Zabou the terrible

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vendredi, septembre 14 2018

François, l’homme touché et touchant

 

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            Annoncé depuis des mois, voici enfin en salle depuis ce mercredi 12 le film de Wim Wenders consacré au pape François. S’il me semblait indispensable d’aller le voir, je craignais d’assister à une pieuse et pontifiante (c’est le cas de le dire) hagiographie, peu porteuse, qui eût été rater l’Essentiel et encenser un homme.  

 

            Alors, certes, certains moments m’ont agacée sur ce plan précis, notamment une comparaison malheureuse de François avec ses prédécesseurs lors d’un moment de narration de la voix off mais ils sont bien peu de choses par rapport à tout ce que j’ai aimé dans ce film, permettant une remarquable mise en perspective du pontificat du pape François sous l’angle assumé de son premier geste prophétique : le choix de son nom. 

 

            C’est vrai et je n’y pense pas assez personnellement : quels sont les choix que pose le pape François et qui peuvent être reliés au grand saint d’Assise ? Ils sont en réalité nombreux et permettent de comprendre mieux que jamais la cohérence de son pontificat (bon, certes, la grande cohérence restant le Seigneur !). 

 

           Alors, en regardant ce film, peut-on dire Le pape François, un homme de parole comme l’annonce son titre ? Je n’en suis pas certaine. J’aurais plutôt précisé, en admirant les beaux plans du film et surtout les gestes posés, décidés, assumés, accompagnés certes de paroles fortes : « François, un homme touché et touchant », dans tous les sens que l’on peut donner à ces deux termes. Un homme qui écoute – il y invite clairement dans le film – à fond, qui se laisse toucher par Dieu et par la misère du monde, jusqu’à celle de la terre et touchant, touchant parce qu’il est à la fois une personnalité et pas grand-chose et touchant parce qu’il a cette incroyable aptitude au contact, à toucher les malades et à toucher les cœurs, parfois même ceux des plus puissants. 

 

          Et je l’avoue, j’ai plusieurs fois été émue, en me disant : « ce qu’il a raison ! » ou devant les situations qui te tordent les entrailles si tu as une once d’humanité et de compassion. De plus, le bonhomme laisse comme toujours transparaître une belle simplicité ou plutôt une authenticité qui permet d’y croire, de le croire. Cet homme n’est pas parfait, on le sait tous, il est humain, comme nous, alors parfois on a envie de dire, quand la narration se fait trop élogieuse, « la ferme » car ce n’est pas rendre service au film qui montre si bien cette lourde charge de diriger la barque de Pierre au milieu du monde. Mais on perçoit bien combien ce pape cherche à nous tracer un chemin, à travers les cahots de la vie, vers plus de vie et vers la Vie justement : alors merci pape François et merci à Wim Wenders pour cette belle œuvre ! 

 

 

mercredi, août 8 2018

La Prière

Un mois de vacances... qui s'est écoulé bien vite et avec une variété certaine ! ! Il y aurait tant et tant à raconter, à recenser, à gribouiller et ce qui apparaîtra ici dans les jours à venir restera bien en-deça de toutes les merveilles dont j'ai pu être témoin ! :-) On commence par une toute petite recension du film La Prière.  

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J'avais raté ce film au cinéma lors de sa sortie et étais donc bien contente de sa disponibilité en VOD. Parler de la prière, montrer la prière ? Défi assez difficile s'il s'agit réellement du but du film tant il s'agit de montrer quelque chose d'indicible. Certes, on peut parler de la prière mais représenter avec justesse ce qui est de l'ordre d'une relation intime et amoureuse avec le Seigneur ? Trop complexe pour éviter les écueils. 

Alors, ici, il ne s'agit pas à proprement parler de montrer une prière ou de faire un exposé bien construit par un spécialiste mais, a contrario, de ce qui est le meilleur début : un jeune type perdu, souffrant d'une addiction à la drogue. Ce garçon, Thomas, est loin, très loin, d'être un spécialiste et c'est justement ce qui est intéressant : il est pauvre et a besoin de temps pour se reconnaître comme tel et pouvoir enfin entrer dans cette relation qui n'est que don. Nous le suivons tout au long de sa reconstruction, passant par une communauté ressemblant à celle du Cenacolo. Dans celle-ci, il n'y a rien sinon la communauté et ce qu'elle offre : le travail, l'amitié et la prière, le tout vécu dans la nature. C'est rude et c'est beau tout à la fois et le cinéaste nous le montre magnifiquement : il y a de la violence dans ses plans tout autant qu'une immense tendresse pour l'homme perdu, croyant être déchu. 

Dans ce film, peu de choses sont explicites et explicitées, ce qui est un choix heureux : l'essentiel passe par des silences, des regards et, surtout, par la fraternité en actes. C'est ainsi que la relation du jeune Thomas à la prière change et grandit ou, tout au moins, qu'elle passe du vernis - histoire de faire comme les autres - à la relation du coeur suite à une expérience de "nuit" dans tous les sens du terme. On peut regretter que le traitement du discernement ne bénéficie pas de la même profondeur que celle donnée à la prière et que la fin du film s'en ressente assez lourdement : las, on retiendra toutefois que l'amour vrai est salvateur, quel que soit la voie qu'il emploie, pour (re)mettre sur les rails d'une vie, la vraie, celle que l'on construit avec l'Autre et des autres. 

 

lundi, juillet 2 2018

Voguons sur la vie et les bénitiers - lecture estivale 2018 #1

Même si les vacances n'ont pas encore sonné, voici la première des lectures estivales de l'année. 

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Il est des livres avec lesquels on se sent consonner d'une manière profonde dans l'abord de la vie, dans le sourire qui point au pas de côté résolu sur les reliefs de celle-ci, des livres avec lesquels on est sur la même vibration de fréquence comme le dit l'auteur dans un de ses courts récits à propos des homélies. Et puis, en avançant et en constatant le nombre de références à Madeleine Delbrêl, on comprend mieux pourquoi on sent un peu en famille. 

Croisière dans un bénitier et autres petits récits à partir de la vie, ce sont 48 histoires nées d'un fait divers, toujours spirituelles, parfois dans les deux sens du terme. Alors, c'est bon, tout simplement, et le mieux, ce n'est pas d'en parler, c'est plutôt de le lire : en voici donc un extrait. 

Ma vie est simple. Je suis dans ce petit monastère caché au fond des bois. Et j'y prépare tranquillement une nouvelle étape, j'ai envie de me poser : je crois que je serai metteur en Cène. Oui, c'est ça : metteur en Cène. Alors, ici, je lis le Texte. Je l'écoute. Je l'apprends. Je le relis et je le scrute. Je le traduis. J'essaie de lire entre les lignes. Je contemple avec grande affection tous ceux qui le jouent d'une façon ou d'une autre autour de moi, et ceux qui sont plus loin, aussi. Je vais souvent les visiter, ne serait-ce qu'en pensée. Je me réjouis de leurs talents d'acteurs : ils transforment - chacun à sa manière - leur entourage et ce vieux monde. Ils transfusent leur vie qui se mêle à la sève du Texte. Je les vois impliqués dans certaines tragédies, car la vie n'est pas simple pour tous. J'en vois d'autres jouer des comédies légères : cela fait du bien. J'en connais quelques-uns qui vivent des drames, et d'autres qui semblent s'amuser dans des opéra-bouffes. Mais j'en connais aussi qui ne sont que figurants, plus à l'écart des projecteurs, presque dans l'ombre. Quand je dis "figurant", je pense au mot "visage". C'est un beau mot. Et c'est un beau métier. Sur le théâtre de la vie, ce sont les plus nombreux : il n'y a pas de vie possible sans chacun d'eux. J'ai un faible pour ceux-là, et j'aime être avec eux. Je les regarde envisager leur vie et, moi, je relis le Texte. Je croise leurs existences, ma vie et la Parole et, avec eux, je mets tout cela en Cène - il y en a qui disent "eucharisite". Quand la Cène s'allume, le soir ou à midi, chacun peut reconnaître que son histoire rejoint le grand poème de Dieu. 

In p. Raphaël Buyse, Croisière dans un bénitier, Bayard, 2018, p. 49-50

samedi, juin 16 2018

Quartier lointain... pour mieux revenir

Le temps m'ayant manqué ces dernières semaines, je ne suis pas revenue sur certaines lectures marquantes dont celle de ce manga : Quartier lointain de Jiro Taniguchi. 

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C'est l'histoire d'un père de famille qui, sombrant dans l'ivresse, se trompe de train et prend la direction de son enfance, dans les deux sens du terme. En effet, ce n'est pas seulement dans sa ville natale que le personnage principal se retrouve mais bien dans son corps d'enfant. Alors, simple manga fantastique n'ayant rien à nous apprendre ? 

Absolument pas : doté de son regard et de son expérience d'adulte dans son corps d'enfant, le narrateur revisite son enfance comme jamais, partant ses analyses s'affinent. Et le départ mystérieux de son père s'éclaircit... tout au moins suffisamment pour qu'il y ait une conversion certaine du fils. En dire plus serait trop en dire mais un beau manga, moins contemplatif mais tout aussi réussi que Le Gourmet solitaire

lundi, mai 21 2018

Une voix s'élève parce qu'il en faut

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            Les migrants, thème à la mode… ou pas tant que ça, malheureusement, ou presque trop exclusivement chez le pape François, souvent considéré comme naïf quand il aborde ce sujet qui lui est cher : mais ce qu’il est facile d’oublier d’y penser, de se dire que ce ne sont que de pieuses pensées et, partant, de n’absolument pas se bouger ! Il est simple d'en rester à déplorer une situation et de se dire que le principe de réalité pousse à ne pas faire plus. 

 

            Alors qu’il est remuant et en même temps si bon de lire l’opuscule de Mgr Benoist de Sinety : Il faut que des voix s’élèvent ! Un appel pressant à vivre vraiment la fraternité, à ne pas confondre problème d’immigration et problème d’intégration, à ne pas regarder de haut ceux qui sont tout autant que d’autres nos frères, à ne pas se dire qu'on préfère traiter les questions bioéthiques en oubliant l'étranger qui arrive… un appel à aimer, tout simplement, clair, net, précis et efficace. 

 

Qu'est-ce que l'homme ? Toute la Bible et la pensée chrétienne ne cessent de chercher à répondre à cette question éblouissante et vergineuse. Non pas d'abord pour savoir comment il fonctionne - ce qui est important mais pas primordial -, mais bien pour cerner ce qu'il en est en totalité. Corps et esprit, chair et âme... grâce au message du Christ, je sais que toute réflexion et toute politique cessent de servir le Bien dès qu'elles ne cherchent pas à éclairer d'une manière ou d'une autre cette question. (...) On ne peut réfléchir à l'accueil du migrant si l'on met de côté cette question essentielle. Non pas d'abord en cherchant à déterminer ce qui fait le Français, Grec ou le Papou, mais en s'attachant à réfléchir à l'homme. Pour moi, chrétien, le fait que Dieu s'incarne, se fasse homme, donne à l'homme un prix infini qui dépasse toute valeur fiduciaire : le prix de l'homme, c'est Dieu. Dès lors, toute vie est unique et essentielle et nous devons proclamer cet intangible : aucune vie n'est inutile, aucune vie n'est méprisable. De sa conception au sommeil de la mort. (P. 48-49) 

Passant en revue sans aucune concession nos peurs et nos choix trop étriqués de société, ce court ouvrage nous invite à ouvrir nos yeux, à nous réveiller, afin d'ouvrir nos bras et notre coeur comme nous y presse le dernier chapitre avec une magnifique conclusion. 

Depuis longtemps, je sais que nous ne sommes sur terre que pour une seule chose : aimer l'autre. Ce que nous laissons derrière nous, ce n'est pas un souvenir pour des proches et des amis, ce n'est pas ce que l'on a construit pendant notre passage sur Terre. Même si l'on est un entrepreneur de talent, un génial architecte ou un peintre, les traces, les seules, qui demeurent vraiment et se transmettent aux générations suivantes, c'est cet amour. Un amour qui ne meurt jamais parce qu'il vient de Dieu et mène à Dieu. (p. 131) 

Et maintenant ? 

 

mardi, avril 24 2018

Silence !!!

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J’ai profité des vacances pour enfin voir en DVD le fameux Scorsese qui avait tant fait couler d’encre : Silence. 

 

Inspiré du livre homonyme (que je n’ai pas encore lu mais que je souhaite lire du coup), les retours que j’en avais eus étaient mitigés. Après l’avoir vu, je comprends mieux pourquoi : le film est complexe et peut facilement mettre mal à l’aise tant il sait habilement détourner nos attentes et nos facilités de penser. Il sait déjouer nos tentations de classer le monde de manière binaire. 

 

Le sujet ? Des missionnaires jésuites partant au Japon non seulement pour évangéliser mais aussi pour retrouver leur mentor qu’on signale perdu, ayant apostasié. 

 

Sujet ô combien rebattu déjà que celui de l’évangélisation des autres peuples ? Pas tout à fait. N-ième film sur le martyre, le fait de tenir bon ou pas, sur le reniement façon péplum romain sur les premiers chrétiens ? Non plus. 

 

Quand on pense à notre foi et à l’adversité, voire à l’hostilité, il est facile de se dire à distance : « moi, Seigneur, je T’aime, je tiendrai bon, c’est sûr ! ». Las, un autre l’a fait avant : « Même si tous viennent à tomber Seigneur, moi je ne tomberai pas » et l’on connaît la suite. Néanmoins, si l’on peut raisonnablement songer et essayer d’évaluer notre résistance de foi face à notre propre torture, si l’on peut se dire qu’après tout, notre vie est déjà donnée dans notre vie comme dans notre mort, qu’en est-il quand, de notre choix, dépend la vie des autres ? C’est tout l’enjeu du film... Alors, même quand tu as mal au fond de tes entrailles quand tu vois quelqu’un piétiner l’image du Seigneur, tu te dis souvent que c’est aussi par amour qu’un tel apostasie ou, au contraire, ne le fait pas. 

 

Que fallait-il faire ? Bien malin qui saurait le dire, bien malin qui saurait juger...  Silence, c’est le drame de notre conscience, prise dans l’absurde, dans l’horreur mais aussi dans l’amour. 

Et puis, la fidélité est-elle seulement ce qui se dit des lèvres ou aussi de ce qui habite le plus profond des cœurs, des consciences, ce lieu où nous rencontrons Dieu ? 

 

Où est le choix de l’amour ? Sans spoiler, il est vrai que le film se termine sur l’énigme d’un cœur, sur l’énigme d’une âme... Et c’est peut-être une vraie note de justesse bien plus qu’une facilité : Dieu seul sonde les âmes, les reins et les cœurs et Martin Scorsese sait le faire ressentir d’une manière grandiose à travers ce film.

samedi, avril 7 2018

Pour vivre notre foi à plein corps, comme Lui !

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Coïncidence : j'ai fini de lire presque en même temps L'esprit de la liturgie du cardinal Ratzinger et Ceci est mon corps de Sr Anne Lécu. Alors, l'esprit ? Le corps ? Ce qu'il faut, c'est tenir évidemment l'équilibre entre les deux. 

Mais je me demande parfois si, moi la première, je n'oublie pas parfois notre premier lieu de rapport au monde qu'est le corps - n'y sommes-nous pas parfois invités presque malgré nous par le monde actuel ? - et c'est tout le propos de ce très beau livre : pas de vision éthérée de l'eucharistie mais une vision incarnée, en conformité avec Celui qui a dit "ceci est mon corps" avant de Le livrer tout entier pour que nous vivions. Mais cela ne reste pas un unique moment dans la semaine, c'est bien, à notre tour, notre vie entière qui est concernée afin que nous livrions notre vie à nos frères, en Eglise. 

En bref ? J'ai surkiffé énormément aimé ce livre qui n'est pas une description mais bien un petit traité incarné de l'eucharistie. Pour moi qui ai découvert la foi au pied de l'autel en servant la messe et qui y ai découvert cette vie de relation avec le Seigneur qui, plus tard, aura pris un tournant encore plus décisif dans ma vie, je n'y peux que consentir en écho... y compris aux pages plus sombres qui parlent de ces fois où nous nous sentons tout moches et n'arrivons plus bien à consentir au don qui nous est fait. 

Ce livre, il faudrait que tout le monde l'ait entre les mains, je pense, pratiquants occasionnels et réguliers : pour que nous fassions corps et devenions davantage, ensemble, Son Corps. Sans jamais l'oublier. 

 

L'homme eucharistique, c'est celle ou celui qui se fraye un chemin au milieu des embûches, malgré son mauvais caractère ou les débordements dans lesquels il se noie, pour tenter chaque jour d'aimer, un peu, et de vivre mieux qu'hier ou moins mal. L'homme eucharistique, c'est celui qui accepte un jour de perdre le sévère jugement qu'il portait sur lui-même pour recevoir dans la pauvreté cette parole que le Christ offre à tous ceux qui veulent la recevoir : "Moi non plus, je ne te condamne pas" (Jean 8, 11).

L'homme eucharistique, c'est celui qui - alors qu'il ne peut pas pardonner - espère qu'un jour, il aura le désir de pouvoir pardonner.

L'homme eucharistique, c'est celui qui abandonne la fascination pour la mort et fait un pas de côté pour que la vie soit possible. Qui, comme Elie, accepte une galette amenée par un corbeau, se relève alors qu'il se laissait mourir et entend cette parole qui accompagne - qui est ? - le pain du ciel : "Lève-toi et mange, autrement le chemin serait trop long pour toi." (1 Rois 19,7) 

Sr Anne Lécu,  Ceci est mon corps, p. 146. 

mardi, mars 13 2018

Où en est la nuit ? Où en est le jour ?

 

Autre lecture sapide de retraite Veilleur, où en est la nuit ? du fr. Adrien Candiard. En bref ? Si vous voulez renouveler votre vision de l’espérance, lisez-le ! Mieux encore : si vous pensez encore que l’espérance est une vertu mièvre pour chrétiens manquant de cran, dévorez-le ! Si vous êtes de ceux qui aimez vous lamenter devant les ruines d’une civilisation parfaite (imaginaire), parce que « ma bonne dame, tout fout le camp », ne prenez pas de cachet mais lisez plutôt ce bon bouquin !

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Deux parties dans ce livre « Espérance et faux espoirs » puis « espérer pour la vie éternelle » : la première s’inspire du prophète Jérémie et le relie avec acuité pour notre temps pour éviter tout faux espoir d’un retour en arrière à l’identique ; la seconde nous invite à nous tourner vers la vraie mesure de l’espérance chrétienne, celle de la vie éternelle.

 

« Vivre pour l’éternité réclame un tel changement de perspective, un renversement si radical que les meilleures volontés peinent à y parvenir. Ce n’est pas pour rien, sans doute, que les portails des cathédrales ont fait de l’acrobate, capable de marcher sur les mains, l’image de la conversion à laquelle nous sommes appelés : conversion ne veut rien dire d’autre que renversement. D’ordinaire nous marchons sur nos pieds et nous avons la tête vers le haut. Mais quand il dit « convertissez-vous », Jésus nous dit « retournez-vous » ; et pas seulement « tournez la tête pour regarder dans la bonne direction », mais encore « renversez-vous, renversez votre manière de voir le monde ». Il s’agit de vivre tourné vers le ciel. Il s’agit de renverser les valeurs de succès et de réussite, pour vivre avec une autre logique, la logique du Royaume. Ce Royaume où les derniers sont les premiers, où ceux qui ont à peine travaillé sont payés autant que ceux qui ont trimé toute la journée, où on ne possède que ce qu’on donne, où seuls les faibles sont forts, parce qu’ils n’ont rien d’autre, comme sécurité, que la force de Dieu. C’est un peu fou, quand on y réfléchit. Si nous étions vraiment chrétiens, les gens devraient aussi penser que nous sommes un peu fous ; ils devraient penser que nous marchons sur les mains. Parce qu’ils ne savent pas que c’est en voyant le monde à l’envers, en sortant de nos logiques si familières d’égoïsme et de sécurité, qu’on voit enfin le monde comme il est, c’est-à-dire comme Dieu l’a voulu. Le vrai fou n’est pas forcément celui qu’on croit. » (p. 84-86)

 

F. Adrien Candiard, Veilleur, où est la nuit ? Petit traité de l’espérance à l’usage des contemporains, éd. du Cerf

vendredi, mars 2 2018

L'unique langage de Dieu ! :-)

Dans mes diverses lectures de retraite, il y a eu les fameux Langages de l'amour de Gary Chapman que l'on m'avait offerts et que je n'avais pas encore pris le temps de lire, quoiqu'en ayant beaucoup entendu parler. 

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C'était la version "pour solos" qu'il faudrait compléter par la version "pour les couples" car, évidemment, le cas des consacrés est un peu particulier du côté de tout cela. En face d'eux, Dieu maîtrise plus que très largement les 5 langages de l'amour : l'amour, c'est sa langue mat... euh... originelle et originale !

Et, nous, face à Lui ? Voici une rapide tentative de transposition ! ;-) 

 

Du côté de Dieu : 

  • Paroles valorisantes : ... la Bible en est pleine ! Tu as beau chuter, Il trouve toujours des trucs sympas à te dire ! Tu peux piocher à peu près partout en l'ouvrant pour recevoir une parole qui fera du bien à ton âme. Et que dire de ce long chant d'amour qu'est le Cantique des Cantiques ? 

"Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens…Vois, l’hiver s’en est allé, les pluies ont cessé, elles se sont enfuies. (Ct 2, 10-11) "

  • Cadeaux : la vie, la grâce, la foi... et tutti quanti ! ... Et il est même capable de doubler les paroles valorisantes de cadeaux quand tu te ramasses, alors qu'on attendrait l'inverse cf. la parabole du fils prodigue avec le veau gras, pleinement parabole du Père prodigue ici. 

 

  • Services rendus : ... il y a vraiment besoin de détailler ? :-) 

 

  • Moments de qualité : Il est toujours avec nous... et toi avec Lui ? Moins sûr. 

 

  • Toucher physique : Bon, là, ok, c'est moins évident en apparence. Mais je dirais les sacrements, signes sensibles de Sa grâce ? 

Evidemment, ces 5 langages "en direct" se transmettent aussi par l'intermédiaire de tous Ses enfants... Donc, quand tu transposes à ce que tu reçois de l'humanité entière, ça fait un vrai plein d'amour ! 

 

Du côté du consacré face à Dieu : 

  • Paroles valorisantes : la louange ! Pourtant toujours en-deça de Lui puisque nos mots demeurent bien petits. Néanmoins, "Tu n’as pas besoin de notre louange, et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es, mais ils nous rapprochent de toi, par le Christ, notre Seigneur." (Préface IV) 

 

  • Cadeaux : tout acte de charité, quel qu'il soit ! Même si, là encore, c'est finalement Lui rendre ce qu'il a déjà, comme l'écrivait saint Ignace dans sa fameuse prière : "Prends, Seigneur, et reçois toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté, tout ce que j'ai et possède, Tu me l'as donné; à toi, Seigneur, je le rends. Tout est à toi, disposes-en selon ton entière volonté. Donne-moi ton amour et ta grâce. C’est assez pour moi."

 

  • Services rendus : l'évangélisation, l'apostolat... Être au mieux ou au moins mal Ses mains en apprenant à voir avec Ses yeux, selon Son coeur. "Je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait." (Mt 25, 40) 

 

  • Moments de qualité : l'oraison ! Le doux silence de coeurs amoureux ! 

 

  • Toucher physique : hmm.... joker ! ;-) 

 

lundi, février 19 2018

Une apparition ou ce qu'il nous faut pour nous tourner vers le Ciel

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Pitch de départ improbable pour le film L'Apparition : un grand journaliste, spécialisé dans les conflits devenu complètement dépressif et en arrêt de travail suite au décès d'un collègue, se fait appeler par un cardinal pour une mission secrète. Ce journaliste, Jacques, agnostique de son état, se voit chargé d'appartenir à une commission canonique réunie afin d'étudier une possible apparition dans le Sud de la France. Et pourtant, la suite est beaucoup moins improbable. 

Dès ses premiers pas dans le village, Jacques se trouve confronté à la ferveur populaire, touchante et massive : premier déplacement qu'il a à vivre mais qui n'est pas encore l'essentiel. Le deuxième déplacement est beaucoup plus important, il s'agit, derrière la question de l'apparition, de celui que peut provoquer la foi. Cette apparition... est-ce un événement surnaturel ou un vaste mensonge ? Le film ne parle jamais de grâce et c'est pourtant la question qui se profile derrière : qu'est-ce qui peut me pousser à croire... si ce n'est cette grâce ? Car les enquêtes et les raisonnements ne suffiront jamais à englober ce qui est point d'interrogation tendu vers le Ciel. 

Si le scénario n'évite pas certaines longueurs convenues, on se laisse volontiers porter par ce film parce qu'il nous montre avec une réelle intensité la question de la foi portée sans le vouloir au coeur d'une vie, question qui peut parfois être véritable combat ou colère quand elle reste énigme. Parce que la foi nécessitera toujours ce pas supplémentaire pour aller au-delà, dans cette zone où même la raison achoppe. 

mardi, février 6 2018

Prix de la BD chrétienne 2018

 

Tous les ans, en parallèle du festival de la BD d'Angoulême, a lieu une remise du prix de la BD chrétienne, celui-ci a été décerné cette année à Vincent Henry et Brunot Loth pour John Bost - un précurseur chez "La Boîte à Bulles" 

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Confidence de taille : je ne connaissais pas du tout le fameux John Bost dont il est question tout au long de celle-ci alors qu'il s'agit d'un homme assez extraordinaire ! Un pasteur protestant qui, au coeur du XIXème s., choisit d'accueillir les pauvretés qui se présentent à lui en Gascogne. 

Au début, j'ai craint le verbiage à la limite de l'hagiographie - ce qui aurait été un comble pour un protestant - et puis je me suis laissée séduire par l'histoire : non, il ne s'agit pas là d'encenser un homme qui est montré justement avec ses réelles faiblesses mais bien sa suite du Christ. Au lieu de lancer projet sur projet sur un coup de tête, le pasteur Bost se laisse interpeler par ceux et celles qui croisent sa route. Dans l'indigent, il sait repérer un appel du Seigneur : alors, il sait qu'en Lui répondant, rien ne lui manquera. En résumé, c'est l'histoire d'un appel à vivre la charité pour de bon, intégralement.  

Alors que les premières pages sont bavardes, plus elles se tournent plus est laissée place à des bandes silencieuses, contemplatives presque de cette action effrenée, comme en écho de la prière qui fonde tout chez John. Une belle BD sur un beau personnage ! 

mercredi, janvier 24 2018

Pierre et Mohamed, semence d'espérance

 

 

          En général, on connaît Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, au moins de nom… Parfois, l’on sait qu’il fut assassiné (on peut en savoir plus en lisant ce dossier de La Croix qui lui est consacré) mais on sait rarement qu’il était accompagné de son jeune chauffeur musulman, Mohamed. C’est à cette rencontre entre deux hommes que ce petit livre, Pierre et Mohamed, est consacré : quelques pensées, de part et d’autre ; quelques réflexions de chaque côté, non isolées mais bien conçues en lien, en pont, bref, en amitié. Quand on se frotte par la quotidienneté de sa vie au dialogue islamo-chrétien, on ne peut que se sentir concerné. 

 

          Dans ce livre, dont le texte est joué au théâtre depuis plusieurs années, il ne s’agit pas d’une tragédie devant laquelle pousser des hauts cris, ni d’une dénonciation de la violence aveugle qui ne fait qu’empirer mais bien plutôt de graines de réflexion qui ne demandent qu’à germer. Ce dont il s’agit ici, c’est d’un appel : non à la tolérance souvent si condescendante mais bien à l’amitié vraie, celle qui nous permet d’entrer en dialogue avec l’autre, en restant nous-mêmes. Cultiver cette culture du dialogue en ces temps troublés, c’est très certainement d’une réelle actualité : on le perçoit a fortiori dans la postface inédite de l’auteur. Merci frère Adrien de ce bel ouvrage !

 

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« Toutes les religions sont sans cesse exposées à devenir des instruments d’oppression et d’aliénation. Ne laissons pas l’esprit être étouffé par la lettre. Nous pouvons lutter contre ces dénaturations de la foi, la nôtre comme celle des autres, en maintenant le dialogue malgré les remous de surface et les apparents durcissements. Le dialogue est une œuvre sans cesse à reprendre : lui seul nous permet de désarmer le fanatisme, en nous et chez l’autre. C'est par lui que nous sommes appelés à exprimer notre foi en l'amour de Dieu qui aura le dernier mot sur toutes les puissances de division et de mort. » (p. 37)

 

fr. Adrien Candiard (o.p.), Pierre et Mohamed, éd. Tallandier, 2018, 77 p.

lundi, janvier 22 2018

Bakhita chance et grâce pour le lecteur

 

Peut-être que vous connaissez déjà l’histoire vraie de Bakhita, histoire complètement improbable d’une petite fille enlevée comme esclave au Darfour, devenue domestique puis religieuse en Italie et enfin sainte ? Elle resterait improbable cette histoire si elle n’était toute pleine de grâce et c’est cette histoire à la foi si simple et en même temps si bouleversante que Véronique Olmi a entrepris de raconter dans son livre éponyme : Bakhita (éd. Albin Michel, 2017).

 

Le début est rude : c’est l’histoire d’un arrachement, de la violence humaine souvent bestiale et des espoirs déçus et, dans le même temps, celui de la vie plus forte, malgré tout ; le tout dans un style souvent dur également qui évolue en même temps que la vie de Bakhita. Une découverte de l’amour et de la confiance toujours plus forte dans sa vie. Cela donne simplement un magnifique livre qu’on quitte à regret.

 

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« Bakhita se demandait comment, avec quels mots lui dire. Elle connaissait certaines questions à l’avance, sur ses bourreaux, le pardon, sa conversion, et ce qu’elle avait à répondre lui paraissait toujours autre chose que ce qu’on attendait. C’était différent, et aussi plus simple. Ses bourreaux ? Elle les avait depuis longtemps confiés à el Paron, elle ne s’en encombrait pas, mis à part bien sûr quand ils décidaient de lui rendre visite dans les longues nuits de cauchemars. Mais elle est soulagée d’eux, parce que Dieu pardonne pour elle. Elle est sa fille et Il fait cela pour elle. Est-ce que ses histoires sont vraies ? Est-ce que ces souvenirs sont les siens ? Mais rien n’est vrai, que la façon dont on le traverse. Comment leur dire ça ? En vénitien ? En italien ? En latin ? Elle n’a aucune langue pour ça, pas même un mélange de dialectes africains et d’arabe. Parce que ça n’est pas dans les mots. Il y a ce que l’on vit et ce que l’on est. A l’intérieur de soi. C’est tout. » (p. 370-371)

 

mercredi, novembre 29 2017

Qu’est-ce qui vous donne votre vie ?

 

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« Qu’est-ce qui donne du sens à votre vie ? », c’est la question posée au poète-narrateur dans ce petit livre… Il la dépasse, la décale, la fait sonner autrement pour livrer un ouvrage d’une petite poésie en prose à la saveur si spéciale de cet élan indicible vers l’Autre.

 

« Le travail : du néant. La pensée : du néant. Le monde : du néant. L’écriture qui est travail, pensée et monde : néant. Reste l’amour qui nous enlève de tout, sans nous sauver de rien. La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs. On ne pourrait nous l’enlever sans nous tuer aussitôt. L’amour ne révoque pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l’espace pour brûler. L’amour n’est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d’une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumière dans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que toute une vie serait légère, penchée sur ce rien. Légère, limpide : l’amour n’assombrit pas ce qu’il aime. Il ne l’assombrit pas parce qu’il ne cherche pas à le prendre. Il le touche sans le prendre. Il le laisse aller et venir. Il le regarde s’éloigner d’un pas si fin qu’on ne l’entend pas mourir : éloge du peu, louange du faible. L’amour s’en vient, l’amour s’en va. Toujours à son heure, jamais à la nôtre. Il demande, pour venir, tout le ciel, toute la terre, toute la langue. Il ne saurait tenir dans l’étroitesse d’un sens ».

 

in Christian Bobin, Éloge du rien, éd. Fata Morgana, 1990.

jeudi, juillet 27 2017

Lectures estivales 2017 #1 – Andalousie et Jésus

 

Comme la plupart des étés, je vous présenterai quelques-unes de mes lectures estivales ici, en guise de partage.

 

1/ I. Falcones, Les Révoltés de Cordoue, éd. Pocket, 2012, 1088 p.

 

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L’histoire romancée de l’après Al Andalus : des Maures musulmans, des Espagnols catholiques, ce qu’il faut de méconnaissance et d’intolérance, vous secouez et cela fait malheureusement approximativement ce qui s’est historiquement passé. Un joli roman, offert par ma collègue d’espagnol (salut et merci à toi si tu me lis !) en guise d’écho à notre EPI (= travail interdisciplinaire) réalisé avec nos élèves de 4èmes sur « Peut-on dire l’amour à Al Andalus ? ». (Si vous vous posez la question, venez suivre notre EPI ! ;-)).

 

Entre ce travail, un voyage éblouissant en Andalousie il y a deux ans et mon quotidien se passant entre catholicisme et islam, vous comprendrez que ce roman n’a pu que me plaire. Certes, ce n’est pas de la haute littérature (et je pense que la traduction n’aide pas) mais on suit avec un intérêt toujours soutenu, malgré la longueur de l’histoire, les aventures d’Hernando, le personnage principal, secoué entre deux peuples et deux religions. Seul petit bémol : les tentatives théologiques du personnage principal pour réconcilier les deux religions me semblent bien trop pseudo-théologiques et caricaturales… mais n’en demandons pas trop à un roman ! En revanche, pour le reste, c’est un très chouette roman historique, faisant du bien dans un monde où les murs semblent avoir la préférence sur les ponts.

 

2/ Robin, Les Larmes d’Esther, éd. Bayard, coll. BD Kids, 2016, 205 p.

 

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J’avais apprécié son Poverello, si incarné, montrant réellement un homo viator tant dans le personnage de François d’Assise que dans celui de l’acteur ; j’ai savouré encore différemment les Larmes d’Esther. Il est vrai qu’un catholique n’apprendra rien en lisant cette BD aux traits qui se sont considérablement adoucis : ici, il est question de rencontres et de Rencontre. De cette Rencontre bouleversante avec le Seigneur. Les larmes d’Esther ne sont pas celles de la tristesse, elles sont celles d’une vie changée, bouleversée, qui apprend à lire sa vie puis celle des autres sous le regard de la tendresse de Dieu. Et c’est très beau.

 

A voir les personnages courir ainsi à la suite du Christ jusqu’à Jérusalem, je me suis demandée si moi aussi, j’étais capable d’un tel désir de me faire guérir, appeler, choyer, par Lui. Si, moi aussi, un jour bouleversée, je devenais capable de continuer pour toujours son œuvre aux services des plus petits… Bref, une BD qui narre une histoire d’amour dans laquelle plusieurs autres s’inscrivent.

 

 

mercredi, mai 17 2017

Des âmes simples

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Cela faisait longtemps que je n'étais pas sortie aussi éblouie d'une lecture... Le résumé du livre tient pourtant en quelques lignes : "le narrateur part dans les Pyrénées à la rencontre de frère Pierre, curé d'une petite vallée de montagne depuis des dizaines d'années, cherchant à tenir debout un bout de monastère accueillant les paumés de la vie". 

Peu d'action et rien d'intéressant ? S'en tenir là serait rater l'essentiel. Dans ce récit, il s'agit de rencontres, de l'homme et de la foi. Le tout écrit dans un style solide et élégant, ouvrant à la contemplation d'un Mystère irriguant une vallée bourrue de Sa vie. 

Il y a du Bernanos dans ce livre : le rythme est lent, au pas de l'homme, et la joie furtive, comme tendremet dissimulée, alors qu'elle est clairement au coeur de la foi de Pierre, cette foi qui est son combat, sa vie et sa passion... et dont il rayonne tellement. 

Je dirais qu'il y a aussi du Jean Mercier dans ce livre, contrepoint contemplatif de Monsieur le curé fait sa crise : deux réalités de l'Eglise en France, tout aussi réelles l'une que l'autre. La première plus rapide, la deuxième plus lente. 

En tout cas, personnellement, en quittant ce livre, j'ai largement souri et j'ai eu envie d'aller prier. Peut-être que cela vous prendra aussi et, promis, cela ne fait pas de mal ! :-) 

 

Références de l'ouvrage : Pierre Adrian, Des âmes simples, éd. Equateurs, 2017. 

dimanche, février 26 2017

Tu as couvert ma honte (A. Lécu)

 

« Si la nature profonde de Dieu est la miséricorde, cela signifie qu’il ‘ferme les yeux’ sur ce qui nous éloigne de lui. Il recouvre d’un voile, d’un manteau, d’une tunique ce qu’il vaut mieux oublier. Et lui-même oublie. Le péché n’intéresse pas Dieu. Son souci, le saisissement de ses entrailles, vient de ce que nous nous préoccupons plus du péché (le nôtre et celui de notre voisin) que de lui, Dieu, et de ce qui en nous est habité, habillé par lui. » (p. 10)

 

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            J’ai profité de mon temps de retraite pour lire le splendide petit livre de Sr Anne Lécu, Tu as couvert ma honte, véritable quête, voire enquête policière, dans la Bible de toutes les pelures qui couvrent ou découvrent les personnages, comme autant de moyens d’arriver à la Révélation.

 

            On savoure l’originalité de la démarche à travers vêtements, voiles et dévoilements – qui ne sont pas polémiques ! – et l’on se sent souvent pris au cœur de la justesse des remarques : car il ne s’agit pas d’un cours méthodique du style « les peaux et vêtements dans la Bible : Jésus, premier engagé contre la fourrure animale » mais bien à l’origine d’une retraite… C’est dire si tout est porté par la prière pour porter ensuite à la prière. De nos voiles à nos nudités, il s’agit bien de se reconnaître toujours plus enfants bien-aimés du Père et c’est toujours aussi bouleversant.

 

« Après Jean le Baptiste, après l’immersion de jésus, plus personne n’aura besoin de se vêtir de peau de bête. Le cuir protégeait. Devant le Christ, nous sommes sans protection. Il est notre protection. Le temple désormais, c’est la chair de l’homme. Oui, ami lecteur, toi, moi, sommes le fils bien-aimé du Père. Définitivement ».

 

 

samedi, janvier 14 2017

Un larsen en plein sermon ou une délicieuse lecture

 

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             Comme animateurs de l’équipe des grands de l’école de prière jeunes – alias la « Swag team du Seigneur » cette année-là, formidable équipe ayant fait un remake de Bambino sur l'histoire de st François d'Assise en guise de jingle d’équipe (!!!) – nous étions trois, tous petits rigolos en notre style.

 

            De nous trois, Victor, l’auteur du volume ci-dessus c’est le seul qui n’a trop pas mal tourné – dans les deux autres, il y a un diacre en vue du sacerdoce et une consacrée… autant dire qu’ils sont restés des « petits rigolos » – et, lui, il est plutôt devenu un grand rigolo. J’ai aimé l’applaudir il y a quelques années dans un sympathique one-man-show où mes zygomatiques n’en pouvaient plus de travailler !

 

            C’est dire que j’ai aussi aimé découvrir ce savoureux livre intitulé Un larsen en plein sermon et autres moments délicieusement catholiques tant il ne peut que parler au vaste peuple catholique qui reconnaîtra dans les diverses chroniques les innombrables moments (cath-)incongrus auxquels il a déjà participé : du larsen invincible en plein sermon à l’interrogation de la quête, en passant par la pluie des Rameaux ou la file de communion. Que ferme l’ouvrage celui qui ne s’y reconnaîtra pas !

 

            L’observation est fine, le trait juste – parfois avec un peu de mordant – et les mots délicatement choisis. C’est que Victor est un amoureux des bons mots et sait se servir avec un amusement virtuose de la sapidité de la langue française. Si j'admets ne pas consonner avec quelques rares passages de son ouvrage, tel le chapitre consacré à la litanie des saints, ce que j’aime partout, outre les sourires provoqués et la constante bienveillance, c’est ce qui transparaît : bien souvent, au gré d’une phrase ou de la chute, c’est un autre Amour qui apparaît en filigrane car, dans le fond, c’est toujours de Lui qu’il est question. Il est clairement là, à habiter en nos sourires…

 

Bref, c’est aux éditions Mame et cela se déguste au fil des pages avec la finesse d’une discussion entre gens de bonne compagnie ;-)

 

mercredi, novembre 9 2016

Aux intranquilles

Toi là, tu n'es pas tranquille ?

Enfin, ta conscience peut-être, je ne prétends pas la connaître, mais peut-être ne tiens-tu pas en place, ou peut-être que tu es du genre à te poser 30000 questions/seconde dont toutes ne sont vraiment pas utiles (cas pas tout à fait étranger à la tenancière de ce blogue), à te prendre la tête d'une manière générale, à ne pas aimer les certitudes figées et automatiques, à douter de tout ou de rien.... Lis ça, tu ne te tiendras toujours pas tranquille mais tu goûteras peut-être et même certainement d'une manière renouvelée au charme de ton intranquilité foncière. Parce qu'elle est liée au flot de la vie elle-même. 

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"La vie, puissante, majestueuse, tranchante. La vie sans concession et sans demi-mesure. Aucun de nous n'aura fait l'expérience de naître à moitié. Aucun de nous ne fera l'expérience de mourir à moitié. De bout en bout, la vie, entière et exclusive. On apprendra à mettre de l'eau dans son vie, mais la vie, elle, restera tout ou rien. On en prendra plein la vue, plein les poumons, plein le coeur. Car quelque chose nous saisit qui s'appelle exister - sortir de soi, être expulsé, séparé. 

On nous regarde, on nous dit tu, et il nous faudra une vie pour répondre je. Une vie pour admettre qu'on avance à découvert, qu'il n'y a pas d'autre peau que la sienne entre soi et le monde." 

Marion Muller-Colard, L'Intranquillité

 

lundi, octobre 10 2016

Quand le curé fait sa crise d'ado

Recension initialement parue dans le bulletin paroissial par là >>

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Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, éd. Quasar, 176 p.

 

            Des fidèles qui s’écharpent entre eux, des querelles de sacristies et de clochers à foison, des paroissiens qui en ont assez de leur curé, ce dernier qui le leur rend bien et qui en plus est excédé par ses confères : oh, mais cela se passe ailleurs… évidemment !

 

            Sujet facile ? Oh, certes, le trait peut paraître outrancier mais il fait sourire : que celui qui ne reconnaît pas ne serait-ce que l’ombre d’un détail lève la main ! Alors, n-ième remontrance pour nous dire « aimez-vous à la fin, garnements ! » ? Non plus ! Dans ce livre, il ne s’agit pas de minimiser nos agacements ecclésiaux, parfois très légitimes : il s’agit de nous laisser recentrer sur l’Essentiel.

 

            Dans ce récit, le curé a fugué… Vous en dire plus sur l’intrigue ? Certainement pas ! Depuis la disparition initiale, chacun va avoir à vivre des conversions. Rappelons-nous avec le proverbe anglais que « là où Dieu a son Église, le diable a sa chapelle » : il s’agit de prendre conscience de ces chapelles où nous laissons régner le diable, diviseur, pour entrer dans une démarche de réconciliation, réelle et grandissante.

 

Alors, si nous lisions ce livre comme une invitation à notre propre conversion, jamais terminée ? Ça vaut le coup et se lit d’une traite : prenons le risque de laisser la grâce du Seigneur irradier dans et à partir de nos faiblesses !

 

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