie… Et là, il y avait pourtant une telle dignité régnante que nous, les quelques valides, n’osions même pas nous mettre debout : cela aurait eu quelque chose de malvenu, de malséant.

 

C’était une simple messe de semaine où les silences côtoyaient les réactions marquées à l’Évangile – un peu fort, semblait-il, à leur goût ! -, où les prières d’intercession étaient hésitantes, parfois oublieuses de leur fin, où personne n’avait envie de rire à des réactions inconsidérées des uns ou des autres, où les réponses de la messe et le Notre Père étaient dits encore avec une certaine conviction, car sus vraiment « par cœur », appris en ce temps-là où leur mémoire fonctionnait encore aussi bien que leur cœur et que leur capacité d’aimer. Et cette dernière, elle ne s’oublie jamais.

 

C’était une simple messe de semaine dans un lieu spécialisé pour ces personnes… avant tout des personnes : oui, des prières hésitantes, avec des balbutiements, des incompréhensions, des oublis, des rappels d’un temps très passé ressortis on ne sait comment à ce moment-là, mystère de la mémoire. Des prières semblant comme un peu ratées mais pourtant tellement réussies, tellement justes…

 

C’était une simple messe de semaine qui m’a remué les entrailles. Peut-être parce que j’ai un membre proche de ma famille aussi atteint de cette terrible dégénérescence cérébrale, peut-être surtout parce que cette messe, c’était vraiment le Seigneur qui se faisait proche des pauvres, très concrètement, parce que cette messe, c’était le mystère de l’Eucharistie à l’état brut.

 

C’était une simple messe de semaine qui redisait si fort combien elle célébrait la Vie.

 

mardi, mars 3 2015

L'offrande du mendiant : à l'école de Sa pauvreté

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Ai lu durant les vacances L'Offrande du mendiant : quelques pages, fioretti d'une "communauté nouvelle", la communauté de l'Agneau, rameau descendant du solide tronc des nombreuses fondations de saint Dominique. 

 

Un charisme, une intuition : retrouver et s'enraciner dans la pauvreté et la mendicité des origines. S'ensuivent de beaux récits, tous pleins de la grâce de Dieu qui aime tant à s'écrire en clins-Dieu, à l'aune de Sa Parole, souvent rappelée en épigraphe ou au gré des récits : car la Parole n'est pas ici simple illustration, elle est au contraire vécue, incarnée, dans ces différents récits. 

 

Et pour nous dans le monde "ordinaire", quel intérêt allez-vous me dire ? 

 

Je vous répondrais déjà que se souvenir de la grâce de DIeu agissant dans notre monde, c'est déjà une belle joie et un motif suffisant pour le lire. 

 

Mais sans doute pouvons-nous le lire à plus large vue. Ainsi, pour moi, aimant la marche au long cours, j'y ai redécouvert quelques belles réalités que j'ai pu vivre le long du chemin : notamment cette réalité si grandiose que Dieu pourvoit, que l'inquiétude est de trop, que la confiance seule est essentielle... 

Il ne s'agit pas de jouer au pauvre : il s'agit de savoir ne pas, ne plus être repus, d'apprendre à laisser de la place pour accueillir le don de Dieu chaque jour, "notre pain de ce jour"... En ce sens, c'est aussi un chemin de Carême, c'est aussi un chemin de vie pour chacun. 

 

vendredi, décembre 26 2014

Tendre Noël !

 

« Dieu qui nous regarde avec des yeux pleins d’affection, qui accepte notre misère, Dieu amoureux de notre petitesse. En cette sainte nuit, tandis que nous contemplons l’Enfant Jésus qui vient de naître et d’être déposé dans une mangeoire, nous sommes invités à réfléchir. Comment accueillons-nous la tendresse de Dieu ? Est-ce que je me laisse rejoindre par lui, est-ce que je me laisse embrasser, ou bien est-ce que je l’empêche de s’approcher ? ‘‘Mais je cherche le Seigneur’’ – pourrions-nous rétorquer. Toutefois, la chose la plus importante n’est pas de le chercher, mais plutôt de faire en sorte que ce soit lui qui me trouve et qui me caresse avec amour. Voici la question que nous pose l’Enfant par sa seule présence : est-ce que je permets à Dieu de m’aimer ? »

Pape François, homélie de la messe de la Nuit de Noël 2014

 

Comment accueillons-nous la tendresse de Dieu ?

… Très belle, très juste question… !

Quand on regarde des scènes de Nativité, des tableaux, des crèches, on est souvent pris de tendresse : c’est mignon, c’est beau et c’est pour le Christ qu’on ressent cette tendresse.

 

 

 

Mais comment accueillons-nous la tendresse de Dieu ? La question du pape me reste dans le cœur :

Quand je pense à tout ce qu’il y a à préparer avant Noël au lieu de me tourner vers l’immense don que Dieu nous fait,

Quand je me fais ma petite vision personnelle de Dieu, que je l’enferme dans mes limites,

Quand je pense à « moi » en y mettant plein de majuscules, emplie de mes préoccupations,

Quand je regarde les autres, leurs manières de faire ceci et cela en jugeant sans aimer…

… La liste est infinie :

Comment accueillir la tendresse de Dieu si mon cœur est plein de lui-même ?
Comment accueillir la tendresse de Dieu si je ne reconnais pas mon propre péché, ma propre fragilité ?

Comment accueillir la tendresse de Dieu si je ne laisse pas ma vie tout entière s’emplir de simplicité ?

 

Devant la fragilité de l’enfant de la crèche, les beaux propos ne peuvent que se taire, inutiles,

Les mensonges, les remparts bien bâtis pour protéger nos blessures, également : qu’en a à faire un nouveau-né ?

A genoux : non comme posture à se donner mais comme un appel à l’ouverture du cœur, à sa simplicité ;

A genoux : c’est se mettre à la hauteur du Nouveau Né et donc, si curieusement, accepter de se mettre à la hauteur d’un Dieu qui s’abaisse en s’abaissant devant Lui ;

A genoux : c’est, justement, laisser la possibilité de se laisser très tendrement toucher par la petite main de l’être tout fragile, qui vient juste pour te dire « je t’aime »,

Caresse de l’enfant qui ne sait encore que babiller.

 

A vous tous, chers lecteurs, un tendre Noël :

que la venue du Seigneur en notre chair illumine vos jours de Sa clarté !

 

mercredi, septembre 24 2014

Les aimer ? En vérité : une réalité ?

– Madame, est-ce que vous aimez la classe dont vous êtes professeur principal ? 

– Madame, est-ce que vous nous aimez ?" 

Les 6èmes, ces champions haut comme trois pommes du plan affectif à tout va... 

Ce n'est pas si facile en réalité. 

Certains répondent qu'ils ne sont pas là pour les aimer - c'est vrai, d'ailleurs - d'autres répondent "Ben oui" risquant par là même ce que j'appellerais le "chantage affectif à la choupitude" quand il faut les punir. Plus tard, il y aura forcément des "madame, vous n'm'aimez pas !!!" lors d'heures de retenue : comme si, aimer, c'était cela, c'était être injuste et tout passer ! 

Bien sûr, je leur ai répondu "oui, j'aime toutes mes classes" devant leurs yeux épatés. Parce que, même si je ne suis pas là avant tout pour cela, c'est vrai que je les aime mais cela me renvoie toujours à cette question : que veut dire aimer ? 

Je ne pense pas qu'ils en aient vraiment conscience : sans doute que moi non plus, d'ailleurs. Et en plus, il serait plus juste d'ajouter que je ne sais pas les aimer : je m'efforce de les aimer, j'ai le désir de les aimer. 

Et cela n'enlève pas l'envie qui te prend parfois de leur coller une baffe bien appliquée, 

Et que cela n'enlève pas cette affinité qui te pousse vers l'un et moins facilement vers l'autre ; 

Et que cela n'enlève pas que le 4ème ado "de base" apparaîtra toujours plus comme un relou face au gnome naïf de 6eme ; 

Et que parfois, tu seras tellement énervée d'un comportement, qui viendra en plus s'ajouter à une journée exténuante que tu auras du mal à te dire "mais lui, il est aussi aimé de Dieu !" et encore plus à le vivre ; 

Et qu'aimer pour un être humain, cela ne veut pas forcément dire "réussir à aimer". 

Aimer, ce n'est pas enlever le poids de ton humanité et de ses inhérentes opacités ; 

Aimer, c'est Lui demander de le faire pour nous quand on en devient incapable, et, surtout, de le faire par nous, à travers nous ; 

Peut-être qu'alors, et seulement une fois l'année passée, on pourra vraiment leur dire avec un certaine réalisme et une relative justesse : "oui je vous aime" en ajoutant en esprit "mais je galérais tellement que j'ai pris le joker Dieu vous aime." 

dimanche, septembre 14 2014

Ô croix sublime folie

 

 

Il y a ces croix réalistes, où le Christ est représenté souffrant,

Où l’on peut lire dans les ravins de Son visage l’horreur de la douleur insoutenable.

 

Il y a ces croix stylisées, où le Christ a déjà les bras levés, comme tendus vers la Résurrection,

Où l’on peut lire Sa gloire, l’à-venir, le triomphe sur la mort : la Vie.

 

Il y a ces croix où il n’y a rien que le bois, telle l’empreinte d’un corps,

Où l’on peut contempler, longuement, le « signe indélébile de Son Amour ».

 

 

Il y a toutes ces croix,

Et puis il y a nos croix…

Nos croix petites et grandes, celles du quotidien et les exceptionnelles,

Ces croix qu’on n’a pas à rechercher mais qui arrivent à chacun, à sa mesure ;

Ces croix qui nous font mal, qui sont rugueuses, blessantes et lourdes. 

 

Mais, toutes, Il les a déjà portées ; 

Mais en toutes, en regardant dans le même temps Sa croix, on sait qu’on a un compagnon, un frère ; un Dieu fait homme qui a aussi connu cela, ce qui le rend tout proche : on peut alors tout Lui dire, tout Lui confier car Il n’est pas un Dieu lointain et éthéré ; Il sait.

Alors toutes nos croix, on peut les mettre dans la perspective de la Sienne,

 

Dans Ta croix qui inscrit aussi un « plus », de Vie,

Dans Ta croix qui est croisement du monde et du ciel, pont que l’on a à laisser se réaliser en nous,

Dans Ta croix, nous recevons la vie, Ta vie ;  

Donne-nous, donne-moi, de savoir vivre ce mystère de la croix,

De nous y donner aussi avec et par Amour, comme on peut, même chancelant de souffrance, même tombant sous le poids de cette croix,

Parce qu’au-delà est l’horizon de la vie.

 

 

 

 

 

lundi, juillet 21 2014

Ici comme là et là-bas #prayforpeace


Le pèlerin ne peut être qu'instrument de paix : il marche, il prie comme il peut, il cause et rencontre. 

Il n'a rien que ce qu'il est - et les quelques pauvres affaires qu'il porte en son sac - et sa fatigue. 

Inconnu marchant dans l'inconnu, il n'apporte ni haine, ni ferment de division : 

Car le pèlerin est formidablement désarmé. 

Il n'attend rien, il reçoit tout et apprend à entrer dans une attitude de gratitude. 



Bien souvent, en quittant une maison où j'avais été si bien accueillie sur ce chemin, j'ai pensé à l'Evangile et à ce que le Seigneur demandait à ses disciples de faire... alors, je susurrais en partant un  : "que la paix soit sur cette maison". 


Un soir, dans un hébergement en famille, il y avait cette prière affichée dans la chambre qui m'était prêtée 

Alors que je portais particulièrement en mon coeur de prier pour la paix lors de mon pèlerinage, cela m'a touchée : 


Seigneur, que la paix soit sur ce monde, 

en ces temps où les conflits éclatent partout, où elle semble éteinte, éloignée, bannie de tant de pays, 

Seigneur, que Ta paix vienne ! 

Qu'elle vienne vite, habite et règne dans les coeurs ! 

Et aide-moi aussi à savoir la faire en moi pour qu'elle rayonne autour et commence ici ! 


"Que le Dieu de la paix suscite en tous un authentique désir de dialogue et de réconciliation. La violence ne peut être vaincue par la violence. La violence ne peut être vaincue que par la paix. Prions en silence pour demander la paix. Tous en silence" 

(pape François, à l'Angelus de ce dimanche 20 juillet 2014) 


mardi, juin 17 2014

En tout la paix du cœur

 



Les jours s’allongent, le temps se fait court ;

Les heures s’égrènent avec chaque classe, descendent sous la dizaine ;

Le travail, la to-do list se font montagne monstrueuse.

 

La mi-juin signe la bascule dans la fin d’année,

Dans ses presses, dans son soleil, invitation à la paresse,

Dans la fatigue des semaines accumulées.

 

Et même dans ma prière, les intentions se font nombreuses mais surtout sont bien lourdes… il y faut bien l’Esprit Saint pour les élever car j’en serais encore plus incapable que d’habitude !  

 

Il y a du stress et ce qu’il faut de fatigue.

Mais il est, au-delà, une paix de l’inachèvement des choses,

Mais il serait presque une paix des mails accumulés en retard,

Mais il est une paix de l’office prié quand même juste après avoir jeté un coup d’œil inquiet à sa montre,

Mais il est une paix des oraisons qui se finissent à moitié endormie, quand même.

 

Quand même.

 

Car, au plus profond des cavalcades effrénées, il y a cette paix, cette paix-là :

Elle a la saveur du silence, des retrouvailles, du cœur-à-cœur de profondeur,

Elle porte, ô combien, la saveur de tout ce qui émaille le quotidien,

Mais cette paix-là, elle diffuse à tout à son tour, la saveur du divin,

Portant Son empreinte et nous faisant y deviner, dans ce quotidien, la marque de Son pas.

 

 

samedi, mai 10 2014

Dans le secret du coeur


L'oratoire est simple : 

Une Bible, 

Une icône, 

Une bougie, 

Cette image-ci et, sur un bout de tissu, une croix : 

Rien de superflu ; 

Du silence pour conduire au secret du coeur. 

Dans le secret du coeur, que se murmure-t-il ? 

Autrui : pas toujours très en bien, j'en suis triste, honteuse... 

Mais Autrui aussi porté devant Toi, comme je le peux ; 

Moi : trop souvent, trop nombriliste, 

Et puis, tout de même, surtout Toi ; 

Du monologue trop verbeux au dialogue fructueux en passant par le nécessaire désert, long et fréquent. 

Dans le secret du coeur, 

Des mots qu'on n'entend pas, 

Des mots de silence, 

Des mots qui parlent de Vie, qui parlent d'Amour, 

Des regards yeux fermés, 

Des attitudes, des sourires, parfois des larmes. 

Dans le secret du coeur, 

Tout dire, tout confier. 

Secret du coeur : 

Face-à-face unique de silence, 

Ce silence-là même où s'allument et se contemplent les plus beaux feux, 

Face-à-face pour l'entretenir : 

pour qu'un jour, ses flammèches sachent réchauffer, voire embraser ceux qui passent à proximité ; 

Face-à-face de secret, 

Secret du coeur, 

Secret de la Vie. 

samedi, octobre 19 2013

Durant une semaine mais pour que ce soit pour la vie


"Mettez-vous à mon école car je suis doux et humble de coeur" (Matt. 11, 29) 


vendredi, septembre 13 2013

Suscipe de rentrée

Prends Seigneur et reçois, 

Tout ce début d’année, tout que cette année porte en germe, 

Tout ce que cela promet, tout ce qu’elle interdit ;  

Tous mes élèves, du dernier au premier rang, 

Tous mes collègues, mes amis, 

Tous ceux que je côtoie et côtoierai. 


Prends, Seigneur et reçois mon travail, 

Mes joies, mes peines et mes énervements, 

Mes prières, mes mots, mes regards et mes gestes, 

Mes réussites, mes échecs et mes maladresses ;  

Mon tempérament : que le souffle qui m'anime soit (le) Tien

Comme tout ce que je suis et serai. 


C’est Toi Seigneur qui m’a donné tout cela, 

Qui me le donnera chaque jour, 

Comme tout ce que je possède, comme Tu le veux. 


Alors, je Te le représente, 

Je Te le rends pour que Tu en fasses ce que Tu veux, 

Car tout est à Toi. 

Mais n’oublie pas, s’il te plaît, 

Chaque jour, donne-moi Ton Amour, qu’Il me fasse vivre ; 

Donne-moi Ta grâce, elle seule me suffit. 



Librement inspiré du Suscipe Domine de saint Ignace

jeudi, mai 30 2013

Dieu en grammaire comme dans le reste

 

 

Je me dis souvent qu’il faudrait savoir Le dire,

Malgré nos manques, nos imperfections, nos achoppements devant Lui ;

 

Qu’il faudrait certes savoir Le clamer, Le proclamer, L’annoncer,  

Avec des grands et beaux mots qui sonnent juste et vrai ; 

Mais encore plus Le laisser transparaître en nos mots à nous,

Les choisir, tous, pour qu’ils disent à chacun

« Tu sais … - ou peut-être tu ne le sais pas -  

… mais tu es aimé » !

 

Il faudrait encore et surtout laisser nos mots se convertir, s’adoucir,

Enlever toute moquerie, toute parole tueuse,

Pour qu’ils disent sans forcément l’expliciter,

Qu’Il y a un Amour qui les attend, là, tout le temps.

 

Il faudrait Le laisser se glisser en nos mots,

Lui laisser être le Verbe de nos phrases,

Pivot de celles-ci, comme de nos vies.

 

vendredi, mars 22 2013

En joyeux compagnons

 

 

 

Larges sourires à s’apercevoir,

Joie de se saluer,  chaleureusement.

 

Paroles murmurées,

Paroles affirmées,

Paroles échangées.

 

Traces de vie,

Traces de Toi,

Sur les cimes et dans les creux

Du quotidien relu, narré, prié.

 

Mots cherchant à Te connaître :

Questions bafouillées,

Coups de gueule et coups de cœur,

Liberté totale de parole,

Et de ton, et de sujets ;

Liberté totale d’écoute.

 

Mots cherchant ensemble le Verbe,

Dans le dia-Logos,

Et ces silences si denses en guise de ponctuation,

Qui T’écoutent et Te disent en même temps.

 

Mots cherchant à Te vivre :

Pardon demandé au détour d’un rdv,

Pardon donné, tête inclinée,

Pardon reçu, toujours si bouleversant de gratuité.

 

Mots cherchant à Te dire :

Quatre mains tendues humblement ensemble le temps d’un Notre Père

Pour redire ensemble leur Essentiel,

Et ce même lien filial qui les unit avant tout.

 

Béni sois-Tu Seigneur,

Pour le don de l’accompagnement spirituel,

Pour sa justesse, pour sa délicatesse,

Pour cette aide qui nous aide tant à marcher,

Un peu moins bancalement, vers Toi,

Et qui nous redit comment Toi, joyeux compagnon des routes de nos jours comme de nos nuits, Tu marches sans cesse avec nous.  

 

dimanche, janvier 27 2013

Jésus le Christ, notre lumière intérieure


 

Heure des Vêpres…

Tiens, il ne fait plus tout à fait nuit, les jours commencent à augmenter !

 

Entonner l’hymne au lieu de prier silencieusement,

Comme pour se donner du cœur à l’ouvrage,  

Et psalmodier de même,

En jetant de temps à autre un œil sur le ciel par la fenêtre et l’autre sur la petite croix de ma chambre.

 

Ne pouvoir se défendre de ce drôle de double sentiment d’amertume et de joie qui est en moi  quand je chante le Magnificat,

Mais me sentir tout à fait là où je devais être quand vient le moment de l’intercession,

Parce qu’elle peut venir, en écho des psaumes, exprimer toutes les prières qui m’habitent,

Qui se bousculent trop souvent en brouhaha en ce moment ;

Alors utiliser d’autres mots, pour dire autrement, pour dire mieux.

 

Et rester sur celle-ci :

« Jésus, soleil de nos vies, tandis que baisse le jour, nous te prions pour tous les hommes : qu’ils se confient toujours à Ta lumière sans déclin. »

 

Regarder le ciel devenu presque nocturne en souriant ;

Et prier encore…

 

Que le Christ soit la lumière de toutes nos vies,

Qu’Il éclaire nos obscurités multiples,

Nos zones d’ombre,

Nos coins laissés flous de tristesse,

Les miens,

Et les vôtres,

Et les leurs ;

 

Qu’Il réchauffe nos amertumes,

Qu’Il transmette la flamme chaleureuse de l’amour fraternel,

Qu’Il ranime sans cesse la joie de nos cœurs,

Qu’Il fasse grand jour ou grande nuit pour nous, 

Au brasier toujours luminescent,

Au brasier sans cesse incandescent de Son amour.

 

 

dimanche, janvier 13 2013

Bernanos, ou la joie éclatante au cœur des ténèbres


 

Mettre une simple citation de Bernanos sur Facebook éveille parfois une discussion inattendue… d’autant plus quand elle est avec un de ses oncles ! Je ne vais pas rentrer dans les détails ici mais tout a eu pour source cette citation du Journal d’un curé de campagne que je trouve magnifique et qui s’adaptait à mon état d’esprit. Je cite donc :

 

« Mais c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. »

 

Mon oncle a rebondi sur différents points mais, quant à l’auteur en lui-même, il disait : « Bernanos est un romancier du ressentiment, de la culpabilité et du désespoir » alors, que pour moi, Bernanos est le romancier de la joie ! D’ailleurs, l’un de ses romans porte même ce titre et je ne crois pas que ce soit un hasard.

 

L’ambiance des romans de Bernanos est certes lourde et pesante à chaque ligne comme si la bourbe du Mal et du péché empêchait aux phrases de prendre leur envol. Y percevoir la joie semble peu aisé car il ne s’agit pas d’une joie légère ou superficielle, il ne s’agit même quasiment pas d’humour dans ses romans et dans celui-ci en particulier – quel triste sire en apparence que le pauvre curé d’Ambricourt !

 

Et pourtant, et pourtant … « l’enfer, c’est de ne plus aimer » dit-il à la comtesse lors de leur mémorable entretien ! Et que lui répond-elle dans sa dernière lettre ? « Je ne suis pas résignée, je suis heureuse. […] J’irai me confesser demain à l’abbé X… [ …] J’ai péché volontairement contre l’espérance, à chaque heure du jour. » N’est-ce donc pas le curé qui la rend à la vraie joie ? En lui montrant qu’elle peut déposer, et donc dépasser aussi bien sa douleur de mère que le poids de son péché ? Que l’espérance est plus grande, que le bonheur est plus vaste ?

 

Et le curé est-il si triste pour s’exclamer en mourant, à l’instar de la petite Thérèse : « tout est grâce » ?

 

Alors que dire de cette citation si ce n’est que je la lis comme un appel à nous tourner humblement, les mains vides vers Dieu pour qu’il nous comble de joie ?

Encore plus profondément : comme un appel à savoir que nous n’avons rien à nous pour Le laisser emplir notre existence ?

« Te ipsum tibi reddam quando te mihi reddidero » (« Je te rendrai à toi-même lorsque je t'aurai rendu à moi ») fait dire à Dieu saint Augustin.

Impuissants… mais pouvant tout en Dieu !

 

mardi, janvier 8 2013

Conduis-nous, Seigneur

 

Quelques mois maintenant que je prends la voiture tous les matins – hors vacances scolaires.

Quelques mois que je fais ce petit geste anodin de mettre, à chaque fois, la clef de la Zaboumobile dans le contact pour la démarrer.

 

Hier, c’était la rentrée, le premier jour de travail pour l’année civile 2013.

 

Pourtant, déjà, que de choses vécues pour cette nouvelle année :

Des belles joies,

Des propositions inattendues,

Des merveilles à vivre que je n’imagine pas encore,

Et cette foutue tristesse au coeur de proches extrêmement malades.

De l’humanité, de la bête humanité mais à fond, quoi.

 

En m’installant dans la Zaboumobile, je songeais à mes élèves, avec joie et je songeais à mes proches, avec peine ;

Et c’est alors qu’allumer le contact fut l’occasion d’un autre type de contact, pas du 3ème type, non, non mais simplement de Lui lancer un mot en mon cœur,

Peut-être comme des vœux que je Lui formulais en forme de supplique :

 

Seigneur,

Je ne sais pas de quoi demain sera fait mais j’y aurai besoin de Toi,

J’y ai besoin de Toi, au quotidien, :

Prends le volant des tempêtes comme des routes ensoleillées, Seigneur, pour que cela soit Toi qui y  conduises

Garde chacun et garde-moi sous Ta protection,

Et conduis nous tous à bon port, où Tu le veux, 

Et l'année sera belle. 

 

jeudi, décembre 27 2012

Aux éclats de Noël

- Messe du soir pour les familles, joyeux désordre de rires et d’enfants.

Être envoyée, au tout dernier moment, comme ministre extraordinaire de la communion. Service qui me bouleverse à chaque fois, je l’ai déjà écrit, et qui s’est retrouvé encore plus fort : de le faire à Noël, où Dieu se donne à nous dans la fragilité d’un enfant et puis de le faire pour certaines personnes. De donner ce pain que je crois Corps du Seigneur, Pain de Vie, à ces frères inconnus rarement là qui seraient surpris de savoir combien ils manquent, à ces frère paroissiens connus que je vois chaque semaine, à quelques-uns de ces jeunes dont je m’occupe, à la maman de ma future filleule avec un large sourire, à mon propre frère et puis aussi à ces membres de ma propre famille rarement là. 

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