
Nos blessures, et les cicatrices ou les infirmités qu’elles nous laissent, sont proprement nôtres, et permettent de nous identifier et de nous reconnaître. C’est à sa blessure ancienne que sa vieille nourrice reconnaît Ulysse à Ithaque, alors qu’il a été, magiquement, rendu méconnaissable par la déesse Athéna, et que, l’esprit tout à la fois empli de joie et de douleur, elle renverse le chaudron où elle s’apprêtait à laver ses pieds. C’est aux plaies de sa Passion que l’apôtre Thomas reconnaît Jésus ressuscité, malgré la condition nouvelle de son corps (Jn. xx, 25-28). Mais, même dans les paroles que nous entendons, l’inflexion de la voix qui se brise à certains mots ou noms nous serait, jusque dans la nuit, signe aussi sûr de reconnaissance, et l’âme a ses blessures tout autant que le corps.
Jean-Louis Chrétien, « Blessure », Pour reprendre et perdre haleine – dix brèves méditations, p. 192-193.
C’est par ce chapitre, « Blessure » que se termine ce bel ouvrage : difficile d’en parler tant il s’agit effectivement de petites méditations dont certaines phrases savent trouver le fond de notre cœur, et d’autres moins. Mais j’aime ce petit livre parce qu’il ne s’arrête pas à une discipline, n’enferme pas la foi dans un cocon, dans un genre, dans un style. Dix petits mots comme autant de petites sources auxquelles puiser ouvertement, comme autant de stimulants et de fortifiants : Souffle, chemin, tentation, attention, recueillement, bénédiction, paix, douceur, abandon, blessure.
Et maintenant… Étincelles III du fr. François Cassingena-Tréverdy. (Enfin, je ne lis pas que ça non plus comme bouquins, hein, je vous rassure)










