Zabou the terrible

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samedi, janvier 14 2017

Un larsen en plein sermon ou une délicieuse lecture

 

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             Comme animateurs de l’équipe des grands de l’école de prière jeunes – alias la « Swag team du Seigneur » cette année-là, formidable équipe ayant fait un remake de Bambino sur l'histoire de st François d'Assise en guise de jingle d’équipe (!!!) – nous étions trois, tous petits rigolos en notre style.

 

            De nous trois, Victor, l’auteur du volume ci-dessus c’est le seul qui n’a trop pas mal tourné – dans les deux autres, il y a un diacre en vue du sacerdoce et une consacrée… autant dire qu’ils sont restés des « petits rigolos » – et, lui, il est plutôt devenu un grand rigolo. J’ai aimé l’applaudir il y a quelques années dans un sympathique one-man-show où mes zygomatiques n’en pouvaient plus de travailler !

 

            C’est dire que j’ai aussi aimé découvrir ce savoureux livre intitulé Un larsen en plein sermon et autres moments délicieusement catholiques tant il ne peut que parler au vaste peuple catholique qui reconnaîtra dans les diverses chroniques les innombrables moments (cath-)incongrus auxquels il a déjà participé : du larsen invincible en plein sermon à l’interrogation de la quête, en passant par la pluie des Rameaux ou la file de communion. Que ferme l’ouvrage celui qui ne s’y reconnaîtra pas !

 

            L’observation est fine, le trait juste – parfois avec un peu de mordant – et les mots délicatement choisis. C’est que Victor est un amoureux des bons mots et sait se servir avec un amusement virtuose de la sapidité de la langue française. Si j'admets ne pas consonner avec quelques rares passages de son ouvrage, tel le chapitre consacré à la litanie des saints, ce que j’aime partout, outre les sourires provoqués et la constante bienveillance, c’est ce qui transparaît : bien souvent, au gré d’une phrase ou de la chute, c’est un autre Amour qui apparaît en filigrane car, dans le fond, c’est toujours de Lui qu’il est question. Il est clairement là, à habiter en nos sourires…

 

Bref, c’est aux éditions Mame et cela se déguste au fil des pages avec la finesse d’une discussion entre gens de bonne compagnie ;-)

 

mercredi, novembre 9 2016

Aux intranquilles

Toi là, tu n'es pas tranquille ?

Enfin, ta conscience peut-être, je ne prétends pas la connaître, mais peut-être ne tiens-tu pas en place, ou peut-être que tu es du genre à te poser 30000 questions/seconde dont toutes ne sont vraiment pas utiles (cas pas tout à fait étranger à la tenancière de ce blogue), à te prendre la tête d'une manière générale, à ne pas aimer les certitudes figées et automatiques, à douter de tout ou de rien.... Lis ça, tu ne te tiendras toujours pas tranquille mais tu goûteras peut-être et même certainement d'une manière renouvelée au charme de ton intranquilité foncière. Parce qu'elle est liée au flot de la vie elle-même. 

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"La vie, puissante, majestueuse, tranchante. La vie sans concession et sans demi-mesure. Aucun de nous n'aura fait l'expérience de naître à moitié. Aucun de nous ne fera l'expérience de mourir à moitié. De bout en bout, la vie, entière et exclusive. On apprendra à mettre de l'eau dans son vie, mais la vie, elle, restera tout ou rien. On en prendra plein la vue, plein les poumons, plein le coeur. Car quelque chose nous saisit qui s'appelle exister - sortir de soi, être expulsé, séparé. 

On nous regarde, on nous dit tu, et il nous faudra une vie pour répondre je. Une vie pour admettre qu'on avance à découvert, qu'il n'y a pas d'autre peau que la sienne entre soi et le monde." 

Marion Muller-Colard, L'Intranquillité

 

lundi, octobre 10 2016

Quand le curé fait sa crise d'ado

Recension initialement parue dans le bulletin paroissial par là >>

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Jean Mercier, Monsieur le curé fait sa crise, éd. Quasar, 176 p.

 

            Des fidèles qui s’écharpent entre eux, des querelles de sacristies et de clochers à foison, des paroissiens qui en ont assez de leur curé, ce dernier qui le leur rend bien et qui en plus est excédé par ses confères : oh, mais cela se passe ailleurs… évidemment !

 

            Sujet facile ? Oh, certes, le trait peut paraître outrancier mais il fait sourire : que celui qui ne reconnaît pas ne serait-ce que l’ombre d’un détail lève la main ! Alors, n-ième remontrance pour nous dire « aimez-vous à la fin, garnements ! » ? Non plus ! Dans ce livre, il ne s’agit pas de minimiser nos agacements ecclésiaux, parfois très légitimes : il s’agit de nous laisser recentrer sur l’Essentiel.

 

            Dans ce récit, le curé a fugué… Vous en dire plus sur l’intrigue ? Certainement pas ! Depuis la disparition initiale, chacun va avoir à vivre des conversions. Rappelons-nous avec le proverbe anglais que « là où Dieu a son Église, le diable a sa chapelle » : il s’agit de prendre conscience de ces chapelles où nous laissons régner le diable, diviseur, pour entrer dans une démarche de réconciliation, réelle et grandissante.

 

Alors, si nous lisions ce livre comme une invitation à notre propre conversion, jamais terminée ? Ça vaut le coup et se lit d’une traite : prenons le risque de laisser la grâce du Seigneur irradier dans et à partir de nos faiblesses !

 

lundi, août 22 2016

Lectures estivales 2016 #2 : un franciscain chez les SS ou la force de la prière

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"Tous les Allemands ne sont pas nazis monsieur !" 

Ce n'est effectivement pas le cas du P. Géréon Goldmann alors même qu'il fut SS puis versé à la Wehrmacht et enfin prisonnier de guerre tout en étant et demeurant franciscain ! Un itinéraire incroyable, qui le mène à noyauter le système nazi au cœur même de celui-ci, en restant fidèle aussi bien à l'obéissance que surtout à sa foi profonde qui ne cesse de l'animer : il sera même ordonné prêtre dans un camp de prisonniers ! 

On pourrait louer l'excellent témoignage que constitue ce livre et ce serait déjà très bien mais j'aimerais aller au-delà : ce récit, en effet, narre finalement l'incroyable force de la prière et de la confiance en Dieu. Car, si le père Géréon a réalisé une œuvre formidable, tant pendant la guerre qu'ensuite comme missionnaire au Japon, il sait qu'elle est le fruit de la prière de tant de personnes pour lui-même et son apostolat. Puissance formidable de la prière au creux même des plus grandes détresses, ce qui donne vraiment à dire, mystérieusement, que "tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu" (Rom. 8, 28). Peu de choses sont humainement logiques dans sa vie mais il est certain que Dieu y est bien là ! 

Je cite la postface : "Je suis aujourd'hui un vieil homme malade. Mais ma conviction demeure plus ferme que jamais : tous les événements de nos vies sont sous la Providence bienveillante et souvent incompréhensible d'un Amour éternel. Joie et souffrance, succès et échec, maladies et infortunes de toutes sortes, tout concourt au bien, et même à ce qu'il y a de meilleur pour nous, pourvu que nous gardions en nous l'assurance que Dieu nous voit, qu'il nous entend et qu'il nous aime, pourvu que nous nous tournions vers Lui. La prière et la sainte Eucharistie : voilà le pont qui nous relie à Lui." 

Un livre décapant de confiance... pour toujours plus se tourner vers Celui qui réalise des miracles d'humanité au cœur des plus grandes détresses et pour se laisser être Son instrument, comme Il le désire. 

mardi, juillet 12 2016

Lectures estivales 2016 #1 : de la joie d'être au monde

Début de vacances et deux lectures légères... Elles pourraient sembler assez aux antipodes : il est d'une part question d'un roman inspiré d'un saint, d'autre part d'un ouvrage écrit par une dessinatrice à Charlie Hebdo après l'inqualifiable massacre de janvier 2015. Et pourtant, pourtant, mon esprit ne peut les dissocier : chacun, à leur manière, ils parlent du bonheur d'être, de cette incroyable joie d'être au monde. Un personnage la reçoit de Dieu tout en ne cessant jamais de la chercher, l'autre la recherche pour se reconstruire. 

 

  • Julien DELMAIRE, Frère des astres, éd. Grasset, 2016, 234 p. 

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Ceux qui me connaissent et avec qui nous avons déjà eu de drôles de conversations sur les saints, savent qu'un de mes saints préférés est cet étrange vagabond français du XVIIIème s., saint patron des pèlerins, autrement dit saint Benoît-Joseph Labre, ce "vagabond de Dieu". 

Inqualifiable de manière précise, j'ai aimé me rendre sur la Via Francigena dans sa maison natale d'Amettes, un très beau lieu silencieux empli de prière... et sur sa tombe en pèlerinage à Rome. J'aime cet homme si différent et si amoureux de Dieu qu'il ne peut s'empêcher de le chercher partout, quand bien même il se fait rejeter par les hommes. Il est tout pauvre, tout simple... et il est tout saint, tout plein d'adhésion à la volonté divine. Enfin, je pourrais vous en parler longuement mais ce n'est pas là le sujet. 

Frère des astres, c'est surtout une adaptation romancée de son histoire. Non pas comme la BD Quelques écorces d'orange amère une hagiographie qui lui serait consacrée mais bien une adaptation de notre cher Benoît-Joseph dans le monde actuel. Toujours aussi vagabond, toujours aussi inadapté à la société, toujours si amoureux de Dieu... Ce livre n'est peut-être pas immédiatement spirituel - d'ailleurs, je ne sais même pas si Julien Delmaire, son auteur, est croyant - mais il est hymne à la vie. Ce Benoît-là n'est pas celui du XVIIIème s. et pourtant il en a l'étoffe : celle d'un homme de Dieu, naïf, comme enchanté par Dieu dans un monde désenchanté où il aspire et respire pourtant le bonheur... Et l'auteur laisse transparaître ici ou là dans ce curieux récit de voyage quelques fulgurances spirituelles qui étincellent ce beau récit, pourtant sans aucune gloire. 

C'est du tout simple mais c'est du tout bon... Courez-y ! 

 

  • Catherine MEURISSE, La Légèreté, éd. Dargaud.  

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Catherine Meurisse a échappé à la fusillade du journal Charlie Hebdo : c'est une rescapée, grâce à un retard ce jour-là. BD coup de gueule ? BD récit de Douleur ? Ce qui transparaît ici, ce n'est pas le voyeurisme d'un journal intime, c'est la douloureuse reconstruction à l'amour de la vie face à un drame dont personne ne saurait jauger la portée. C'est pudique et très juste de ton. 

Ses clés ? L'art... puis l'amour... puis la vie... En quelque sorte. C'est une B.D. à la saveur rêche, amère, dont on sort un peu tourneboulé par la souffrance qu'on y sent, mais, là aussi, avec un grand désir d'aimer la vie. 

Je cite la 4ème de couverture pour vous en donner une idée : 

- Moi, ce qui m'a soudain paru le plus précieux, après le 7 janvier, c'est l'amitié et la culture. 
- Moi, c'est la beauté. 
- C'est pareil. 

 

mercredi, juin 1 2016

Pour un apostolat de l’apocalypse ou l’aubaine d'une petite lecture vivifiante pour jours de pluie

 

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Issu d’une conférence donnée à Rome, L’Aubaine d’être né en ce temps – Pour un apostolat de l’apocalypse conserve la fraîcheur enlevée du style oratoire et c’est une jubilation que lire ce petit ouvrage savoureux et efficace.

 

Deux parties constituent le discours, également bien pesées et envoyées :

« De la mission catholique et de son opposition à toute propagande idéologique » qui nous rappelle que nous n’adhérons pas à un parti où l’on s’encarte pour encarter d’autres mais bien que le catholicisme s’organise tout entier avant tout à partir d’une Rencontre avec Quelqu’un… qui ne peut qu’avoir des conséquences !

 

Quand vous vous tournez vers un artiste en tant qu’artiste, vous êtes bien obligés de vous tourner du même coup vers ses œuvres d’art. Quand vous vous tournez vers Dieu en tant que Créateur, vous êtes obligés de vous tourner du même coup vers les créatures. Et quand vous vous tournez vers Dieu en tant que Rédempteur, vous êtes obligés de vous tourner du même coup vers les pécheurs. Et, dans ce dernier cas, ce n’est pas seulement aux belles statues qu’on doit s’intéresser, c’est aussi et surtout aux blocs mal dégrossis, aux tas de cailloux, aux sables mouvants… (p. 18)

 

« Signes des temps : pour  un apostolat de l’apocalypse »…. En « ces temps qui sont les derniers » ? J’aime assez croire qu’il s’agit de notre possible apostolat en temps non de fin mais bien de dévoilement, ancré dans la Parole de Dieu et dans la chair.

 

L’espérance du face-à-face avec Dieu ne se transmet vraiment qu’à travers le face-à-face avec l’autre. La foi en l’Incarnation ne s’accomplit que dans une incarnation. Enfin, la grâce ne se manifeste que dans une présence gratuite, et même inutile, qui ne vous livre aucune information : dans le côte-à-côte, on ne voit même pas son ami ; on est là, comme ça, avec lui, ce qui atteste la joie d’être là, comme ça, avec l’autre (p. 42)

 

62 pages à lire pour le plaisir de l’esprit tant elles sont bien écrites mais surtout pour laisser grandir la joie de l’Esprit à l’œuvre en ce monde et en nous,

Afin d'être d'être vivifiés en notre être de disciples-missionnaires par des pistes fécondantes qui font mouche :
N'hésitez pas ! :-) 

 

P.S. : Et puis accessoirement, je trouve le titre avec son sous-titre super ! ... ... ... ... Ne vous moquez pas : je ne compte pas le nombre de fois où j’ai acheté un livre à cause de son seul titre… ! 

samedi, mai 14 2016

Au coeur du monde pour une énergie nouvelle

Derniers jours du Temps Pascal...

Je me demandais hier soir en publiant l'extrait de Sagesse d'un pauvre quelle était celle de mes lectures qui m'avait le plus marquée durant ce Temps. 

Or, si je devais en choisir une, ce serait certainement Le Coeur du Monde d'Hans-Urs von Balthasar, lu grâce à mon tuteur d'études en théologie. Puisque j'ai réalisé une fiche de lecture sur ce livre, je me suis dit que j'allais vous en partager une version légèrement raccourcie : puisse-t-elle vous donner envie de découvrir ce très bel écrit ! 

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Quand on a déjà lu un autre ouvrage de Balthasar, Le Cœur du monde déroute car, alors qu’on s’attend à un ouvrage théologique érudit sur la spiritualité du Cœur de Jésus, seul vrai cœur faisant battre le monde, il s’agit essentiellement d’un immense poème méditatif aux consonances lyriques. 

 

Treize chapitres scandent cette longue méditation, organisée en trois parties : le Royaume – la Passion – la Victoire. Tantôt faisant parler Dieu, tantôt faisant parler le Christ, tantôt partageant l’expérience de l’homme croyant, Balthasar nous offre un véritable chemin pascal, commençant par le constat de notre misère humaine au sein de laquelle s’ouvre l’espérance à travers le soupirail de la prison ténébreuse où nous gisons : « Et dans tout cela une promesse : d’amour, de joie, une échappée sur des lointains indéfinis, éveillant un vertige. La délivrance du cachot insupportable de mon moi. L’aventure à laquelle j’ai toujours aspiré. Le risque total dans lequel je serai sûr de tout perdre et de tout gagner ». C’est le début d’une aventure dans laquelle Balthasar constate et rappelle, jouant de nombreuses fois sur l’ironie, combien Dieu est dangereux puisqu’Il nous laisse profondément libre, « incognito, au milieu de tout le tumulte de la foire terrestre. Il recherche la confiance, la confidence, il mendie votre amour ». C’est cette raison même qui fait que nous L’écartons alors même qu’il voudrait « transformer [s]on cœur sublime en bassin de décantation du monde ». Pourtant, tout prend sens dans le mystère de l’Incarnation : Dieu ne saurait se rendre impur en nous côtoyant, il prend tout de notre humanité pour en enlever le péché. Acte de folie divine ? Peut-être mais Balthasar poursuit : « juste à temps, je me souvins de ton cœur, Seigneur, et je me rappelai que tu as aimé les limites de tes créatures », louant, exaltant cet amour qui s’épanche infiniment. Si certaines paroles sur l’Église peuvent sembler cinglantes, il s’en dégage en réalité un grand amour, un désir de la voir pleinement vivre au rythme du cœur de Dieu, quoique constituée de pécheurs.  

 

En lisant, j’ai souvent senti des échos de saint Jean de la Croix et je me suis souvent prise à prier : « combien je te remercie, Seigneur, de pouvoir couler sans être obligé de saisir, de pouvoir m’épanouir dans ton bienheureux et insondable mystère sans être obligé de me creuser l’esprit sur des signes et des écrits. Car tout est murmure, mais c’est ton nom que les choses murmurent ». Un livre qui ordonne foi, dogme et Église au seul amour, qui a vaincu le monde.

 

-->  Hans-Urs von Balthasar, Le Cœur du monde [1956], éd. Saint-Paul, réédition 1997, 238 p. 

 

samedi, mai 7 2016

Un chemin d'Assise (qui se fait debout)

Si je parle plus souvent ici de la via Francigena (d'ailleurs, il faudrait que je mette à jour la page ad hoc), je me suis aussi lancée l'année dernière avec des jeunes adultes du diocèse sur le chemin d'Assise dans un projet co-organisé avec un commentateur régulier de ce blogue (l'auteur des DiMails pour ne pas le nommer qui en a déjà parlé dans un récent commentaire). Les inscriptions 2016 sont lancées ici : jeunes cathos 92

Mais qu'est-ce que le Chemin d'Assise allez-vous me dire ? 

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Ce livre donne quelques précisions : non pas tant sur les étapes qu'on trouve par ailleurs sur le site dédié, à propos de ce chemin de randonnée au tracé récent, qui relie la première communauté franciscaine en France - Vézelay - à la patrie du poverello - Assise, mais sur ce qui s'y vit. 

Bien évidemment, comme tout chemin de pèlerinage, qu'il s'agisse du Camino ou d'un autre, les effets personnels sont différents puisque les motivations le sont également. 

Pourtant, il est des données communes, même quand c'est la surprise qui préside au départ comme ici : "Tu ne veux pas marcher vers Assise ?" de quelqu'un qui ne s'affirme pas si catholique que cela ! Le dépouillement, le départ, les questions profondes qui remontent... Et puis la marche dans la nature, cette mouvance indescriptiblement contemplative qui étreint le coeur du pèlerin et qui, en le plongeant dans la Création, le fait plonger toujours plus profondément en lui-même - d'aucuns diraient "en Dieu" et ce ne serait pas faux. N'y a-t-il pas d'ailleurs en cela quelque chose d'un esprit profondément franciscain, de cet émerveillement qui faisait s'exclamer au pauvre d'Assise son fameux cantique des créatures : "Loué sois-Tu mon Seigneur pour toutes les créatures" ! 

Ici s'écrivent et se disent aussi les rencontres, ces rencontres de pèlerinage, si précieuses, si anodines en apparence et pourtant tellement profondes, ces rencontres d'homme à homme, simples et vraies, sans fioritures ni jeux, d'où surgissent ces étincelles de vie et de joie où l'on distingue souvent la présence de Celui qui est le Chemin. 

Pour en lire plus, c'est Chemin d'Assise - l'aventure intérieure d'Olivier Lemire, en co-édition Bayard et éditions franciscaines. (>>)

 

En bonus pour ceux du diocèse... vous venez marcher avec nous ? 

mercredi, janvier 27 2016

Trois livres en chemin d'espérance

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Au cours du mois qui vient de s'écouler, j'ai notamment lu trois livres très différents de par leur style, leur genre et leur propos. Mais en finissant le dernier il y a quelques jours, je me suis dit qu'il y avait une belle cohérence : les trois parlaient, très fortement, si fortement même, d'espérance. De cette Espérance qui brille toujours, malgré les grandes tempêtes et malgré sa fragilité : une vertu dont il me semble que le besoin est si urgent dans le monde actuel. C'est pourquoi je me suis dit que cela valait le coup de vous les présenter, même rapidement, ensemble. 

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  • Koz toujours blogueur bien connu, a publié il y a quelques mois de cela un livre. Je savais déjà qu'il ne s'agissait pas d'une compilation de ses billets ayant lu de nombreuses critiques sur celui-ci mais je ne savais pas à quoi m'attendre. J'ai eu l'heureuse surprise de trouver un livre aussi humble que vigoureusement chrétien : l'ami Koz écrit dans celui-ci comme un véritable chrétien en chemin qui, loin d'affirmer ou de défendre une "valeur" vigoureusement, s'attache à lire, à voir et, surtout et c'est le plus précieux, à s'interroger en chrétien là où il vit et dans ce qu'il fait, notamment sur les réseaux sociaux. Une manière de vouloir voir, vivre et dire le Christ dans le monde jusqu'en ses "extensions" numériques dont nous ne percevons pas encore toutes les implications : ce n'est pas novateur comme idée de fond mais c'est très bon pour s'interroger de concert avec lui. 

 

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  • J'ai déjà cité ici même un court extrait de la belle méditation de sr Anne Lécu sur l'Evangile de st Jean, qui n'est pas une étude mais bien, selon les mots mêmes de l'auteur, une "lecture vagabonde" à travers celui-ci. Une lecture en 40 étapes qui pourrait très bien accompagner un carême par exemple - penses-y si tu me lis ! - mais surtout une lecture incarnée qui rappelle toujours, toujours, toujours plus la proximité de Dieu. Une marche vers l'innocence, une marche vers notre vrai nom profond donné par et en Dieu. Un livre d'amour, en réalité, vraiment. 

 

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  • Mgr Gérard Daucourt, évêque émérite de Nanterre (le meilleur diocèse qui soit, rappelons-le au passage ;-)), nous livre un petit opuscule qui pourrait sembler, vu son titre, ne concerner que les seuls prêtres.... Si vous croyez cela, c'est raté, vous pouvez de suite aller l'acheter. Bien sûr, il y est question essentiellement de nos pasteurs mais, à travers le prisme des difficultés qui peuvent les accabler (les graves chutes ou encore  plus simplement nos parfois profondes divergences ou le grand âge), c'est un appel pour chacun d'entre nous aussi à grandir en miséricorde, tant vis-à-vis d'eux, qu'entre nous : un appel plein de finesse et qui sonne vrai à être frères en Christ. 

 

Et l'espérance alors ? 

Koz nous donne des raisons d'espérer directement à l'intérieur de la société, à l'instar du fameux levain dans la pâte, cette image biblique qui a parfois été galvaudée parce que brandie en guise d'étendard et qui dit pourtant une vérité : Dieu agit au coeur de ce monde, là où nous nous trouvons, à travers nous pour germer pleinement.  

Sr Anne Lécu, pleine de son expérience de médecin des prisons, nous invite simplement à embrasser la miséricorde : pour l'autre comme pour nous-mêmes. En quittant l'enfermement de la faute, en marchant dans et vers l'espérance. 

Le P. Daucourt nous invite à porter un regard d'espérance sur l'ensemble du peuple de Dieu, particulièrement sur nos pasteurs, mais d'une façon qui n'est pas unilatérale, enfermée... Une invitation renouvelée à vivre fraternellement la complémentarité des vocations, dans la vérité, la charité et l'espérance : dit ainsi, cela pourrait sembler voeu pieux alors qu'il s'agit d'un chemin exigeant pour apprendre à aller, à voir et à accompagner au-delà des chutes ou des énormes difficultés. "La miséricorde l'emporte sur le jugement" ! 

 

P.S. 1 : ... Oui, bon, l'espérance elle a aussi saveur de miséricorde ici... Mais vous ne m'en voudrez pas trop en cette année jubilaire de Vous-savez-quoi justement. 

 

P.S. 2 : Non, non, je n'ai pas d'actions aux éditions du Cerf, c'est pure coïncidence si ma sélection parmi les livres lus ces 30 derniers jours s'organise ainsi ! 

mercredi, décembre 2 2015

Au-delà des "pourquoi" ? L'Autre Dieu

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- Pourquoi ? 

- .... " 

Face à la souffrance, nos mots achoppent mais ils ne sont pas les seuls : souvent, c'est notre raison qui défaille. 

Pourquoi ?

Quel intellect normalement constitué pourrait donner une réponse qui soit et sonne juste à tous ces malheurs, à toutes ces souffrances ? Qui sait réellement parler au chevet d'un enfant entre la vie et la mort ? 

Certains prient, certains se taisent, certains lèvent un poing rageur vers le ciel : d'autres  encore font les trois. 

Cette détresse de l'homme qui souffre, Marion Muller-Colard en a fait l'expérience devant son enfant entre la vie et la mort d'une manière encore plus aigüe que celle qu'elle avait déjà côtoyée en tant qu'aumônier d'hôpital. 

Dans cette catabase jusqu'aux tripes d'elle-même, jusqu'au plus profond de son amour, elle s'est perdue...

Elle a pourtant écouté, elle a prié, elle a relu son expérience et, avec ses connaissances de théologienne protestante, elle a aussi relu le livre de Job. Alors, des échos dans sa vie se sont faits entendre et elle a pris la plume pour nous les écrire avec une légèreté qui ne perd jamais sa profondeur. 

Dans une méditation avec Job, elle-même et le Seigneur, elle nous fait passer de la plainte, à la menace jusqu'à la grâce. Oh, pas avec des simplifications, non, mais avec la simplicité de la vie et de la foi, tournée vers le don de la vie. Elle ne répond pas aux "pourquoi", elle les dépasse, faisant s'écrouler notre paradigme si bien ancré qu'on n'ose se l'avouer d'un système rétributif entre nos actes et ce qui nous arrive et nous ouvrant en douceur à la grâce et à l'accueil vivant que nous pouvons en faire. 

 

Je cite son épilogue - comme je pourrais citer tant de passages de son beau livre : 

 

"J'aimerais être cette femme de foi, enracinée dans la Parole première d'un Dieu qui me préfère à rien et m'invite avec lui à poser des limites au chaos. J'aimerais prendre le relais du Shaddaï dans mes errances intérieures, et savoir dire à mon amertume : ça suffit ! Rien n'est dû, tout est donné. Quoi qu'il arrive, réjouis-toi que le soleil, chaque matin, se lève sur le monde et nvite tous les désespérés à brandir avec lui une opposition inconditionnelle à la nuit." 

 

Voilà, cela s'appelle L'Autre Dieu, c'est écrit par Marion Muller-Colard aux éditions Labor et Fides, cela fait tout juste 112 pages et si vous voulez vous prendre un bon coup de foi qui vient ouvrir un coin de plus chez vous à la grâce, eh bien, lisez-le. Vraiment. 

 

jeudi, novembre 26 2015

Mieux que la langue de buis

 

Parce qu’il est besoin de douceur en ce monde, particulièrement en ce temps,

Comme une grande envie de vous recommander l’ouvrage de l’ami Edmond : le Jargonnier catholique !

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Des signes par milliers pour des mots cathos à foison,

Des entrées sympatoches aux mots si habilement choisis pour porter juste,

Une manière de dire que Dieu nous accueille en sa maison pour former un peuple de frères.

On sait que Lui, le Seigneur, veut notre bonheur mais aussi Edmond, j’en veux pour exemple la si délicate définition de bilocation qui est, je crois, celle que je préfère :

 

Bilocation (n.f.) : Capacité très amusante à se trouver à deux endroits au même moment. L’histoire chrétienne comporte deux exemples particulièrement fameux de cette propriété : saint Padre Pio et la quasi-totalité des fidèles durant l’homélie.

 

Au-delà des remarques souvent caustiques, la foi filtre toujours… d’un clin-Dieu bien appuyé ou d’une finesse qui nous tourne d’un coup vers Lui.

Certes, c'est peut-être plus adaptés aux "prochains" qu'aux - en apparence - lointains... mais que c’est doux et bon ! 

 

A l’aube nouvelle de l’Avent,

Comme un grand champ à moissonner de sourires.

N’hésitez plus !

 

P.S. : pardon, je n’ai pas pu m’en empêcher…

 

lundi, août 24 2015

Lectures estivales 2015 #3 de la grammaire et des sourires

 

J.-P. Minaudier, Poésie du gérondif

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On se demande vraiment de quoi il s'agit quand on ouvre ce livre... Déstabilisés, perdus, même quand, comme moi, on apprécie la grammaire un peu comme un vice secret qu'on n'ose pas trop avouer et qui vous prend quand, le soir venu, vous aimez aller compulser de vieux ouvrages pour chercher si telle tournure est admissible en français et pourquoi. 

Et puis, la première surprise passée, on goûte le charme curieux de cet ouvrage qui navigue "à sauts et à gambade" à travers la grammaire, comme si elle était un vaste continent qu'on n'avait jamais fini de découvrir aux détours charmants et charmeurs. Citons l'auteur : "bref, je voudrais montrer qu'en prenant la grammaire par un autre bout, on peut en faire un jeu et une passion, sans forcément être soi-même être linguiste : tout un chacun peut avoir accès à ce trésor, à ce plaisir [...]. Je soutiendrai que si on l'aborde comme une ouverture sur le monde et non comme une tyrannie, la grammaire devient invitation à la rêverie et à la rencontre de l'autre, elle ouvre des portes sur l'inépuisable variété de l'esprit humain." 

 

Paroles joyeuses de Jean-Paul II

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Des fioretti pour mieux connaître de l'intérieur saint Jean-Paul II : c'est toujours plaisant et souvent profond ! 

Une parole qui me plaît bien sur le "tourisme pastoral" de Karol Wojtyla parce qu'elle parle d'une attitude générale qui concerne aussi chaque chrétien pour vivre partout, avec : "Le devoir d'un prêtre est de vivre avec les gens, partout, où qu'ils soient, être avec eux dans tout, mis à part le péché. [...] Durant lees randonnées, on parle... Ce ne sont pas forcément des discussions qu'on pourrait appeler élémentaires. Il s'agit de savoir parler de tout, des films, des livres, du travail, des recherches scientifiques, du jazz... Souvent, durant ces années-là, je me demandais si j'avais le droit d'effectuer ce genre de tourisme pastoral et si je ne me détournais pas ainsi de ma mission réelle. Cependant, après de longues réflexions, des jours d'interrogation et de prières, j'arrivais toujours à la conclusion que je pouvais, et même devais le faire, car il s'agissait bien, malgré les apparences de mon rôle d'évêque." 

 

dimanche, août 2 2015

Lectures estivales 2015 #2

 

Une petite sélection B.D. pour continuer l’été.

 

Riad Sattouf, L’Arabe du futur 2 (1984-1985)

 

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La suite du premier volume et toujours la même verve. Riad Sattouf raconte, comme l’indique le sous-titre, une jeunesse, sa jeunesse, au Moyen Orient, en Syrie, et c’est malheureusement terrifiant. Les rêves fabuleux de son père – mais celui-ci y croit-il vraiment ? - sont sans suite, les conditions de vie désastreuses, le système entièrement pourri et, peut-être le pire pour la prof que je suis, l’ « éducation » calamiteuse, pour ne pas parler de formatage complet à la gloire du régime. On aimerait hurler, on aimerait croire que tout cela est faux mais le caractère autobiographique de cette œuvre nous fait surtout réaliser, malgré sa subjectivité, qu’il s’agit là d’un documentaire précieux, qui plus est bien construit et plutôt souriant. A lire sans hésitation.

 

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Tiphaine Rivière, Carnets de thèse

 

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L’aventure de la thèse dans le domaine des humanités et de la recherche en général croquée en autant de personnalités emblématiques et de galères existentielles… c’est bon ! On sourit plus souvent qu’à son tour, même si ce roman graphique pose en arrière-plan une question qui a pu déjà étreindre chaque personne ayant un peu touché du doigt la recherche en ces domaines : quid de la juste distance avec notre sujet de recherche pour maintenir une relation équilibrée avec le monde et avec les autres ?

 

lundi, juillet 13 2015

Lectures estivales 2015 #1 (Ph. Claudel & Erri De Luca)

Comme quasiment tous les ans, je proposerai à l’occasion sur mon blogue quelques partages de mes lectures estivales. Et, comme toujours, pas d’autre ligne conductrice que la la joie de la découverte et la sapidité de la lecture : ici, deux livres savourés dans l’avion, l’un à l’aller d’un voyage en Andalousie, l’autre au retour.

 

 

Philippe Claudel, La Petite fille de M. Linh

 

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Il est des livres mystérieux, qui s’ouvrent dans le brouillard et la lenteur et dont on ressort avec l’impression d’avoir vu se façonner un beau travail d’orfèvrerie. C’est le cas de ce roman extrêmement bref publié en 2005 : à voir arriver ce vieil homme en bateau, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un livre sur le malheur des immigrations forcées en temps de guerre, un livre bien-pensant en quelque sorte, alors que nous en sommes bien loin. Il serait même trop facile de n’en faire qu’un simple livre sur l’exil et la nostalgie des racines : il en est question mais le romancier nous perd et nous entraine bien plus loin. Seule demeure la vraie question : qu’est-ce qui, finalement, nous fait vivre, même au plus sombre de nos pertes ?

 

Erri De Luca, Un nuage comme tapis

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Ce que j’aime le plus chez De Luca, c’est cette approche double des textes bibliques : hébraïsante et littéraire. Elle se décline ici en seize courts textes, cherchant à offrir un regard différent sur des épisodes précis de l’Ancien Testament. C’est simple, priant, beau et tout bon !

« Illustrer la Bible d’une note nouvelle : non pas pour apposer en bas de page, à l’infini, une autre signature, mais pour refléter une part de la lumière qu’elle offre, même au dernier de ses lecteurs. » (préface)

 

samedi, avril 18 2015

Hyacinthe et Rose

Les données initiales sont simples : elle est dévote, il est coco et athée. Une passion commune, unique : les fleurs. Elle et il ? Les grands-parents de François Morel, qu'il "raconte". 

Un livre sur le pouvoir des fleurs (jaaaaaasmin, lilaaaaaa), façon baba cool ? Que nenni ! Des clefs des champs se trouvent comme semées chez les personnages qui traversent le livre : 

Il y a le curé, leur curé, qui parle des fleurs avec cette abondance qu'on adopte parfois maladroitement quand on aborde un sujet qui nous tient tellement à coeur qu'il nous étreint et qu'on préfère cacher notre émoi, en le noyant sous les informations ou sous une réaction trop brusque ; 

Il y a le jeune narrateur recevant une leçon de vie, de langage amoureux par les fleurs qu'il lui est impossible de retenir... Parce que, sans le coeur, rien n'est juste. 

Les fleurs dégagent leur fragrance au fil des pages et parlent de l'amour qu'il n'est jamais possible de dire pleinement, quel que soit celui qui (é)meut notre vie. 

Un livre plein de tendresse... Merci pour cette douce promenade champêtre à saveur cachée d'Essentiel, David

 

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mardi, mars 10 2015

Lol est aussi un palindrome

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J’avais lu la critique – et des extraits hilarants - il y a peu de Lol est aussi un palindrome et puis l’auteur, M. Levesque, fut l’une de mes chargées de TD à la fac qui maniait si bien l’art de l’humour mordant alors, de manière tout à fait corporate, j’en ai évidemment fait l’acquisition !

 

Sous-titré « Journal d’une prof au bord de la crise [de rire] », l’auteur compile sous forme de journal de bord les meilleurs répliques de ses élèves.  

 

Que dire si ce n’est… que c’est parfaitement vrai, que cela sonne tout à fait juste, particulièrement pour qui enseigne en ZEP ? A contre-courant des défaitismes et des découragements qu’on croise trop souvent sur la toile, l’auteur croque un monde où, s’il arrive de passer de sales quarts d’heure, l’humour prend toute sa place dans un juste enseignement !

 

Enseignant en collège, je ne peux l’expérimenter au même degré de répartie mais il est bien rare qu’une journée n’offre pas sa dose de sourire… au sein même du désespoir du « on estime que tout prof de français consacre au moins un quart de sa vie à lutter contre la confusion entre l’auteur et le narrateur » (note de la page 19), lutte qui commence dès la 6ème.

 

Bref, que vous soyez prof ou pas, en ZEP ou pas, si vous voulez vous offrir quelques dizaines de minutes de franche rigolade ainsi qu’un regard apaisé et apaisant sur ces jeunes des banlieues et les personnes un peu folles qui leur enseignent, courez le lire !

 

 

mardi, mars 3 2015

L'offrande du mendiant : à l'école de Sa pauvreté

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Ai lu durant les vacances L'Offrande du mendiant : quelques pages, fioretti d'une "communauté nouvelle", la communauté de l'Agneau, rameau descendant du solide tronc des nombreuses fondations de saint Dominique. 

 

Un charisme, une intuition : retrouver et s'enraciner dans la pauvreté et la mendicité des origines. S'ensuivent de beaux récits, tous pleins de la grâce de Dieu qui aime tant à s'écrire en clins-Dieu, à l'aune de Sa Parole, souvent rappelée en épigraphe ou au gré des récits : car la Parole n'est pas ici simple illustration, elle est au contraire vécue, incarnée, dans ces différents récits. 

 

Et pour nous dans le monde "ordinaire", quel intérêt allez-vous me dire ? 

 

Je vous répondrais déjà que se souvenir de la grâce de DIeu agissant dans notre monde, c'est déjà une belle joie et un motif suffisant pour le lire. 

 

Mais sans doute pouvons-nous le lire à plus large vue. Ainsi, pour moi, aimant la marche au long cours, j'y ai redécouvert quelques belles réalités que j'ai pu vivre le long du chemin : notamment cette réalité si grandiose que Dieu pourvoit, que l'inquiétude est de trop, que la confiance seule est essentielle... 

Il ne s'agit pas de jouer au pauvre : il s'agit de savoir ne pas, ne plus être repus, d'apprendre à laisser de la place pour accueillir le don de Dieu chaque jour, "notre pain de ce jour"... En ce sens, c'est aussi un chemin de Carême, c'est aussi un chemin de vie pour chacun. 

 

samedi, février 14 2015

Les Ignorants, récit d’une initiation croisée

 

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En ce début de vacances, quelques mots sur une autre B.D. lue récemment : Les Ignorants, récit d’une initiation croisée par Étienne Davodeau.

 

Là encore, l’histoire est simple : d’un côté, le monde de l'auteur, celui de la bande dessinée ; de l’autre celui du vin… « artisanal », d’un amoureux de la vigne. Étienne et Richard se rencontrent, rencontrent leurs vies, leurs univers dans une vraie plongée réciproque et croisée : l’histoire est efficace, tout autant que le dessin, très sobre, qui la double.

 

Ce sont deux univers qui m’attirent sans que je m’y connaisse vraiment et, de manière plus générale, j’aime les passionnés, ceux qui sont capables de se donner à fond : c’est le cas de ces deux-là et c’est vraiment appréciable. Le rythme est lent, comme pour nous faire sentir la nécessité des saisons et de leur succession pour les plus belles maturations. On a presque envie de le lire en dégustant un bon vin ! 

 

C’est un bel album, réussi, vraiment, sur une magnifique idée ! Seulement… je reste tout de même un peu sur ma faim – ou peut-être devrais-je dire sur ma soif ? –. Dès le début, on se doute des chemins empruntés par cette « initiation croisée » : pas de chemins de traverse, des parallèles prévisibles et, moi, j’aime qu’on me surprenne… Peut-être Étienne Davodeau pèche-t-il donc par excès dans sa volonté de nous faire comprendre toute la force de sa découverte : quelques petits éléments auraient pu gagner à n’être qu’esquissés… Mais cela reste un ouvrage charpenté et gouleyant !

 

dimanche, février 1 2015

Le Grand Méchant Renard

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Détente un peu hors-sujet du week-end, j’ai lu l’excellent Le Grand Méchant Renard, B.D. de Benjamin Renner. Achetée simplement parce qu’elle m’a attiré l’œil sur l’étalage et qu’en la feuilletant, j’ai goûté le dessin et les personnages qui semblaient venus tout droit du Roman de Renart (ça, c’est un truc pour faire acheter une B.D. à une littéraire !)

 

Je l’ai ouverte en rentrant et ne l’ai plus lâchée : pas tout à fait ce à quoi je m’attendais. Bien sûr, il y a des poules (surtout une !), un Chien, un Loup et un Renart parmi les personnages principaux, des personnages typiques venus de l’univers médiéval, mais l’auteur joue surtout avec finesse sur le détournement des « types ». Les situations improbables s’enchaînent les unes avec les autres et l’on sourit sans cesse, se demandant où l’auteur va encore nous mener.

 

Ni conte de fées, ni réelle récriture médiévale, Benjamin Renner construit avec pertinence un univers où un renard cherche sa place de Grand Méchant Renard parce qu’il est trop gentil : …dire que ce sont des poussins qui l’aideront à la trouver vous dira à quel point c’est improbable ! Bref, une excellente B.D. de détente !

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dimanche, novembre 30 2014

Joseph Roth, sainte Thérèse et la grâce

 

C’est un tout petit opuscule, une nouvelle d’une grosse cinquantaine de pages : rien à voir avec le grand chef d’œuvre de l’auteur qu’est La Marche de Radetzky que j’ai découvert avec tant de délectation cet été.

 

La Légende du saint buveur : d’abord un beau titre, ensuite, l’histoire d’un sans-domicile fixe, d’un buveur qui fait l’expérience de la grâce. Enfin, je positionne tout de suite cela en termes très chrétiens : la réalité est moins claire, moins éclatante que cela car elle est avant tout pleine d’humanité. Disons plutôt que le personnage principal fait l’expérience d’une grâce soudaine : de l’argent, donné par un homme converti grâce à sainte Thérèse.

 

Notre buveur se veut homme d’honneur : il veut rendre cet argent à la petite Thérèse. S’en suit tout un récit, chemin de rencontres, chemin d’un homme entre pauvretés et richesses, entre addictions et grâces immérités pourtant reçues et accueillies, entre zones sombres et coins rayonnants de sa vie. Le regard de l’auteur sur son personnage est aussi tendre que moqueur : c’est celui d’un homme sachant ce qu’il y a dans le cœur de l’homme.

 

L’homme sera sans cesse empêché de rendre l’argent… pourtant, il y a en lui ce désir profond d’être un homme d’honneur qui demeure malgré tout. On dit souvent que l’enfer est pavé de bonnes intentions : est-ce le cas de cet homme, voulant et ne réalisant jamais ? Ou cet homme, ce buveur, aime-t-il à sa mesure, malgré le drame de son existence ? On aimerait le croire tant son ouverture à l’inattendu du jour, aux cadeaux que ce dernier peut faire est forte. Si la fin laisse planer le doute, on aimerait croire à sa rédemption, on oserait même croire à une intervention pas vraiment anonyme qui a nom intercession de sainte Thérèse.

 

Un petit joyau que cette nouvelle dans tous les cas qui sonne comme une invitation à laisser plus chaque jour être don de Dieu qui que nous soyons, quoi que nous fassions.

 

 

 

P.S. : Ah et puis, si vous êtes dans mon coin, il y a actuellement pour lancer l’Avent un grand temps fort paroissial autour des reliques de Ste Thérèse : n’hésitez pas à faire un saut, même si vous ne lui devez rien à la petite Thérèse ! Le programme est par ici >>

 

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