Zabou the terrible

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dimanche, janvier 22 2012

Doux Seigneur !

 

Seigneur, donne-moi la douceur.

 

Seigneur, donne-moi cette douceur qui n’est pas mièvrerie mais bonté ;

Donne-moi cette douceur qui est avant tout regard aimant, humanisant, porté sur l’autre aussi bien que sur moi-même.

 

Seigneur, donne-moi cette douceur empathique qui sait rire avec celui qui rit, pleurer avec celui qui pleure, consoler celui qui subit l’adversité ;

Donne-moi cette douceur sympathique du visage toujours accueillant, du regard ouvert et franc, du cœur transparent.

 

Seigneur, donne-moi cette douceur qui jouxte et la tendresse, et l’humour ;

Donne-moi cette douceur qui est faible, toute faible, mais non pas une faiblesse.  

 

Seigneur, donne-moi la douceur de la bienveillance toujours première ;  

Donne-moi cette douceur si souvent blessée, si souvent déçue et piétinée mais invincible car, donnée à pure perte, l’on ne saurait éteindre sa gratuité, son rayonnement, sa force.

 

Seigneur, donne-moi Ta douceur.

dimanche, décembre 25 2011

Joyeux Noël !

au Mt St Michel

 

Prière silencieuse,

Veille dans le silence de la nuit, 

Soudaine clameur !

 

« Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l'insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ». Ainsi le pouvoir s'étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l'amour invincible du Seigneur de l'univers. » (Isaïe IX)

 

Heureux Noël à tous dans l’accueil confiant du Seigneur :

qu’Il soit notre Joie !

 

mercredi, décembre 21 2011

Santons mais pas sans teint


La crèche, c’est toujours un joyeux bazar, surtout quand c'est moi qui l'organise ! 

 

 

 

Elle est grande, bizarrement installée pour éviter les atteintes d’un roux félidé mais, surtout, constituée de toute une humanité « santonnée ».

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jeudi, décembre 15 2011

A 10 jours de Noël

Station St Michel... l'archange, bien sûr !

Regarde le ciel... 
Vois, déjà, se lever Son Etoile ! 
 
 Les pieds bien sur terre, occupés à l'arpenter, 
Coeur et regard ouverts au plus sombre des souterrains, au plus noir des nuits,
Pour préparer Sa venue. 

jeudi, décembre 8 2011

Un mec crade

Un mec crade

 

 

Sortir des cours, fatiguée, comme toujours en ce moment ;

Courir pour rentrer travailler, encore, un peu plus, claquée ;

Décembre, juste avant les vacances : c’est la mauvaise période pour l’agrégatif.

Il est tout pâle ; il n’a pas le temps ; il a du mal avec son réveille-matin : la loose intégrale.

 

Gare St Lazare : ouf, la moitié du trajet est faite. A quelle heure mon train ?

 

C’est là qu’un mec tout sale s’approcha de moi, le type qui donne envie de le repousser direct : aviné, les cheveux crasseux, le reste pas moins, brinquebalant, la gueule en biais.

 

Et le raisonnement peu glorieux se met en place, tout naturellement, trop facilement : la lâcheté ordinaire quoi. Non, non, non, qu’il ne m’adresse pas la parole, pas envie, là, autre chose à faire ! Puis, il y a plein de monde dans cette gare pour s’occuper de lui, quoi ! Zut, il s’approche de moi, faisons mine de ne l’avoir pas vu… raté.

 

- Bonjou’ Gniéniorqmherimhqr ?

- Euh, bonjour, oui, pardon ? Excusez-moi, je n’ai pas compris ?

- Madm’selle, tu peux changer mon médaillon autour du cou ?

 

Là, je n’ai vraiment rien compris à cette demande étrange… Il avait un médaillon autour du cou, oui : un cœur tenu par une chainette. Mais pourquoi le « changer » ? Le quiproquo dura quelques secondes car je ne comprenais vraiment pas ce qu’il souhaitait. Au bout d’un moment, je compris : il fallait l’aider à enlever la chaine autour de son cou pour remettre le pendentif dans l’autre sens.

 

Je ne voyais pas l’intérêt…

Jusqu’à ce que je découvre que le pendentif avait deux faces :

Et le cœur tout emmêlé devient le cœur côté brillant de faux diamants.

 

- T’sais pourquoi je porte ça autour du cou ?

- Parce que le cœur, c’est l’amour ?

- P’tite m’selle, moi, j’porte un cœur parce que je veux aimer tout le monde. ».

 

Sciée j’étais.

 

Il m’a ensuite parlé de sa misère, de sa famille qui le rejetait : la bouche toute empâtée, je n’ai pas tout compris, mais je tâchais de l’écouter. Et puis, en guise de finale :

« Tu vois ce cœur là que je porte parce que je veux aimer tout le monde. Toi, merci. Tiens, je l’embrasse, j’embrasse ma main et je la mets sur ton épaule. Pour que toi aussi, tu sois forte et que tu aimes tout le monde. »

 

J’ai encore une fois failli rater mon train mais je n’ai pas regretté…

 

Dans le train, j’ai regardé la discrète croix que je porte toujours autour de mon cou :

Tu sais vraiment comment T’y prendre, Toi, pour qu’on ne T’oublie pas, hein ?

J’ai souri, puis en mon cœur s’est élevée une prière en guise de merci.

 

mardi, novembre 22 2011

Au pied de la croix

 Quand on fait des études de Lettres, on apprend la distance,

On goûte le nécessaire recul critique pour ajuster, pour peser, pour relire encore puis pour dire.

Délicat exercice auquel on n’a jamais fini de se frotter en disposant du large éventail des outils d’analyse critique : on sait alors la difficulté de poser un mot juste…

Et l’on peine à le poser.

 

Littéraire, je ne mets jamais ma foi de côté quand je lis, quand j’étudie, quand j’écris.

Et cela même quand j’étudie le programme d’agrégation « théâtre et violence », versant tellement dans cette violence, dans cette esthétique du choc qui n’est pas la mienne.

 

Pourtant, je vous l’avoue, j’ai du mal à crier avec les loups.

Question de caractère, question de formation ;

Question de choix, aussi, très certainement.

 

Les récents événements ont finalement peu parlé de théâtre contemporain ou d’art ;

Les récents événements ont surtout si peu parlé de foi…

 

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mardi, novembre 8 2011

Présent d'automne

 

Froid feutré de l’automne qui progresse ;

Froid de plus en plus silencieux, comme rendu opaque par cet amuïssement sonore progressif :  

Peu de marcheurs dans les rues, les êtres commencent à se terrer, à se blottir chez eux ;

Ici ou là, des fumées qui s’élèvent, signes des foyers bien chauffés,

Quand ce n’est pas celle s’échappant de ma bouche à force de respirer dans le froid.

 

Elles semblent loin ces belles et vastes étendues de l’été…

Ils semblent loin ces projets, ces rêves estivaux faits au doux soleil revigorant !

Et ces concours à préparer, qui riment si bien avec aridité ;

Et ces services à assumer, divers et variés.

 

Le champ de vision semble se réduire, se concentrer…

 

Pourtant, c’est ici, dans ce coin,

Dans ce tout petit coin d’automne,

Fait d’études, fait de rencontres, fait de travail,

Fait de peines et de joies, minuscules comme majuscules,

Que Tu m’appelles Seigneur.

 

Temps, espace,

Tout petit coin de vie…

Que Tu m’appelles, Seigneur, à habiter pleinement.

 

Parce que c’est aussi dans ces toutes petites étendues de rien du tout,

Dans ces espaces comme resserrés de l’automne,

Simplement ici, que Tu désires faire Ta demeure

Parmi nous, en nous : 

Se laisser travailler

Pour T’y rendre présent, un peu plus.

 

Et rendre grâce, soir et matin,

De ce qui a pu se vivre de grand dans le tout-petit du quotidien

Et Te demander la grâce de continuer, fidèlement,

A s’en émerveiller.


mercredi, octobre 5 2011

Une vieille

 

Depuis ma plus tendre enfance, j’ai un amour marqué pour ceux que l’on appelle parfois pudiquement les Anciens – pas seulement de l’Antiquité. J’estime leur âge, leur expérience et cette forme de sagesse qui est souvent la leur, portant un regard devenu affiné par les années sur le monde et sur la vie. J’aime ces rides et ces regards qui disent une histoire, qui révèlent un être… J’aime vraiment les regarder, emplie de respect pour ces années qu’ils ont traversées, comme ils ont pu, le mieux qu’ils ont pu.

 

J’aime les retrouver à une messe, dominicale ou de semaine, souriant à ma jeunesse leur répondant parfois avec trop d’exaltation ; ou au détour d’une rue, faisant leur marché autant que leur provisions des derniers potins du quartier. Avec amusement, avec tendresse.

 

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vendredi, septembre 16 2011

Lectures d’été : « La vie devant soi » ou la braise incandescente de l’amour

 Aujourd’hui, j’hésite mais je voudrais vous parler d’un livre un peu particulier… d’une histoire de fils… Bon, disons-le tout net : moi aujourd’hui, je voudrais vous parler d’une histoire de vrais fils de putes.

 

En fait, sous cette accroche choquante[1] je voudrais surtout vous parler d’un livre qui narre une magnifique histoire d’amour. Ce livre, ce n’est pas une sortie récente mais celui qui obtint le Goncourt 1975 : La Vie devant soi d’Emile Ajar – Romain Gary, que je n’avais jamais ouvert.

 

C’est l’histoire tragique de pauvres mômes nés suite à une passade de leurs mères prostituées, et mis en pension chez Madame Rosa, elle-même une ancienne bien connue du métier, trop vieille pour « se défendre avec son cul »[2]. Rien de bien joyeux a priori, une vie à la limite de la clandestinité, dans un milieu fangeux et méprisé.

 

Pourtant, à lire cette histoire, qui est surtout celle du héros, Mohammed, on se prend à sourire. Sourire des réflexions de gosse, pas si bêtes, pleines de finesse et si bien (d)écrites par Ajar, mais encore plus sourire de la tendresse qui se dessine page après page dans un univers si grossier et si humainement drôle.  

 

Plongé dans le monde de la prostitution qui est celui du sexe sans l’amour, Momo pose, se pose et nous pose à nous aussi cette question essentielle : « Est-ce qu’on peut vivre sans amour ? ». C’est la question centrale du livre, l’unique question en réalité tant elle est vitale. Et il vit pour y répondre.

 

Momo, il aime la vie, puis il aime Madame Rosa, de tout son petit cœur. Et Madame Rosa, elle, elle le protège, elle l’aime, même quand ses mandats n’arrivent pas. C’est l’amitié entre un jeune Musulman et une vieille Juive, l’amour impensable et incroyable, maternel et filial, qui fleurit à travers tous les travestissements et toutes les pauvretés de l’humanité. C’est l’Amour qui, seul, résiste jusqu’à la fin et est « capable de tout, croit tout, endure tout »[3].

 

A la fin si rocambolesque succèdent ces derniers mots, sonnant comme une réponse finale, même au sein des dernières notes d’humour : « il faut aimer ».

 

Je ne sais pas si c’est parce que je l’ai lu sur le Camino et qu’il reposait à côté de ma Bible mais j’avais en écho du St Jean : « Mes enfants, nous devons aimer, non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » Bizarre, non ? 

 



[1] Faites pas genre, je vous ai vus le lever votre sourcil !

[2] Je cite, hein…

[3] Alors là, je cite aussi, mais, ô indice, c’est un autre Livre. 

mercredi, août 31 2011

Vitamine pour septembre, et pour la suite !


Parce que ça fait du bien de le relire…

Mais surtout ça fait du bien de le redire, de le revivre, d’en vivre et revivre tous les jours ! 


 

« Et c’est alors que j’ai entendu : « Je t’aime ». Ca alors ! J’te jure que j’ai failli tomber en pâmoison ! Ce Je t’aime, je ne l’ai pas entendu dans le creux de l’oreille, c’était beaucoup plus fort que ça : je l’ai entendu par l’esprit, par le cœur. Une tendresse infinie qui serait montée comme une mer intérieure pour t’immerger. Et j’ai compris que c’était Dieu qui m’avait submergée et subjuguée. Là, tu ressens un sentiment océanique, et tu ressors en île, tout éclaboussé de bonheur. Alors a commencé entre lui et moi une grande histoire d’amour.

 

Depuis que je connais Dieu, j’ai beaucoup changé. Oh ! de l’extérieur, je n’ai pris que quelques centimètres, mais j’ai peuplé mon royaume intérieur de plusieurs milliers de sujets d’intérêt, et je suis bien décidée à ne pas en rester là ! Voilà, voilà : avant, je n’étais qu’un petit bout de femme de rien du tout ; maintenant, je suis une créature unique, parmi des milliers de milliers. C’est une sacrée métamorphose qui est à la portée de tout le monde, à une condition : aimer et se sentir aimé. Pour de vrai, et pour toujours. »

 

Tiré, bien sûr, de Jade et les sacrés mystères de la vie de François Garagnon.

 

mercredi, février 23 2011

Espace de liberté + espace de fragilité = espace christifié

 

Les espaces de liberté se font rares lorsque les mois filent et approchent de l’échéance : il est du devoir de l’agrégatif de les recréer pour parvenir à respirer. L’un des miens est d’aller – oh, quand je le peux, certains jours – à ces messes de semaine : courtes, petites, sans gloriole ni trompette mais que j’apprécie tellement parce qu’elles m’aident à réinscrire sans cesse l’Essentiel dans ma vie.

 

Le 22 février, c’est une date un peu particulière pour moi et la messe y fait toujours partie de mon agenda, aussi chargé soit-il. Hier en fin de matinée, une panne d’oreiller, un concours de circonstances me fit aller non dans une de mes « paroisses de semaine » mais dans la mienne : ce concours de circonstances était finalement heureux ou, comme l’a dit mon vicaire conceptuel d’un sourire en me voyant arriver, avec une formule lapidaire dont il a le secret : « t’as bien fait ».

 

On fait toujours bien d’aller à la messe, je le sais bien, pas la peine de me le redire, padre enfin !

 

Ma présence rajeunissait de quelques décennies l’assemblée du jour, qui se comptait hélas sur les doigts des deux mains, dans une paroisse désertifiée (ah, les vacances scolaires !). Là, je sentis combien c’était bien ainsi, que j’avais eu vraiment raison de venir ici prier avec eux, les fidèles parmi les fidèles. Prendre exemple sur leur fidélité et leur apporter par ma petite présence l’inattendu de la jeunesse.

 

Sourires mutuels, salutations à chacun : petite communauté aux liens solides, tissés dans la fidélité et dans l’amitié.

 

Et puis, surtout, elle, là assise, sans force pour se lever.

Elle qui avait la tête baissée, les mains empêtrées dans son chapelet.

Elle dont les cheveux à moitié en bataille recouvraient le regard, visiblement perdu, un peu égaré.

Elle, qui allait recevoir le sacrement des malades, ce jour, maintenant, à cette messe.

 

« Zabou, viens m’aider »

Tenir le rituel pendant l’imposition des mains.

Tenir l’huile pendant que son front et ses mains étaient oints.

Regarder, admirer de toutes ses forces ce qui se jouait là.

Et prier, surtout, pour que le Christ soit sa Force,

Prier de toutes ses pauvres forces.

 

Être émue, profondément émue

De la confiance tranquille de celle qui recevait ce sacrement.

De la douceur de celui qui le lui donnait…

Quelque chose de tellement grand et de tellement simple se passait à côté de moi et j’avais la chance d’en être témoin.

 

Et puis surtout voir ce regard  fuyant se transformer soudain en regard rayonnant,

Un sourire aux lèvres revenu, des yeux emplis de gratitude.

Fantastique simplicité du geste où  le Christ advient :

Que le Christ soit sa force, toujours !

 

J’avais bien fait de venir, ici et non ailleurs, ce matin-là, oui.

 

samedi, décembre 25 2010

Belle fête de la Nativité à tous !




Nativité par Albrecht Dürer

Ce que j’aime dans cette Nativité au premier regard, c’est sa disproportion : des parents immenses, un Christ tout petit…

 

Ce que j’aime dans cette Nativité, c’est qu’il y a tout un jeu de regards pour nous faire comprendre Qui est l’important : l’Enfant. C’est-à-dire, le petit, le pauvre, le faible.

 

Ce que j’aime dans cette Nativité, c’est qu’il y a toute une humanité autour de la crèche… des proches, des lointains qui n’osent s’approcher, des joyeux et des interloqués ; et que je peux m’y voir, moi aussi, parmi eux.

 

Ce que j’aime dans cette Nativité, c’est que le Christ se met à la taille – ô pas bien grande, encore toute petite – de cette humanité qui l’entoure ; qu’il vienne en fait se mettre à ma hauteur pour me diviniser si je le mets de mon côté tout au centre, au cœur de mon humanité.

 

Alors, à chacun, un JOYEUX NOËL !

Que l’Incarnation du Christ nous donne de grandir chaque jour un peu plus en notre humanité, afin de l’écrire, comme Lui,  pleinement et joyeusement avec un A.

 

vendredi, décembre 10 2010

Aux poètes du theatrum mundi

« Ce qui permet de voir comment l’auteur ne se dit pas au théâtre, mais écrit pour qu’un autre parle à sa place. » (Anne Ubersfeld, Lire le théâtre I)

 

Douceur du livre théorique qui confine au spirituel, qui sonne comme une invitation à un apprentissage :

 

Non seulement à laisser notre plume, nos écrits, s’emplir du Verbe mais bien plus encore à le laisser illuminer notre vie ;

 

Invitation à l’écrire, cette vie, à la jouer, à la donner pleinement pour qu’elle s’inscrive comme un poème, particulier, unique ; pour qu’elle devienne comme une œuvre d’art que nul autre ne saurait jouer dans ses infimes nuances : tout simplement pour qu'elle soit une  vie qui résonne la Sienne dans l’immense theatrum mundi.

 

dimanche, novembre 21 2010

Roi très admirable, douceur ineffable...

 


Ils sont arrivés il y a maintenant un mois. Des pas très grands, des qui font petits, minuscules même à côté de leurs aînés devenus tout grands ; des qui ont tendance à se prendre les pieds dans le bas de leur aube et à s’emmêler les bras avec le cordon de leur croix. Ils s’appellent Antoine, Delphine, Rémi, Camille, Maxence ou bien Joséphine et, avec cinq autres, cela fait un mois qu’ils ont rejoint le groupe des servants d’autel.

 

A leur âge, on se perd vite et l’apprentissage de la liturgie n’est pas chose aisée : on se trompe, on ébauche des gestes, on en bafouille d’autres en interrogeant sans cesse des yeux les plus grands. Mais il est des sourires, des lueurs qu’on aimerait conserver ad vitam : et j’aime regarder et leurs premiers pas, et leurs premières bêtises…

 

Ce week-end, c’était fête et ils touchaient pour la première fois à ces torchères un peu particulières qui embellissent chez nous la consécration des jours solennels. Bien sûr, ils se trompèrent magistralement dans leurs déplacements. Puis, pour couronner le tout, rien n’était coordonné et les flammes penchaient dangereusement. Pourtant, qu’ils étaient beaux leurs visages rendus lumineux tant par la danse d’une flamme que par la naissance douce, délicate, d’un sourire de leur cœur !

 

La fête du Christ Roi à côté de cela, elle n’est pas très réjouissante tant elle est située du côté de l’échec et de la douleur. Pourtant, elle vient comme sonner et résonner dans le temps ouvert entre Toussaint et Noël : elle est la fête de la pauvre unique vraie royauté, celle de l’Amour. Celui qui ne domine pas, celui qui perd tout, celui qui se donne jusqu’au bout… Le vrai amour quoi !

 

Le Christ a les mains crucifiées : il n’a plus que les nôtres pour bâtir, maintenant, sur terre, ce royaume à la saveur un peu utopique mais tellement poétique, tonique et vivifiante. 


Oh évidemment, je sais bien que les gestes des servants, surtout des plus jeunes, ne font pas directement grand-chose et peuvent sembler dérisoires. Ils ne changent pas le monde, ils aident simplement quelques-uns, dont eux-mêmes, à prier avec la liturgie. Ce ne sont pas leurs gestes qui viendront sauver des vies, ni même faire de grandes révolutions : mais chacun de leurs gestes et actes, même ratés, posés avec amour, y contribuent comme autant de gouttelettes finement ciselées. J’ose croire que c’est la beauté du service dont ils ont commencé à percevoir, sans le savoir mais en le devinant dans leur cœur, le sens profond.  

 

mardi, juillet 27 2010

Kalos pater

 

Se trouver ici, comme je le fus durant tant d’étés.

Et regarder les étangs, les arbres, le soleil se coucher.

Capter les fragrances d’un passé échappé mais jamais oublié.

 

Respirer l’air à s’en faire péter les poumons,

Fureter dans la bibliothèque, caresser la couverture de ce livre qui était tien…

Se souvenir alors de cet autre, que tu m’avais donné parce que, disais-tu, gardé sur ta table de nuit, il t’avait tant aidé au long de ta vie : le savoir sur la mienne, lu, relu, avant que ne vienne le jour où je choisirai, à mon tour, de le transmettre.

Et lire ce soir, sur cette table des veillées, des éternels débats, cette vieille lettre retrouvée il y a quelques jours par ta femme où ce que tu disais était si… si juste, si émouvant. Dieu.

 

Dieu…

Tu en parlais si souvent, et de plus en plus, comme si c’était la seule question sur laquelle revenait sans cesse buter ton esprit de philosophe. Mais tu ne faisais pas qu’en parler… Je le savais, mais il est une pudeur en ces domaines qu’il est difficile de quitter, parce que Dieu n’est pas abstraitement concept mais, intimement, amour et vie.

Tu ne peux savoir comme ce que tu avais écrit là, alors que je n’étais moi-même qu’embryon « dans le sein de ma mère » me touche aujourd’hui, maintenant, me rejoignant en profondeur.

 

Et cet amour de Dieu sur lequel était ton dernier texte… Cet amour de Dieu que tu n’auras cessé de creuser, expérimentant même ces failles terribles où l’on ne voit plus rien. Cet amour de Dieu auquel tu auras cru jusqu’au bout.

 

Cet amour de Dieu que tu es parti rejoindre au plus proche,

Il y a exactement un mois, à la fin d’une semaine déjà si étrange pour moi. Comme si ton départ achevait de marquer une page qui se tournait pour moi, fermant un chapitre, en inaugurant un autre. Comme c’était le cas pour toi, aussi.

 

Il y a une chose de ma vie que j’aurais aimé te dire et que tu avais, je crois, deviné mais que je n’aurai pas eu le temps de te dire en face. Mais ce soir, émue par une résonance, je crois comprendre qu’il n’y avait vraiment pas besoin…

 

Écraser une larme en lisant tes mots, tes traces tout en souriant ;

Et continuer, selon les mots que tu m’écrivais plus récemment, de « chercher dans le ciel le chemin de mon étoile ».

 

samedi, mai 15 2010

Tu te souviendras de la multitude infinie...

En 1909, Léon Bloy dédie son ouvrage Le Sang du pauvre à sa fille aînée Véronique, en quelques lignes si belles que m’est venue l’envie de les retranscrire ici.

 

            Que ce livre te soit dédié, mon enfant bien-aimée. Il convient mieux qu’un autre à ton esprit grave, à ton âme inclinée vers la Douleur.

 

            En le lisant, tu te souviendras de la multitude infinie des cœurs qui souffrent, des enfants de Dieu qu’on afflige, des tout petits qu’on écrase et qui n’ont pas de voix pour se plaindre.

 

            Ton père a essayé de crier à leur place, de ramasser en une sorte de Miserere toutes les souffrances de ces lamentables. Tu sais de quel prix il en a payé le droit et à quelle école redoutable il s’est instruit.

 

            Alors, ma Véronique, vraie image du Sauveur des pauvres, demande à ce Crucifié qu’il ne m’oublie pas – vivant ou mort – dans son Royaume éternel.

 

Léon Bloy

 

mercredi, mai 5 2010

D'un petit geste l'Autre

 

« Jésus n’a pas ouvert les yeux de tous les aveugles d’Israël, et on peut se demander si la guérison d’un aveugle a fait la moindre différence. Il n’a pas arrangé les affaires de toutes les noces où le vin venait à manquer. Mais ces petits signes appartenaient à la Parole de Dieu qui crée et recrée. C’est la fragilité et la petitesse même de tels gestes qui font qu’ils parlent si forts. Le Seigneur n’a pas laissé Gédéon écraser les Madianites avant d’avoir réduit son armée de trente-deux mille à deux mille puis trois cents hommes. Dans la Bible, on aime ce qui est petit. Jésus dit que ce qu’on fait au plus petit d’entre les siens, c’est à lui qu’on le fait. Les petits gestes sont à la fois une prière demandant que vienne le Royaume et la Parole de Dieu, qui le fait s’approcher. »

 

Timothy Radcliffe, o.p., Pourquoi donc être chrétien ?, p. 32-33

 

jeudi, février 4 2010

Au milieu de la grisaille, comme une lumineuse douceur


           « La douceur laisse être ce devant quoi (ou celui devant qui) elle se trouve, et pour cela prend du temps. Ce temps, elle ne le prend pas à autrui, mais à soi et sur soi, et par là le donne à autrui. Pourrait-il y avoir une douceur de la parole qui ne fût précédée de la patience de l’écoute ? Et pourrait-on être doux si l’on n’était d’abord attentif ?


             La douceur d’un regard, par exemple, ne consiste pas à faire les « yeux doux » […], mais à faire de notre présence un lieu d’accueil et d’hospitalité – laisser, sans hâte ni prévention, quelqu’un se manifester. […] « Doucement » veut dire « lentement », attention et précaution. C’est la force de la douceur que d’avoir comme une amoureuse divination de la fragilité des gens, des choses et des questions. »


J.-L. Chrétien, « Douceur », Pour reprendre et perdre haleine – Dix brèves méditations.