
« La douceur laisse être ce
devant quoi (ou celui devant qui) elle se trouve, et pour cela prend du temps.
Ce temps, elle ne le prend pas à autrui, mais à soi et sur soi, et par là le
donne à autrui. Pourrait-il y avoir une douceur de la parole qui ne fût
précédée de la patience de l’écoute ? Et pourrait-on être doux si l’on n’était
d’abord attentif ?
La douceur d’un regard, par exemple, ne consiste pas à faire les « yeux doux » […], mais à faire de notre présence un lieu d’accueil et d’hospitalité – laisser, sans hâte ni prévention, quelqu’un se manifester. […] « Doucement » veut dire « lentement », attention et précaution. C’est la force de la douceur que d’avoir comme une amoureuse divination de la fragilité des gens, des choses et des questions. »
J.-L. Chrétien, « Douceur », Pour reprendre et perdre haleine – Dix brèves méditations.