Zabou the terrible

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jeudi, mai 10 2018

Être ami de Dieu

Une petite citation savoureuse croisée au gré des pages... belle fête de l'Ascension à tous ! 

Contrairement à l'amour, l'amitié est par définition réciproque. On peut aimer quelqu'un sans qu'il le sache, mais on ne peut être l'ami de quelqu'un à son insu. Cela ne veut pas dire que la relation d'amitié est identique chez les deux amis, car chacun est bien lui-même, il a son histoire, sa manière d'aimer, de faire confiance, de manifester sa sympathie. Mais la relation est réciproque : chacun éprouve de l'amitié pour l'autre et se réjouit de sa présence. Cela est vrai de la relation que Dieu cherche à vivre avec l'homme. 

Il n'y a pas d'égalité entre Dieu et l'homme, car l'un est Dieu et l'autre est l'homme, mais il y a réciprocité dans la relation. Si chacun se donne totalement, si l'homme se donne comme Dieu se donne, ils entrent en relation de manière égale, totalement. Cela permet de regarder la foi, par exemple, d'un oeil renouvelé : la foi est l'une des dimensions essentielles de cette relation entre l'homme et Dieu. Elle participe donc à la réciprocité. Tu donnes à Dieu ta foi, et tu découvres que déjà, il croyait en toi. Tu cherches à l'aimer, et tu comprends qu'il te faisait confiance. La mesure de sa confiance en toi n'est pas ta confiance en lui. Car il t'a fait confiance, il t'aime en se donnant totalement

In Jean-Marie Gueulette, Laisse Dieu être Dieu en toi - petit traité de la liverté intérieure, p.32

jeudi, avril 26 2018

Entre deux écueils, la voie de la relation

Dans le deuxième chapitre de son exhortation Gaudete et exsultate, le pape désigne deux hérésies qui nous guettent et nous empêchent de marcher dans notre vocation à la sainteté : le gnosticisme et le pélagianisme. On pourrait se dire que François se contente de donner des baffes d’un côté comme de l’autre, avec justesse et bellement comme il sait le faire mais cela ne s’arrête en réalité pas là : en désignant les deux écueils d’un christianisme qui ne serait que science ou qu’effort de la volonté, il désigne ce qui est important, ce qui sauve et ce qui est l’essence de notre foi, notre relation personnelle avec Dieu : « Pour que nous soyons parfaits comme il le désire, nous devons vivre humblement en sa présence, enveloppés de sa gloire ; il nous faut marcher en union avec lui en reconnaissant son amour constant dans nos vies » (par. 51). C’est donc vers Lui que notre regard doit constamment être tourné : 

 

Cependant nous ne pouvons pas célébrer avec gratitude le don gratuit de l’amitié avec le Seigneur si nous ne reconnaissons pas que même notre existence terrestre et nos capacités naturelles sont un don. Il nous faut « accepter joyeusement que notre être soit un don, et accepter même notre liberté comme une grâce. C’est ce qui est difficile aujourd’hui dans un monde qui croit avoir quelque chose par lui-même, fruit de sa propre originalité ou de sa liberté » (Liucio Gera). (Par. 55)

 

mercredi, avril 4 2018

De résurrection et d'eucharistie

Alors nous sommes là, avec lui, ignorant ce qu'il façonne en nous, comme les femmes aux aromates qui veillaient dans la nuit, devant le tombeau du Seigneur. Et ces mêmes femmes étaient là, encore, le grand matin du premier jour, et par la grâce de leur persévérance, voilà que nous aussi, nous sommes là, à l'heure bénie où le Christ est ressuscité. Il s'était offert en remerciement, en sacrifice d'action de grâce. C'est à nous maintenant d'en faire autant. En déposant sa vie entre nos mains, il nous relève et nous envoie, afin que nous soyons nous aussi, eucharistie, en ce monde. 

Sr Anne Lécu, Ceci est mon corps , Cerf,  2018, p. 125

 

http://www.narthex.fr/events/agenda-2015-1/vignette-resurrection.jpg/image_largeManessier, Résurrection

jeudi, février 1 2018

Ce qu'est l'unité... pour vivre

"Le principe de la vie est l'unification. La tendance à l'isolement est source de mort. Toutes les choses qui se séparent, qui se ferment ou qui cherchent à s'auto-affirmer finissent par mourir. Dans la création également, le principe de la vie se caractérise par l'unification, par les relations. La vie passe à travers les relations ; la mort triomphe en brisant celles-ci. Le péché a trompé l'homme en lui promettant que, s'il s'occupait de lui-même et s'il se conduisait selon sa propre volonté, il vivrait, il s'affirmerait. Ce mensonge du tentateur est devenu le cimetière de l'humanité. (...) 

Le bonheur se trouve dans l'unité, parce que l'unité est la garantie de la vie. C'est seulement dans une union qui n'exclut personne que la vie est garantie. Si une partie est exclue, c'est-à-dire repoussée dans l'isolement où couvent rancoeur et agressivité, tôt ou tard elle devient une menace pour tous, donc aussi pour elle-même. La vraie garantie de la vie est la communion de tous, sans exclure personne : une communion qui tient compte de tous, qui interpelle chacun, qui ne fait aucune pression, ne recourt à aucune violence, n'oblige pas à se mutiler pour entrer dans l'ensemble, mais qui, en affirmant tous, parvient à affirmer chacun. " 

RupnikAu regard de Dieu - l'examen de conscience 

 

lundi, janvier 22 2018

Bakhita chance et grâce pour le lecteur

 

Peut-être que vous connaissez déjà l’histoire vraie de Bakhita, histoire complètement improbable d’une petite fille enlevée comme esclave au Darfour, devenue domestique puis religieuse en Italie et enfin sainte ? Elle resterait improbable cette histoire si elle n’était toute pleine de grâce et c’est cette histoire à la foi si simple et en même temps si bouleversante que Véronique Olmi a entrepris de raconter dans son livre éponyme : Bakhita (éd. Albin Michel, 2017).

 

Le début est rude : c’est l’histoire d’un arrachement, de la violence humaine souvent bestiale et des espoirs déçus et, dans le même temps, celui de la vie plus forte, malgré tout ; le tout dans un style souvent dur également qui évolue en même temps que la vie de Bakhita. Une découverte de l’amour et de la confiance toujours plus forte dans sa vie. Cela donne simplement un magnifique livre qu’on quitte à regret.

 

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« Bakhita se demandait comment, avec quels mots lui dire. Elle connaissait certaines questions à l’avance, sur ses bourreaux, le pardon, sa conversion, et ce qu’elle avait à répondre lui paraissait toujours autre chose que ce qu’on attendait. C’était différent, et aussi plus simple. Ses bourreaux ? Elle les avait depuis longtemps confiés à el Paron, elle ne s’en encombrait pas, mis à part bien sûr quand ils décidaient de lui rendre visite dans les longues nuits de cauchemars. Mais elle est soulagée d’eux, parce que Dieu pardonne pour elle. Elle est sa fille et Il fait cela pour elle. Est-ce que ses histoires sont vraies ? Est-ce que ces souvenirs sont les siens ? Mais rien n’est vrai, que la façon dont on le traverse. Comment leur dire ça ? En vénitien ? En italien ? En latin ? Elle n’a aucune langue pour ça, pas même un mélange de dialectes africains et d’arabe. Parce que ça n’est pas dans les mots. Il y a ce que l’on vit et ce que l’on est. A l’intérieur de soi. C’est tout. » (p. 370-371)

 

dimanche, novembre 19 2017

1ère journée mondiale des Pauvres

Grande nouveauté de l'année 2017, le pape François a instauré le 33ème dimanche du temps ordinaire une "journée mondiale pour les pauvres". Et si fixer cette journée le dernier dimanche "officiel" du temps ordinaire était aussi une manière de nous dire qu'il faudrait réussir à mettre cette "option préférentielle pour les pauvres" en premier de tout ? 

Il ne suffit pas d'en rester au malaise de tous ces gens qui n'ont pas de quoi vivre et "résident" dans la rue à deux pas de chez nous, 
Il ne suffit pas de nous indigner,
Il ne suffit pas de les regarder de haut... ou, pire, de ne plus les voir, devenus indifférents,
Il ne suffit pas de nous dire que nous sommes tous des pauvres en quelque chose (même si c'est aussi vrai),
Il ne suffit pas de parler de la pauvreté et des "pauvres" en général... 

.... mais, justement, ce qui est certain, c'est que le pape François en a profité pour écrire un beau message, intitulé "N'aimons pas en paroles, mais par des actes" qui n'est pas qu'une parole en l'air mais bien une invitation concrète à aller rencontrer le Christ en nos frères les plus démunis et à les mettre au centre de nos actions, pour que celles-ci soient remodelées par une charité qui soit vraie. 

 

Un court extrait : 

§3 "Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêques Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58)" 

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lundi, juillet 31 2017

Parce que Son pardon transforme tout

... mieux qu'un phenix ! :-) 

« Le cautère de feu matériel, là où on le pose, fait toujours une plaie, et il a cette propriété que s’il s’imprime sur une plaie qui n’était pas causée par le feu, il la rend une plaie de feu. Il en est de même de ce cautère d’amour <de l’Esprit en nous>. Si l’âme qu’il touche porte d’autres plaies, des plaies de misères et de péchés, ou bien si elle est saine, il lui laisse des plaies d’amour, et les plaies qui venaient d’une autre cause deviennent des plaies d’amour ».

 

in Vive Flamme, st Jean de la Croix

 

N.B. : Le cautère est un instrument médical destiné à brûler un tissu.

 

mardi, juin 20 2017

Prière pour recevoir l'Esprit

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"Répands en nos coeurs la ferveur de Ta charité. 

Deviens Toi-même pour nous un courant qui coule à flots, car notre propre courant ne nous porte pas jusqu'à Toi.

Sois pluie bienfaisante en notre aridité, sois fleuve à travers notre paysage, afin qu'il trouve en Toi son milieu, et la cause de son abondance et de sa fécondité. 

Et si Ton eau produit en nous fleurs et fruits, nous voulons alors ne pas les considérer comme nos propres "pousses" et nos propres productions, car ils proviennent de Toi. 

Nous voulons les mettre en dépôt près de Toi pour les joindre aux biens invisibles dont Tu peux disposer Toi-même comme Tu le veux. 

Ce sont des fruits de notre sol, mais produits par Toi, et que Tu peux utiliser pour Toi ou pour nous, ou mettre en réserve pour celui qui n'a rien." 

Hans-Urs Von Balthasar

samedi, juin 3 2017

Pourquoi lire et relire la Bible

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"L'Ecriture n'appartient à personne : ni à l'exégète, ni à un magistère quel qu'il soit, ni même à la communauté chrétienne. Elle se donne à chacun de ses lecteurs, à chacune de ses lectrices, comme une parole de liberté, le témoignage d'un peuple de croyants, la proposition d'un chemin de vie. En tout cas, c'est une parole prononcée ou écrite par d'autres que les lecteurs actuels ; d'aucuns ajouteront : à travers elle, nous pouvons entendre la Parole de l'Autre par excellence, de Dieu lui-même.

Pourquoi lire la Bible, pourquoi apprendre à d'autres à faire de même ? Il n'y a qu'une seule réponse possible, si nous voulons respecter le texte que nous lisons : pour nous mettre à son écoute, avec la conviction que cette Parole peut faire vivre." 

 Wermeylen, Jacques, « À quoi servent les exégètes ? La lecture de la Bible, entre servitude et service », Revue des sciences religieuses, 80/3 | 2006, p. 314. 

mercredi, mai 10 2017

Ne laisse pas un seul jour filer sans aimer

 

"Pierre poursuit :
'Le cérébral est l'ennemi du coeur. Tu ne viendras pas à la foi par l'intelligence. Par les livres, la philosophie, la théologie. Je crois que l'intellectuel ne voit que la pointe émergée de l'iceberg. Alors qu'avec le coeur, je dépasse mes schémas. Les murs tombent, un à un, par pans entiers.
- Cela peut etre si dur à entendre. On a parfois l'impression que ceux qui croient sont déconnectés, ou bien qu'ils se rassurent.' 

Pierre sourit doucement.
'Croire, c'est faire le passage de l'intellect à la réalité, à l'expérience. Ce n'est pas une échappatoire ou une fuite. Au contraire. La foi est une épreuve de la réalité. Il faut éprouver pour aimer. Regarde, Dieu s'est fait homme, Il a épousé la condition de l'homme poru éprouver sa réalité. Et l'aimer jusqu'au bout.' 

Le regard de Pierre verse dans le vide. Comme s'il fouillait à l'intérieur. Après un léger silence, il reprend : 'L'intelligence du coeur, voilà le grand réalisme. Ne pas laisser un seul jour filer sans aimer. Lorsqu'on lui demandait : Que faut-il à un prêtre pour qu'il garde toute sa ferveur ? Le curé d'Ars répondait : Il devrait rester au séminaire toute sa vie. Le désir de Dieu dépasse l'intelligence.'" 

In Pierre Adrian, Des âmes simples, p.65-66

 

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dimanche, mars 5 2017

Que ma prière devant Toi s'élève comme l'encens

 

« Chacun de nous a en lui son holocauste, et il embrase l’autel de son holocauste pour qu’il brûle toujours. Pour moi, si je renonce à tout ce que je possède, prends ma croix et suis le Christ, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu ; ou si je livre mon corps aux flammes en ayant la charité et obtiens la gloire du martyre, je m’offre en holocauste à l’autel de Dieu. Si j’aime mes frères jusqu’à donner ma vie pour mes frères, si pour la justice et la vérité, je lutte jusqu’à la mort, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu. Si je fais mourir mes membres à toute convoitise de la chair, si le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde, j’offre un holocauste à l’autel de Dieu et je deviens moi-même le prêtre de ma victime. »

 

Origène, Homélie sur le Lévitique, IX, 9, SC 287.

 

mardi, février 28 2017

Parce que demain n'est pas la veille mais quand même

Pour agrémenter le petit-déjeuner crêpier de Chantal ;-) 

 

Nous ne sommes encore que mardi gras mais je vous propose ce beau billet du président du Centre Sèvres qui donne plusieurs pistes pour nous préparer à ces 40 jours : pour que le feu soit vif sous la cendre ! 

http://www.femininbio.com/sites/femininbio.com/files/styles/panoramique/public/images/2012/11/feu_braise_cendre.jpg?itok=6jzU4YaT

 

Bientôt va commencer le temps du Carême. Que faire pour que ces semaines ne soient pas comme les autres, (pour nous qui fréquentons le Centre Sèvres) ? Nous savons bien que le Carême n’est pas ce temps où il faudrait s’acquitter d’un certain nombre de privations et se tenir dans l’austérité pour être en règle avec la loi. Il est le moment où nous nous pouvons prendre conscience de notre finitude, de notre incapacité à aimer par nous mêmes, et de la nécessité vitale de nous tourner vers un autre que nous. Et cela peut être vrai aussi dans le travail de l’intelligence… Nous avons besoin de tels moments pour donner sens aux temps qu’on appelle ordinaires.
Qu’allons-nous vivre durant ces jours ? Quels moyens simples pour réveiller ce qui dort en nous ? A chacun de repérer ce dont il a le plus besoin pour aller vers l’essentiel. Peut-être s’agit-il de retrouver un peu de liberté face à ce qui, dans le quotidien de nos jours, nous tient captifs, nous inquiète et nous referme sur nous-mêmes. Il n’est pas difficile de trouver là où nous avons besoin de gagner en respiration intérieure, nous rendre disponible pour autre chose, pour un Autre, pour les autres. Pas besoin de chercher très loin quel ascétisme pratiquer ; il suffit, pour être décentré, d’être attentif aux appels du quotidien.


Mettons encore une fois notre cœur, notre intelligence et notre corps en éveil, pour entendre tout ce que Dieu veut nous dire. A chacun selon son histoire, il murmurera que nous préparons Pâques dans nos vies et dans ce monde chaque fois que le partage est plus fort que la possession, le désir de fidélité plus grand que celui de tout essayer ou de tout vouloir, la liberté de conscience plus importante que l’embrigadement idéologique, l’écoute intérieure plus insistante que la cacophonie ambiante, la solidarité plus contagieuse que la solitude, la parole plus influente que l’indifférence, le pardon et le respect de la vie plus forts que la haine et la mort.


Seul, nous n’y parviendrons pas. Mais le Christ nous redit en ce début de Carême qu’il s’embarque avec nous pour nous conduire sur les rives pascales.

 

François Boëdec, président du Centre Sèvres

Original par ici >>

dimanche, février 12 2017

En guise de non-transition

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"Qu'importe l'occupation en laquelle Il me veut ? Puisqu'Il est toujours avec moi, l'oraison, le coeur à coeur, ne doit jamais finir." 

Ste Elisabeth de la Trinité

mercredi, décembre 28 2016

Et je m'entête à louer ta création

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Comme une pensée d'Etty Hillesum pour temps troublés, ou pour les Saints Innocents... bref, qui semble consonner tout à fait aujourd'hui : 

 

"On a parfois le plus grand mal à concevoir et à admettre, mon Dieu, tout ce que tes créatures terrestres s'infligent les unes aux autres en ces temps déchaînés. Mais je ne m'enferme pas pour autant dans ma chambre, mon Dieu, je continue à tout regarder en face, je ne me sauve devant rien, je cherche à comprendre et à disséquer les pires exactions, j'essaie toujours de retrouver la trace de l'homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introubable. Enseveli parmi les ruines monstrueuses de ses actes absurdes.

Je ne reste pas ici, dans une chambre paisible et fleurie, à me gaver de poètes et de penseurs à louer Dieu, je n'y aurais pas grand mérite, et je ne crois pas non plus être aussi étrangère au monde que mes bons amis se plaisent à le répéter d'un air attendri. Tout être humain a sa réalité propre, je le sais, mais je ne suis ni une illuminée, ni une rêveuse, mon Dieu, ni une "belle âme" attardée dans une interminable puberté. Je regarde ton monde au fond des yeux, mon Dieu, je ne fuis pas la réalité pour me réfugier dans de beaux rêves - je veux dire qu'il y a place pour de beaux rêves à côté de la plus cruelle réalité - et je m'entête à louer ta création, mon Dieu, en dépit de tout !" 

Etty Hillesum, Une vie bouleversée (extrait de son journal du 26 mai 1942) 

mardi, novembre 22 2016

Cette carte du ciel en nous - A. Gesché

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"En nous se trouve donc une dimension cachée, que j'aimerais appeler une "carte du ciel" comme on dit qu'en ont les oiseaux migrateurs en quête de leur route. L'homme a besoin d'un ciel, il lui faut "la voûte d'une longue phrase au-dessus de l'existence".

Sans doute alors est-il important que nous réapprenions à déchffrer cette carte ou cette phrase, comme notre secret peut-être le plus précieux. Et qui, à notre insu sans doute, nous fait vivre, déposée en nous, telle la tremblante mais indubitable lampe du sanctuaire. Lampe vacillante, mais dont le tramblement dit peut-être justement l'importance ; lampe soumise à tous les risques, mais que nous devons entourer et protéger de nos mains, car elle a été déposée en nous par celui qui a fait de nous une merveille presque insoupçonnable à nos yeux, mais que nous avons le droit de croire et le devoir d'aimer." 

Adolphe Gesché, La Destinée (Dieu pour penser, t.V, chap. I "Topiques de la question du Salut") 

mercredi, novembre 9 2016

Aux intranquilles

Toi là, tu n'es pas tranquille ?

Enfin, ta conscience peut-être, je ne prétends pas la connaître, mais peut-être ne tiens-tu pas en place, ou peut-être que tu es du genre à te poser 30000 questions/seconde dont toutes ne sont vraiment pas utiles (cas pas tout à fait étranger à la tenancière de ce blogue), à te prendre la tête d'une manière générale, à ne pas aimer les certitudes figées et automatiques, à douter de tout ou de rien.... Lis ça, tu ne te tiendras toujours pas tranquille mais tu goûteras peut-être et même certainement d'une manière renouvelée au charme de ton intranquilité foncière. Parce qu'elle est liée au flot de la vie elle-même. 

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"La vie, puissante, majestueuse, tranchante. La vie sans concession et sans demi-mesure. Aucun de nous n'aura fait l'expérience de naître à moitié. Aucun de nous ne fera l'expérience de mourir à moitié. De bout en bout, la vie, entière et exclusive. On apprendra à mettre de l'eau dans son vie, mais la vie, elle, restera tout ou rien. On en prendra plein la vue, plein les poumons, plein le coeur. Car quelque chose nous saisit qui s'appelle exister - sortir de soi, être expulsé, séparé. 

On nous regarde, on nous dit tu, et il nous faudra une vie pour répondre je. Une vie pour admettre qu'on avance à découvert, qu'il n'y a pas d'autre peau que la sienne entre soi et le monde." 

Marion Muller-Colard, L'Intranquillité

 

mercredi, septembre 14 2016

La grâce, cette poésie de Dieu dans la vie

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"Avant d'agir politiquement, la foi agit poétiquement, crée le regard neuf, chante le Magnificat, c'est-à-dire abat la puissance, relève ce qui est à terre, non par envie, à cause d'une perception spontanée des choses, hors de l'aveuglement. Elle voit la force dans la faiblesse, la gloire dans la dérision. L'énorme absurdité de la Croix brise ce qu'on nomme réalité." 

 

In Jean Sulivan, Matinales

lundi, septembre 5 2016

Parce que Victor Hugo a dû être prof en collège

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Dieu fait les questions pour que l'enfant réponde.

"Les deux bêtes les plus gracieuses du monde,
Le chat et la souris, se haïssent. Pourquoi ?
Explique-moi cela, Jeanne." Non sans effroi
Devant l'énormité de l'ombre et du mystère,
Jeanne se mit à rire. "Eh bien ? - Petit grand-père,
je ne sais pas. jouons." Et Jeanne repartit :
"Vois-tu, le chat c'est gros, la souris c'est petit.
- Eh bien ?" Et Jeanne alors, en se grattant la tête,
Reprit : "Si la souris était la grosse bête,
À moins que le bon Dieu là-haut ne se fâchât,
Ce serait la souris qui mangerait le chat."

V. Hugo, textes complémentaires de La Légende des siècles

lundi, juin 13 2016

Les personnes ennuyeuses et la charité assise

Dans les oeuvres de miséricorde que cette année de la miséricorde nous invite tout spécialement à découvrir ou à redécouvrir, il y en a une qui prête souvent à sourire : "supporter patiemment les personnes ennnuyeuses". A ce sujet, j'ai trouvé très beau l'éditorial de la revue Christus d'avril 2016 que je me permets de reproduire ici, qui en donne, me semble-t-il, toute la profondeur et le sens. 

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         "Les oeuvres de miséricorde décrivent un mouvement de sortie de soi pour aller au devant de l'autre "abîmé". Or, une curieuse injonction à "supporter patiemment les personnes ennuyeyses" se glisse un peu comme par erreur dans ce paysage de la bonté. On pourrait objecter qu'il n'y a pas de commune mesure entre la noblesse du service aux démunis et l'insignifiance du simple fait de supporter. En outre, quelle idée curieuse de mettre sur un même plan, les pauvres, les pécheurs... et les raseurs ! Le voisin de table qui monopolise la parole, nous abreuve de ses histoires et parle sans jamais rendre la politesse de son écoute, serait-il, à sa façon, un pauvre qui appelle notre charité ? Mais de quelle charité parle-t-on s'il ne s'agit pas de sortir de nous-mêmes pour porter nourritures et consolations ? 

            Non, il ne nous est pas demandé ici de sortir mais de rentrer. Tenir notre poste et voir s'il y a en nous la place pour un autre ; ne pas quitter notre fauteuil mais au contraire nous y installer pour accueillir celui que nous voudrions fuir. Il est temps maintenant de retenir les pensées malveillantes et, après coup, la parole assassine qui, croit-on, panse l'irritation. 

            Cette modeste "charité assise" coûte tant que nous serions tentés de l'ignorer, elle a cependant bien sa place. C'est une visite sans bouger et un don sans cadeau ; une prière dénuée de paroles. L'humble présence que nous devons à l'autre ne nous apporte pas de récompense. Goûtant la joie d'être reçu, le raseur le restera ; il ne sera peut-être pas transformé par notre présence intérieure. Nous le serons à coup sûr." 

In M.-C. Bustarret, édito "La Charité assise", Christus, avril 2016. 

vendredi, mai 13 2016

RIP Eloi Leclerc

F. Eloi Leclerc, l'auteur notamment de Sagesse d'un pauvre, est décédé ce jour. En guise d'hommage, je transcris ce petit texte qui en est issu... Un petit extrait que m'avait transmis il y a presque 10 ans feu mon père spirituel à une question connexe que je lui posais et que je garde encore tel un trésor. 

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- Sais-tu, frère, ce qu'est la pureté du coeur ? 

- C'est ne pas avoir de faute à se reprocher répondit Léon sans hésiter. 

- Alors, je comprends ta tristesse, dit François. Car on a toujours quelque chose à se reprocher. 

- Oui, dit Léon, et cela précisément me fait désespérer d'arriver un jour à la pureté du coeur. 

- Ah ! Frère Léon, crois-moi, repartit François, ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu'il est, lui, toute sainteté. Rends-lui grâces à cause de lui-même. C'est cela même, petit frère, avoir le coeur pur. 

Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait et de se découvrir pécheur, est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l'immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le coeur pur est celui qui ne cesse d'adorer le Seigneur vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l'éternelle innocence et à L'éternelle joie de Dieu. 

Un tel coeur est à la fois dépouillé et comblé. Il lui suffit que Dieu soit Dieu. En cela même, il trouve toute sa paix, tout son plaisir. Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté. 

- Dieu, cependant, réclame notre effort et notre fidélité, fit observer Léon. 

- Oui sans doute, répondit François. Mais la sainteté n'est pas un accomplissement de soi ni une plénitude que l'on se donne. Elle est d'abord un vide que l'on se découvre et que l'on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure où l'on s'ouvre à sa plénitude. 

Notre néant, vois-tu, s'il est accepté, devient l'espace libre où Dieu peut encore créer. Le Seigneur ne laisse ravir sa gloire par personne. Il est le Seigneur, l'Unique, le Saint. Mais il prend le pauvre par la main, il le tire de sa boue et le fait asseoir parmi les princes de son peuple afin qu'il voie sa gloire. Dieu devient alors l'azur de son âme. 

Contempler la gloire de Dieu, frère Léon, découvrir que Dieu est Dieu, éternellement Dieu, au-delà de ce que nous sommes ou pouvons être, se réjouir à plein de ce qu'il est, s'extasier devant son éternelle jeunesse et lui rendre grâces à cause de lui-même, à cause de son indéfectible miséricorde, telle est l'exigence la plus profonde de cet amour que l'esprit du Seigneur ne cesse de répandre en nos coeurs. C'est cela avoir le coeur pur. Mais cette pureté ne s'obtient pas à la force des poignets et en se tendant. 

- Comment faire ? demanda Léon. 

- Il faut simplement ne rien garder de soi-même. Tout balayer. Même ce sentiment aigu de notre détresse. Faire place nette. Accepter d'être pauvre. Renoncer à tout ce qui est pesant, même au poids de nos fautes. Ne plus voir que la gloire du Seigneur et s'en laisser irradier. Dieu est, cela suffit. Le coeur devient alors léger. Il ne se sent plus lui-même, comme l'alouette enivrée d'espace et d'azur. Il a abandonné tout souci, toute inquiétude. Son désir de perfection s'est changé en un simple et pur vouloir de Dieu." 

Léon écoutait gravement, tout en marchant devant son père. Mais, à mesure qu'il avançait, il sentait son coeur devenir léger, et une grande paix l'envahir. 

Eloi Leclerc, Sagesse d'un pauvre

 

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