Plus fréquemment qu’il ne le faudrait, mes yeux glissent sur le feu qui brûle sans discontinuer, tantôt léchant tantôt dévorant ces bois morts pour fournir chaleur, lumière et joie.

Il est tard, et mon mémoire n’avance pas.

 

De toute façon, j’ai l’esprit embué par ces mille questions de la journée, par ces moments de solitude que je m’offre ici, partant, disparaissant seule dans la nature une heure ou deux. À pieds ou à vélo, mon luxe, ma simplicité à moi pendant les vacances…

 

Moment où je puis reprendre souffle.

Moment où je peux me préparer sereinement à l’imposante responsabilité qui sera la mienne la semaine prochaine.

Moment où j’égrène leurs prénoms comme un chapelet qui rythme mon pas, les remettant à plus grand que moi.

 

Mais qu’importe ?

Il est tard et l’inspiration n’est pas là.

Je décide alors de prendre mon petit livre rouge non, attention aux voyelles, de Mao mais à moi, petite Bible de poche, de m’asseoir en tailleur face à la cheminée, le visage éclairé par les flammes et d’en lire quelques chapitres.

 

Puis de me frotter à ce silence plus entier que le silence urbain, ou plutôt différent, silence dont le bruit des motos, des ambulances, des éméchés a été ôté. Silence inquiétant, silence aussi nécessaire qu’il est piquant et apaisant.

 

Il n’y a rien et pourtant je ne puis dire qu’il n’y a personne.

 

Seul, ce discret craquement des branches,

Seul, ce pétillement si brûlant,

Seules, ces étincelles voletant…

Annonciateurs d’un au-delà du sens, d'un changement, dans un cœur à cœur chuchoté.