Zabou the terrible

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jeudi, février 25 2010

Bless !

 

            Nos blessures, et les cicatrices ou les infirmités qu’elles nous laissent, sont proprement nôtres, et permettent de nous identifier et de nous reconnaître. C’est à sa blessure ancienne que sa vieille nourrice reconnaît Ulysse à Ithaque, alors qu’il a été, magiquement, rendu méconnaissable par la déesse Athéna, et que, l’esprit tout à la fois empli de joie et de douleur, elle renverse le chaudron où elle s’apprêtait à laver ses pieds. C’est aux plaies de sa Passion que l’apôtre Thomas reconnaît Jésus ressuscité, malgré la condition nouvelle de son corps (Jn. xx, 25-28). Mais, même dans les paroles que nous entendons, l’inflexion de la voix qui se brise à certains mots ou noms nous serait, jusque dans la nuit, signe aussi sûr de reconnaissance, et l’âme a ses blessures tout autant que le corps.

 

Jean-Louis Chrétien, « Blessure », Pour reprendre et perdre haleine – dix brèves méditations, p. 192-193.

 

 

            C’est par ce chapitre, « Blessure » que se termine ce bel ouvrage : difficile d’en parler tant il s’agit effectivement de petites méditations dont certaines phrases savent trouver le fond de notre cœur, et d’autres moins. Mais j’aime ce petit livre parce qu’il ne s’arrête pas à une discipline, n’enferme pas la foi dans un cocon, dans un genre, dans un style. Dix petits mots comme autant de petites sources auxquelles puiser ouvertement, comme autant de stimulants et de fortifiants : Souffle, chemin, tentation, attention, recueillement, bénédiction, paix, douceur, abandon, blessure.

 

Et maintenant… Étincelles III du fr. François Cassingena-Tréverdy. (Enfin, je ne lis pas que ça non plus comme bouquins, hein, je vous rassure)

 

lundi, février 15 2010

Incipit herbacé

         Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user de son intelligence, on ne risque guère d'arrondir les angles. A naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s'expose à se laisser emporter. A imposer sa volonté, on finit par se sentir à l'étroit. Bref, il n'est pas commode de vivre sur la terre des hommes.

         Lorsque le mal de vivre s'accroît, l'envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu'il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.


in Sôseki, Oreiller d'herbes (incipit)

jeudi, février 4 2010

Au milieu de la grisaille, comme une lumineuse douceur


           « La douceur laisse être ce devant quoi (ou celui devant qui) elle se trouve, et pour cela prend du temps. Ce temps, elle ne le prend pas à autrui, mais à soi et sur soi, et par là le donne à autrui. Pourrait-il y avoir une douceur de la parole qui ne fût précédée de la patience de l’écoute ? Et pourrait-on être doux si l’on n’était d’abord attentif ?


             La douceur d’un regard, par exemple, ne consiste pas à faire les « yeux doux » […], mais à faire de notre présence un lieu d’accueil et d’hospitalité – laisser, sans hâte ni prévention, quelqu’un se manifester. […] « Doucement » veut dire « lentement », attention et précaution. C’est la force de la douceur que d’avoir comme une amoureuse divination de la fragilité des gens, des choses et des questions. »


J.-L. Chrétien, « Douceur », Pour reprendre et perdre haleine – Dix brèves méditations.

lundi, février 1 2010

Dialogue dominical


Une responsable d'un groupe de servants avant une messe : "Père, il y a quelque chose de particulier aujourd'hui ?" 

Un vicaire conceptuel : "Ben, il y a Christ qui est ressuscité..."


Ah ouais, ça fait déjà pas mal.

lundi, janvier 25 2010

Au soir, flambée furtive dans nos coeurs


Reste avec nous Seigneur Jésus

Toi le pèlerin d’Emmaüs ;

Présence intime dans la nuit,

Ressuscité, Tu nous conduis.

 

Prenant le pain, Tu l’as rompu,

Alors nos yeux t’ont reconnu,

Flambée furtive dans nos cœurs,

D’un feu de joie, du vrai bonheur.

 

Le temps est court, nos jours s’en vont,

Mais Tu prépares la maison.

Tu donnes un sens à nos désirs,

À nos labeurs, un avenir.

 

Toi le premier des pèlerins,

L’étoile du dernier matin ;

Réveille en nous par ton Amour,

L’immense espoir de ton retour.

 

CFC (f. Pierre-Yves)

 

vendredi, janvier 8 2010

Allons enfants de la patrie...




            La patrie, c’est le lieu où se trouvent nos pères. Mais où sont-ils ? Au cimetière, dans une terre que leur présence rend comme sacrée, ou bien dans l’éternelle vie de la Jérusalem céleste ? Penser notre cheminement dans le temps comme peregrinatio, c’est le penser comme un voyage dont la destination ne sera jamais atteinte dans le temps lui-même, où jusqu’à notre dernier souffle nous serons en route, et dont le moteur est l’espérance – l’éternité se donnant aux être temporels que nous sommes comme à venir. Cela interdit de s’arrêter et de se fixer, comme si nous pouvions être arrivés au terme. Cheminer prend alors un sens radical. […]

 

            Nous passons sur le chemin, mais le chemin lui-même ne passe pas, car il fonde perpétuellement le sens de ce à quoi il conduit.

 

 

Jean-Louis Chrétien, Pour reprendre et perdre haleine, « Chemin ».


vendredi, décembre 18 2009

Les vacances avec Thibaudet ?

(et avec Philia, aussi)

Philia en action

[Se faire] un rendez-vous de vacances studieuses, de ces bonnes vacances que dans notre métier on aborde avec ce soupir allègre : Enfin je vais pouvoir travailler !

 

Albert Thibaudet, La République des professeurs


En tout cas, bonnes vacances à tous !


mardi, décembre 15 2009

Comment lire ?

« C’est toujours ainsi qu'il faut lire ses auteurs ; il faut toujours prendre qu'un texte nous tombe directement sur la tête du haut du sommet du Puy de Dôme.

Alors on peut dire qu'on le lit. Autrement il est vulgarisé, défait, habitué, sans fraîcheur. Et c'est comme s'il avait couché avec tout le monde. »


Charles Péguy, dans « Un poète l'a dit », Œuvres en prose t. II, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, p. 806, à propos de Pascal.


jeudi, novembre 19 2009

Quo ?


De chez Maggy

« N’interrogez pas le cours des fleuves ni la direction des montagnes, allez tout droit devant vous ; allez comme va la foudre de Celui qui vous envoie, comme allait la parole créatrice qui porta la vie dans le chaos, comme vont les aigles et les anges. »

Lacordaire, Conférences de Notre-Dame.


jeudi, novembre 12 2009

Et pour toi, Lacordaire ?

 

                Malgré leur parfait manque de charité, j’aime observer l’attention que mettent certaines plumes grandioses à condenser leur pensée en quelques phrases bien senties, puis goûter ainsi la puissance qui s’en dégage. Là, Barbey d’Aurevilly, et surtout sa plume, aussi superbe qu’elle est acerbe, éreinte Lacordaire après son élection à l’Académie Française.


              
Barbey d

« Seulement qu’on se rappelle bien désormais que, par le temps qui court, les moines peuvent entrer à l’Académie, pourvu qu’ils n’y soient pas trop moines, et comme leur langue est particulièrement le latin, l’Académie, qui est parfaitement bonne et aimable, n’exigent pas qu’ils sachent le français ».

 

In Les Œuvres et les hommes, t. I.



lundi, novembre 9 2009

Un vrai scandale !

 

« La bonté de Jésus Christ

Si nous la vivions comme l’épiderme

De la charité de Jésus,

Elle serait révolutionnaire,

Car rien au monde n’a ses exigences,

Rien au monde n’a ses dimensions

 

Personne sauf Jésus Christ n’a demandé à notre cœur

D’aimer chacun de tous les hommes,

De l’aimer jusqu’au bout

Et de l’aimer en toutes choses.

 

Mais quand un homme a été aimé de cet amour-là

Il en garde le souvenir,

Et ce souvenir devient à son tour

Comme un pressentiment de l’amour même de Dieu. »

 

Madeleine Delbrêl, le 28 février 1961.

 

Madeleine, une femme ordinaire vraiment extraordinaire…

Vous connaissez ? À découvrir aujourd’hui dans la sacristie !!!

 

dimanche, novembre 1 2009

Parce que ça se passe de commentaires [Toussaint 2009]

Parce que ça se passe de commentaires,

Parce que j’aime énormément ce passage

Parce que vous êtes sûr de l’avoir vraiment bien lu ?

Et parce que, oui, d’accord, j’ai besoin d’un peu de temps pour écrire un billet consistant…


Le chemin, la vérité et la vie ?

 

 

2ème lecture de la fête de la Toussaint (1 Jn 3, 1-3)

 

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l'amour dont le Père nous a comblés : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu'il n'a pas découvert Dieu.

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu'il est.
Et tout homme qui fonde sur lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

mercredi, octobre 28 2009

Critique des critiques, par Sainte-Beuve


Sans l’aspect « faites ce que je dis et pas ce que je fais » qui fera tiquer les connaisseurs (qu’on peut toutefois compenser par sa conscience aigüe de ce qu’est le métier de critique), ce texte me semble d’une actualité… frappante.


Sainte-Beuve

" Le don du jugement est la chose du monde que les hommes possèdent de plus diverse mesure." Cela est vrai en matière de goût principalement, et dans tout ce qui touche à la poésie et à l'imagination. Nous vivons dans un temps où chacun se croit critique et se pose comme tel. C'est le pis-aller du moindre grimaud (comme on disait du temps de Boileau), du moindre apprenti littéraire, que de trancher de l'Aristarque en feuilleton. "Les arts les plus mécaniques sont traités avec plus d'honneur que les ouvrages d'esprit ; car ceux qui les ignorent ne se mêlent pas d'en juger, ou ils suivent le sentiment des autres qui les entendent : au contraire, en matière de livres, le plus impertinent est le plus hardi critique." - Le don de critique véritable n'a été pourtant accordé qu'à quelques-uns. Ce don devient même du génie lorsqu'au milieu des révolutions du goût, entre les ruines d'un vieux genre qui s'écroule et les innovations qui se tentent, il s'agit de discerner avec netteté, avec certitude, sans aucune mollesse, ce qui est bon et ce qui vivra ; si, dans une oeuvre nouvelle, l'originalité réelle suffit à racheter les défauts ? de quel ordre est l'ouvrage ? de quelle portée et de quelle voléee est l'auteur ? et oser dire tout cela avec tout, et le dire d'un ton qui impose et se fasse écouter.

in Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire (cours donné à Liège en 1848-1849).

mardi, octobre 20 2009

Pensée inactuelle 2

               Quelques mots de Péguy qui se passeront de commentaires de ma part. 


Donne-moi de m émerveiller

« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. [...] Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. »

 

Charles Péguy

 

(cité dans Robert Scholtus, Petit Christianisme d’insolence, que je viens de terminer et que j’aime décidément beaucoup)

 

lundi, octobre 12 2009

Pensée inactuelle 1

                Pensées in-actuelles : j’ai décidé de poster ici de temps à autre, sous ce titre, quelques citations de divers auteurs qui me semblent si in, donc si actuelles dans leur inactualité et qui me réjouissent. Avec, éventuellement, quelques lignes de commentaires. Ou pas, ce sera selon. Voilà. Bonne in-actualité à tous, on commence par du Platon.

 

« άρχή γάρ και θεός έν άνθρώποις ίδρυμένη πάντα »

 

« Le commencement est comme un dieu qui, aussi longtemps qu’il séjourne parmi les hommes, sauve toutes choses. »

Platon

 

Et si au commencement était le Verbe, alors là… Sourire

 

dimanche, octobre 4 2009

Vroum, atterrissage.

 

Tu nous as faits pour Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il ne demeure en Toi.

 

(Les Confessions I, 1, saint Augustin)

 

C’est reparti ! Avec joie, vroum !

 

vendredi, septembre 25 2009

Eh oui, c'est la reprise

  La mémoire de l’homme ayant une capacité extrêmement bornée, […] il est nécessaire de faire des recueils pour y écrire les choses remarquables qui se présentent dans la lecture, afin de ne pas les perdre tout à fait, et de ne pas les abandonner à l’aventure d’une mémoire infidèle ou chancelante. Ce ne sont pas seulement les choses que nous lisons qui nous échappent, on pourrait y remédier en relisant plusieurs fois les mêmes auteurs, mais ce sont nos propres réflexions qui s’évanouissent, et que nous recherchons ensuite fort souvent en vain, après avoir négligé de les marquer.

Signé, un auteur très moderne à fond les ballons :

Dom Jean Mabillon, Traité des études monastiques

 

samedi, septembre 19 2009

Les indispensables du pèlerin


Les Indispensables


« Même ici bas, au milieu des dangers, au milieu des tentations, nous-mêmes et les autres, chantons Alléluia. […] Chantons donc maintenant, mes frères, non pour agrémenter notre repos, mais pour alléger notre travail. C’est ainsi que chantent les voyageurs : chante, mais marche. Soutiens ton effort par le chant, n’aime pas la paresse ; chante et marche. Qu’est-ce que cela veut dire : marche ? Progresse, progresse dans le bien. Car, selon l’Apôtre, il en est qui progressent de mal en pis. Toi, si tu progresses, c’est que tu marches ; mais progresse dans le bien, progresse dans la vraie foi, progresse dans la bonne conduite. Chante et marche. »

 

In Saint Augustin, Sermon pour le Temps Pascal

 

 

lundi, août 31 2009

Pour bien commencer la semaine

 

« De Pétrarque à Érasme, les studia humanitatis sont conçues in actum, ou ad vitam : pour vivre et agir. Pas question d’un savoir livresque et mort. Lire, éditer les anciens se fait en vue d’inviter le présent à se hausser à la hauteur du passé antique. Si l’on "construit sur une parole antique", c’est d’un monde neuf dont il s’agit. »

 

François Hartog, « L’autorité du temps », ETVDES, juillet-août 2009, p.57.

 

 

J’aime beaucoup, vraiment beaucoup.

 

vendredi, août 28 2009

Au vert


"J'aime encore assez l'Art et la Vie."

Vincent Van Gogh

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