Zabou the terrible

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mercredi, mars 1 2017

Parce que tu n'es ni sanglier, ni cendrier mais bien Fils bien aimé

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"Tu es un sanglier, tu es un sanglier" trouve-t-on dans Les douze travaux d'Astérix

Moi, parfois, le mercredi des Cendres, j'ai l'impression qu'on me dit "tu es un cendrier, tu es un cendrier" avant de m'apposer moult dose de cendres sur le haut du crâne. 

Evidemment, ce n'est pas le sens : on me colle des cendres sur la tête pour me rappeler que je finirai un jour aussi poussière que celles-ci car c'est ce que je suis, que ce serait tout de même assez bien, un jour, de me décider à me convertir... C'est bien, c'est exact, mais ce n'est pas tout. Si je m'arrête là, c'est pur volontarisme : c'est "aïe, aïe, aïe, ma finitude ! Hop, je retrousse mes manches et je me convertis ! Allez, vite, un sac, des sandales et quelques sauterelles sans miel et pas trop grillées pour ne pas donner l'impression d'abondance, je vends mes biens et je pars proclamer l'évangile dans les rues !". J'exagère, certes, mais c'est toujours une tentation aussi que celle de se poser plein de résolutions si dures qu'escalader l'Everest en comparaison serait sinécure et des résolutions dans lesquelles nous nous remuons mais en oubliant que le Carême, c'est avant tout grandir dans notre lien de filiation divine. C'est grandir dans le sens profond de cette certitude que "sans moi - sans Lui -, vous ne pouvez rien faire", c'est laisser plus de place à cette relation d'amour filiale pour apprendre à vivre en Fils. 

Si ces cendres délicatement déposées sur mon front étaient certes le rappel de ma finitude, de l'urgence de me convertir mais étaient aussi l'indéfectible souvenir du feu qui les a brûlées ? 

Si ces cendres étaient un appel à ranimer ce feu de l'Esprit Saint déposé au creux de moi, ce feu qui brûle et qui n'attend que ma vie pour l'embraser tout entière ? 

Si ces cendres étaient le signe que tout n'a pas encore brûlé dans ma vie et que je peux apprendre à laisser l'Esprit Saint crier vers le Père "Abba" pour apprendre à aimer comme Lui ? Un peu, au moins ?  

Peut-être que les Cendres qui ouvrent le carême, ce n'est pas un "tu es un cendrier, tu es un cendrier", mais bien  plutôt un appel à apprendre à vivre sous Son regard lumineux, Son regard qui ne nous dit pas que nous serions un bête sanglier cendrier mais un regard qui nous aime et nous modèle si nous Le laissons faire, sans aucune persuasion mais en toute liberté.  

Quarante jours s'ouvrent devant nous pour cela :
Seigneur, vivifie-moi par Ton Esprit Saint : qu'Il brûle tout en moi, surtout les mauvaises herbes ;
Seigneur, apprends-moi à me laisser aimer par Toi
Et redresse ce qui est faussé pour être modelée un peu plus à Ta ressemblance. 

Heureux et fructueux carême à chacun ! 

 

mercredi, février 22 2017

Ce qui demeure aujourd’hui

 

            Difficile d’oser écrire dans une telle floraison de publications et de réactions diverses… alors même que la plupart de celles-ci me mettent mal à l’aise. C’est que je demeure profondément gênée par ce qui prend le devant de la scène : la « question » du célibat (si, d’ailleurs, il s’agit vraiment de quelque chose de l’ordre d’une « question » ce qui n’est pas certain). D’un côté, les habituelles critiques faciles du célibat consacré, trop souvent ras-de-ceinture et, de l’autre, une exaltation de celui-ci qui ne me semble pas plus saine. Que l’on ne fasse pas de moi trop vite une relativiste : le célibat auquel je me suis engagée récemment pour toujours, je l’aime et j’espère de tout cœur, avec la grâce de Dieu, y être fidèle toute ma vie. Loin d’être un engagement éthéré comme beaucoup l’imaginent, il est une manière d’aimer en nous engageant avec tout notre être, notre corps comme notre cœur, d’une manière différente mais complémentaire de celle dont les époux s’aiment. Mais en même temps, il n’est qu’un moyen, un moyen d’aimer Dieu et donc chacun. Et qui suis-je pour prétendre y être fidèle toute ma vie par avance ? Qui serais-je pour ne pas trembler un peu en l’évoquant ? Quel est l’être qui n’a pas éprouvé un peu de vertige devant son « oui, je le veux » du mariage ou du célibat ? Bref, le célibat n’est pas une cuirasse, c’est une partie intégrante de mon histoire d’amour et comme tout amour vrai, il est aussi un lieu de vulnérabilité. Je pourrais en parler longtemps mais je crois justement que ce n’est pas le sujet.

 

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mardi, janvier 3 2017

Geneviève comme une ant(i)enne

Dans le diocèse de Nanterre, c'est fête le jour de la sainte Geneviève ! Elle est notre sainte patronne ! 

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Il y a même un propre pour les offices... Alors je me suis dit que vous partager les antiennes de ceux-ci (moins les premières vêpres) était une bonne idée car elles reflètent bien la vie de sainte Geneviève : 

 

Dès l'aube, Geneviève faisait monter sa prière vers le Seigneur. 

Saints et humbles de coeur, bénissez le Seigneur. 

Le Seigneur aime son peuple. Par Geneviève, il l'a secouru dans la détresse. 

Tenant en mains sa lampe allumée, Geneviève cheminait joyeuse à la rencontre du Seigneur. 

Fidèle servante du Seigneur, Geneviève marcha courageusement dans la voie qu'il lui avait tracée. 

Elle priait le Seigneur Dieu de la conduire à la délivrance de son peuple. 

Voici venir les noces de l'Agneau : son Epouse pour lui s'est faite belle.  

 

Et, comme un feu d'artifice résumant tout, les antiennes des cantiques évangéliques : 

 

Antienne du Benedictus : Le Seigneur a fait de Geneviève une messagère d'espérance pour tous ceux qui l'invoquent.  

Antienne du Magnificat : Etrangère au monde, aimée du peuple, consacrée tout entière au Christ, telle vécut Geneviève. Aussi le Seigneur l'a-t-il reçue au festin de son royaume.  

 

Ce qui est assez beau, c'est qu'on peut (on doit ?) se sentir concerné car, malgré sa vie qui se déroula au Vème s., Geneviève est un exemple pour notre temps troublé : femme de prière et femme d'action, elle montre que c'est tout un. Que l'une ne va pas sans l'autre. 

Alors, certes, je suis heureuse qu'elle soit désormais, par similitude de vocation, tout spécialement un exemple pour moi parce que je crois que c'était une sacrée bonne femme mais il me semble que cela marche pour chacun : le don de soi dans sa vocation propre, la prière, la foi en la puissance de celle-ci, l'attention suffisamment grande à l'autre pour percevoir les besoins et l'action, bref, la charité en actes. 

Re-bref, il s'agit de devenir, pour chacun de nous, des messagers d'Espérance de la part du Seigneur... Un voeu tout spécial pour 2017 ? :-) 

 

N.B. : Pour ceux qui ne sont pas familiers de la prière des Heures, les antiennes sont les courtes phrases qui se prient avant et après chaque psaume. 

 

jeudi, décembre 22 2016

Du texte et de l'image

http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/chagall/sites/musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/files/styles/object_slider/public/img_6.jpeg?itok=5E0hGCtb

En lien avec les deux précédents post, pour ceux qui ont demandé en commentaire ou en privé : 

- Le lien vers l'homélie de mon évêque à l'occasion de ma consécration (l'Evangile était celui des Béatitudes). 

- L'album photos mis sur Facebook par le diocèse

 

Mais l'essentiel est surtout la profonde joie que donne le Seigneur ! :-D 

 

lundi, novembre 21 2016

Femmes croyantes, femmes engagées...

La semaine dernière, j'ai eu l'occasion d'intervenir à côté (géographiquement : dans la paroisse d'à côté ; internetement... sur un blog presque d'à côté aussi !) pour une petite introduction à un chouette temps d'échange et de débat intitulé : 

Femmes croyantes, femmes engagées... une place dans l'Eglise ? 

Ca commence par ici et ça se suit sur plusieurs billets >>

 https://i31.servimg.com/u/f31/11/61/74/35/icone210.jpg

dimanche, novembre 13 2016

Lumières de vie

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Où j’étais ce soir là ? Je crois que, comme chacun, je m’en souviens. Tout comme ce fut le cas pour le 11 septembre 2001.

Il est des événements si brisants qu’ils restent indélébilement marqués dans notre mémoire, dans notre être.

 

Une soirée jeux entre amis (oui, l’auteur de ce blogue est très branchée jeux de société), avec l’anniversaire de l’un d’entre eux après minuit.

Et peu à peu les premiers messages entraperçus sur les réseaux sociaux : l’heure est grave, nous nous sentons désœuvrés, ne sachant que faire en attendant les nouvelles. Finir un jeu, ne pas réussir à en recommencer un. Sonnés par l’horreur absolue qui se dessine peu à peu… Choc.

 

Après minuit, dire des « joyeux anniversaire quand même », sans que le cœur y soit vraiment. Comment saurions-nous laisser une année joyeuse dans ces circonstances ? C’était dur.

 

Je me souviens de la peur au ventre qui était la mienne en parcourant les deux rues qui me séparaient de chez moi. Et si tout s’enflammait suite à cet attentat ?

 

Je me souviens de mes jambes et de mon esprit flageolants chez moi… Sous le choc. Envie de vomir devant tant d’inhumanité : c’était ma propre humanité qui était remise en cause.

 

Je me souviens de ma prière plus balbutiante que jamais… Vers Dieu, pour les victimes, les familles, les terroristes. Les mots qui ne venaient pas, l’impuissance, la bougie allumée comme petit rempart de rien contre l’obscurité qui nous envahissait plus que jamais.

 

Un an a passé. Le terrorisme a encore grandi.

L’humanité s’est comme endurcie par manque de confiance, par peur…

L’humanité est souvent prise à vouloir bâtir des murs pour se protéger…

Et pourtant ce soir, à voir les bougies allumées à certaines fenêtres ou celles virtuelles de Facebook, un peu de lumière et de chaleur semble s’élever.

Il y a la force du souvenir mais il y a aussi celle si forte de l’envie, du désir de vivre. Posture idéaliste ? Sans doute mais posture vivifiante…

 

Au soir du 13 novembre, égrenons les victimes, leurs familles et les terroristes dans notre prière. Mais portons aussi tout le désir de vie de notre monde dans ses flammèches peu solides, incertaines mais toutefois allumées résolument. Car, notre foi nous le dit, la Vie restera mystérieusement victorieuse sur la mort.

 

jeudi, septembre 22 2016

Saint Matthieu ou la sequela du publicain quotidien

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« Suis-moi » : pas de conditions…

La parole, brute :  

La Parole, si douce, invitant à la vie avec Lui.

 

Suis-moi…

Au milieu de tes occupations quotidiennes,

Même les plus sordides, les moins avouables,

Je suis avec toi, alors viens !

 

Suis-moi…

Aux nuits d’angoisse,

Aux jours sombres des blessures,

Des drames de la vie humaine.

 

Suis-moi…

Dans le tableau du Caravage, la surprise,

La lumière d’un doigt qui désigne,

Et un regard plein de tendresse.

 

Suis-moi…

Si souvent, je me dis que je ne suis pas digne,

Que ma vie est pleine d’assombrissements,

Mais Toi, tu choisis « en miséricordiant » comme dirait le pape,

Alors, dans la lumière de Ton regard, Tu chasses les ténèbres,

Et deviens Lumière intérieure pour nous permettre de marcher à Ta suite, par tous les temps.

 

lundi, août 22 2016

De l'Appel plutôt que des catholiques en colère même pas à la pelle

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Avec quelques-uns, j'ai eu l'occasion de participer lors des JMJ à un échange sur les vocations chez les jeunes catholiques filmé par l'émission 'C dans l'air'. Ambiance bienveillante de la journaliste, y compris dans les questions personnelles qui suivirent. 

La diffusion de ce court reportage était prévue lors de l'émission du 15 août et quelle ne fut pas ma surprise de voir à mon retour de pèlerinage que l'émission de ce jour fut finalement consacrée au sujet "catholiques en colère", suite à l'assassinat du P. Jacques Hamel. 

Que le reportage soit diffusé un jour ou l'autre, ou pas du tout, peu m'importe, mais que l'on passe de la question des vocations à celle de la colère... ? Le changement de ton ne me semble pas anodin : d'une question spirituelle essentielle, l'on glisse à une question politique. Affaire de mode, de sondage ? L'audimat ? La belle affaire ! 

Aux JMJ, le jour même de l'assassinat du père, je n'ai pas vu de catholiques en colère, j'ai vu des catholiques attristés, meurtris parfois, mais j'ai surtout vu des jeunes catholiques priants, plus désireux que jamais de dire avec saint Jean que "Dieu est Amour". Ce n'était pas une illusion mais bien une réalité : qui y était sait la densité grave de la prière des JMJistes ces jours-là. 

Alors, le 15 août, grande fête pour les catholiques, fête où nous prions tout spécialement Marie, patronne de la France et où nous prions pour la France, parler de notre "colère" ? Laisser planer comme une suspicion de radicalisation ? Lancer comme des germes par ce terme d'une opposition des religions ? 

Et dire qu'il était question d'appels, de Dieu, de vocations... Et dire qu'il était question de Vie ! 

La vitalité des catholiques n'est pas dans leur nombre ou dans une quelconque colère... Elle est justement située bien là, dans cet incommensurable si peu médiatique qu'est leur vie spirituelle : dans leur prière, cette prière qui les fait apprendre à aimer à l'école du Christ, même quand tout sens est perdu en apparence. C'est bien cela qui est dans l'air ! 

jeudi, août 11 2016

Don par amour, Amour par(-)don

 

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« Ceci est mon corps,

Ceci est mon sang »

Mystère de la foi !

Que cela soit avec 5 personnes,

Que cela soit avec des millions,

Que cela soit en province, à Paris ou encore aux JMJ,

Même bouleversement du Christ qui se donne,

Même bouleversement du Christ qui se rend présent.

 

Même bouleversement intérieur,

Du Christ qui s’offre à nous par amour,

Simplement par amour.

 

Le Concile de Trente définissait la messe comme un renouvellement non sanglant du sacrifice du Christ… qu’en est-il quand il se termine, quand il s’achève dans le sang ?

Chaque messe me saisit et me renvoie désormais encore plus à cela.

 

Mystère de l’Eucharistie,

Mystère de l’incandescence du don poussé à son degré ultime, qui permet celui de l’homme, porté par cet élan d’Amour, par pure grâce.

 

Désirer le martyre ?

Certainement pas.

Désirer la fidélité, jusqu’au bout,

Désirer être porté(e) dans le don de soi-même dans le seul et unique don du Christ, abandonné, livré, par Amour ?

Certainement.

 

L’assassinat de fin juillet ne fera pas se lever des chrétiens fanatiques,

Mais l’assassinat de fin juillet sera sans doute, selon la formule de Tertullien, « semence de chrétiens » :

Des chrétiens très « radicalisés » car le chrétien, c’est celui qui cherche à aimer comme Christ, qui l’aime et qu’il s’efforce d’aimer.

 

L’assassinat de fin juillet nous fera sans doute entrer toujours plus dans le mystère de l’eucharistie, comme il y a fait entrer d’une manière ultime le p. Jacques Hamel.

Dans le don de l’Amour,

Dans le don par Amour,

Pour y entrer nous-mêmes :

Dans l’Amour par don,

Dans l’Amour sans raison, incompréhensible…

C’est celui-là même qui nous permet de prier et d’entrer 

Dans l’Amour de ceux « qui ne savent pas ce qu’ils font »,

Dans l’Amour pardon.

 

dimanche, août 7 2016

Pèleriner par temps de terreur

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C'était l'autre soir, après une journée de pèlerinage. Je marchais, croix au cou, dans les rues de cette ville italienne pour chercher une glace. Et soudain, en passant dans une rue sombre et peu fréquentée, je me suis dit : "Tiens, et si je me faisais attaquer ?". J'ai un peu frissonné, j'ai pensé au récent assassinat du père Jacques... 

C'est vrai que cela changeait la donne : jusque là, c'était plutôt notre société occidentale post-moderne que Daesh semblait attaquer. Et là, clairement, un chrétien, et en plus un prêtre. Une volonté derrière de monter les religions entre elles ? Peut-être. Semer la terreur par des gestes incompréhensibles et imprévisibles ? Sûrement. 

Qu'on le veuille ou non, la personne du pèlerin a un caractère sacré. On peut ricaner de sa démarche mais, toujours, on la respectera et lui avec. Souvent, on l'aidera et, parfois, on l'aimera. Le plus souvent, il y a même de très belles rencontres et de beaux échanges à la clef. Nous ne sommes que des êtres de passage, à qui il est facile de se confier... J'ai souvent eu l'impression d'être considérée comme un cadeau, comme le Christ Lui-même parfois, par ceux qui m'accueillaient : et moi, j'ai dû apprendre aussi à recevoir ces cadeaux et à y voir le don de Dieu. Je ne dis pas que je n'aurai jamais de problème durant mes longues marches pèlerines – cela ne m'est jamais arrivé en 10 ans mais j'ai conscience que cela peut arriver – mais je sais surtout que, pèlerine, j'ai une "aura" qui me dépasse et cela me donne une grande confiance durant ma marche. Je marche, seule, sans peur, sûre en plus que le Seigneur fait route avec moi. Ma foi me porte. Je ne suis qu'une pèlerine, c'est ma seule identité en route, mais je m'efforce d'être pleinement cela. 

Et si j'étais attaquée pour cette raison même que je suis une pèlerine ? Ce serait dérisoire... Mais ni plus ni moins que l'attaque contre ce prêtre humble dans une petite ville de la banlieue de Rouen. Ce serait presque une suite logique car aussi absurde. 

Mais à quoi bon avoir peur et faire le jeu de la terreur ? Il suffit de continuer à marcher, à pèleriner, le cœur en paix... Poser un acte de confiance. 

Car le pèlerin, c'est celui qui découvre le monde à la seule vitesse de son pas ; 
Quand le terrorisme détruit l'homme et cherche à anéantir les ponts patiemment bâtis entre les civilisations, 
Le pèlerin reste celui qui rencontre le monde simplement à hauteur d'homme pour y découvrir les traces de Dieu. 

À poursuivre, sans cesse. 

lundi, mai 16 2016

Lundi de Pentecôte ou le pincement de poursuite

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Le lundi de Pentecôte, avoir un petit pincement au coeur de ranger le volume 2 de la liturgie des heures pour prendre le volume 3 ; 

Comprendre : avoir un petit pincement au coeur de passer du Temps pascal au Temps ordinaire.

C'est bête, hein ? D'autant plus qu'il y a toujours de nombreuses solennités qui émaillent ce retour au temps ordinaire jusqu'aux grandes vacances, il y aurait suffisamment de quoi se réjouir. Il n'empêche : cela reste le temps ordinaire. 

On aimerait que l'ivresse du temps pascal demeure, assez bêtement, ou plutôt assez humainement... et pourtant, il ne tient qu'à nous qu'elle demeure intacte : ou tout au moins, il ne tient qu'à nous à travers Celui qui nous a été donné, dont nous rappelons la venue à chaque Pentecôte. 

" Il a envoyé d'auprès de Toi, comme premier don fait aux croyants, l'Esprit qui poursuit son oeuvre dans le monde et achève toute sanctification" affirme ainsi la si belle prière eucharistique IV qui me semble si en résonnance avec le lundi de Pentecôte. 

Le temps ordinaire prend alors sa vraie dimension : aujourd'hui, ce n'est pas le retour à l'ordinaire, c'est le temps de la poursuite en nous, par nous et pour nous tous de l'oeuvre de l'Esprit. Rien de plan-plan, rien de si ordinaire ! 

Cela ne tient qu'à nous de L'accueillir, de Lui prêter attention, de L'écouter, de Le laisser nous envoyer. 

Il faudrait donc que le petit pincement soit un pincement de ceux qui donnent envie d'aller plus loin :

Pour que l'Esprit Saint, le don de Dieu, heureusement reçu, soit accueilli en Son dynamisme, 

Pour que le volume 3 de la liturgie des heures soit autant attention à la 3ème personne de la Trinité qu'au Père et au Fils, 

Et pour que le temps ordinaire devienne pleinement le temps irrigué par l'Esprit. 

 

Illustration : Marc Chagall, illustration pour le Cantique des Cantiques

vendredi, mai 13 2016

RIP Eloi Leclerc

F. Eloi Leclerc, l'auteur notamment de Sagesse d'un pauvre, est décédé ce jour. En guise d'hommage, je transcris ce petit texte qui en est issu... Un petit extrait que m'avait transmis il y a presque 10 ans feu mon père spirituel à une question connexe que je lui posais et que je garde encore tel un trésor. 

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- Sais-tu, frère, ce qu'est la pureté du coeur ? 

- C'est ne pas avoir de faute à se reprocher répondit Léon sans hésiter. 

- Alors, je comprends ta tristesse, dit François. Car on a toujours quelque chose à se reprocher. 

- Oui, dit Léon, et cela précisément me fait désespérer d'arriver un jour à la pureté du coeur. 

- Ah ! Frère Léon, crois-moi, repartit François, ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu'il est, lui, toute sainteté. Rends-lui grâces à cause de lui-même. C'est cela même, petit frère, avoir le coeur pur. 

Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait et de se découvrir pécheur, est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever ton regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l'immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le coeur pur est celui qui ne cesse d'adorer le Seigneur vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l'éternelle innocence et à L'éternelle joie de Dieu. 

Un tel coeur est à la fois dépouillé et comblé. Il lui suffit que Dieu soit Dieu. En cela même, il trouve toute sa paix, tout son plaisir. Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté. 

- Dieu, cependant, réclame notre effort et notre fidélité, fit observer Léon. 

- Oui sans doute, répondit François. Mais la sainteté n'est pas un accomplissement de soi ni une plénitude que l'on se donne. Elle est d'abord un vide que l'on se découvre et que l'on accepte, et que Dieu vient remplir dans la mesure où l'on s'ouvre à sa plénitude. 

Notre néant, vois-tu, s'il est accepté, devient l'espace libre où Dieu peut encore créer. Le Seigneur ne laisse ravir sa gloire par personne. Il est le Seigneur, l'Unique, le Saint. Mais il prend le pauvre par la main, il le tire de sa boue et le fait asseoir parmi les princes de son peuple afin qu'il voie sa gloire. Dieu devient alors l'azur de son âme. 

Contempler la gloire de Dieu, frère Léon, découvrir que Dieu est Dieu, éternellement Dieu, au-delà de ce que nous sommes ou pouvons être, se réjouir à plein de ce qu'il est, s'extasier devant son éternelle jeunesse et lui rendre grâces à cause de lui-même, à cause de son indéfectible miséricorde, telle est l'exigence la plus profonde de cet amour que l'esprit du Seigneur ne cesse de répandre en nos coeurs. C'est cela avoir le coeur pur. Mais cette pureté ne s'obtient pas à la force des poignets et en se tendant. 

- Comment faire ? demanda Léon. 

- Il faut simplement ne rien garder de soi-même. Tout balayer. Même ce sentiment aigu de notre détresse. Faire place nette. Accepter d'être pauvre. Renoncer à tout ce qui est pesant, même au poids de nos fautes. Ne plus voir que la gloire du Seigneur et s'en laisser irradier. Dieu est, cela suffit. Le coeur devient alors léger. Il ne se sent plus lui-même, comme l'alouette enivrée d'espace et d'azur. Il a abandonné tout souci, toute inquiétude. Son désir de perfection s'est changé en un simple et pur vouloir de Dieu." 

Léon écoutait gravement, tout en marchant devant son père. Mais, à mesure qu'il avançait, il sentait son coeur devenir léger, et une grande paix l'envahir. 

Eloi Leclerc, Sagesse d'un pauvre

 

lundi, avril 4 2016

Mon cher Jésus, je te demande pardon

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« Seigneur, tu as voulu que ton Verbe prît chair dans le sein de la Vierge Marie » : oraison de la fête de l’Annonciation, fête célébrée en retard… Puisque, en effet, nous aurions dû célébrer cette année ce Verbe qui prend chair en Marie le jour même où le Verbe prit cher en croix pour que cela tombe pile neuf mois avant que le Christ ne prît pleinement chair en notre humanité.

 

Ce décalage de dates fut bien sûr annoncé en chaire mais il n’empêche que, le lendemain où le Christ se fit pleinement pour nous bonne chère – voire la meilleure qui soit – en s’offrant Lui-même en nourriture, ce qui est tout de même payer bien cher son repas quoiqu'après celui-ci, il n’eût pu être considéré comme étant bien en chair – peut-être alors qu’il était bien en chaire vu Ses paroles qui claquaient ? –, il eût pu avoir du sens de relier les deux fêtes. En une Pietà priante ?

 

Dans tous les cas, cette offrande de Lui-même jusqu’à la croix, jusqu’au bout c’est tout de même tout ce qu’il faut pour pouvoir lui dire avec toute notre vie un « cher » Jésus –  c’est un peu d’ailleurs ce que saint Pierre fera dimanche prochain – après que certains eurent, comme saint Thomas dimanche dernier, besoin de le voir en chair et en os. J’en soupçonne quand même certains d’en avoir eu quelque peu la chair de poule de ce « la Paix soit avec vous » soudain !

 

Trêve de plaisanteries, c’est beau et c’est grand :

Un Amour qui ainsi prend chair, qui se fait bonne chère, qui prend cher : le tout pour nous, pour toi, pour moi…  

Un Amour qui prend des risques et qui nous donne ainsi, par le mystère de Son incarnation, de Sa Passion et de Sa résurrection, de faire de notre chair la plus grande de ses chaires.

 

dimanche, mars 27 2016

Pâques sans comment

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"Personne n'a vu l'heure de ta victoire. Personne n'est le témoin de la naissance d'un monde. Personne ne sait comment la nuit infernale du samedi s'est transformée en la lumière du matin de Pâques. C'est en dormant que nous avons été transportés sur des ailes par-dessus l'abîme, en dormant que nous avons reçu la grâce de Pâques. Et personne ne sait comment l'événement lui est arrivé. Chacun ignore quelle main a caressé sa joue de telle sorte que soudain le monde blême éclata pour lui en vives couleurs et qu'un sourire involontaire s'épanouit sur son visage à cause du miracle qui s'accomplissait en lui." 

H.-U. von Balthasar, Le Coeur du monde

dimanche, mars 20 2016

A la porte de cette semaine

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C'est l'histoire d'une innocence pourtant condamnée :
"Aucun motif de condamnation"; 
"Lui, Il n'a rien fait" ! 

 

L'entrée dans la Passion,
L'entrée dans l'amour à l'état brut. 

 

Coeur innocent qui se livre,
Coeur de l'homme prompt à acclamer puis à attaquer. 

 

Coeur constant qui se donne en entier, jusqu'au bout,
Coeur de l'homme qui contemple pour apprendre. 

 

Semaine Sainte, Sainte Semaine entre toutes,
Celle qui nous apprend d'un signe la seule direction du Ciel,
Celle qui blesse du Verbe qui se tait, soudain éteint, et ouvre pourtant à l'Espérance, 
Celle qui nous apprend non à broder, mais bien à marcher, au pas de croix, à la mesure vitale de l'amour. 

 

mardi, mars 15 2016

Et si, entre le silence et les bruits... ?

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Comment ne pas être touchée par ce qui se passe actuellement autour du Primat des Gaules ? Comment ne pas être touchée dans le même temps dès qu’un scandale de pédophilie éclabousse notre Église ?

 

Je ne peux pas être d’accord avec ce qui s’apparente présentement à un lynchage en bonne et due forme du cardinal, un lynchage où les médias et les politiques semblent se répondre avec une escalade de violence jusqu’à demander, sans forcément connaître l’affaire, une démission de cet homme. Que diable, il est cardinal : c’est clerc et forcément pas clair ces bestioles-là.

 

Mais que cela soit clair, justement, je ne peux en aucun cas non plus cautionner un acte aussi grave que la pédophilie. C'est une honte ! Un acte gravissime qui brise des vies ! 

Je ne peux que reconnaître que, dans l’Église, il a trop souvent régné sur ces affaires la loi du silence. Pour étouffer tout cela et ne pas nuire à la réputation de... C’est grave et il faut le dire : nous n’avons pas le droit au silence ! Ne pas se taire : pour les victimes, avant tout, pour les aider à se reconstruire. Mais il faut le dire aussi pour les chrétiens : un chrétien, ce n’est pas quelqu’un appelé à une vie médiocre, c’est quelqu’un qui est appelé à la sainteté… un chrétien qui n’aide pas son frère en détresse, c’est un contre-témoignage. Un chrétien qui se tairait sur ce genre d’affaires, c’est pire qu’un contre-témoignage : c'est un complice, en état de péché grave.

 

Le chrétien n’est pas appelé au silence : il est appelé à écouter, à suivre le Verbe de Dieu et à Le proclamer.

 

En revanche, si je ne suis pas d’accord avec le silence, je ne suis pas d’accord non plus avec les « bruits », ces choses qui courent, qui se disent sans fondement et qui ne provoquent que médisance et mépris croissants. On attaque comme si c’était le cardinal qui avait commis les actes en personne, on attaque comme si la présomption d’innocence n’existait pas, on attaque comme si l’affaire était déjà entendue, jaugée et jugée et qu’on avait déjà à prononcer un verdict.

 

Je ne connais pas l’affaire et ne m'étendrai donc pas sur ce que j'ignore : mais il faut tout de même reconnaître que Mgr Barbarin n’était pas archevêque de Lyon au moment des faits… on ne demanderait pas la démission du ministre actuel de l’Éducation Nationale ou du recteur de telle académie lors de la découverte de cas de pédophilie d’un prof remontant à des années où il ne l’était pas encore. Pas pareil ? Certes : le chrétien a un idéal de sainteté et, par là même, une exigence d’exemplarité s’il veut témoigner. Mais il y a aussi une exigence d’humanité et c’est à nous tous de la respecter.

 

Je ne sais pas quelle est la part de responsabilité de cet homme :

Ce que je sais, c’est que je lis des réactions aux tons de plus en plus énervés, partant inconsidérées.

Ce que je sais, c’est que j’ai reçu une proposition de pétition à signer demandant la démission du cardinal.

Ce que je sais, c’est que les bruits ne font jamais de bien : ils sont cacophonie et n’éclaircissent jamais les esprits.

 

Il me semble qu’entre le silence oppressant et le bruit médisant, il devrait y avoir place à l’écoute et à la parole. Celles des victimes, celles des témoins, celles des accusés et celles des juges.

 

C’est un peu comme dans l’Évangile de dimanche dernier avec la femme adultère : il a fallu écarter les bruits véhéments pour accéder à la Parole… Il a fallu écarter les bruits pour que le silence de la pécheresse s’ouvre aussi à la Parole et qu’elle puisse entendre et s’exprimer.

 

Laissons la justice faire son travail.

Et nous, prions pour les victimes et pour leurs agresseurs,

Prions pour les juges et pour le cardinal Barbarin ;

Et que chacun d’entre nous grandisse sur son propre chemin de conversion, en écoutant Sa parole. 

 

mardi, février 9 2016

Du paradigme de la crêpe au nutella et autres concepts gustatifs incertains

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Vous avez remarqué ? Cette année, paf, une semaine après la Chandeleur, on passe au Mardi Gras. Nous gagnons pour l’année la création d’une nouvelle octave, après celle de Noël et avant l’octave de Pâque : l’octave de crêpes. Comme une nouvelle gamme de saveurs… ou pas.

 

La crêpe au nutella, y a pas à dire, j’aime ça. Mais, il faut bien avouer que ce n’est pas super fin… C’est même méga-gras. Certes, c’est très bon, on ne s’en lasse pas vraiment mais il faut bien avouer qu’il n’y a guère d’originalité : c’est un peu toujours la même chose. Une crêpe, du Nutella : on sait que ça passera bien. Routine du gras.

 

Seulement, voilà le « problème » du mardi gras, c’est qu’il tombe avant le mercredi des Cendres. En gros, du concept de crêpes, on passe à celui du bol de riz. N’exagérons rien : ce n’est pas qu’il faille dire « de crêpes en carême, point » mais il y a une insistance sur le jeûne, le partage et la pénitence. Du gras grasseyant, confortable mais sans piment, on passe à la cure amincissante – qui n’est pas à confondre pour autant avec l’idée de régime.

 

Le Carême, c’est la recherche du goût en sa subtilité, via le passage de la quantité à la qualité. Moins de ceci, moins de cela (huile de palme ou autre chose : qu’importe ?), non pour faire un effort surhumain, pour se dépasser – quel intérêt, sinon se regarder soi ? – mais bien pour redécouvrir les saveurs dans leur essentiel, dans leur simplicité.

Dépouillement des sauces lourdes qui dégoulinent et autres cache goûts, ou pour cesser de parler métaphoriquement, dégrossissement des excès routiniers pour retrouver la force de ce qui était caché.

40 jours offerts en cadeau pour cela.

 

A Pâques, eh bien, vous savez ce qu’on obtient, du coup ? Du chocolat.

Retour à la crêpe au Nutella comme simple résultat ? Que nenni, quel piètre amateur de chocolat si vous pensez cela !

Le chocolat, ce n’est pas une saveur mais bien des milliers, du noir, du au lait, du blanc, du avec des noisettes ; le chocolat, c’est le passage de l’amertume à la douceur sucrée, de celui légèrement salé à l’acidité d’un chocolat allié avec un agrume.

Le chocolat, c’est un peu l’explosion des saveurs en bouche.

 

Certes, le chocolat, ce n’est pas Pâques et tous les mots comme tous les mets seraient bien insuffisants pour décrire la grandeur d’un mystère et d’une joie qui nous dépassent.

Et pourtant, il y a comme une justesse du chocolat à Pâques, qui célèbre la saveur retrouvée et renouvelée.

 

D’ailleurs, on dit bien qu’on n’adore que Dieu… et le chocolat : ça ne doit pas être un hasard, mais bien de la haute théologie (au moins).

 

Enfin, le royaume de Dieu ne consiste pas en des affaires de crêpes au Nutella mais il est bien « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rom. 14, 17)…

Alors, bon carême à chacun : que celui-ci soit une vraie préparation du palais de notre vie à la joie éclatante d’un arc-en-ciel de saveurs à Pâques !

 

dimanche, janvier 3 2016

L’offrande, l’offertoire et l'épiphanie

 

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Quand les mages arrivent devant le Christ, ils lui offrent leurs présents.

On les connaît : l’or, l’encens et la myrrhe (non, rappelons qu’il ne s’agit pas d’une lessive ni de la station spatiale russe) ;

On connaît aussi plus ou moins leur symbolique ;

Et on connaît encore mieux les noms que la tradition a donnés à ces mages : Melchior, Gaspard et Balthazar.

On connaît aussi la tradition de la galette et…

 

Mais finalement, les mages de l’épiphanie, c’est un peu nous à la messe.

Nous sommes venus L’adorer !

Et, mieux encore, nous venons Le recevoir !

Mais nous sommes venus L’adorer… Et moi, mon présent, c’est quoi ?

 

Le problème avec Dieu, c’est qu’il n’y a certes guère autre chose à Lui offrir que des choses que Lui-même nous a déjà données :

Mais enfin, comment un père – et a fortiori un Père – ne serait-il pas fan même des petits cadeaux que son enfant lui fait ?

 

Si nous sommes comme les mages à la messe, l’offertoire, c’est un peu notre venue à la crèche à nous.

Si nous n’avons que des mains vides, peut-être pouvons-nous offrir, quand le prêtre présente le pain et le vin, tout ce qui fait et forge nos vies : de notre travail à notre famille, de nos joies à nos difficultés, de tout ce qui habite et demeure en nous,

Lui offrir un peu, voire beaucoup et si possible tout de notre vie, pour qu’Il l'emmène toujours plus en Lui.

 

mercredi, décembre 30 2015

Le peuple de ceux qui Te cherchent

J’étais assise au fond de l’église, en train de prier en attendant la troisième messe de l’événement salvateur, la messe du jour de Noël.

 

Il y eut d’abord ce jeune couple avec cet enfant, pas des habitués de la paroisse, ni, visiblement, de la messe :

- Tu veux aller voir la crèche ? Tu sais ce que c’est ? Non, tiens, regarde, on va aller voir ensemble le petit Jésus.

C’était beau.

 

Et puis il y eut ce couple de personnes plus âgées, pas des habitués eux non plus, qui allaient clopin-clopant, elle surtout qui avançait difficilement et s’appuyait sur son mari pour réussir à marcher. C’était déjà beau de les voir ainsi, tendres et faibles, venir à la messe. Peut-être par habitude à Noël, ou peut-être par grande conviction et que, ce jour-là, il fallait faire un effort spécial pour réussir à venir même si c’était difficile : je ne sais pas et il importe peu. Ce qui importe, c’est que j’entendis le mari dire à sa femme : « On va à la crèche ensemble ? Tu vas y arriver ? ».

C’était beau.

 

La messe du jour a toujours des relents de gueule de bois et sonne presque, malheureusement, comme une messe pour retardataires.

 

Mais il y a bien pourtant ce peuple, un peuple immense, si divers qu’il en rappelle les santons de la crèche… D'autres qui sont venus avant, d'autres qui viendront après... Un peuple venu L’adorer, chacun avec ce qu’il est.

 

Crèche 2015 

 

« Hier soir, juste avant de me coucher, je me suis retrouvée tout à coup agenouillée au milieu de cette grande pièce […] sur le léger tapis. Comme cela, sans l’avoir voulu. Courbée vers le sol par une volonté plus forte que la mienne. Il y a quelques temps, je me disais ‘je m’exerce à m’agenouiller’. J’avais encore trop honte de ce geste, aussi intime que ceux de l’amour, dont seuls savent parler les poètes ».

Etty Hillesum

 

 

Saint Noël à chacun !

Puissions-nous nous exercer à nous agenouiller devant le mystère de l’amour pour que chacun de nos gestes en soit imprégné.

(Oui, il est toujours temps, nous sommes dans l’Octave de la fête ;) )

 

 

mardi, décembre 22 2015

Que dirais-tu à la place ?

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« Joyeux Noël », qu’est-ce que je dis quand je dis cela ? Qu’est-ce que je dirais à la place ? Telle fut la question lancée aux paroissiens d’un ami prêtre en pleine préparation de son homélie de Noël. Et c'est une bonne méditation à faire dans ces derniers jours de préparation à cette belle et grande fête. 

 

J’ai durant longtemps assez peu aimé Noël : pour un enfant de divorcés, Noël, ce ne sont pas les doubles cadeaux qu’on nous envie qui comptent en premier, c’est avant tout un moment où la séparation apparaît plus forte que tout et le seul cadeau qu’on aimerait, l’union, on sait qu’on ne l’aura pas. J’en garde encore sans doute la trace à préférer Pâques à Noël. Je n’aimais pas vraiment dire « joyeux Noël ». Ce n’était pas juste.

 

En grandissant, j’ai découvert le sens plus spirituel de Noël : « joyeux Noël », c’est devenu « il y a une bonne nouvelle pour toi, pour moi : un sauveur est né ». C’est devenu un moment de joie… peu reçu dans mon entourage pas franchement croyant : on trouvait même parfois que je faisais du mauvais esprit à insister sur le côté religieux de Noël alors que le sens, ça devait être « la famille ». Je me suis tue, longuement, et j’ai profité des messes pour tenter de saisir cette joie du Seigneur. Je crois que mes « joyeux Noël » n’étaient surtout justes de sens que pour mes frères croyants. Ce n’était pas juste non plus.

 

Et puis il y eut la découverte de la messe de l’Aurore, moi qui préférais avant la messe de la nuit : ça a été une vraie révélation. La simplicité de cette messe m’a fait me sentir contemporaine de l’adoration des bergers, m’a fait découvrir un Dieu qui se faisait pauvre parmi les pauvres. Je crois que toute la justesse de Noël est là : Il vient habiter nos pauvretés. Il est cette joie simple qui se révèle aux cœurs non encombrés d’eux-mêmes. Il est cette aurore qui nous fait pressentir que ce jour qui naît avec Lui est neuf : jamais plus, nous ne serons seuls. Dieu est là.

 

Je sais qu’à Noël, beaucoup de gens viennent à la messe sans croire et ma famille m’a rendue sensible à cette réalité. Mais, avec le recul, je sais qu’ils viennent tous avec au cœur une envie de croire à une certaine « magie de Noël » qui prend les noms de paix et de monde meilleur. Je ne sais pas si mes « joyeux Noël » d’aujourd’hui sont plus justes que ceux d’hier mais je crois que ce que je mets derrière, c’est désormais une phrase illuminée par l’expérience de la messe de l’Aurore : « que, là où tu en es, la joie de Dieu, la plus belle des richesses, scintille et rayonne à travers toutes tes pauvretés ; qu’Il te donne Sa joie ».

 

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