Zabou the terrible

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Mot-clé - Born to be a prof

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lundi, septembre 21 2020

Covid et coeur abattu

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            C’est vrai que, pendant le confinement, des liens différents se sont tissés avec nos élèves, au gré de confidences qui excédaient parfois de loin les échanges que nous aurions eus en temps plus ordinaire : la vulnérabilité commune et l’éloignement physique, induit par les écrans et le téléphone, autorisaient des conversations profondes, où la pudeur s’estompait de temps à autre pour parler de ce qui était trop dur dans leurs vies. Il serait d’ailleurs intéressant de relire à cette aune le confinement et je me demandais également, après avoir traversé ensemble tout cela, comment seraient les relations à la rentrée. 

 

            Dans les couloirs, c’est facile en échangeant quelques mots ; dans ma propre classe, j’en ai quelques-uns qui sont « anciens » élèves de l’an passé mais pas trop : cela va bien mais il est vrai qu’il y a quelque chose d’une confiance plus profonde qui s’est établie. Parmi ceux-ci, il y a un filou au grand cœur, malin, intelligent, quelques soucis de discipline mais jamais rien de grave et plutôt envie de lui tirer les oreilles quand ça lui arrive pour le remettre sur le droit chemin. Sa situation personnelle, comme beaucoup de mes élèves, comporte des traits à faire pleurer dans les chaumières : sauf qu’il ne s’agit pas d’un moyen télévisuel facile pour provoquer la compassion, c’est juste la vérité. 

 

            Nous avions parlé ensemble déjà du virus qui nous préoccupe parce qu’on savait, lui comme moi, à quel point dans son cas c’était particulièrement dangereux : sa mère l’élève seule et elle est malade. Alors s’il y en a bien un qui ne rigole pas quand je grogne et vitupère avec ardeur dans les salles pour obtenir le port du masque par tous -et-pas-en-mode-glissé-par-dessous-le-menton-zut-à-la-fin !, c’est bien lui. 

 

            Or, vous voyez, c’est notamment un de ces gars que j’ai embarqués sous le bras (enfin, euh, métaphoriquement) tout à l’heure parce qu’il n’allait pas bien du tout et que cela ressemblait bigrement toujours à un certain virus. J’étais bien embêtée et j’ai carrément eu le cœur fendu quand il m’a dit ce à quoi je pensais déjà : « Madame, vous savez… enfin, vous savez : si j’ai ça, je ne veux vraiment pas le transmettre à ma mère ».  

 

Alors, oui, je râle et continuerai à râler sur les mesures non prises ou non respectées, sur la croissance du virus dans nos établissements scolaires (tenez, allez voir cette carte collaborative par exemple : https://www.google.com/maps/d/u/0/viewer?mid=1qSrisw1eZhc_imfnmmIvqeq9jjZG7VY1&ll=48.390625604709925%2C6.537248840773245&z=4 ) mais ce n’est pas que pour le principe : c’est aussi parce qu’au-delà de la santé qui reste un enjeu crucial et clairement urgentissime, ils broient les cœurs de ces sacrés lascars qui sont mes élèves, qui peuvent être les vôtres, vos enfants ou ceux de vos proches. 

 

Je crois d’ailleurs aussi que, dans cet amour manifesté, il y a quelque chose de sacré, un peu du Seigneur à travers les plaies de l’inquiétude, et sans doute cela me donne-t-il de l’espérance : parce que ma foi me dit que cet amour-là ne sera jamais perdu ; parce que je crois aussi que le Seigneur, même s’ils ne Le connaissent pas, est auprès d’eux deux, comme de tous ces « petits » qui sont Siens, même si c’est de nuit, même si c’est en apparence de loin, mais Il n’en demeure pas moins là, tout proche du cœur brisé et de l’esprit abattu. 

 

mercredi, septembre 16 2020

Prof de banlieue et Covid

 

Je suis en colère comme petite prof d’un lycée de banlieue. Oui, pour une fois. 

 

Ce matin, une surveillante est venue me prendre la moitié de la classe à laquelle j’étais en train de faire cours en me montrant un papier : elle me demande si j’étais au courant… Non, je ne l’étais pas. Un cas de Covid – malade – dans un groupe de langue : tous les élèves de ma classe faisant cette langue sont devenus d’un coup cas contacts et doivent partir en isolement. Il va falloir voir pour les spécialités suivies, d’autres vont devenir cas contacts, mais dans tous les cas, cela risque de devenir exponentiel et que vais-je faire avec encore 10 élèves sans doute pendant que les autres sont à la maison… en attendant que cette classe ferme à son tour ? Avec, comme cerise sur le gâteau, une élève qui fit une crise de panique.

 

A la récré, d’autres cas de Covid signalés, une autre classe fermée… des cas contacts en isolement, des suspicions chez des élèves : tout part exponentiellement. Quid de leurs profs ? On ne sait pas. Combien de temps avant que je ne sois considérée à mon tour comme cas contact et doive m’isoler ?

 

Sans doute, je l’espère, que nos lycéens ne mourront pas tout comme j’espère qu’il n’y aura pas des cas aussi graves qu’en printemps. En revanche, certains sont bien malades, d’autres encore vont le devenir, et les profs ont eu l’air d’être des voix criant dans le désert pendant tout ce temps. 

 

Je suis en colère, parce qu’on parle santé et économie, ce qui est important, mais qu’on oublie la pédagogie et la croissance des plus jeunes, en particulier des plus pauvres. On pontifie sur les profs décrocheurs ou au contraire gros bosseurs durant le confinement, on fait de pseudo-stats en oubliant simplement le présent, les profs qui font, simplement, bêtement, leur job ou peut-être qui aimeraient le faire convenablement. Ces profs qui répètent qu’ils sont considérés comme des pions par le ministère, sans réflexion sur leur sécurité (je suis encore jeune et en bonne santé, je vais volontiers et avec joie au lycée, mais je sais que c’est une vraie question pour mes collègues plus âgés ou à risque)… 

Mais surtout ces profs qui ne cessent de dire qu’un pseudo-protocole ne suffit pas, que si des choses sont applicables dans des établissements d’un certain milieu social, comment voulez-vous faire avec des élèves qui ont du mal avec des règles, dans des bâtiments vétustes, des salles trop petites et avec des classes dont les effectifs ont encore augmenté parce qu’on a fermé des classes ? N’oublions pas non plus qu’il nous manque des effectifs dans les équipes de vie scolaire pour veiller aux règles dans les couloirs et surveiller, et veiller tout court. De mon côté, j’ai passé mon temps depuis la rentrée à faire cours dans des salles trop denses, mal aérées avec des élèves portant mal le masque (je rêve de m’enregistrer leur demandant de le remettre tant c’est LA phrase de la rentrée pour moi !) : il était certain que le Covid viendrait nous rejoindre, à nouveau. 

 

            Je suis en colère, parce qu’autoriser des adaptations locales, permettre aux équipes de réfléchir en laissant de la souplesse, à avoir peut-être des plus petits groupes, quitte à ce que les élèves aient provisoirement moins d’heures, aurait été anticipation : et non, nous allons nous retrouver dans des semi-situations, à devoir préparer des choses comme on peut à moitié en présentiel, à moitié en distanciel, sachant que tout pourra changer le lendemain et que nos élèves commençaient seulement à reprendre pied dans le goût de l’école. Évidemment, on nous dira encore une fois dans les médias qu’on fait mal notre travail puisque cette rentrée s’est faite « dans la joie » et qu’il paraît que tout était prêt. Alors que je vois bien toutes les équipes sur le terrain, de la direction au personnel de service, faire ce qu’ils peuvent. 

 

Mais, si je suis en colère de cette n- ième non-anticipation je veux aussi espérer alors, de mon petit regard de prof de banlieue sensible, s’il vous plaît… S’il vous plaît, les uns et les autres, là où vous êtes, dans ce que vous faites, faites ce que vous pouvez pour limiter le risque. Cela peut vous sembler lointain mais on dit parfois « les banlieues s’embrasent » : c’est le cas, les malades sont là, nous allons nous efforcer de contenir tout cela, au mieux, de continuer notre travail, au moins mal, mais vous aussi, faites ce que vous pouvez pour ne pas augmenter le danger. 

 

 

mercredi, septembre 2 2020

Vous avez dit bénédiction ?

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            C’est drôle : plusieurs fois au cours de ces dernières semaines, j’ai parlé avec d’autres personnes de « bénédictions ». Dimanche, c’était plutôt suite à une discussion plus musclée autour d’une bénédiction des cartables sur Twitter. Alors, sachez-le : je suis très pro-bénédictions et je ne parle pas que de la bénédiction finale à la messe ! Non, je parle ici de toutes celles qui existent en plus : bénédiction du pèlerin, d’une habitation, d’une voiture ou des cartables par exemple, ou d'autres encore ! 

 

            Cela fait-il de moi pour autant une animiste ou quelqu’un aimant une certaine magie féérique ? Je ne le crois pas. On pourrait répondre en travaillant l’histoire et la portée théologique de ce qu’est une bénédiction : je le ferai bien plus humblement, en précisant simplement ce qui fait que je les aime. Certains vont me dire de m’arrêter, qu’ils me voient venir et que je vais défendre la piété populaire. Cela pourrait être vrai d’une part mais ce n’est pas cela qui fait que j’aime les bénédictions. 

 

            L’étymologie de bénédiction, vous connaissez ? Cela vient de bene et de dicere, dire du bien… Et je fais partie de ces personnes qui pensent que dire du bien, non seulement ça ne fait pas de mal, mais surtout cela fait sacrément du bien sans mauvais jeu de mots ! Dans notre tendance à voir le mal, c’est comme annoncer et prononcer l’irruption du bien. C’est encore plus fort s’il s’agit de dire du bien de la part de Dieu sur une personne, évidemment, comme c’est le cas ici. Prier, de fait, c’est aussi croire à la mystérieuse fécondité des mots qui sont dits, que cela soit à voix haute ou dans le secret de notre cœur. 

 

            Mais quid d’un objet alors ? Il se conçoit aussi en relation avec la personne : en fait, ce qui est important pour moi, dans une bénédiction, sans doute plus que tout, c’est qu’il s’agit de « mettre Dieu dans le coup ». De poser, par un acte, que nous voulons nous mettre, dans ce lieu, dans les actions que nous ferons avec tel objet, sous la protection du Seigneur et Lui demander Sa grâce ! Et, ensuite, que nous voulons agir avec Lui et pour Lui. Rien d’anodin mais au contraire, c’est très fort et cela nous engage pour la suite à chercher à vivre en conséquence ! 

 

Ainsi, ce n’est pas parce que mon sac à dos a été béni lors de la bénédiction des cartables que mon stylo rouge qui était glissé à l'intérieur dans ma trousse corrigera mieux : mais c’est dans la mouvance de la bénédiction de Dieu que je désire vivre mon année de prof, lui demandant humblement sa grâce de m’en servir au mieux ! Peut-être que, dans le fond, c’est aussi pour que mon stylo rouge devienne à son tour instrument de bénédiction plutôt que de malédiction… peut-être ? 

 

lundi, août 31 2020

PP

 

            Tu avais dit "oui" pour cette mission alors, le jour de la pré-rentrée, une liste de 28 noms t’est distribuée : ce seront « tes petits », ceux dont tu auras particulièrement la charge dans la classe dont tu es prof principale pour l’année à venir. Si quelques noms parlent parce que tu es désormais une habituée du quartier, ce sont autant de vies, autant d’histoires singulières, à découvrir et à accompagner pendant un an. 

 

            Il est vrai que cette rentrée sera différente du fait de la situation et que les masques mettront plus de temps à tomber, dans tous les sens du terme : mais, même si l’on n’entraperçoit que les yeux et le haut du visage, il y aura à apprendre à les connaître en vérité, au-delà des apparences qu’ils se donnent souvent. 

 

            Je suis toujours un peu émue de cette belle responsabilité qui est la nôtre : il s’agit d’enseigner oui, mais aussi, comme prof principale, de faire pour de bon un bout de chemin ensemble en brassant les grandes questions de leur vie afin d’avancer vers l’avenir qu’ils désirent réellement se construire. Que de temps passé au téléphone durant le confinement par exemple pour parler orientation et, derrière celle-ci, surtout de leur vie. Et, à la fin de l’année (ou d’une autre encore quand le travail se poursuit sur plusieurs années), les laisser filer, un peu plus grands, un peu plus ancrés dans leur vie… Nous ne sommes là que pour un temps, passeurs d’une année, mais les liens qui se créent entre une classe et son prof principal sont d’une belle qualité, même avec les plus pénibles, et c’est toujours une joie particulière quand un ancien de « ma » classe donne quelques nouvelles, comme c’est récemment arrivé. 

 

            Ce qui est certain, c’est qu’à partir du 1er septembre, j’ai toujours plus de choses à raconter au Seigneur dans ma prière tant ils viennent l’habiter, tant leurs bavardages irriguent les miens vers le Seigneur, tant ils passent de simples noms à autant de vies que j’aimerais savoir amener vers plus de vie : et, sans Lui, je ne saurais y arriver. 

 

jeudi, août 27 2020

Une rentrée en temps de Covid

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            A quelques jours de la rentrée, ça chauffe : il y a les inquiets les confiants et puis, surtout, ceux qui ont une bonne idée de ce qu’il va se passer. Comme si on savait vraiment comment cette rentrée allait se passer : ce qu’on ne peut pas nier, vu l’absence de normes précises et, surtout d’adaptations locales (qui auraient peut-être été les plus efficaces à travailler ?), c’est que cette rentrée est à risque, pour chacun. 

 

            Lundi, nous nous retrouverons entre profs et mardi nous accueillerons nos élèves. Outre les normes, il y a toute cette part éducative dont on ne parle quasiment jamais, préférant se gausser des profs qui appréhendent le port des masques toute la journée et leur petite nature mais ce n’est pas tout de porter des masques : il va falloir faire connaissance avec des masques, devoir inventer d’autres moyens de « prendre la température » (non, pas la température frontale !) des élèves à leur entrée en classe pour voir ceux qui ont le moral en carafe ou qui arrivent énervés, porteurs des 1000 soucis de l’extérieur, devoir pousser la voix, certes, mais surtout réussir en éducation prioritaire à faire respecter en plus des autres règles le port du masque, le tout dans des espaces très restreints et dans l’ensemble vétustes. Quand on est de l’extérieur, cela peut sembler peu de choses mais en réalité cela va modifier notre travail éducatif. 

 

            Pour autant, je pense évidemment que ce port du masque en intérieur est une bonne chose pour essayer de protéger, au mieux, même si je crains que cela soit insuffisant, qu’on en mesure mal toutes les conséquences pratiques et que cela soit difficile à faire respecter par les plus remuants. Mais, si la rentrée est toujours pleine d’incertitudes parce qu’elle est porteuse de nouveautés, de nouveaux élèves et de changements divers, celle-ci l’est encore plus. 

 

Il y aura encore plus à se confier au meilleur éducateur qui soit, à Celui qui sait porter un regard vrai sur chacun, à Celui qui pousse à grandir chacun dans ce pour quoi il est fait sans le souhaiter ailleurs, à Celui qui sait voir, au-delà des apparences masquées, les cœurs. Alors, Seigneur, viens au secours des profs qui auront besoin de Ton regard pour s’appuyer sur de simples regards quand il feront leurs cours !

 

 

samedi, mai 16 2020

Fils tendus

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            Je n’avais pas tout à fait prévu cela mais il apparaît que ce temps quelque peu transitoire (encore très confiné pour moi qui ne suis absolument pas certaine de reprendre en présentiel les cours dans un lycée sis en zone rouge) s’écrit beaucoup en temps passé au téléphone. 

 

            Moins de nouvelles directes des réseaux d’amis que lors des premiers temps de confinement – c’est heureux, il y a moins de problèmes de santé – mais de nombreux élèves à appeler : pour prendre des nouvelles récentes pour certains mais surtout, pour d’autres, afin de parler de l’orientation à venir. Exercice délicat du professeur principal déjà dans les rencontres en face à face, que cela soit à la sortie d’un cours ou en rendez-vous plus prolongés avec la famille qui devient épineux par téléphone. Pour certains, évidemment, ça va et il n’y a pas à faire cela ; pour d’autres, il est difficile d’appeler au réalisme alors même que la situation est inattendue. Et les appels s’allongent et s’étirent en durée… parfois avec des résultats, parfois sans avancée probante. 

 

            Mais dans tous les cas, je demeure marquée de ce nouveau rapport qui se crée. Il est sûr que les relations sont un peu différentes du fait de la situation et qu’elles seront à réajuster si le retour en présentiel se fait pour retrouver un juste rapport professeur – élève. Cependant, parlons uniquement de ces moments au téléphone : je suis frappée par la densité de ce qui s’y dit. J’ai des confidences, des bribes d’histoire, des envies, des drames, des réalités qui ne seraient peut-être jamais dites autrement. Je ne dis pas que c’est mieux : certaines choses ne sont pas de mon ressort dans ce qui sort mais comme si la situation, le fait de ne pas se voir en vrai, d’être un peu masqué ( !!!) faisait dire les choses plus en vérité. C’est parfois délicat d’accueillir ces confidences car ce n’est pas un accueil ou un accompagnement spirituel… – même si je les confie après au Boss dans le secret de ma prière ! – mais il se joue là des beaux liens d’humanité. Aussi ces moments au téléphone n’ont-ils jamais autant mérité le nom de « coups de fil » qui se tissent, se retendent, s’approfondissent. 

 

            Je fais le même constat avec quelques anciens forcément plus isolés que j’appelle régulièrement, à défaut de pouvoir les serrer dans mes bras d’amitié pour leur dire d’être forts. Parmi eux, je pense à un prêtre âgé de mes amis chers qui s’embête férocement : non que nous nous partagions des banalités ordinairement mais là les échanges s’écrivent en bribes de vie spirituelle confinée et, si la situation n’est pas drôle, il n’en demeure pas moins que c’est très beau. 

 

            Dans les deux cas, j’en sors souvent assez émue comme à chaque fois que notre humanité sonne juste et parle, parfois directement, parfois comme en creux, de Dieu et de son histoire d’amour avec l’humanité. Des coups de fils devenus simplement comme les fils tendus au travers de notre humanité, comme doublant les liens subsistant très réellement quoiqu’invisiblement au cœur de notre humanité. 

 

dimanche, février 16 2020

Comme un caillou dans la chaussure

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            Comme prof, il y a des moments où tu regardes avec une certaine satisfaction des bouts de chemin parcourus par tes élèves ou, tout simplement dans mon cas, une classe qui va mieux, même si c’est loin d’être parfait. Et puis, il y a toujours lui (mais ça pourrait être un autre) : lui qui a probablement un problème d’ordre psychologique, qui ne fait rien comme il faut, qui te soule grave parfois, qui n’adopte jamais le comportement d’un élève face à l’adulte, qui a un seul cahier pour toutes les matières depuis le début de l’année, qui commet des actes incroyables d’incohérence en classe, qui joue avec tes limites…

 

            Et là, tu te retrouves vraiment justement face à tes limites : tu cherches à garder patience, tu y arrives le plus souvent mais, parfois, ben non, ça rate. Tu râles, tu t’énerves, tu cries un bon coup et après, bien sûr, tu t’en veux d’avoir manqué le coche de ton rôle de prof, de ton rôle d’éducatrice auprès de lui. Et c’est dur. 

 

            Cet élève ou ces élèves qui t’échappent, qui échappent finalement aux règles du système scolaire, sur lesquels tu n’auras jamais vraiment une quelconque prise sont aussi là pour te rappeler à l’humilité. Ils sont comme le petit caillou dans la chaussure qui vient déranger une marche bien huilée, ils viennent t’irriter, te blesser mais te rappellent aussi que si tu ne prêtes pas attention à un petit bout du membre d’un corps, c’est le corps tout entier qui a mal. Non, ta classe ne va pas vraiment mieux si lui continue d’aller mal. 

 

            Alors, tu sais que ce n’est pas dans les méandres de ton intellect ou du système scolaire français que tu auras la solution. Et tu sais que si tu en restes là, tu ne feras que crier sans avancer : ce petit caillou blessant, il vient bien bien souvent te rappeler aussi combien tu as encore à apprendre à aimer. A aimer vraiment, c’est-à-dire même celui qui dérange, car quel intérêt si nous n’aimions que ceux qui nous aiment ? Même les païens en font autant dit l’Evangile ! Car, même sans solution formelle, c’est seulement dans l’amour que le regard s’éclaircit, que la patience grandit, que la commune humanité ressurgit au-delà des défaillances : alors, Seigneur, enseigne-moi, à travers lui, pour lui, toujours plus, toujours plus justement, comment Toi, tu sais aimer, à pure perte, à plein don, apprends-moi simplement comment tu aimes aimer, Toi et à le faire à Ta suite. 

 

lundi, janvier 27 2020

La vraie vie d’un prof de lycée en éducation prioritaire par temps troublés de réforme

 

Attention, il ne s’agit pas ici d’un n-ième récit plaintif de prof pour dire que c’était mieux avant : j’aime profondément enseigner et accompagner les élèves au quotidien dans leur croissance. Néanmoins, la tournure actuelle des événements m’énerve : je ne revendique rien mais je vois les annonces concernant le métier de prof s’alourdir, bien au-delà de la réforme des retraites, et de trop nombreuses personnes extérieures à notre métier, y compris parmi mes proches, expliquer que les profs doivent arrêter de râler et que cela commence à bien faire. Seulement, outre ces annonces qui risquent vraiment de continuer à diluer le sens de notre profession, ceux-ci ne connaissent pas l’état actuel survolté des lycées, en cette période où les réformes du nouveau bac commencent – ou pas – à s’appliquer et chez les lycéens, et chez leurs professeurs. Cette journée écoulée étant particulièrement paradigmatique d’une journée de prof en lycée général d’éducation prioritaire en cette période, je vous la raconte, plutôt sous la forme d’une suite d’instantanés car, mine de rien, j’ai du travail, en bonne feignasse de prof. Commençons donc, aujourd’hui, je devais assurer 4h de cours, de 11h à 13h, puis de 14h à 16h…  

 

7h, le réveil sonne. Trop tôt par rapport aux lundis ordinaires mais je dois me rendre au lycée pour 9h, rendez-vous avec plusieurs professionnels, de l’éducation et de la santé, pour une élève déscolarisée, en grande détresse, qui doit retrouver le chemin de l’école. 

 

Laudes, à moitié endormie. Je confie ce premier rdv, épineux, au Seigneur et je me dis qu’aujourd’hui, ça risque d’être la loose : les fameuses « E3C », épreuves du « nouveau bac », sont prévues chez nous mardi et mercredi et, vu les messages des collègues hier soir et les réactions des élèves la semaine dernière, ça ne devrait pas être serein. Petit-déj rapide et départ, mal au ventre car angoissée par la situation. 

 

Grrrrr des bouchons ! 

 

9h, j’arrive tout juste, je demande au secrétariat où va être la réunion. On m’indique la salle mais en m’informant d’un changement de dernière minute : la réunion ne sera qu’à 9h30. Joie. 

 

Qu’à cela ne tienne, je vais corriger quelques copies dans la « salle de collection » : ah ben tiens, comme la semaine dernière, il n’y a pas de chauffage. De toute façon, je suis vite dérangée par les hurlements dans le couloir qui me font aller voir pour renforcer la présence d’adultes : les élèves s’énervent et mettent en place un blocus progressif pour protester contre les E3C. 

 

9h30 : on se retrouve en salle de réunion, il manque encore l’élève concernée avec sa mère. On prend un café, j’en profite pour échanger sur le cas de certains de mes élèves avec l’infirmière présente, ne perdons pas un instant. On convient de se retrouver à 16h pour parler d’une élève qui nous semble en danger. 

 

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jeudi, décembre 26 2019

Noël de prof, Noël jusque-là

 

 

 

 

 

C’est vrai qu’il serait plus confortable d’avoir un Dieu qui se montre tout de suite tout-puissant à la manière des super-héros : 

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui se fait homme ; 

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui naît dans une crèche ;

Et pourtant, notre Dieu est le Dieu qui meurt en croix. 

Il est aussi, évidemment, le Dieu qui ressuscite et qui vainc la mort mais cette éclatante victoire ne peut faire oublier ce qui précède. 

 

Je crois que, parfois, même si on le sait dans notre intellect, on s’attache aussi, presque inconsciemment, à notre conception victorieuse de Dieu et on en oublie la réalité de cette naissance : 

Dieu vient naître là où on ne veut pas de Lui, pas de place parmi les hommes, avec un aubergiste probablement bien agacé de cette demande en sus ; 

Et Dieu vient naître dans une mangeoire, pleine de foin, proche d’animaux, dans une odeur probablement détestable. 

Nous avons tous une part de représentations sirupeuses de cette naissance en tête – même s’il est probable que l’émerveillement de toute naissance fut bien présent ! 

 

Pourquoi tout cela ? Parce que je pense que cela porte aussi des échos dans notre vie spirituelle : on peut parfois penser que Dieu n’est présent que dans les belles choses victorieuses de nos existences. 

 

J’y ai beaucoup pensé à Noël et dans les jours ultimes de la préparation à la fête car, sous ma casaque de prof, j’ai vécu un premier trimestre houleux : pas tant le changement d’établissement et de niveaux enseignés que, surtout, une classe dont je suis professeur principale à la concentration incroyablement élevée d’histoires problématiques. D’où une classe difficile à « gérer » certes, mais surtout de nombreux éléments annexes à mettre en place pour tenter de les accompagner, au mieux, au-delà des réactions strictement disciplinaires. Alors, à Noël, ce sont leurs vies compliquées et leurs visages qui ont énormément habité mon cœur… J’ai voulu confier ceux-ci : 

Toi qui ne sais t’exprimer que par les poings quand cela dépasse un certain seuil, 

Toi qui as probablement un problème psychique, qui es hors-sujet et ramènes tout à toi à tel point que souvent ma patience te concernant est mise à rude épreuve, 

Toi dont les paroles sont si fréquemment violentes et menaçantes et qui n’as jamais appris à te canaliser, 

Toi qui consommes très probablement des produits illicites dans une famille où tu n’es visiblement pas le seul, 

Toi qui ne sais pas gérer ta sexualité commençante et as tendance à la faire tomber dans les ornières de la pornographie et non du respect et de l’amour vrai, 

Toi qui as peur de venir en classe et sèches pas seulement un peu mais tellement que cela met ton année en péril, 

Toi dont il y a un problème d’alcool dans la famille, 

Toi qui viens d’ailleurs et ne sais pas écrire convenablement deux mots d’affilée, 

Toi qui es un chouette garçon mais qui viens de vivre tant de tribulations depuis ton pays pour arriver enfin en sécurité en France, 

… et vous tous, cette classe qui commence enfin, après plus de trois mois ensemble, à prendre forme, peut-être parce que chacun finit par accepter d’être ce qu’il est. 

 

J’ai voulu croire que Dieu était venu pour chacun de vous, pour chacun d’entre eux, dans leur pauvreté comme il l’a fait dans une mangeoire de Bethléem, et, qu’au cœur de ces ténèbres, Il est justement venu se rendre présent et apporter Sa lumière : celle de l’Espérance, la vraie, celle qui espère plus loin que toute nuit. C’est aussi cela un joyeux Noël ! 

 

 

vendredi, novembre 22 2019

Quelques minces considérations sur la pauvreté

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        La pauvreté, conseil évangélique. Nous, vierges consacrées, ne prononçons pas ces trois vœux ou conseils mais, si nous engageons explicitement à vivre dans la chasteté (déjà tout un programme de vie quand on la considère en son sens large !), nous nous engageons aussi à « suivre le Christ » (sans doute encore davantage tout un programme !) et l’on a tendance à dire que les conseils évangéliques sont inclus dans cette sequela Christi. C’est vrai et cela est encore plus global puisqu’en réalité ces deux éléments ne font que dire, d’un simple oui : « je m’engage à apprendre à aimer tout au long de ma vie, jusqu’à la mort ».

 

         Mais considérons néanmoins la question de la pauvreté : vivant dans le monde, devant assurer notre quotidien, ses vicissitudes et ses impôts, il s’agit en gros d’une simplicité de vie qui prendra différents trains de vie selon les lieux, les circonstances diverses des unes ou des autres. Il est cependant bon de faire le point, de temps à autre, si possible avec un père spirituel, pour voir où nous en sommes dans notre rapport avec les biens matériels. À quel moment les transformons-nous en idoles qui tendraient à prendre la place d’un Dieu que nous nous sommes engagées à aimer plus que tout ? Peut-être aujourd’hui cette dimension prend-elle un sens plus brûlant dans le contexte de la crise écologique et nous invite-t-elle également à chercher à enlever de nos vies ce qui est surconsommation : c’est en tout cas une dimension qui va devenir chaque jour plus prégnante. Ces deux questions sont valables pour chacun, bien en dehors de la vie consacrée, puisqu'il s'agit bien d'un "conseil évangélique" destiné à tous. 

 

           Si cela est juste et bon, je me demande toutefois de plus en plus si la tension la plus profonde de ce conseil évangélique ne se trouve pas la réalité de notre pauvreté. Oh oui, nous sommes pécheurs et rien de neuf sous le soleil là ! Certes et c’est en plus facile à dire mais peut-être moins à réaliser pour de bon, en mettant toute la réalité de notre être face au Seigneur. Mais il y a aussi toute cette réalité existentielle de notre pauvreté : la non-maîtrise des événements ou encore le vide parfois apparent et déstabilisant de nos prières. Qu’en faisons-nous justement dans notre prière ? Restons-nous fanfaronnants de force, habitués, rodés de fidélité, ou osons-nous, simplement, venir comme nous sommes à la prière, comme une branche venant prendre sa sève vitale, dépendante intimement de la solidité qu’est le tronc, le corps du Christ ? Cela est pauvreté mais cela est aussi vérité.

          J’y pense souvent depuis la rentrée avec cette fameuse classe compliquée dont je suis professeur principale : je suis vive, j’aime l’action, j’ai un besoin certain de bouger pour changer les choses alors pour tout vous avouer je râle souvent devant le Seigneur en même temps que je Lui confie mes élèves. Des améliorations en vue ? Tellement minimes... mais et si Dieu m’appelait tout simplement à me reconnaître ainsi pauvre devant Lui venue simplement avec toute ma pauvreté ?

            C’est bien cette incroyable sève de vie de la relation avec Lui qui donne d’être une branche vivace, apte à porter des feuilles vertes, des fruits ou, même quand elle devient suffisamment solide, des oiseaux qui viennent s'y reposer. Alors embrasser la pauvreté est probablement d’accepter cette dépendance vitale intérieure.

            Peut-être alors que nos pauvretés existentielles deviennent ces deux pièces de la veuve que saint Luc faisait résonner juste avant la pericope que nous entendions dimanche dernier (Lc 21), juste avant l'annonce de la destruction du Temple. De ces pièces il ne restera probablement rien... mais il y aura été mis beaucoup d’amour et c'est cela qui importe plus que tout, et c'est cela qui transforme tout. 

          Que le Seigneur qui a pris notre chair jusque dans ce qu’elle avait de fragile nous donne chaque jour davantage de nous reconnaître pour ce que nous sommes devant lui, dans nos faiblesses et nos vulnérabilités

mardi, novembre 19 2019

Quelques mots ailleurs

Comme je le signalais dans un précédent billet, j'ai écrit pas mal ailleurs ces derniers temps et en voici notamment un surgeon : 

 

Par ailleurs, j'ai participé à la présentation "officielle" en vidéo de l'édition annotée et enrichie de Christus vivit la dernière exhortation du pape François avec de nombreux commentaires et témoignages pour "entendre" mieux le texte. Cette édition version XL est disponible aux éditions Lessius par ici >>

"Il vit, le Christ", présentation de l'édition commentée de Christus Vivit from tv.catholique.fr on Vimeo.

 

Bref, ça ne fait toujours pas un billet de blog me direz-vous, certes, mais ce qui est écrit ou dit ailleurs rejaillit aussi ici ! ;-) 

samedi, octobre 26 2019

De la laïcité, des laïcards et autres considérations religieuses

http://www.prefectures-regions.gouv.fr/var/ire_site/storage/images/ile-de-france/documents-publications/pref-actualites/2018/16-mai/laicite-des-formations-civiques-et-laiques-d-aumoniers-dispensees-en-ile-de-france/305863-1-fre-FR/Laicite-Des-formations-civiques-et-laiques-d-aumoniers-dispensees-en-Ile-de-France_articleimage.jpg

La laïcité revient dans les débats comme on en a périodiquement l’habitude. Ce qui a mis le feu aux poudres c’est une histoire où le plus choquant à mon sens est le ton méprisant de l’élu prenant la parole : quelle que soit l’opinion sur le voile (et encore est-il si simple d’être juste pour ou contre ?), comment peut-on se permettre de rembarrer ainsi une personne au nom de la République alors que cette dernière est censée avoir pour fondement le respect de l’humain ?

 

Pour le reste, pour ou contre ? La question n’est jamais si facile qu’on le pense et demande tout sauf des réponses binaires et arbitraires. Il va falloir très certainement la repenser pour permettre à chacun de vivre sereinement sa croyance ou sa non-croyance dans une société pluraliste.

 

Vivre sereinement cela ? C’est justement, pour moi, l’un des sens de la laïcité à l’école et plus spécialement de la neutralité du fonctionnaire de l’état. Elle est souvent un délicat exercice d’équilibriste tant les élèves arrivent religieusement « chargés » en classe, tout spécialement les musulmans. Il faut reprendre les innombrables « sur le coran de la Mecque », « inch’Allah » etc etc en rappelant que la règle principale du prof est le non-engagement personnel dans telle pensée religieuse (ou athée, ne l’oublions pas) et nous, nous taire fermement sur nos opinions propres : nous ne sommes pas là pour influencer un esprit encore en formation. En revanche, la réelle question d’aujourd’hui selon moi, face à cette demande forte émanant du fait religieux est : « comment éclairer cet esprit en formation ? ». Et là, actuellement, soyons clairs, nous ne nous en donnons pas réellement les moyens aujourd’hui, avec une forme de peur irrationnelle au lieu de nourrir la connaissance de nos élèves sur le « fait religieux » et ce que vivent les croyants d’ici ou de là.

 

Pour preuve, un élément qui m’est arrivé récemment et dont j’ai hésité à parler ici mais voici ce que j’ai appris il y a quelques semaines : avant que je n’arrive dans mon nouvel établissement, avant que je ne dépose l’équivalent d’un quart d’orteil de pied dans celui-ci, des collègues m’ont googlisée et, évidemment, ils sont tombés sur toute la partie religieuse de ma vie. Cela aurait pu en rester là s’ils n’étaient allés se plaindre à la direction... alors que personne ne me connaissait encore ! Je fus défendue et, dans un grand élan positif, maintenant que je le sais, je crois que c’est un appel à rencontrer, à connaître et à aimer ces personnes davantage : car ma vie donnée au Christ l’est aussi pour eux !

 

Mais, pour être en même temps tout à fait honnête, j’en demeure aussi profondément blessée car c’est le sens même de ma consécration pour Dieu et pour le monde qui semble balayé d’un coup. Alors même que ma vie est tout entière à Dieu, je n’ai effectivement jamais porté atteinte à la laïcité dans le cadre de mes fonctions de professeur : j’ai posé résolument le choix d’enseigner dans le public et je sais quelles en sont les conséquences. Même en voyage scolaire au début du carême, je me suis privée de messe et de jeûne. Même si je demeure baptisée tout le temps, même si je demeure consacrée tout le temps et que je cherche à en rayonner car c’est le fondement de ma joie, je cherche une neutralité exemplaire et, dans le même temps, je cherche aussi à fonder ma réflexion théologique dans ce cadre-là. Quand certains collègues affirment sans coup férir leur athéisme, jamais je n’ai partagé a contrario ma foi à un élève. Et, là, alors même que l’on ne me connaissait pas, il y a eu soupçon : pareille attitude est-elle vraiment saine et signe d’une laïcité fonctionnant bien ? Je n’en suis pas sûre : pour moi, c’est le signe d’une peur des religions. Sans cette peur a priori - et, disons-le, assymétrique, hélas, selon les religions et selon ceux qui s'expriment - quelle laïcité réelle pouvons-nous offrir ? 

 

Alors, avant toute redéfinition de la laïcité, avant des règles quelconques, s’il vous plaît, que cela soit au niveau des collègues ou des élèves, arrêtons d'abord là les soupçons et brisons les murs de l’ignorance ! Que chacun apprenne à connaître sa foi et ce qu’il y a de beau dans ce que l’autre veut vivre ! Quand on connaît vraiment, la haine s’écroule : tel est mon souhait et mon espérance pour que l’école puisse poursuivre profondément sa mission.

mardi, octobre 8 2019

Traduction OR - Et vous madame, est-ce que vous croyez en moi ?

Aujourd'hui est paru dans L'Osservaro Romano, le journal du Vatican, un petit article de ma part témoignant de ma rentrée, pour toute une série de leur part sur l'école et l'éducation. On peut le trouver en italien donc ici sur le journal complet ou encore sur l'article spécifique.  

 

http://w2.vatican.va/content/dam/osservatore-romano/homepage/os_logo.png

 

            Encore une rentrée. Une rentrée ordinaire ? Oui et non car un enseignant ne peut jamais s’habituer à la rentrée : il y a de nouveaux visages à découvrir, d’autres élèves, c’est-à-dire d’autres êtres en croissance qu’il va falloir aider à grandir et c’est toujours neuf, comme un défi à relever. Le mélange d’excitation et de stress qui nous habite les jours précédant la rentrée est assez caractéristique : saurons-nous non pas continuer mais bien commencer à nouveau cette année ? Avec un regard si neuf qu’il porte l’espérance chez ceux sur qui il se pose ? Pour moi, professeur de Lettres dans l’enseignement public, cette rentrée marquait aussi le passage dans un nouvel établissement, du collège au lycée mais qui n’est pas un grand déménagement puisqu’il se trouve dans la même zone de cette banlieue dite pudiquement sensible dans laquelle j’enseigne depuis six ans. Je n’ai pas choisi d’y être envoyée mais, touchée par ce que j’y ai découvert, j’ai décidé d’y rester. 

 

            Ici, la pauvreté, matérielle ou humaine, est fréquemment présente, parfois de manière cachée : il faut simplement gratter les apparences pour la voir apparaître. Tel élève n’a pas de famille, cet autre vient arrive toujours en retard mais c’est parce qu’il vient de chez son parent qui habite loin, tel encore est en situation de souffrance. Et il faut faire cours dans ce contexte trop souvent lourd qu’ils apportent avec eux : si ces soucis viennent de dehors, on ne peut leur demander d’en faire totalement abstraction. Je crois qu’il s’agit pour chacun de nous, enseignants, de rester présents et de savoir donner généreusement de notre temps dans des relations interpersonnelles, à leur écoute. 

 

Un problème dramatique ici est la quasi-absence de mixité sociale, notamment sur le plan culturel : comment montrer autre chose aux élèves que ce qu’ils côtoient au quotidien ? C’est l’importance pour moi des sorties scolaires, grandes ouvertures sur le monde, mais, sans changement sociétal réfléchi, cela ne peut aller loin. Comment favoriser une culture de la rencontre et non la ghettoïsation actuelle, aggravée par l’individualisme moderne ? Selon que votre banlieue sera riche ou misérable, votre établissement aura une réputation favorable ou bien minable. Cela a aussi des conséquences très pratiques sur la manière de faire cours : mes évidences culturelles ont dû faire place à de longues périphrases pour expliquer certains textes. Et j’avoue ne jamais être aussi heureuse que lorsque mes élèves comprennent enfin une œuvre en se l’appropriant avec leurs mots, parfois fleuris : la barrière de la compréhension a été franchie, on peut alors avancer et faire savourer la beauté d’une langue. 

 

En banlieue française fortement marquée par la présence de jeunes issus de l’immigration, la place des filles se pose également de manière cruciale : beaucoup se sentent en effet limitées par le poids culturel dans le choix de leurs études alors qu’elles sont d’une grande intelligence. Comment leur laisser les mêmes chances, les mêmes ouvertures qu’à leurs collègues masculins ? Il y a tout un travail de sensibilisation, ne serait-ce que pour les aider à croire en elles et je me rappellerai toujours de cette élève qui, un jour, s’était effondrée en larmes devant moi en me questionnant : « et vous, madame ? Vous croyez en moi ? ». Enfin, de manière plus large, dans l’ensemble de la France, la réforme du bac et du lycée laisse aussi augurer de nouveaux défis dont il va falloir apprendre à se saisir : les filières ont été supprimées au profit de choix de spécialités pour permettre des parcours normalement plus personnalisés. Cela sera-t-il le cas ? Le temps seul le dira. 

 

            Mon travail est d’être professeur mais mon être profond est tout au Seigneur comme vierge consacrée. L’insistance du pape François sur la joie me marque beaucoup : « Là où il y a des consacrés, il doit y avoir de la joie » a-t-il martelé à plusieurs reprises. C’est très vrai. Alors, je crois qu’il s’agit également d’une part essentielle de ma mission : diffuser cette joie profonde que donne l’amour de Dieu parce que, je le crois, mes élèves sont aimés eux aussi. C’est l’humble fidélité du quotidien, les manches retroussées pour servir, et c’est ma joie. Et ce métier de professeur, qui est aussi vocation, en devient alors à chaque rentrée plus rayonnant : il s’agit d’aider, chez nous par notre prière, en classe par notre témoignage et par notre proximité à tous, à faire signe vers un Amour plus grand, qui précède chacun. 

samedi, octobre 5 2019

La case "père"

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            Cette année, je suis professeur principal d’une classe très difficile. Oh, en cas individuels, j’ai déjà géré pire : mais, en termes de collectif, d’ambiance de classe, non. Je n’ai jamais vu ça, je n’ai jamais géré ça. Plusieurs élèves posent problème et l’ensemble de la classe n’est pas au travail : il n’est pas de journée sans que je reçoive des mails de collègues pour me faire part de leurs doléances. Dans cette ambiance délicate, quatre cas plus problématiques se dégagent du lot et je note que, dans ce cadre, trois sur quatre ont un père absent, d’une manière ou d’une autre ; pour le quatrième, c’est encore plus compliqué familialement parlant. Un cinquième cas, qui vient d’arriver, se réveille aussi et est géré par l’ASE. En réalité, si je regarde la liste de ma classe, ils sont encore plus nombreux à ne pas avoir de case « père » renseignée ou en indiquant un bien loin géographiquement (sans même tenir compte des divorces où les parents restent relativement à proximité). 

 

            Bien sûr, il ne s’agit pas de nous servir de cas particuliers pour en tirer des conclusions générales, hâtives : certains sont élevés par un seul parent et s’en sortent très bien. Mais mon regard de prof en zone sensible, là où vivent les plus pauvres d’entre nous, constate tout de même que la plupart des élèves les plus problématiques sont aussi des victimes, en quelque sorte, de familles défaillantes. Je n’ai pas l’aplomb de statistiques pour le montrer : c’est juste ce que je vois, au quotidien. 

 

            Vous me voyez venir… Je ne comprends pas pourquoi un projet de loi puisse créer les conditions dans lesquelles un enfant n’aurait plus, dès le commencement, de père biologique. Je conçois qu’on rêve d’un enfant plus que tout, je conçois la souffrance des personnes homosexuelles (et pourquoi mettre les femmes seules dans le même sac ?) mais l’enfant à venir ? Je pose vraiment cette question, avec inquiétude. Même un divorce – et je le dis en connaissance de cause, en tant que fille de divorcée – est à apprendre à digérer pour un enfant (même si je sais bien qu’il est de bon ton de dire qu’un enfant s’en remet facilement : je pense qu’aucun enfant de divorcé ne le dirait), alors, l’absence de père non du fait des aléas de la vie mais par une loi le permettant ? Cela me met profondément mal à l’aise, a fortiori vu le caractère absurde de certains débats entendus à l’assemblée, même si je veux aussi garder confiance dans le bon sens des femmes à ce sujet. 

 

            De l’autre côté de cette réflexion, il me semble que les « non », que les propositions de manifestation, ont tendance à se focaliser justement sur l’unique « non », non pas assez à dire ce que nous souhaitons. Rester dans le négatif me semble insuffisant. Le titre du document des évêques, dirigé par Mgr d’Ornellas, Quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et pour demain ? posait une bonne question : il faudra aussi l’exploiter. Je rêve d’une société en tout cas moins technique, plus simplement humaine de mon côté mais je sais aussi qu’il faudra discerner davantage pour l’avenir. Peut-être que nous manifester, c’est avant tout aussi cela : discerner, comme chrétiens, parmi les autres, ce que nous souhaitons vraiment, et dans tous les domaines, comme suite pour la vie, pour notre monde, pour notre humanité. 

 

mardi, septembre 24 2019

Filaments d'un temps de rentrée

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Quatrième semaine de cours (enfin troisième puisque la première n’était que d’intégration) : les visages de nos élèves commencent à prendre des noms, des anecdotes, des interpellations, des brins de conversation et d’histoires vécues. 

On a commencé à repérer ceux qui ont toujours la réponse, ceux qui sont à la traîne, les grandes gueules, les bavards et les sacrés filous. Et puis, il y a ces discrets-là dont on ne sait que penser ou encore tous ces loulous-là qui commencent à se réveiller, un peu trop (Façon : – Retourne-toi ! – Wallah, j’ai rien fait ! – Ton carnet ! ») .  

 

Partager quelques (déjà pas mal) de rires et de sourires ; 

Partager – déjà, hélas – des détresses, des galères ; 

Avoir – déjà aussi ! – changé des tonnes de cours pour être mieux ajustée, 

Et bien sentir que ce n’est pas fini. 

 

Dans un nouveau lieu, plus grand, même bien accueillie, les lieux sont toujours un peu froids, revêches, il faut apprendre à les apprivoiser ; il y a, au début, des moments où l’on se sent un peu perdue, des moments de solitude. Et puis, progressivement, tout se réchauffe, des bonjours non plus en l’air mais adressés, des discussions avec les collègues pour rejoindre sa salle et non plus y aller seule, des bouts de vie, même minuscules, qui commencent à s’échanger en vérité. 

 

La rentrée, c’est apprendre ou réapprendre, l’art de la rencontre ; 

L’art de se laisser déranger et déplacer pour découvrir tant de nouvelles personnes différentes et formidables.

 

La rentrée, c’est aussi laisser tous ces visages, toutes ces vies, habiter ma prière, même celle du soir assez éreintée ; 

C’est demander au Seigneur de leur montrer, s’Il lui plaît à travers moi, combien ils sont aimés. 

 

jeudi, août 22 2019

Sans l’amour, pas d’adresse

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            Je me retrouve actuellement à préparer des cours de lycée, alors que j’enseignais au collège depuis six ans et que mon année de stage, certes alors au lycée, s’était faite avec les anciens programmes. De surcroît, je serai dans un nouvel établissement scolaire d’ici une semaine. Pour l’an prochain, c’est donc du tout neuf de partout à préparer. 

 

            Voici une bonne semaine que je m’y suis mise avec ardeur, après y avoir bien « songé » durant l’été afin de ne point me trouver dépourvue lorsque la rentrée sera venue. Des heures de travail devant les livres et devant l’écran, non pas tant à creuser des connaissances qu’à concevoir des séquences qui respectent les programmes et échafauder des cours construits. J’y travaille consciencieusement. 

 

            Seulement… il y a une difficulté contre laquelle je me bats : non pas celle d’inventer, d’imaginer des supports de cours en soi mais plutôt le fait qu’actuellement mes cours ne sont pas « adressés ». Après 6 ans au même endroit, les cours ont pris chair, ils ont pris des inflexions de voix, la couleur des souvenirs de visages, de regards perdus ou malicieux et, même quand on ne sait pas exactement qui sera devant soi à la rentrée, on a appris à connaître la saveur unique d’un lieu, son histoire et celle de ceux qui y passent. Et là, soudain, ce n’est plus le cas et c’est difficile. 

 

            Alors, je me bats contre moi-même ; je crée des supports, oui, mais je crée des cours dans le vide. Oh, j’ai envie de déployer enfin mes bonnes vieilles connaissances universitaires si patiemment acquises et dont je freinais tant l’expansion pédante au collège et, en même temps, ce dont j’ai réellement envie, simplement, c’est de faire découvrir, goûter, savourer pleinement des grands textes à mes futurs élèves pour les faire grandir. Et cela, je sais bien que mes connaissances ne suffiront pas à faire partager un amour des lettres : il y faudra de la voix, de la passion, des réactions, des questions, des contradictions, en bref une classe et des élèves. Pas un enseignement en chaire mais un enseignement bien en chair (et en os). 

 

            Alors, je prie, je demande à l’Esprit Saint de m’éclairer, un peu, pour que ce que je prépare ne soit pas trop à côté de la plaque. Parce que l’enseignement, on aura beau clamer toutes les théories que l’on veut, cela ne peut pas se faire avec de simples silhouettes imaginaires mais cela se réalise bien avec de l’humain. Et je sais bien que ces préparations de cours, sans relations humaines, elles ne servent à rien et que, pour paraphraser ce bon vieux saint Paul, sans Amour, elles ne sont rien. Et l’on n’aime pas quand on aime dans le vide : pas d’amour des lettres sans amour de l’être.

 

 

samedi, juin 22 2019

Comme une douce ondée de vie

 

 

            Ils sont jeunes, ils chantent en chœur pour la fête de la musique dans ce lieu de croisements de vies qu’est le hall d’un hôpital. 

 

            Il y a là quelques blouses blanches, peut-être venues égayer la pause trop courte de leur emploi du temps surchargé. 

            Il y a là des officiels venus moitié par devoir pour certains, moitié par plaisir pour d’autres. Ils sont venus aussi serrer quelques mains, prendre des photos, alimenter leur compte officiel certifié. 

            Il y a là des passants de tous les âges, il y a là des patients de tous les âges. 

 

            Les élèves chantent, la magie opère et l’ambiance naît dans ce lieu souvent plus triste qu’à son tour. Des sourires naissent sur les visages auparavant fermés, certains s’animent et tapent des mains : comme une joie, une allégresse qui se communique grâce à la musique chantée et surtout partagée à plusieurs. Il est l’heure de la fête. 

 

            Une petite enfant s’échappe des bras de sa maman dans le public pour rejoindre les chanteurs, tout sourire, toute chorégraphie : les sourires grandissent encore de cette vie toute pétillante. Oui, il est l’heure de la fête. 

 

            Certains brancards passent. Si certains sont indifférents, la plupart des alités regardent avec attention nos élèves et leurs regards sont touchants : comme s’ils attrapaient au passage une dose de cette vie qui défaille en eux présentement et la respiraient, et s’en emplissaient. D’autres sont encore plus touchants quand ils agitent une main en cadence ou saluent d’un signe faible mais volontaire nos élèves qui leur répondent. Instants furtifs sur la totalité du spectacle, instants précieux, d’une immense qualité humaine : il est l’heure de l’humanité. 

 

            Parmi nos élèves, certains vivent aussi des drames, même s’ils sont moins visibles en apparence : l’une enterre sa maman un peu plus tard dans la journée et, si je fais partie de ceux qui frappent dans leurs mains pour l’ambiance, j’ai le cœur serré et un peu envie de pleurer quand je la regarde. En attendant, elle chante, elle aussi pleine d’un espoir, d’une vie plus grande encore que ce qui est limité et vient de se terminer. Il est l’heure de l’espérance. 

 

Un spectacle sans rien de très spirituel en apparence et pourtant empli de nombreuses gouttelettes de vie à guetter, à savourer, à chanter : parce que, simplement, il y était question de la vie à célébrer malgré tout, de la Vie à espérer, malgré tout. 

 

 

lundi, juin 3 2019

Voyage, voyage… scolaire (ou pas)

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Jadis, j’ai eu une grande chance (parmi d’autres) : mes grands-parents maternels, marqués par l’expérience de la 2ndeguerre mondiale, étaient très pro-européens, voulant promouvoir un « plus jamais ça » et m’ouvrir l’esprit sur les pays voisins. Dans ce but, de la fin de mon enseignement primaire à la fin de mon enseignement secondaire, ils ont eu à cœur de m’emmener, à chaque vacances de Pâques, visiter avec eux une grande ville d’Europe (en plus de me faire participer dès que possible au jumelage franco-allemand de la ville !).

 

            De cette expérience, je garde un goût marqué pour les voyages et pour les découvertes qui s’y font. J’aime découvrir, explorer, sentir un lieu, y flâner, rencontrer les personnes, me laisser surprendre par les traditions locales : il n’en faut pas beaucoup pour me convaincre de suivre quelqu’un quand on me propose un voyage ! Bref, j’aime et sais voyager, tout spécialement en Europe que j’ai eu la chance de découvrir – certes, partiellement mais réellement – par le corps et par le cœur. Alors, les soirs d’élections européennes, en découvrant les résultats, j’ai un peu mal… 

 

            Heureusement, je suis prof. Et, comme prof, il y a une expérience formidable que nous pouvons offrir à nos élèves, a fortioride banlieues défavorisées : ce sont les voyages scolaires. Nous y partions il y a presque un mois, en Angleterre cette fois (les deux précédents, ça avait été Barcelone en 2015 et l’Andalousie en 2018). On commence en général avec une idée pédagogique en tête ou un projet spécial – cette fois, c’était sur la thématique de Harry Potter et un travail franco-anglais sur le monde de l’illusion –, certains s’exclament « c’est tout ? C’est un peu léger, jeunes gens ». D’autres, quand on cherche un financement, se demandent l’utilité d’emmener ces jeunes peu favorisés en voyage alors qu’on a tout à leur apprendre par ailleurs. C’est vrai qu’on galère parfois à leur apprendre des bases… et pourtant, ces voyages (qu’on galère aussi à organiser : merci à tous ceux qui nous ont aidés, financièrement ou concrètement !) sont des moments de croissance formidables pour nos élèves ! 

 

            En éducation prioritaire, l’immense majorité des élèves n’a pas l’habitude de voyager : voyager, souvent, c’est « aller au bled » l’été et y retrouver une partie de sa famille. Pourtant, partir en voyage, ce n’est vraiment pas du luxe : c’est leur offrir la découverte et la confrontation avec une culture voisine, proche et pourtant différente. Les moments d’apprentissage ne sont pas forcément les travaux préparatoires ou telle visite guidée mais, parfois, simplement un moment d’échange animé mais passionnant (ainsi de la visite de deux cathédrales anglicanes avec des élèves majoritairement musulmans – du fait d’y entrer, au rôle de l’eau bénite et du bénitier chez les chrétiens qui les a fascinés… à une engueulade bien sentie à un élève qui s’y comportait mal ne voyant pas le problème débouchant sur une vraie discussion sur l’importance du respect de la religion et de la pratique de chacun). 

 

            En rentrant, je les trouve grandis. En rentrant, je crois qu’il ont pu faire un peu de ces découvertes qui me marquèrent tant durant mon enfance : monter un voyage scolaire, c’est leur offrir cette chance et, quoi qu’on en dise, créer les conditions pour qu’ils soient un jour des citoyens ayant un peu « expérimenté » ce que c’était que l’Europe. 

 

 

mardi, mars 26 2019

En teinte d'Annonciation

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« Que j’exulte et jubile en ton Amour » : le réveil sonne… 

Annonce du jour à venir, 

Jour de fête, jour d’Annonciation,

Mais il est quand même bien trop tôt. 

 

D’un bâillement non réprimé, je me lève et saisis mon bréviaire : 

La journée sera longue, la journée sera rude, 

A Lui la première place : 

Me voici, Seigneur ! 

 

Ce sera un jour sans messe, un jour sans repos, un jour chargé.  

 

Petit-déjeuner, répondre rapidement à quelques messages – pas assez, 

Partir au travail, acheter quelques madeleines pour les collègues et pour moi-même, 

Journée de formation, longue, que viens-je faire là ? 

Que tout m’advienne selon Ta Parole

 

Et arrive 16h, cette heure où je dois intervenir comme professeur principal au conseil de discipline d’un vraiment pauvre gamin : je sais qu’il sera exclu et que cela sera juste. Mais j’ai appris à l’aimer, mais j’ai appris à le connaître, dans les circonstances tragiques de sa vie.

Alors, voilà, je n’ai pas envie d’être là, je n’ai pas envie de cela… 

Mais il faut être là, mais il faut tenir bon : 

Voici la Servante du Seigneur. 

 

Ce sont encore deux conseils de classe qui s’enchaînent, 

L’heure des bilans sonne, l’heure des recommandations pour progresser, aussi : 

Comment cela va-t-il se faire ?

Semer, sans savoir comment cela germera,

Ecole de la Confiance. 

 

C’était un jour sans messe, un jour sans repos, un jour chargé,

Mais pourtant un jour vécu à l’école de la Vierge Marie, à apprendre son Ecce,

A apprendre son Fiat…

Et dire, tard le soir, à l’heure de vêpres plus nocturnes que vespérales, 

Même quand le cœur est un peu trop fatigué pour consonner, 

A Celui qui est l’Alpha et l’Omega, même caché, de nos journées : Magnificat.

 

vendredi, février 22 2019

De l’accès au langage, de l’accès à l’amour

 

L’enfant nouveau-né braille au moindre besoin, presque sans raison : il ne sait pas encore exprimer ce dont il a besoin. 

 

L’enfant des banlieues, souvent, trop fréquemment, n’a pas les mots, n’a pas les codes : il a les insultes, il a les poings. 

 

La communauté qui n’est pas encore suffisamment libre ou qui ne se parle plus, quelle qu’elle soit, se met à murmurer ainsi que le peuple hébreu au désert, à médire les uns vis-à-vis des autres : elle n’a plus accès à la communication. 

 

Car il ne s’agit pas seulement d’accéder au langage, 

Il s’agit d’accéder à la parole, la vraie, et d’apprendre à entrer en communication avec l’autre : 

Liens à tisser et à retisser sempiternellement.

 

Mais la communion précède parfois cet échange si fructueux : 

Témoin l’enfant nouveau-né, si fragile qu’il ne saurait exister sans se blottir dans les bras de ses parents, ces derniers cherchant à précéder ses besoins… Car entre eux existe l’amour. 

 

Et pour les autres ? 

Pour les jeunes, il faut leur apprendre à se servir des mots, inlassablement : rôle éducatif ; 

Pour tous, il faut saisir le moindre petit pas vers la communication, vers une communion, par des gestes bienveillants et, surtout, par ce fameux « regard qui espère », même quand tout semble foutu : rôle de la petite fille Espérance, rôle de chacun qui accepte de veiller à cette aune ; 

Parce qu’entre nous tous doit exister aussi une forme de ce même amour, en responsables de nos frères que nous sommes. 

 

 

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