Zabou the terrible

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mardi, octobre 30 2018

Chemin(s) de confiance

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Cette fois, j’avais pas mal de choses à dire : des cahots et mes K.O… des trucs que je ne dis pleinement que là, dans cet espace de confiance où l’on sait pouvoir tout dire, sans gants et sans circonvolutions inutiles. 

La prière ensemble, simple et fraternelle, l’échange, l’écoute, la confiance. 

Il faut, parfois, souvent, l’aide d’un frère pour dessiller nos yeux sur la grâce de Dieu quand elle se fait caméléon aux teintes nocturnes. 

« Mais je sais la source, même si c’est de nuit » 

C’est la place de l’accompagnement spirituel de toujours nous désigner la Source mais c’est aussi la place de tout l’accompagnement fraternel que nous avons à vivre les uns par et pour les autres. Le désigner : à nous, par nous, aux autres, nos frères, et réciproquement. 

 

Mais, pour cela, il faudrait retrouver le chemin présentement assez amoché et malmené de la confiance en Église, malgré tout. Chiche ? 

jeudi, septembre 27 2018

Aux arrêts de la grâce

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Je m’élançais vers mon rendez-vous parisien de 17h et, là, à la sortie de la gare, une drôle de petite bonne femme m’accoste : « S’il vous plaît, pourriez-vous m’accorder quelques instants ? Vous connaissez Jésus ? » 

 

Devant le caractère improbable et plutôt incongru de cette demande, j’arrête net mes grandes enjambées et lui fais un large sourire : « Oh oui, je Le connais mais surtout Il me connait…  à tel point que je Lui ai consacré ma vie ! » 

            Elle sourit et lève les yeux vers la croix qui est autour de mon cou : 

- Ah vous êtes religieuse ! 

- En quelque sorte ! 

- Et vous savez tout ce qu’Il a fait de grand ? 

- Oh, tout, je ne sais pas. Je ne crois pas non mais j’aime à le découvrir jour après jour. 

 

            Et la drôle de petite bonne femme de me raconter, après avoir évoqué le mystère de la croix, les grandes llignes de son histoire : une guérison, une conversion… Je ne sais pas si elle était catholique ou d’une autre confession chrétienne mais, à travers son récit un peu embrouillé dans certains détails se manifestait beaucoup d’amour et beaucoup de foi. Et elle de terminer : « et vous savez, je vous raconte cela car, moi qui étais timide, j’ai changé, je L’ai rencontré ! J’ai besoin désormais de raconter cela, de parler de Jésus et de tout ce qu’Il a fait pour moi aux gens ! » 

 

Et bim… Et moi, est-ce que je ressens si souvent ce besoin irrépressible de partager ce que le Seigneur a fait dans ma vie ? 

 

Post scriptum : Comme le disait la personne que je retrouvais ensuite et à qui je partageais cette rencontre improbable : « il n’y a qu’à toi que ça arrive des trucs comme ça ». Je n’en suis pas certaine pas mais je crois que Dieu avait envie de partager les merveilles qu’Il semait !

 

jeudi, septembre 20 2018

Mieux qu'un capitaine à bord, un évêque sur sa cathèdre !

 

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« Faire la fête en Eglise en ces circonstances ecclésiales difficiles ? Célébrer une ordination épiscopale ? » … Eh bien, oui, malgré tout, parce que l’Église demeure et qu’elle continue à nous donner le Christ et qu’il n’y a tout de même pas mieux possible que cela ! Ce fut dimanche à Nanterre et cela restera gravé en ma mémoire : non seulement parce que c’était la première que je voyais, avec ses rites magnifiques si signifiants, en chair et en os, et non pas d’un œil distrait sur mon ordinateur, mais aussi parce qu’il s’agissait d’un évêque que je recevais comme tel pour mon diocèse, comme diocésaine et, encore plus spécifiquement, comme vierge consacrée dépendant directement de lui. Accueil tout spécial de celui qui aura la charge de nous conduire, nous ses brebis, sur les verts pâturages du Seigneur, tel le Bon Pasteur : Dieu sait – c’est le cas de le dire – si la charge est lourde et peu aisée ! 

 

« Avoir un nouvel évêque, c’est avoir un nouveau patron seulement ? Pas super original, c’est juste une occasion de faire la fête ». Certes mais, pour nous les chrétiens (qui aimons, de fait, faire la fête), un évêque, ce n’est pas le patron, ce n’est pas le boss : c’est avant tout un Serviteur (« Serviteur des serviteurs de Dieu » se fait appeler le pape, autrement dit l’évêque de Rome), un serviteur du seul « Boss » qui, Lui-même s’est fait tout petit, homme, et obéissant jusqu’à la croix. Pas de quoi parader mais, peut-être de quoi frémir pour lui tant, par son ordination épiscopale, il est désormais configuré au Christ en plénitude et entre dans cette grande succession apostolique ininterrompue depuis les premiers siècles. J’ai aimé voir mon nouvel évêque ému durant cette célébration : je ne suis pas dans son cœur mais j’imagine qu’en recevant cette charge, on se sent tout petit, tout simple instrument, et qu’on perçoit combien Dieu est grand ! 

 

            Et, à l’instar de la messe chrismale, l’ordination et l’installation d’un nouvel évêque, c’est une fête de la grande famille que constitue un diocèse en toutes ses composantes : on en accueille un nouveau membre, dans une spécificité toute particulière, car sans cet être qui nous manquait jusque-là, nous serions foncièrement dé-peuplés, moins « peuple de Dieu en marche »

 

Ainsi donc, les évêques ont reçu, pour l’exercer avec l’aide des prêtres et des diacres, le ministère de la communauté. Ils président à la place de Dieu le troupeau, dont ils sont les pasteurs, par le magistère doctrinal, le sacerdoce du culte sacré, le ministère du gouvernement. De même que la charge confiée personnellement par le Seigneur à Pierre, le premier des Apôtres, et destinée à être transmise à ses successeurs, constitue une charge permanente, permanente est également la charge confiée aux Apôtres d’être les pasteurs de l’Église, charge à exercer sans interruption par l’ordre sacré des évêques (Lumen Gentium, §20)

 

Alors, c’est une joie immense et combien elle se ressentait sur les visages et se reflétait à la sortie de la cathédrale ! 

 

            D’ailleurs, ce n’est pas un « programme d’action » que nous a donné notre nouvel évêque à la fin de la célébration mais bien des intentions de prière comme un signe du seul grand axe profond de son épiscopat, celui de la prière, de la relation à Dieu, où et en Qui tout trouve source. Et peu importe les réflexions entendues ici ou là à la sortie, les paris sur l’avenir : « il va être comme ceci ou comme cela », qu’importe s’il nous mène mieux à Dieu ! Et il est là pour cela, a fortiori dans les circonstances actuelles tragiques où le bon cap semble parfois difficile à distinguer. 

 

              A nous d’être de bons « Simon de Cyrène » pour l’épauler comme nous pouvons et, avant tout, par notre humble mais fidèle prière. 

jeudi, septembre 13 2018

Dites 33

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            Avant-hier, comme certains l’ont vu ou su ici ou là, j’ai eu 33 ans. Cette date d’anniversaire, finalement peu importante, a tout de même quelque chose d’un sympathique rituel de rentrée, permettant de retrouver quelques amis proches pour l’occasion après la relative séparation estivale. Cette année, toutefois, j’ai 33 ans, l’âge qu’on associe généralement au Christ, point anecdotique que je trouve très chouette.   

 

            Vrai ou faux cet âge du Christ au moment de sa mort et de sa résurrection ? Peu m’importe. J’ai désormais le même âge que le Bien Aimé, que Celui avec lequel j’ai décidé d’unir ma vie d’une manière toute particulière. En même temps, vous me direz qu’Il est éternel ? Certes mais, tout de même, Il s’est incarné, ce qui est extrêmement loin d’être dénué d’importance pour un chrétien ! 

 

            Je me dis que c’est un appel tout particulier à laisser résonner Sa vie en moi cette année où nous avons en quelque sorte le même âge – du coup, j’ai décidé de développer ma lectio divina de cette année tout entière autour d’un évangile (St Luc en l’occurrence, année C arrivant oblige). Mais, en même temps, je ne peux pas m’empêcher de me dire : « wouah ! Jésus, à 33 ans, Il a sauvé le monde ! Trop la classe ! J’ai franchement le meilleur époux qui soit ! » et… moi ? Ben, hum, pas pareil, c’est franchement pas gagné. 

 

            Mais pourtant, moi, je n’ai pas à sauver le monde, à 33 ans ni plus tard. Oh, parfois, a fortiori quand on a un tempérament quelque peu fonceur comme le mien, on a envie de se laisser prendre au jeu du sauveur de nos frères mais, sincèrement… c’est déjà fait ! Et c’est cela qui importe ! 

 

            Dieu ne me demande pas de sauver le monde, Il me demande de lui être, parfois, cette « humanité de surcroît » pour Le porter à mes frères. En fait, à 33 ans, comme avant, comme après, comme jusqu’au dernier jour de ma vie, Il me demande, humblement, de Le suivre toujours plus intimement, pas à pas, comme je peux, même en trébuchant, même en me ramassant bien une bonne gamelle, mais toujours avec Lui. 

 

            Alors, à 33 ans, je ne ferai pas d’action grandiose, je me contenterai du pas à pas émerveillé à la suite du Christ, dans Son compagnonnage si amoureux et si joyeux qu’Il nous pousse à chercher à l’imiter. Cette marche, toute simple, c’est ma plus grande joie et, comme programme d’année… ce sera bien assez pour moi ! 

 

mercredi, août 15 2018

Marie comme témoin

 

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C’était il y a environ huit ans, nous rentrions des obsèques de mon grand-père. J’avais conduit religieusement à l’aller tout comme je m’efforçais de le faire au retour vu la constitution de ma voiture : d’une part ma grand-tante religieuse et d’autre part l’ami d’enfance prêtre de mon aïeul qui avait célébré la messe. De mon côté, je n’avais encore rien dit sur le grand désir, le grand projet qui habitait mon cœur – même si ma perspicace grand-tante en avait deviné quelques brins – et j’étais heureuse d’avoir une occasion de les côtoyer plus longuement, dans une voiture finalement très pieuse. 

 

 Sur la route chargée d’émotions qui nous ramenait d’un fameux petit village de l’ouest vers la région parisienne, le père J. de s’exclamer : « Voici les clochers de Chartres ! Dans ma famille, on priait la Vierge Marie dès qu’on apercevait la cathédrale sur la route. Je vous propose de chanter le Salve Regina pour votre famille ». Et nous voilà de chanter tous les trois dans la voiturette, avec leurs voix marquées par l’âge et la mienne peu assurée, et de continuer à prier ensemble quelques minutes. C’était simple et c’était très beau. 

 

J’ai gardé précieusement ce souvenir dans mon cœur et, souvent, j’y pense quand je passe du côté de Chartres : je souris de ce beau moment et je prie pour ces deux aînés dans la foi, géants de la fidélité au Seigneur, qui s’éteignent doucement dans le très grand âge. Ce soir, alors que je rentrais de vacances, c’est entre chien et loup que j’ai aperçu au loin les majestueux clochers dominant la Beauce. Et, en cette veille de l’Assomption, est monté naturellement de mon cœur, cette fois avec assurance, comme un passage de témoin réussi, un Salve Regina, cette lente et belle mélodie qui semble courir le long des siècles, au fil des générations qui la disent bienheureuse et des « oui » à son exemple. 

 

O clemens, o pia, o dulcis Virgo Maria

 

vendredi, juin 22 2018

Le Souffle dans la presse

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Presse de fin d’année, 

Réunions bilan, mails divers, plannings de rentrée à organiser ; 

Tout est à traiter et, surtout, presse-toi, 

Tout doit être fait avant cette date : les vacances approchent ! 

Et je ne vous parle même pas des relances : bouge-toi ! 

 

Alors, il serait tentant de vivre dans l’urgence, 

De chercher à tout faire là, maintenant, tout de suite, 

A devenir orgueilleux, à se prendre pour Dieu, 

Capables de tout faire, y compris dans notre monde post-moderne

Où l’aune de l’activité semble être mesure de réussite. 

S’y épuiser et pourtant échouer ici ou là… cela vaut-il le coup, sérieusement ? 

 

Bienheureuse imperfection de nos fins d’année

Valorisant finalement notre si faillible humanité, 

Poussant à accepter le poids de l’année et nos mains vides, 

Et peut-être encore davantage tous nos ratages, toutes nos fatigues. 

 

Elle devient heureuse, bienheureuse, 

Si son effet est de, parfois, tout éteindre, 

D’allumer une bougie si le soir est déjà là,

De se planter, silencieusement, devant une icône, une croix,  

Ou d’ouvrir, amoureusement, qui une bible, qui un bréviaire, quand l’aurore se lève, 

Ou encore, aventureusement, de lire un chapitre de spiritualité en plein milieu de journée ! 

Et, au lieu de subir le temps, 

De le prendre résolument, 

De le tourner vers Celui qui peut tout, 

Sans qui, de toute façon, aucune activité, aucun blabla, n’aurait de sens. 

 

La fin d’année, une occasion toute privilégiée, 

Pour retrouver, je crois, la sève de l’armature de nos journées, 

Pour prendre souffle au coeur de la presse, 

Et venir, souvent, puiser à la relation sapide et roborative avec l’Aimant, avec le Tout Autre. 

 

Afin que, toutes nos relectures, toutes nos rencontres, tous nos bilans, 

Ne parlent que de Lui : avant tout, au milieu de tout, après tout. 

Et que tous ces moments de fin d’année soient action de grâce, 

Et qu’ils donnent envie, simplement, de vivre une nouvelle année avec Lui, à Sa seule suite. 

 

vendredi, juin 15 2018

Extraordinaire du menu, ordinaire de la foi

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C'était hier, nous nous réunissions pour ce que l'on appelle un "conseil d'enseignement", c'est-à-dire une réunion entre collègues enseignant la même matière. La spécificité de notre équipe est d'aimer profiter de ces moments pour prendre le temps d'un bon déjeuner pour lequel chacune (oui, nous ne sommes que des femmes) apporte une douceur, si possible distinguée (nous surnommons ces moments les "soupers fins des dames de Lettres", c'est vous dire !). 

Je savais qu'une de mes collègues ne pourrait pas profiter pleinement de celui-ci à cause du Ramadan... La nouvelle collègue de l'année le constate : "Ah oui, tu fais le Ramadan ?... Ben, c'est un peu comme chez nous le Carême, sauf que tout le monde fête Pâques et personne ne fait plus le carême !". Evidemment, moi (dont elle ne connaît pas le choix de vie à la différence de mes autres collègues mais dont elle sait que je fais des études de théologie) de lui répondre : "Ben... si, moi je le fais". 

- Ah, mais t'es vraiment une pure et dure toi ! 

- Ouais, c'est ça... une pure et dure." 

Pure et dure... parce que tu "fais" le Carême ? L'appellation me fait sourire personnellement mais ce qu'elle reflète est moins souriant. Pourquoi faire le Ramadan est-ce assez in ou tout au moins naturel et pourquoi le Carême est-il devenu visiblement un truc de spécialistes ? Quelle marche d'attractivité avons-nous ratée ? 

Je n'ai pas les réponses, ni même envie de me lamenter mais peut-être que semer, qu'évangéliser, c'est aussi dire simplement et clairement ce que nous vivons, le plus naturellement possible. Pour qu'on puisse dire : "les catholiques pratiquants existent, ils sont parmi nous, j'en ai rencontrés !"... et ils ont même l'air assez normaux, portant des vêtements ordinaires, dans un monde ordinaire... la suite dans l'épître à Diognète ! :-)  

jeudi, juin 14 2018

Témoignage or not témoignage ?

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Ces derniers mois ont été riches en « témoignages » : ceux un peu officiels lors de soirées vocations ou d’après-midi dédiés, ceux plus officieux de l’échange privé ou encore celui plus surprenant d’une situation d’interview. De l’audience large à l’aventure de deux cœurs en dialogue à bâtons rompus, des enfants qui viennent de faire leur première communion et sont pleins de questions douces de fraîcheur, aux priants âgés simplement heureux de t’écouter, en passant par les ados qui se la jouent blasés mais en réalité sont très intéressés, aux mamans qui viennent te demander ce que tu es concrètement, le style est très différent… et pourtant, c’est toujours le même Seigneur. 

 

            Tous, comme chrétiens, nous sommes appelés à témoigner de ce Dieu qui sauve auquel nous croyons. Mais, comme consacrée, on vient te chercher pour parler de Celui à qui tu as donné, de manière si étrange, ta vie. Un appel ? Es-tu vraiment comme nous ? Alors, évidemment, quand tu parles de Lui, tu parles aussi de toi… et quand tu parles de ta vie, tu ne sais plus le faire convenablement sans parler de Lui. 

 

            Tout l’enjeu est de ne pas trop se raconter soi-même mais bien de dire les merveilles que Lui a faites et fait encore dans ta vie… Exercice si simple et, dans le même temps, si périlleux : Lui avant toi… et cela même quand on te ramène souvent à toi, tes choix et ta petite vie. Alors, tu fais ce que tu peux pour ne pas devenir autoréférentielle mais bien « christo-référentielle », en te disant que, dans le fond, c’est aussi très précisément le chemin de ta vie que l’être ou en tout cas chercher à l’être chaque jour plus. 

 

Mais ce qui est certain, c’est que le témoignage est un exercice provoquant à chaque fois dans le cœur une immense gratitude pour ce qui fut et ce qui est donné. Joie du don de Dieu, joie d'un oui chaque jour redit à celui-ci, tout simplement. Alors, même si tu ne sais jamais très bien ce que cela sème dans le cœur des autres, tu peux te glisser au moins pour toi-même dans les mots de Marie en en revenant, confiante que ces mêmes mots sauront aussi germer chez d’autres, que tu le saches ou non : 

 

Mon âme exalte le Seigneur ! 

 

mardi, mai 8 2018

Dans l'absence, la présence

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C'est une église de campagne comme il y en a tant d'autres :
Un clocher autour duquel sont groupées les maisons du village.
Ici, la messe est encore assez régulièrement célébrée vu le nombre d'habitants. 

C'était la fin de journée et j'ai trouvé l'église ouverte, alors je suis entrée.
Dans la chaleur du jour, la fraîcheur et, oh, une lampe rouge ! Jésus était là.
Comment ne pas rester prier ? 

Je pensais à ces églises isolées dont, souvent les rangs se clairsèment à chaque décès ou quand Mme Machin devient décidément trop âgée pour venir. Et, pourtant, qu'ils sont grands, qu'ils sont beaux et qu'ils sont forts ces vaisseaux de pierre ! Construits pour rassembler l'Eglise, pour prendre vraiment soin du peuple de Dieu célébrant en leur giron. Et, si souvent, vides : sans tomber dans le misérabilisme et le catastrophisme, quelle forte espérance il doit falloir certains jours ! 

Et pourtant ici se sont déjà succédé des générations et des générations de croyants :
Seigneur, continue de donner la grâce de la foi comme Tu le veux chez ton peuple.
Donne-leur de Te connaître, de T'aimer, de Te suivre. 

Il était peu ou prou l'heure des vêpres alors, pour faire vivre davantage ce lieu, j'ai fait ce que je fais rarement quand je suis seule : je me suis mise à chanter l'office et ma voix résonnait, étrangement seule, dans ce vaste bâtiment. 

Il m'a semblé qu'ainsi j'aidais un peu cet endroit à vivre, à respirer ce pour quoi il a été bâti. 
Car ce n'est pas seulement en chaire que s'écrit la foi mais aussi bien en chair ;
Dans nos voix, dans nos mains, dans nos vies, dans notre prière,
S'élevant avec assurance vers Lui,
Continuant à veiller mystérieusement sur ce peuple, même sur les plus absents. 

vendredi, mars 9 2018

Ce que je sais malgré tout

Seigneur,

Tu le sais bien, c’est bloquée de partout que je suis rentrée avant de me poser un peu avec Toi : la tête comme dans un étau, les épaules serrées… comme si mon corps réceptionnait la violence et le stress de ce qu’il venait de vivre.

Quoi ? Trois conseils de discipline d’élèves ayant commis des actes graves lors d’un récent voyage scolaire que j’accompagnais, les trois qui se sont soldés par des exclusions définitives. C’est la deuxième année que je siège dans cette instance souvent désagréable mais je n’avais encore jamais vécu cela : des actes dont j’étais un des témoins niés ! En 4h30, j’ai vu de la violence, du mensonge mais aussi de grandes détresses : 4h30 de plongée non-stop dans la pâte humaine, ça ne laisse pas tout à fait intacte… Heureusement, je sais que Tu y étais avec moi.

Et il fallait poser une sanction, et il fallait voter… Tu sais, Seigneur, cela fait partie des jours où j’envie ceux qui sont bardés de certitudes sur ce qu’il convient de faire : tous pourris les jeunes de banlieue ? Excluons-les tous ! Et, de l’autre côté, l’attitude qui ne vaut guère mieux : Oh ces pauvres petits… Tellement malheureux qu’il ne faut surtout pas les punir. Souvent, j’écoute ces personnes et ne dis rien : je demeure dans l’inconfort. Ne le dites pas trop fort mais cela fait la cinquième année que j’enseigne en éducation prioritaire et je crois que je ne sais toujours pas ce qu’il convient de faire. En réalité, je le sais de moins en moins : je m’efforce simplement d’aimer, au moins mal.

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lundi, décembre 25 2017

Noël jusque-là

 

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Bonjour au directeur du lieu, digicode, « elle vous attend » dite par l’infirmier puis quelques échanges de « joyeux Noël » avec les divers membres du personnel avant de la retrouver, dans ce lieu où le temps ne poursuit plus tout à fait sa route habituelle.

 

Nous dire bonjour, nous embrasser, me demander intérieurement si elle connaît encore mon prénom et quel est le lien de parenté qui nous unit. Je ne pense pas… Elle sourit toutefois toujours en retour.

 

Quelques échanges de banalités, entrecoupés par celle-ci qui répète « assurément » et qui veut absolument s’installer auprès de nous, par les sortes de râles de celle-là et par l’apathie généralisée de ceux qui ne savent plus, qui semblent avoir oublié ce que c’était que vivre. Il y a aussi celle-ci qui s’est endormie recroquevillée dans un coin.

 

Certains savent encore parler, d’autres ont oublié même la manière de se déplacer… Le luxe et la chaleur du lieu ne parviennent pas à en camoufler parfaitement l’horreur : que reste-t-il de ces vies ? Et pourtant… ils vivent ! Je ne sais jamais comment appréhender cet endroit tant je ne le comprends pas, tant logiquement que spirituellement. Je sais juste combien j’en sors le cœur plein de prières.

 

Elle, à part cette mémoire qui s’envole de plus en plus, ça va plutôt bien du côté moteur tout comme pour profiter de la vie d’ailleurs : elle se croit dans un restaurant, pourquoi pas. « Je ne les connais pas bien, je ne sais pas comment c’est chez eux, je n’ai jamais réservé ici » : moi non plus pour tout t’avouer ! Mais je sais que tu gardes ton goût pour le bon champagne et que tu seras heureuse d’en boire une flûte !

 

Les soignants l’appellent « gentille dame » : j’apprends que c’est ainsi qu’elle appelle tout le monde pour camoufler ses oublis… Alors les soignants se sont aussi mis à l’appeler « gentille dame » : j’aime bien, cela va bien avec sa personnalité. Une gentille dame.

 

Elle, ma mère et moi sommes placées dans le petit salon télé pour être plus au calme pour notre déjeuner de fête : c’est encore l’heure de la messe télévisée. Je ne sais même pas si cette pratiquante régulière de toujours sait encore ce que c’est que la messe tant ses propos sont incohérents. Nous écoutons d’une oreille.

Et puis, il y a ce chant final bien connu de Noël avec ce fameux refrain aux tant de o : et c’est avec surprise que je l’entends, elle, ma grand-mère chantonner les Anges dans nos campagnes sans se tromper dans les paroles. Ancrage d’une vie… ? Je suis touchée de voir qu’elle s’en souvient : est-ce de la mémoire à long terme ou ce qui t'a marquée plus profondément que tout ? 

S’ensuit la bénédiction Urbi et orbi précédée d’un court commentaire disant que celle-ci venait spécialement rejoindre les malades et les personnes isolées. Eh bien, moi, dans cette unité Alzheimer, à entendre la bénédiction du pape venir se poser jusque sur tous ces gens qui ne le savaient même plus, j’ai écrasé une larme.

Oui, c’est Noël aujourd’hui et c’est bien jusque-là, dans ces lieux sans saveur où l’on tente de préserver ce qui reste de vie, au mieux ou au moins mal, que la bénédiction de l’Amour incarné vient se déposer : sur ceux qui ont oublié qu’ils vivaient… parce que Dieu est venu leur donner tout spécialement Sa vie.

samedi, novembre 25 2017

Pour que chaque rencontre demeure unique

 

Un autre, et puis un autre, et puis encore un autre…

Seigneur, je suis claquée, je ne vais pas bien y arriver.

Les rencontres parents-profs ou ce difficile art de lutter contre l’habitude,

De lutter contre : « encore un… comme les autres », même inconscients, qui font surface quand on enchaîne une vingtaine de rendez-vous en un temps très restreint ;

De lutter contre l’inattention à ce que racontera tel parent sur ses difficultés avec son enfant qu’on a déjà entendues chez tel autre et qui nous font réagir : « Ah il ne parvient pas à se concentrer…. mais il a son portable pour travailler ? » ;

De lutter contre toute fatigue, pour accueillir vraiment, pleinement… même ceux qui vont te raconter leur vie parce qu’ils ont besoin de se confier.

 

Ces parents parlent de leur « petit chéri » avec attention, avec amour, et, s’il est unique à leurs yeux, il devrait pleinement l’être pour nous aussi :

Oh, bien sûr, sur le papier, on le sait et on a même conscience de combien il faut les connaître le plus à fond pour mieux les aider, mais, ainsi, toute une soirée ?

C’est souvent difficile de savoir rester vraiment présente à l’autre.

 

Seigneur, donne-moi de ne pas me laisser prendre par l’habitude à chaque fois qu’entre un parent d’élève,

Donne-moi l’art de l’écoute,

Donne-moi de saisir toujours mieux ce qui fait que l’enfant en question est unique, comme il l’est à Tes yeux.

Donne-moi de savoir discerner le beau en chacun pour le dire à chaque parent en sus de ce qui va moins bien et de ne jamais l’oublier,

Donne-moi de réconforter, de montrer les efforts concrets à apporter, d’encourager de manière réaliste… et surtout, tout cela, même lors du vingtième rendez-vous,

Pour les aider à grandir,

Pour donner confiance à ces petits qui sont les Tiens.

 

http://www.vousnousils.fr/wp-content/themes/sharp/timthumb.php?src=http%3A%2F%2Fwww.vousnousils.fr%2Fwp-content%2Fuploads%2F2012%2F12%2FLes-Profs-90.jpg&q=90&w=750&zc=1

Source de l’illustration : BD Les Profs

lundi, novembre 13 2017

Les jeunes plantes et leurs spores audacieuses

Dimanche, c'était la "journée des néophytes" de mon diocèse : eh bien, fréquenter ces "jeunes pousses" est aussi bon pour la foi qu'écouter les enfants parler de Dieu ! Deux exemples, tout comme pour l'EPJ, là encore en guise de fioretti

 http://www.chantonseneglise.fr/pdf/apercus/22677_apercu.gif

 

En parlant d'un psaume : 

"Le verset qui me parle, c'est 'Oui, le Seigneur est ton refuge ; tu as fait du Très-Haut ta forteresse.' parce que, vous vous rendez compte ? Nous, les chrétiens, on a carrément l'être le plus puissant comme refuge !  On n'a jamais à avoir peur !"  

Et bim ! 

 

***

 

 

Quand quelques néophytes cherchent à savoir quelle bête étrange est donc une consacrée et viennent te poser des questions à la fin d'un atelier sur la prière : 

- Mais vous avez le droit d'avoir une relation amoureuse? 

- Ben, non, je me suis engagée à la chasteté dans le célibat pour toujours là : c'est le principe dans la vie consacrée. 

- Mais même pas droit une relation tendre avec quelqu'un ? 

- Eh bien, je n'aime pas trop parler en termes de droit ou d'interdit. J'ai "droit" à l'amitié, et même à des amitiés très profondes, c'est d'ailleurs essentiel dans ma vie, mais pas de relation exclusive avec quelqu'un si c'est votre question. L'idée du célibat consacré, c'est de nous donner corps et âme à Dieu... pour avoir aussi notre amour disponible, en Lui, pour chacun. 

- Ah, en gros, avec votre vie et votre prière, vous êtes une sorte de ressource d'amour, un buffet d'amour où les chrétiens viennent se restaurer quand ils en ont besoin. 

- Euh ouais.... Bon, j'ai aussi besoin de me convertir avant tout comme n'importe qui, hein. 

Bref, belle définition mais reste à le vivre : pression, pression ;-)  

 

lundi, novembre 6 2017

En-train de grâce

 

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Course… halètement… et zut ! Train raté à trois minutes près ! Dans le domaine des choses agaçantes, rater son train se pose là, même si l’on sait que le train suivant sera possible sans grand soucis.

 

C’était vendredi. Le soir, j’allais dire quelques mots chez un curé quasi-ex-blogueur-mais-pas-mort : j’avais encore un texte que je tenais à insérer dans mon propos. J’allai m’installer dans la salle d’attente et là, je vis une vieille femme qui pleurait. Dans l’échelle des choses qui m’emplissent de compassion et que je supporte mal, voir une personne âgée pleurer est bien situé : ça me fend littéralement le cœur. Je me dirigeai donc vers elle.

 

Cette dame venait de rater elle aussi son train. Elle allait à l’anniversaire de son gendre et de son petit-fils pour lesquels une grande fête était organisée. Elle était toute dépitée, désespérée à l’idée de rater cette occasion. Nous échangeâmes quelques mots : « Peut-être pouvez-vous changer votre billet ? ». Elle était perdue, ne savait comment faire. Alors, avec elle, je suis allée à la borne automatique et l’ai aidée : le billet fut changé. Elle a pu appeler son petit-fils pour lui annoncer un simple retard au lieu d’une annulation : un sourire commençait à naître sur son visage. Elle était seule, elle avait envie de parler… Tant pis pour mon texte, il y avait mieux à faire.

 

- Et vous, vous allez faire quoi en Normandie ?

- Oh, moi, j’y vais pour une conférence.

- Ah j’ai une amie qui aime bien aller assister à des conférences aussi.

- Oui… Alors là, c’est moi qui la fais, en fait.

 

Je ne lui ai pas donné le sujet exact mais nous avons commencé à parler de foi. Et puis elle a vu que je portais une croix autour du cou. Elle finit par comprendre qu’elle avait affaire à une femme consacrée, même si elle n’avait pas tout à fait le vocabulaire correspondant. Elle m’a dit l’importance de la foi dans sa vie, nous avons un peu parlé du Christ : c’était simple… Mais c’était beau car c’était profondément vrai.

 

A l’heure d’embarquer dans le train suivant, elle était à quelques places dans le même wagon que moi. A plusieurs reprises, elle revint échanger quelques mots… puis finit par entrapercevoir mon fond d’écran (i.e. une photo de ma consécration durant la litanie des saints où je suis prosternée) : « oh, comme c’est beau ! Vous voir, ça me redonne un peu confiance dans l’humanité ! ». ».

 

C’était une vieille femme en pleurs que j’avais rencontrée, c’était une femme rayonnante que je vis embrasser puis partir avec son petit-fils, non sans m’avoir fait de larges saluts.

 

Ce soir-là, c’était de Madeleine Delbrêl, une femme ayant témoigné de la grâce du Christ dans l’ordinaire du monde, dont je parlais. Allez savoir pourquoi, je me suis pris cette histoire comme un gros clin-Dieu dans le cœur : le primat de la vie et de la grâce sur tous nos pauvres mots, sans doute ! 

 

mardi, mai 30 2017

Prise en flag ou l'apophtegme unifiant du macaron à la pistache

Long temps de la fin d'année où fatigue et presse savent se conjuguer. Pour moi, il y a toujours l'enjeu de tenir ma vie professionnelle et tout le reste ensemble sereinement, en unifiant la totalité dans la prière puisque l'ensemble fait ma vie "de consacrée" qui appartient à Dieu, origine, fin, arrière-plan et joyeux compagnon de chacun de ces jours. Et parfois...  

 

J'avais aujourd'hui un rendez-vous pour mes études de théologie et, n'ayant pas cours le matin, j'avais mis autour de mon cou une petite croix en bois. Ce que j'appelle en mon for intérieur mon mode "cathostensible" : une petite croix comme signe simple de Celui à qui j'ai donné ma vie et qui, avant tout, l'a donnée pour moi.   

Il y avait aussi un peu de course aujourd'hui afin d'ensuite rejoindre mon collège pour quelques rendez-vous avec des parents et un conseil de classe. Dans ma poche, une croix de Taizé afin d'évidemment changer mon tour de cou mais non point l'essentiel avant de rejoindre mon établissement. Avant de reprendre le train, je me dis qu'un petit goûter (car, oui, je suis une affreuse prof qui aime bien goûter) serait bienvenu pour tenir jusque tard. Et là, arrivant à proximité d'une échoppe de la gare, la vendeuse m'interpelle et s'exclame : 

"Oooooh, mais c'est la maîtresse de ma fille ! Bonjour Mme P**** !" 

Incroyable mais vrai : je tombais sur la mère d'une des élèves dont je suis professeur principale ! Un de mes rendez-vous de la semaine suivante ! Et... j'avais autour du cou ma croix. Et... j'avais un bouquin au titre bien catho dans les mains. Et.... j'étais un peu, voire beaucoup, gênée, je dois l'avouer. Que faire ? Rien, il était trop tard : il ne me restait qu'à assumer, mine de rien et à sourire. 

Mais la maman de mon élève, musulmane comme je le savais par ailleurs, était elle aussi tout sourire. Pas de choc de son côté. Ni de question, sinon la joie de me voir... et de m'offrir un gros macaron à la pistache ! En plein Ramadan ! 

Je suis donc repartie vers le collège avec un bon goûter sous le bras et la promesse de revenir la voir lors d'un prochain passage. Mais je suis aussi repartie en me disant que la couverture de mon identité secrète mais profonde de catholique-consacrée venait d'un coup de prendre un sacré choc. 

Et pourtant... y avait-il eu là atteinte à la laïcité ? 

Dans le fond, cette classe a, sans le savoir, une consacrée comme prof principale. Dans mes études de théologie ou dans les cours que je donne, je suis bien la même, partout. 

Au bout d'un moment de perplexité quant à cette scène, je me suis mise à sourire dans le train. Je pense que, durant ces premiers mois de vie consacrée, je suis encore en train d'apprendre, de découvrir, le don de Dieu spécial de cette forme de vie, qui ou plutôt ce que je suis devenue tout en étant la même... 

Et si les autres étaient aussi patients apprentissages de notre identité ? 

Et si les autres étaient aussi patients apprentissages de notre unité de vie ? 

 

mardi, février 14 2017

L'oeil était dans le couloir du métro

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Ils étaient trois dans ce recoin bien en coin des couloirs de métro. Près d'eux, la foule passait, distraite, nez sur son téléphone, pressée ou en train de parler à son voisin. Eux trois, ils cachaient un truc... et ils avaient l'air complètement "défoncés" par une substance très illicite. Pas besoin de m'approcher davantage : ils étaient jeunes et avaient l'air vieux et malades ; la vie était devant eux et ils auront très certainement prochainement des soucis avec la police et, plus grave encore, avec leur santé, si ce n'est déjà le cas. Trois êtres aux vies cabossées. 

Je crois que je les ai regardés au passage avec une compassion malheureusement trop condescendante, qui m'a semblé peu chrétienne. 

Hier, à la messe, la première lecture venait de la Genèse avec l'épisode du meurtre fratricide d'Abel par Caïn et le prêtre cita dans son homélie le fameux vers de Victor Hugo : "L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn". Que fait cet oeil, celui du Seigneur ? Bien sûr, une conception trop étroite pourrait nous faire nous mettre le doigt dans l'oeil en y voyant le regard sans merci d'un juge inquisiteur. Et si ce Dieu qui nous regardait, c'était pour nous dire qu'Il était toujours avec nous, et qu'Il nous regarde, simplement, tels que nous sommes, y compris jusqu'à "nos reins et nos coeurs" ? Parfois, Il doit avoir quelque peu une conjonctivite à supporter de voir tous nos péchés... mais je suis sûre que tout brûle dans le brasier de Son amour, dans l'incandescence amoureuse de Son regard. 

Savoir que Dieu nous regarde, sans cesse, où qu'on aille se cacher ou, au contraire, où qu'on aille vivre au plein jour, cela change tout : 
C'est tout mettre dans la Lumière de Son amour ;
C'est voir, ou plutôt regarder, vraiment car Il est la vraie Lumière qui donne relief aux actes et aux êtres...
Comme un appel à regarder comme Lui, à aimer sans condescendance, sans jugement a priori ni a posteriori,
A regarder, simplement avec la justesse d'un coeur ému aux entrailles qui fait s'élever une humble prière vers Son Seigneur. 

 

vendredi, février 3 2017

Ma première journée de la vie consacrée… de la loose ? 

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Aujourd’hui, 2 février, fête de la Présentation de Jésus au Temple, c’était la fête de la vie consacrée, ainsi que l’a instituée le pape Jean-Paul II il y a vingt ans. 

 

C’était la première fois que c’était vraiment « ma » fête et j’aurais bien marqué cela d’une manière ou d’une autre… 

En réalité ? Ce fut une grosse journée de travail où je n’ai même pas eu la messe - pour la seule fois de la semaine : pile le mauvais jour ! -, ni la possibilité de prier un office avec quelqu’un ou plusieurs autre(s). Les Laudes seule au réveil, les Vêpres seule tard, les Complies dans quelques instants, seule… La loose quoi pour un jour de fête ! 

 

Et puis, j’admets que, depuis quelques années, j’invitais les rares amis au courant de mon chemin à festoyer autour de quelques crêpes (d’ailleurs, lors de ma pendaison de crémaillère, on m’avait offert un appareil à crêpes : coïncidence ?)… parce que, pour tout vous dire, les amis et les crêpes, j’aime bien ça ! Là, ce soir, c’était remise de bulletins donc une fin bien trop tardive pour préparer de la pâte à crêpes et inviter des amis… la loose je vous dis ! 

 

Il faut dire que je faisais cours, dans cet état d’excitation si particulier qui précède les vacances. 

Quand la dite prof est consacrée, elle admet aimer s’échapper parfois, le temps d’une messe comme dérobée au quotidien pour savourer tout le reste. Mais là, c’était la journée paresseuse d’une prof comme l’opinion publique l’imagine si souvent : 8h30-20h30. 

Il faut dire que, ce soit, c’était remise de bulletins… jusqu’à pas d’heure. 

 

Et la remise de bulletins, ce n’est pas vraiment de tout repos. 

 

Seigneur, Tu sais, je les aime bien mes élèves mais leurs parents, ce n’est pas toujours si simple. 

Certains, la plupart même, ça va mais Tu sais bien qu’il y a aussi ces gros relous… Ces gros relous-là qui vont me prendre plein de temps par rapport à celui que je leur ai alloué et me mettre en retard, ceux-là qui vont m’accabler sous un moulin à paroles que mon tempérament sensible peine à supporter sans me sentir très mal à l’aise, ceux-là qui critiqueront tout et tout le monde et n’aideront pas leur enfant à grandir en regardant la réalité en face. 

Enfin, non, Tu ne sais pas : ce sont des gros relous mais pour moi, selon moi… pas selon Toi. 

Car Toi, Tu ne les vois pas ainsi : Toi, Tu es même le gars, enfin, Dieu capable de faire l’éloge de l’ami importun ! 

Toi, Tu aimes et Tu sais aimer : je suis mauvaise élève mais j’aime me mettre à Ton école.  

Et puis, il faut dire qu’il y aura surtout ceux-là que je sais que Tu aimes avec cette tendresse si particulière : ceux-là qui sont pauvres… pour de vrai. 

Ceux-là qui me briseront un peu plus le coeur comme à chaque fois, 

Ceux-là même qui me font prier en les écoutant. 

 

Tu sais, je ne sors jamais tout à fait indemne de ces remises de bulletins… 

 

Alors, là, pour la fête de la vie consacrée ? 

Ce n’est pas la fête que j’aurais espérée pour cette première fois où je la vis en étant tout à Toi. Je l’aurais aimée super priante, super amicale, super festive. Mais je crois qu’elle était réussie cette première fête de la vie consacrée d’une jeune consacrée : je crois que j’étais là où Tu me demandais d’être, Seigneur ; 

parce que, Toi, quand Tu rencontres les autres, c’est toujours la fête ; 

Et surtout, je suis certaine que j’y étais avec Toi et que Tu y étais avec moi. 

lundi, janvier 30 2017

Comme une pauvre tache...

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Ce moment de pause qu'est la messe du soir, après une journée bien chargée. 
Communion, ce moment où je regarde mes mains : ouille, pleines d'encre. 
C'est sûr que recevoir le Seigneur dans ces conditions, c'est pas top... Et pourtant...
Pourtant, cette encre, c'est celle de mon stylo qui fuyait tout au long de cette journée où j'ai fait passer des oraux ; 
Pourtant, cette encre, c'était juste le signe humble de mon travail, rien d'autre. 
Alors présenter ce travail au Seigneur pour Le recevoir ? 
Ce n'était pas "sale" cette tache de ma tâche, c'était comme un signe très concret qu'Il vient nous rejoindre dans ce que nous faisons, dans ce que nous sommes : 
Pour qu'Il soit, au-delà des marques disgracieuses, la seule véritable encre de mon existence, afin qu'elle s'écrive selon Lui. 

dimanche, janvier 8 2017

Laisser se faire la lumière pour découvrir, pour aimer

 

Celui-là est mon élève depuis l’année dernière : fieffé garnement, à la lisière du conseil de discipline bien souvent, trop souvent…

Et, à côté de cela, des histoires familiales bien trop lourdes à porter pour un tout jeune collégien, qui serrent le cœur quand on les apprend.

Puis, en même temps, de vrais efforts et progrès depuis la rentrée, appréciables et appréciés.

 

Pourtant, il n’en demeure pas moins que, cet élève-là, il m’agace bien souvent tant il sait ce qu’il faut faire pour titiller… A moins qu’il ne le cherche même pas, c’est possible aussi.

Avec lui, j’apprends bien plus qu’avec d’autres la patience tant j’ai parfois envie de lui crier dans les oreilles !

 

Cet élève, comment va-t-il grandir ? Réussira-t-on à l’aider ?

Ce matin, à la messe, j’ai pensé à lui : quelle est l’étoile à laquelle il accrochera sa vie ?

Alors, j’ai prié pour lui.

 

Ca m’a fait penser à une scène récente.

Il faut préciser que, souvent, on me demande ce qu’il y a de changé dans ma vie maintenant que je suis consacrée : comme le lendemain, j’aurais du mal à répondre autre chose que « tout et rien ».

Mais au quotidien, dans mon travail de prof, il y a une chose qui change, foncièrement, et j’en ai pris conscience grâce à lui :

Alors que je reprenais cet élève pour la 3ème ou 4ème fois du cours, qu’il n’avait pas écouté les consignes que je venais de donner, que je commençais à sentir monter en moi un début d’énervement et que je priais quelque peu en ces termes : « Esprit Saint, viens à mon aide pour que ce ne soit pas la moutarde qui commence à me monter au nez qui réponde », j’ai été prise soudain d’une grande vague de compassion :

« Si tu pouvais savoir à quel point Dieu t’aime, toi aussi… » 

Intérieurement, je me suis mise à sourire et je crois qu’il l’a perçu :

« Et ma vie, elle est donnée pour toi, aussi » ai-je continué à penser, « peut-être même encore plus spécialement »

Je l’ai pensé, je l’ai prié : ça a redonné, à tout, la juste tonalité.

Et si la sequela Christi – la suite du Christ – à laquelle je me suis engagée, elle passait spécialement par là pour l’enseignante que je suis ? 

Don caché de soi aux élèves ; 

Apprentissage patient de l’amour, dans le cœur du Christ.

 

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Lumière, Kim En Joong

 

samedi, décembre 24 2016

"Il demande seulement de l'accueillir"

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Une affichette, discrètement posée à plusieurs endroits ; une affichette si simple et si essentielle. 

Ces derniers mois, j'ai probablement vécu certains des mois les plus denses de mon existence : j'y ai connu une immense joie, qui me travaille au coeur, qui a transformé et transforme ma vie, en Dieu, mais j'y ai connu également de profondes douleurs et angoisses. Bien sûr, c'est le lot de chaque existence mais la densité y a été assez importante. 

Je ne serai pas à cette messe de Noël célébrée dans une tout petit oratoire d'hôpital dans lequel, plusieurs fois ces derniers mois, j'ai prié un office ou ai pris simplement quelques instants de silence. Ce soir et demain matin, je serai avec ma communauté paroissiale. Mais, dès que ce sera fini, je viendrai dans cet hôpital. Ce ne sera pas la première fois d'ailleurs que cela m'arrivera de passer un 25 décembre à l'hôpital, bien que la personne à accompagner ait changé. 

Dans ce lieu où la pauvreté s'appelle dépendance et souffrance, l'amour a une saveur toute particulière : dans ce lieu, l'amour humain devient gratuit bien au-delà des devoirs des soignants, l'amour est la signature d'une qualité d'être. Dans ce lieu où Dieu se cache, l'amour humain reflète tout spécialement Son amour. 

Et les malades sont peut-être plus aptes que nous, les bien-portants, à accueillir cela, la gratuité de l'amour. Ils n'ont rien à offrir en échange, sinon eux-mêmes. 

Il est difficile de dire "joyeux Noël" dans une chambre d'hôpital sans être trop dissonant mais il est possible de le vivre et de célébrer, avec les moyens du bord, l'amour et la vie. 

Où quand des lèvres trempées dans le champagne servi dans un gobelet plastique moche deviennent festin ;
Où quand des sourires et des rires, malgré tout, pour effacer les angoisses cachées deviennent espérance et promesse de vie ;
Où quand l'espace aseptisé d'un hôpital devient quelque peu une crèche qui accueille la vie dans la pauvreté. 

Noël s'y vit, Noël s'y célèbre, sans pompes ni discours. 

Ce sont encore ces plus pauvres qui auront le coeur ouvert et qui nous montreront le chemin pour accueillir le formidable Amour de Dieu pour l'humanité, qui nous désigneront l'essentiel... pour apprendre à accueillir à notre tour. 

Je crois que demain, je rencontrerai spécialement le Christ là-bas, par "la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux" (Evangelii Gaudium, §198) : je crois que, demain, je poursuivrai vraiment la célébration de Noël dans cet endroit sordide qui resplendira, dans le même temps, de l'éclat de la plus belle des crèches. 

 

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