Zabou the terrible

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lundi, janvier 30 2012

Chemin faisant

 

« Pourtant, de l’époque où tous les chemins menaient à des sanctuaires, l’homme est resté pèlerin dans l’âme. Et c’est peut-être à son pas, au ras des talus et des fossés que se mesure la distance qui mène de la Terre au Ciel. »

 

in Barret/Gurgand, Priez pour nous à Compostelle !

 

Marcher, encore et toujours ;

Marcher d’un pas, d’un bon pas, du meilleur qui soit : le sien.

Parce qu’en nous ramenant à qui nous sommes, il nous emmène toujours un peu plus au fond de nous-mêmes, vers Celui qui nous donne de l’être.

 

Et marcher même dans le froid qui revient, quand on n’en a pas vraiment envie, avec ses pieds au sol et cette tête, cette fichue tête toujours un peu (trop) au ciel :

Et regarder au gré du chemin le monde ;  

Et regarder, au fil de son chemin mais en face, cette humanité charriant souffrances, joie, violence, amour et peur ;

Et, malgré tout, continuer à marcher à son propre rythme mais en osant Son regard,

Continuer à marcher en souriant, prophète de l’Espérance.

  

jeudi, janvier 19 2012

Quelle jeunesse insolente !

 

Un récent billet de David m’avait donné l’envie de remettre le nez dans les deux Petits Christianismes (l’un de tradition, l’autre d’insolence) de Robert Scholtus que j’avais fort goûtés. Petits bouquins à la saveur piquante – mais pas trop, juste comme il faut. Des petits livres qui donnent à réfléchir de concert avec l’auteur avec la délicieuse sensation de le faire en complicité, à contretemps.

 

De récentes discussions sur cette institution qu’il est souvent de bon ton de vilipender m’ont alors tout particulièrement conduite à resavourer la sapidité et la sapience de ces quelques beaux et justes mots sur l’Eglise et son « insolente jeunesse ».

 

« Paradoxalement, c’est à l’Eglise, cette vieille dame si démodée, si dénigrée pour sa ringardise et ses rigidités, que l’on doit la sauvegarde de l’irréductible nouveauté de cet événement. Il n’y a qu’elle pour sauver Jésus, non seulement de l’oubli, mais surtout du mythe qu’il devient quand s’emparent de lui les spiritualités jeunes et sauvages du Nouvel Âge. Gardienne du mystère de ce Dieu incarné, c’est elle qui empêche que son Evangile soit définitivement recyclé dans la vieille lessiveuse syncrétiste.

 

Et parce qu’elle est contemporaine du Ressuscité transparaît sous son fard craquelé et derrière ses parures désuètes un air d’éternelle jeunesse. Pour qui sait voir au-delà es apparences du monde et des aléas de l’histoire, son visage resplendit d’une beauté virginale et primordiale, pur reflet de l’amour d’un Dieu plus jeune que toute mort. Beaucoup la croient ménopausée, définitivement stérile. Mais elle, contrainte au dépouillement, est en train de redécouvrir ce que finalement au plus secret d’elle-même elle a toujours été, cette adolescence rougissante et maladroite, étourdie par tant de grâce et de responsabilité, d’une insolente jeunesse. »

 

in Robert Scholtus, Petit christianisme d’insolence

 

 

 

mercredi, janvier 11 2012

Tu comprends quelque chose toi ?

 

« Comprendre les choses, c’est saisir la relation qu’elles ont au Christ.

 

À ce prix seulement, on voit, avec les yeux de l’esprit, s’élever le temple de l’amour de Dieu »

 

Dom Jean Leclercq, L’amour des Lettres et le désir de Dieu


  

vendredi, décembre 23 2011

Réveiller le puits


Ce matin, j’ai fini mes courses de Noël.

 

Rien que du très ordinaire pour un 23 décembre : de la foule, du monde ; des gens pressés, des gens qui mendient dans une indifférence presque générale, des gens qui se font la gueule et qui se castagnent, des gens qui attendent le train en se bousculant, des gens avec des paquets dans tous leurs bras… Veille de fête.

 

La tête dans la lune ou peut-être quelque peu au ciel, je songeais à Noël, au p’tit Jésus qui se faisait homme, et ça me rendait profondément joyeuse ; et ça me faisait sourire.

 

Une personne croisée toute tristoune a pensé que c’était à elle que je souriais et les commissures de ses lèvres se sont élargies : elle m’a rendu mon sourire, ce qui a eu pour simple effet de me faire sourire encore plus.

 

La joie, la fête, Noël : quel sens ?

 

Je n’aime pas crier haro sur mes frères les hommes, m’indigner trop parce qu’un de mes professeurs m’a fait découvrir l’expression « vacances de fin d’année » pour parler de celles de Noël…

 

Mais ce simple sourire soudain dessiné dans la foule aussi compacte qu’opaque illumina ma matinée.

 

Et, plutôt que de râler sur la perte de sens, sur le mercantilisme d’une fête si intensément chrétienne, j’ai songé à un épisode du Petit Prince pas si naïf qu'il le semble : un passage qui nous engage tous profondément à veiller, à éveiller, à réveiller :

 

- Les hommes, dit le petit prince, ils s’enfournent dans les rapides, mais ils ne savent plus ce qu’ils cherchent. Alors ils s’agitent et tournent en rond…

Et il ajouta :

- Ce n’est pas la peine…

 

Le puits que nous avions atteint ne ressemblait pas aux puits sahariens. Les puits sahariens sont de simples trous creusés dans le sable. Celui-là ressemblait à un puits de village. Mais il n’y avait là aucun village et je croyais rêver.

 

- C’est étrange, dis-je au petit prince, tout est prêt : la poulie, le seau et la corde…

 

Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi.

- Tu entends, dit le petit prince, nous réveillons ce puits et il chante »

 

Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

 

mercredi, décembre 14 2011

Pourquoi Lettres ?



- Dis, Zabou, dis, pourquoi tu étudies les Lettres ? 

- Parce que j'aime ça et vraiment ? 

On m'a reposé à plusieurs reprises cette question ces derniers temps, les Lettres apparaissant à beaucoup comme une activité relativement futile, proche de la détente. 

Au-delà d'une simple réponse de goût personnel - qui est réel !-, j'aimerais aussi donner celle de Benoît XVI lors de son discours au monde de la culture à Paris, le 12 septembre 2008. Il parle des moines mais, puisqu'il s'agit dans son discours de retracer l'histoire de la culture européenne, c'est bien à chacun de nous qu'il s'adresse et en particulier à l'idéal du lettré chrétien. Un vrai bel idéal. 

 

« Quaerere Deum […] La recherche de Dieu requiert donc, intrinsèquement, une culture de la parole, ou, comme le disait dom Jean Leclercq : eschatologie et grammaire sont dans le monachisme occidental indissociables l’une de l’autre. Le désir de Dieu comprend l’amour des lettres, l’amour de la parole, son exploration dans toutes ses dimensions. Puisque, dans la parole biblique, Dieu est en chemin vers nous et nous vers Lui, ils devaient apprendre à pénétrer le secret de la langue, à la comprendre dans sa structure et dans ses usages. Ainsi, en raison même de la recherche de Dieu, les sciences profanes, qui nous indiquent les chemins vers la langue, devenaient importantes.

 

La bibliothèque faisait, à ce titre, partie intégrante du monastère tout comme l’école. Ces deux lieux ouvraient concrètement un chemin vers la parole. Saint Benoît appelle le monastère une dominici servitii schola, une école du service du Seigneur. L’école et la bibliothèque assuraient la formation de la raison et l’eruditio, sur la base de laquelle l’homme apprendre à percevoir au milieu des paroles, la Parole. »

 

Benoît XVI

 

mercredi, novembre 30 2011

L'être au rebut ?

 

L’être au rebut ? Pour personne, je préférerais pas ! Un petit texte à la saveur aigre-douce pour vivifier notre humanité en ce début d’Avent.

 

« La rumeur, donc, voulait que Bartleby eût exercé une fonction subalterne au service des Lettres au Rebut de Washington, et qu’il en eût été soudainement jeté hors par un changement administratif. Quand je songe à cette rumeur, je puis à peine exprimer l’émotion qui s’empare de moi. Les lettres au rebut ! Cela ne rend-il point le son d’hommes au rebut ? Imaginez un homme condamné par la nature et l’infortune à une blême désespérance ; peut-on concevoir besogne mieux faite pour l’accroître que celle de manier continuellement ces lettres au rebut et de les préparer pour les flammes ? Car on les brûle chaque année par charretées. Parfois, des feuillets pliés, le pâle employé tire un anneau : le doigt auquel il fut destiné s’effrite peut-être dans la tombe ; un billet de banque que la charité envoya en toute hâte. Celui qu’il eût secouru ne mange plus, ne connaît plus la faim ; un pardon pour des êtres qui moururent bourrelés de remords ; un espoir pour des êtres qui moururent désespérés ; de bonnes nouvelles pour des êtres qui moururent accablés par le malheur.

Messages de vie, ces lettres courent vers la mort.

Ah ! Bartleby ! Ah humanité ! »

 

Excipit de Herman Melville, Bartleby le scribe

 

jeudi, novembre 17 2011

"Être une bibliothèque du Christ"

Parce qu'un agrégatif doit être polyvalent, je me penche ces temps-ci sur le concile de Trente afin de mieux comprendre les diverses attaques et plaisanteries d'un Rabelais dans son Quart-Livre (au programme de l'agrégation) quant à celui-ci. Cela me permet aussi à moi, catholique, de mieux comprendre l'histoire de mon Eglise. Or, en lisant un livre consacré à ce concile, je suis tombée sur une lettre assez fascinante. 

Il s'agit d'une lettre du cardinal Cristoforo Madruzzo, alors évêque de Trente, qui défend la traduction de la Bible en langue vernaculaire. Cette question est, à cette époque, centrale tant les humanistes évangélistes commencent à la traduire dans leurs langues respectives (en France : traduction des psaumes par Marot, traduction de la Bible par l'humaniste Lefèvre d'Etaples par exemple). Cette traduction étant aussi prônée par la Réforme, comment l'Eglise doit-elle réagir face à cela ? Les débats furent alors longs et mouvementés... 

Certes, cette question n'est plus de notre temps. Pourtant, en lisant cette lettre d'un cardinal du XVIème s., j'ai été touchée car j'y ai lu une vraie lettre d'amour à l'Ecriture sainte et un appel à mieux la lire, à mieux la connaître, à mieux la prier. Pour moi, aujourd'hui. C'est pourquoi je vous en propose un assez long passage car je crois que ce que dit que le cardinal peut encore nous toucher. 

     Assurément, tout ce qui a été écrit – Paul le dit, comme vous le savez bien, dans cette épître qu’il écrivit aux Romains avec un esprit si riche et si admirable -, a été écrit pour notre instruction et celle de tous les chrétiens, afin que « la constance et la consolation que donnent les Ecritures nous procurent l’espérance » ; et toute écriture, comme le même l’écrit à Timothée, si « elle est inspirée de Dieu, est utile pour enseigner, réfuter, redresser, former à la justice pour que soit parfait l’homme de Dieu », quel qu’il soit. Pourquoi donc, très vénérables Pères, nous montrer comme jaloux de cette sainte consolation des saintes Ecritures à l’égard du saint peuple de Dieu ? Nous qui avons la clef de la science et n’entrons pas, empêcherions-nous par hasard des pieds et des mains les autres qui veulent y entrer de le faire ? Pourquoi, je vous le demande, voulons-nous arracher des mains du peuple et de la foule des chrétiens l’avantage des traductions de l’Ecriture et de le leur dérober ? […]

 

Ne participons-nous pas à un pain unique ? Ne buvons-nous pas à la même coupe ? N’y a-t-il pas pour nous un seul esprit, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu, notre Père, une seule espérance d’un même héritage éternel ? Si donc toute chose est commune aux chrétiens, pourquoi faire en sorte que l’Evangile ne doive pas être mis en commun et d’un même usage, c’est-à-dire disponible pour tous afin de nourrir la piété et de régler les mœurs de tous les chrétiens ? Pourquoi les gens du commun, mais pourtant pieux, alors qu’ils partagent avec nous la même alliance et la même religion, ne posséderaient pas le lait christique adapté à leur mesure, c’est-à-dire l’Evangile en langue vulgaire, par lequel ils seraient nourris et grandiraient avec nous dans le Christ. […]

 

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mercredi, novembre 2 2011

Sur 
le chemin raboteux du salut, s'avance...

 

Qui ne connaît pas au moins de nom « la petite fille Espérance », si chère à Péguy ? Mais qui l’a lu(e) ? Qui est allé la quérir pour de bon dans ce livre au nom si étrange, presque rebutant de Porche du mystère de la seconde vertu ? Puis, qui a osé l’écouter pour apprendre à marcher avec elle ?

 

Au soir, quand les cierges sont allumés pour nos défunts, quand les êtres vacillent parfois au souvenir de chers disparus, quand la nuit se fait lourde et pesante alentour, lire quelques mots de Péguy. Ces mots pesants, répétés, martelés. Pour nous dire et faire entrer dans nos crânes tout hautains ce mot qui rime avec enfance : « Espérance ».


L'espérance, dit Dieu, voilà ce qui m'étonne.


Moi-même.


Ça c'est étonnant.


 

Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se
 passe et qu'ils croient que demain ça ira mieux.


Qu’ils voient comme ça se passe aujourd'hui et qu'ils
 croient qua ça ira mieux demain matin.


Ça c'est étonnant et c'est bien la plus grande merveille de notre grâce.


Et j'en suis étonné moi-même.
 

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vendredi, octobre 28 2011

Pensée inactuelle 9

 

« La myopie congénitale à la polémique fige dans l'instant et fixe caricaturalement ce défaut de perspective : elle charge contre des moulins à vent dont il faut aujourd'hui chercher les noms dans les dictionnaires spécialisés : ainsi Beaumarchais s'en prend au conseiller Guzman, Balzac à Gustave Planche, et Péguy à M. Fernand Laudet. »

 

Julien Gracq, En Lisant, en écrivant.

 

Pourquoi ? Parce que…

 

Une manière d’ « en » parler sans « en » parler,

Une manière d’éviter l’échaudement à vif,

Et de prendre le temps des justes et pacifiques mises au point optiques... 

  

mercredi, octobre 26 2011

Avoir à voir, pour être

 Les jours se réduisant de plus en plus, les nuits s’allongent en conséquence et l’obscurité gagne alors sensiblement du terrain. L’hiver s’y prépare doucement, à travers les premiers frimas embrumés de l’automne : l’occasion d’une petite « étincelle » pour y voir plus clair, sur un regard, un simple regard ? 

 

« Je ne suis pas chrétien aussi longtemps que je proteste – aussi longtemps que je pense en mon intime que je n’ai rien à voir avec cet homme et qu’il n’a rien à voir avec moi (cf. Mt 26, 69-74). Je deviens chrétien lorsque je réalise et que je confesse que cet homme me "regarde". Non pas seulement l’Homme, dans sa divinité, mais l’homme – cet homme, ille homo (Jn IX, 11), ecce homo (Jn XIX, 5) – dans sa singularité absolue et inévitable. Car l’homme Jésus, l’homme d’avant Pâques, déjà, me "regarde" et a bel et bien à voir avec moi, comme j’ai à voir avec lui, et c’est là ce qui, dans la foi que j’ai en lui, est proprement touchant, au sens du terme le plus éloigné de la mièvrerie. »

 

François Cassingena-Trevedy, Etincelles III, p. 272.

 

samedi, octobre 15 2011

Parce que la "nouvelle évangélisation", elle a son puits ici...

 

En ce week-end de congrès à Rome sur la nouvelle évangélisation, un rappel de la Source de cette évangélisation… jamais lointaine mais dont on oublie parfois, bien orgueilleusement, le chemin !

 

« "Quand tu veux prier, entre dans ta chambre, ferme la porte…", tu trouveras là le visage de Dieu et tu en reviendras vers tes frères le visage resplendissant de la lumière divine. »

 

Yves Raguin

dimanche, octobre 9 2011

Aux tons d’automne

 

« Une éternité de beau temps pèse aux membranes closes du silence, et la maison de bois qui bouge, à fond d’abîme, sur ses ancres, mûrit un fruit de lampes à midi

pour de plus tièdes couvaisons de souffrances nouvelles. »

 

Saint-John Perse, Poème à l’étrangère

 

Automne ;  

Dépouillement progressif des teintes visibles ; 

Retour progressif vers le plus intérieur où le Froid touche moins : 

Couvaisons de souffrances, couvaisons de joies, ou, peut-être plus justement, tout simplement, de tout ce qui sera…

 

vendredi, septembre 23 2011

Quand filialiser, ça veut dire Unifier...

 

 

 

« Il est clair que [le Christ] veut que nous soyons un avec Lui comme il est un avec son Père. Il nous demande d’accepter de nous perdre en Lui pour nous perdre en Dieu. Par ailleurs, nous savons qu’en nous "perdant" en Lui, nous devenons fils, en Lui et par Lui.

 

A mesure que nous nous "perdons" en Dieu, nous nous personnalisons à la manière des personnes divines. Bien plus, nous nous personnalisons dans la mesure où nous nous divinisons. Et entre nous, qui devenons de plus en plus participants de la nature divine, et Dieu, l’amour grandit jusqu’à nous transformer en Lui, en nous faisant de plus en plus personnes.

 

C’est précisément cette relation d’Amour qui est la marque propre du christianisme. »

 

In Yves Raguin, Chemins de la contemplation – éléments de vie spirituelle, coll. « Christus », p. 14

 

mercredi, septembre 14 2011

« Ils ricanent et hochent la tête » - Croix honteuse, croix glorieuse !

 

Des lettres au Verbe,

Du simple ridicule à la Folie la plus entière ;

Celle de la Croix que nous fêtons aujourd’hui, celle de l’Amour entier.

 

Laisser sonner quelques beaux mots pour entendre,

Pour méditer quelques résonnances semblant si accordées,

Au bois de la Croix, 

A l’Homme, à Dieu, donné.

 



« Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou. Ce serait une promotion, s’ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule. Mais maintenant, je ne me fâche plus, maintenant, je les aime tous, et même quand ils se moquent de moi – c’est surtout là, peut-être, que je les aime le plus. Je me moquerais bien avec eux, pas de moi-même, non, mais en les aimant, si je n’étais pas si triste quand je les vois. Si triste, parce qu’ils ne connaissent pas la vérité. »

 

incipit de Dostoïevski, Le Rêve d’un homme ridicule

vendredi, septembre 9 2011

Retour de marche pèlerine...


r
 

Un retour de pèlerinage, c’est toujours un peu ça…

 

 

Ils ont dit : « Tu es devenu fou à cause de Celui que tu aimes. »

J’ai dit : « La saveur de la vie n’est que pour les fous. »

 

 

Yâfi ‘î, Raoudh al rayâhin

      cité en épigraphe de La Vie devant soi, Emile Ajar

 

mercredi, août 31 2011

Vitamine pour septembre, et pour la suite !


Parce que ça fait du bien de le relire…

Mais surtout ça fait du bien de le redire, de le revivre, d’en vivre et revivre tous les jours ! 


 

« Et c’est alors que j’ai entendu : « Je t’aime ». Ca alors ! J’te jure que j’ai failli tomber en pâmoison ! Ce Je t’aime, je ne l’ai pas entendu dans le creux de l’oreille, c’était beaucoup plus fort que ça : je l’ai entendu par l’esprit, par le cœur. Une tendresse infinie qui serait montée comme une mer intérieure pour t’immerger. Et j’ai compris que c’était Dieu qui m’avait submergée et subjuguée. Là, tu ressens un sentiment océanique, et tu ressors en île, tout éclaboussé de bonheur. Alors a commencé entre lui et moi une grande histoire d’amour.

 

Depuis que je connais Dieu, j’ai beaucoup changé. Oh ! de l’extérieur, je n’ai pris que quelques centimètres, mais j’ai peuplé mon royaume intérieur de plusieurs milliers de sujets d’intérêt, et je suis bien décidée à ne pas en rester là ! Voilà, voilà : avant, je n’étais qu’un petit bout de femme de rien du tout ; maintenant, je suis une créature unique, parmi des milliers de milliers. C’est une sacrée métamorphose qui est à la portée de tout le monde, à une condition : aimer et se sentir aimé. Pour de vrai, et pour toujours. »

 

Tiré, bien sûr, de Jade et les sacrés mystères de la vie de François Garagnon.

 

jeudi, août 4 2011

Ecrire, un tison ardent sur la langue

 

« Ainsi, avec tout le passé et tout le présent qui affluent en moi, je roule mes flots de la montagne à la mer lointaine.

 

En moi ? Non. Dieu est mon seigneur. Une foule de satellites tournent autour de moi mais moi et les miens nous tournons autour de la grande Vérité centrale, solaire, immuable et lumineuse à jamais dans un firmament que rien ne contient.

 

Le tison ardent est sur ma langue. […]

 

Tandis que j’écris, je pâlis, je tressaille au grincement de ma plume, ma couvée d’aigles fous me dévore et je voudrais renier mon audace ; mais un gantelet de fer serre ma main dans un étau et trace chaque lettre malgré moi. Je voudrais jeter bas ce Dionysos qui chevauche mes reins ; mes pensées m’écrasent et je gémis. Des champs lointains m’arrive la chanson du moissonneur tandis que je défaille, prisonnier dans cette cellule. La fièvre court en moi comme une lave. »

 

Herman Melville, Mardi

 

samedi, juin 18 2011

Ce rithmailleur qui s’alloit enrimant...

Un petit texte lu au hasard des pages d'histoire littéraire... 
Pour le plaisir de voltiger sans autre but que papoter, que respirer 
Pour le plaisir des rimes, pour le plaisir des mots. 

 

Petite épître au roi (1518), Clément Marot

 

En m’esbatant je fais rondeaulx en rithme

Et en rithmant bien souvent je m’enrime ;

Bref, c’est pitié d’entre nous rithmailleurs,

Car vous trouvez assez de rithme ailleurs,

Et vous vous plaist, mieulx que moi rithmassez.

Des biens avez et de la rithme assez :

Mais moy, a tout ma rithme et ma rithmaille,

Je ne soustiens, dont je suis marry, maille.

Or ce me dit un jour, quelque rithmart :

« Vien ça, Marot, treuves-tu en rithme art

Qui serve aux gens, toy qui as rithmassé ?

- Ouy vrayment, respond-je, Henry Macé ;

Car vois-tu bien, la personne rithmante

Qui au jardin de son sens la rithme ente,

Si elle n’a des biens en rithmoyant,

Elle prendra plaisir en rithme oyant,

Et m’est advis que, si je ne rithmoys,

Mon povre corps ne seroit nourry moys,

Ne demy jour : car la moindre rithmette

C’est le plaisir où fault que mon ris mette ».

Si vous supply qu’à ce jeune rithmeur

Faciez avoir un jour par sa rithme heur,

Affin qu’on die, en prose ou en rithmant :

« Ce rithmailleur qui s’alloit enrimant,

Tant rithmassa, rithma et rithmonna,

Qu’il a congneu quel bien par rithme on a. » 

 

mercredi, mai 25 2011

Être chrétien dans le monde

Le temps me manque cruellement pour écrire un billet ces jours-ci mais j'ai vu un beau texte dans l'office des Lectures de ce jour. Un texte dont on cite souvent - avec raison - le début mais qui n'en est pas moins beau dans sa suite. Voici donc un court extrait de l'épître à Diognète, en guise d'écho à mon précédent billet :  

"En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L'âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n'appartiennent pas au monde. L'âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible ; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu'ils rendent à Dieu demeure invisible. [...] 

Le poste que Dieu a fixé [aux chrétiens] est si beau qu'il ne leur est pas permis de le déserter." 

mardi, mai 17 2011

Pensée inactuelle 8

 

« De tout ce qui est écrit, je ne lis que ce que quelqu’un écrit avec son sang.

Ecris avec ton sang : et tu verras que le sang est esprit. »

 

Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra

 

Ecrire, lire, penser

Au rebours, parfois, mais toujours :

avec ses tripes, avec son sang, avec sa vie.

 

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