Zabou the terrible

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mardi, mai 22 2012

Gardez mon pauvre petit soulier !

 

C’est le mois de mai, le mois de Marie…

En son honneur, l’une des prières les plus sublimes à la Vierge que je connaisse en littérature : à la fois si enfantine de confiance, à la fois si humaine dans son élan de « j’irai contre quand même, je vous préviens ! »… Elle respire le cœur humain dans tout ce qu’il a d’élan gracieux au sein même de sa plus lourde pesanteur et réciproquement. 

Cette prière, si l’on ne peut pas vraiment prier directement avec, elle est tout simplement belle et sa beauté peut, je crois, nous porter. 

  


 

Doña Prouhèze monte debout sur la selle

et se déchaussant elle met son soulier de satin

entre les mains de la Vierge.

 

Vierge, patronne et mère de cette maison,

Répondante et protectrice de cet homme dont le cœur vous est pénétrable plus qu’à moi et compagne de sa longue solitude,

Alors si ce n’est pas pour moi, que ce soit à cause de lui,

Puisque ce lien entre lui et moi n’a pas été mon fait, mais votre volonté intervenante :

Empêchez que je sois à cette maison dont vous gardez la porte, auguste tourière, une cause de corruption !

Que je manque à ce nom que vous m’avez donné à porter, et que je cesse d’être honorable aux yeux de ceux qui m’aiment.

Je ne puis dire que je comprends cet homme que vous m’avez choisi, mais vous, je comprends, qui êtes sa mère comme la mienne.

Alors, pendant qu’il est encore temps, tenant mon cœur dans une main et mon soulier dans l’autre,

Je me remets à vous ! Vierge mère, je vous donne mon soulier ! Vierge mère, gardez dans votre main mon malheureux petit pied !

Je vous préviens que tout à l’heure je ne vous verrai plus et que je vais tout mettre en œuvre contre vous !

Mais quand j’essayerai de m’élancer vers le mal, que ce soit avec un pied boiteux ! La barrière que vous avez mise,

Quand je voudrai la franchir, que ce soit avec une aile rognée !

J’ai fini ce que je pouvais faire, et vous, gardez mon pauvre petit soulier,

Gardez-le contre votre cœur, ô grande Maman effrayante !

 

in Paul Claudel, Le Soulier de Satin, Première journée, sc. 5

 

lundi, mai 21 2012

En arrière-fond de fête

 


 

Il est tard ; enfin, non, tôt.

Enfin, tôt le matin, vous voyez le tableau.

Je repartirai dans à peine quelques heures mais, d’ici là, il faut bien que je prenne un peu de repos.

De la chambre où je me trouve, j’entends encore la musique et même, en tendant l’oreille, quelques rires : ils me font encore plus sourire.

La journée fut belle, la soirée fut bonne ;

Voyez-vous, j’ai gagné un cousin par alliance dans l’affaire et c’est fête dans la famille !

 

Devant Dieu, ils se sont dits « oui » ;

Avec Lui, surtout, ils ont dit « oui » pour être signes, par leur union, de l’Amour de Dieu :

C’est grand et c’est beau, le mariage chrétien !

Et, même avec la grâce de Dieu, c’est ambitieux

Mais, avec la grâce de Dieu, c’est possible :

Là est toute l’aventure et je les en sens enthousiasmés.

 

Il est bien tard dans cette chambre où j’entends encore les bruits de la fête,

Mais, bien que fatiguée, bien qu’ayant trop dansé, trop chanté, trop crié, bien qu’ayant presque usé mes zygomatiques à force de sourire et mes cordes vocales à trop parler, je tiens à me tourner vers Toi.

D’ailleurs, à entendre tout ce brouhaha et le silence intérieur de la pièce en même temps, j’ai l’impression d’être du monde et hors du monde, en acte et pas seulement en esprit, et que la prière se fait toute naturelle, sise à sa juste place, en dépit de l’incongruité de l’heure :

 

C’est que ces bruits de fête, dissonants, résonnent comme autant de signes de joie, qui peuvent monter en prière d’action de grâce vers Toi car ils viennent de Toi, Tu en es la source : accueille-les en guise de remerciements balbutiants !

 

Et laisse-moi y joindre mon humble prière,

Silencieuse, elle, d’action de grâce et de demande ;

Les mains tendues, à genoux sur ce prie-Dieu usé, dans cette demeure où règne le souvenir de toutes ces générations passées qui nous ont précédés, il y a quelque chose d’une note toute juste, toute harmonieuse à y prier pour l’occasion :

A prier dans le secret de mon cœur tout en ne me sachant pas seule ;

Simplement, à Te les confier, ces beaux jeunes mariés, pour qu’ils grandissent et fassent grandir, jour après jour, leur amour dans le Tien ;

Et à demander à l’Esprit Saint qu’ils recevront en plénitude d’ici une semaine dans le sacrement de confirmation de les inspirer, de leur souffler dessus sans accalmie ;  

De les guider, maintenant, et à chaque instant,

Dans ce monde où ils sont, à nouveau mais désormais ainsi nouvellement, mari et femme, envoyés.

 

dimanche, mai 20 2012

Tables spirituelles ?

 

Dans une famille où l’on aime bien souvent mesurer l’esprit à l’aune de la facétie, les mariages sont autant occasions d’agapes que de fraternelles joutes oratoires ; et mes cousins, just married, n’osèrent éteindre l’esprit - on n’oserait écrire Esprit en ces circonstances ? - en formant les noms de tables en autant de contrepèteries.

 

La mienne, curieusement, me fit sourire jusqu’aux oreilles.

 

 

 

A me demander profondément si je fus placée là ainsi, sans raison particulière, pour le simple plaisir de la contrepèterie décliné à toutes les tables différemment ; pour une raison intellectuelle, celle de l’histoire littéraire qui la signale comme la première connue chez messire Alcofribas Nasier en son Pantagruel ;  ou si c’était pour une autre raison, une raison qui a simplement nom sens propre, sans aucune contrepèterie… ?

 

Le lendemain, rentrée chez moi, je n’ai toujours pas tranché… : merci les mariés ! ;)

  

jeudi, mai 17 2012

Camino pascal 2012 : Roncevaux – Larrasoana


La suite ! En quelques notes, toujours. 


Nuit peu reposante malgré l’extinction des feux à 22h : un type tombe d’un lit superposé à 1h du mat’ et s’ouvre le crâne ; réveil avec les lumières allumées et la musique à fond à 6h30 : heureusement, c’est « Le Printemps » des Quatre Saisons de Vivaldi ! Départ alors qu’il pleut et qu’il fait encore nuit : il paraît qu’il va falloir s’y faire… En plus de ça, devoir partir à jeun car il n’y a rien à Roncevaux si tôt le matin… Que m’attend-il aujourd’hui ?

 

***

 

 – ceci n’est pas un mirage ! –

 

Petit-déj’ 4 km plus loin où tous les pèlerins se retrouvent : on s’aperçoit, curieusement, que, quand il s’agit de manger, la barrière des langues ne constitue plus un problème !

 

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lundi, mai 14 2012

I Jean IV, 16 en paroles

 

- En fait, tu parles super souvent de Dieu…

- Bah, tu sais, moi je suis comme tout le monde, j’aime bien les belles histoires d’amour !


dimanche, mai 13 2012

Considérations de cinq ans d’âge

 

Il y a 5 ans, j’ai dit oui à une mission un peu particulière. Il y a 5 ans, je m’avançais dans la cathédrale de Nanterre, la main posée sur l’épaule de mon meilleur ami pour être sa marraine de confirmation.

 

Il y a 5 ans, j’avais dit oui à sa demande après avoir, pour être honnête, flippé grave tant je ne me sentais pas de l’être. Non parce que cela me répugnait, au contraire, mais parce que j’apportais énormément d’importance à cette mission. Façon « un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? Ne tomberont-ils pas tous deux dans un trou ? » (Luc VI, 39). C’est vrai pour n’importe qui, c’est encore plus vrai quand celui dont on devient marraine est un frère, est cet ami avec lequel vous avez grandi. Mais, il y a cinq ans, j’ai fait confiance, notamment confiance à l’Esprit Saint, et j’ai dit oui.

 

Depuis, j’ai été marraine de confirmation à deux autres reprises et puis, surtout, le temps a passé. Pourtant, je ne sais toujours pas ce que c'est qu'être marraine de confirmation - enfin sur le plan officiel, si, bien évidemment : mais est-ce savoir l’être que de connaître les textes ? Autre chose est de l’incarner… - mais, indéniablement, je le suis, et tout autant que j’apprends à l’être. Et cela même si les chemins suivis par le plus âgé de mes filleuls ne sont pas les miens, et réciproquement. Et qu’en plus nos chemins respectifs ont eu des effets sur le chemin de foi de l’autre, me semble-t-il.

 

A inventer, avec lui - et Lui -, comme avec mes deux autres filleuls - et toujours avec Lui -, notre relation de « marrainage », je me rends compte qu’elle est unique, toujours différente et pas vraiment celle que j’imaginais au début. J’apprends à être marraine de confirmation avec chacun d’entre eux. Avec eux, je ne suis pas là pour être exemplaire, le modèle ultime qu’ils attendent et que je suis bien loin d’être (heureusement, il y a le Christ pour ça !), ni une quelconque guide avec des paroles toujours bien ajustées comme il faut : j’ai juste à être là… et même pas forcément juste à côté, mais là, disponible, telle une simple sœur légèrement aînée, priant, dans la Foi.

 

Mes filleuls, ils sont présents plus que n’importe qui d’autre dans ma prière. Et partagent ainsi avec moi un lien que je ne maîtrise même pas ; un lien que je ne saurais pas non plus expliciter mais un lien qui est en Dieu.

 

Comme quoi, ça engage une simple main posée sur une épaule, et un simple prénom prononcé un jour de mai…

 

jeudi, mai 10 2012

Si, toi aussi, ta vie quotidienne ne te semble pas tous les jours franchement méga poétique

 

 

 

De passage par ici, mes yeux s’arrêtèrent bien sûr – esprit de contradiction oblige – par là ;

Sur un calendrier délicatement posé en chevalet à la page du jour, on pouvait lire une simple phrase attribuée à Rilke :

 

« Si ta vie quotidienne te paraît pauvre, ne l’accuse pas, accuse-toi plutôt.

Dis-toi que tu n’es pas assez poète pour en convoquer les richesses. » …

 

Si ta vie quotidienne te paraît pauvre,

Et que tu peines, et que tu râles devant la feuille souvent grisâtre de la vie,

Demande Lui d’en convoquer toutes les richesses !

 

Si ta vie quotidienne te paraît pauvre,

Demande Lui de te faire prophète de Sa Beauté inaltérable,

De te faire poète de Sa grâce !

 

Demande Lui l’émerveillement pour, en tout, Le chercher,

Et, en étincelles cachées autant qu’en rayons éblouissants, L’admirer.

Demande Lui Ses mains pour agir,

Et pour, là où tu te trouves, ainsi L’écrire. 

 

Si ta vie quotidienne te paraît grise

Et que le monde semble crouler

Sous des malheurs bien trop grands

Pour tes pauvres petits moyens de petit poucet rêveur,

Demande Lui Ses yeux pour l’admirer ;

Demande Lui Son cœur, pour l’aimer ;

 

Tu l’enrichiras alors, ta pauvre vie quotidienne, 

Par toute ta pauvreté, donnée.

 

mardi, mai 8 2012

St Jean Pied-de-Port / Roncevaux : l’étape mythique des Jacquets !

Le temps ayant filé un peu  vite, je suis à peine revenue sur ces 3 beaux jours passés sur le Camino, entre St Jean Pied-de-Port et Pampelune et c’est dommage. Je vais tâcher de retranscrire, dans les prochaines semaines, quelques notes prises en chemin… En tout cas, voici quelques mots du premier jour (le plus long !) de ce court tronçon, également appelé le Camino Navarro.

 

 

St Jean Pied-de-Port / Roncevaux : étape mythique. Ceux qui ont fait le chemin en parlent comme de vieux combattants. En moi, une immense envie de m’y frotter… Et puis, moi qui fais ce pèlerinage par étapes, qui suis partie de Paris voici déjà si longtemps, quelle joie de pouvoir ENFIN franchir la frontière espagnole !

***

Temps de giboulées, dès le début, ça grimpe, ça pleut et, surtout, ça vente. A tel point que, moi qui suis plutôt du genre solide, je me retrouve jetée par terre sous l’effet du vent, le sac m’entraînant encore plus et les cheveux plus qu’ébouriffés en tout sens ! Je finis par avancer à quatre pattes, montant la côte jusqu’au prochain tournant, rejoignant deux Anglaises qui me précédaient et qui se sont couchées à l’abri d’un rocher pour attendre que cela se calme. Je tente de me redresser, un coup de vent m’envoie encore valser par terre. Sans aucun mal mais les mains boueuses et un peu dépitée, je jette un œil vers ces deux filles que je ne connais pas : on se regarde et on explose de rire… Mais qu’étions-nous donc venues faire dans cette galère ?

 

***

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dimanche, mai 6 2012

L’exercice de la prière ?

 

 

  

 

 

Vous ne croyiez tout de même pas que le dimanche, c’était fait pour se reposer ? Sérieusement ? Bon, voilà un exercice pour vous et ne discutez pas !

 

 

« L’eau m’échappe… me file entre les doigts. Et encore ! Ce n’est même pas si net (qu’un lézard ou qu’une grenouille) : il m’en reste aux mains des traces, des taches, relativement longues à sécher ou qu’il faut essuyer.

 

Elle m’échappe et cependant me marque, sans que j’y puisse grand-chose.

 

Idéologiquement, c’est la même chose : elle m’échappe, échappe à toute définition, mais laisse dans mon esprit et sur ce papier des traces, des taches informes. »

 

 

Exercice :

·      Vous remplacerez « l’eau » par « Dieu »,

·      Et « aux mains » et « papier » par « au cœur »  dans cet extrait de « De l’eau », du Parti pris des choses de Francis Ponge.

Puis vous lirez le texte ainsi obtenu.

Vous avez même le droit de le relire, d’ailleurs.

 

Si le désir vous vient alors de prier,

De parler à Celui qui nous échappe et nous marque en même temps ;

N’attendez surtout pas que cela passe ;

Mais prenez-en votre parti, le parti de Dieu ! 

 

Car Il demeure en nous, et, bien qu’Il nous échappe,

Il laisse quelques traces, quelques indices étrangement familiers

Pour nous guider sur ce chemin d’apprentissage,

Ce chemin de disciple : demeurer en Lui.

 

jeudi, mai 3 2012

C'pas un point, mais c'pas négociable

 

 

 

Dimanche prochain, les catholiques français, comme tous les Français, feront des choix différents : voter pour l’un, voter pour l’autre, voter blanc ou s’abstenir.

 

Quel que soit le choix qui sera le nôtre à ce moment-là, les élections présidentielles sont le moment de nous rappeler ce qui importe avant tout, à chaque instant : ce monde qui nous est confié, pour participer à sa construction. Et il y a même un texte qui n’a pas pris une ride depuis presque 50 ans qui en parle ! Attention, ça semble tout facile comme ça, mais ça ne l’est pas tant ! Et c’est valable même avant dimanche !

 

 

Extrait de Gaudium et spes, § 92-93.

 

Puisque Dieu le Père est le principe et la fin de tous les hommes, nous sommes tous appelés à être frères. Et puisque nous sommes destinés à une seule et même vocation divine, nous pouvons aussi et nous devons coopérer, sans violence et sans arrière-pensée, à la construction du monde dans une paix véritable.

 

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mardi, mai 1 2012

A petits gestes, à petits pas

 

C’est une famille que je connais bien.

Dans le langage courant, on parlerait de cette famille comme une famille recomposée. Je n’aime pas ce terme : il sous-entend qu’il y a quelque chose de cassé définitivement, de rompu dont on essaierait laborieusement de recoller les morceaux. Alors qu’une famille, même s’il y a des ruptures, des éloignements, des séparations, elle est composée de ses membres, et elle le reste. Une famille, elle n’est jamais re-composée, quand bien même le jeu des affinités électives se fait, se défait, se refait…

 

Cette famille que je connais bien, elle était installée à la cafétéria d’un hôpital spécialisé dans le soin des enfants.

 

Cette famille, elle est un peu bizarre : il y a là la petite malade et, autour d’elle, ses parents et quelques autres. C’est qu’il y a eu des mariages, des enfants, des divorces, des remariages… De l’extérieur, il n’y a pas grand monde qui comprendrait comment est organisée cette table curieuse, un peu bruyante, et, d’ailleurs, il importe peu de savoir qui est qui : c’est leur histoire à eux.

 

Tout ce petit monde se tutoie et c’est assez amusant : c’est sûr, avec chacun, l’on partage des tranches de vie en commun, même si l’on ne s’est pas vu depuis longtemps et c’est une drôle d’impression que de se trouver tous autour de cette table. Car chacun appartient aussi à la vie des autres, et réciproquement ; et indélébilement.

 

Mais chacun a aussi des histoires délicates en commun. Des engueulades, des déchirures, des trucs lourds… Comment ne pas s’en souvenir en se voyant ? 

 

Mais ce jour-là était si particulier ! Chacun faisait des efforts. Non pas pour faire semblant de bien s’entendre, encore moins pour tirer un trait sur le passé mais parce qu’il y avait elle, cette jeune-là.

Cette petite qui souffrait et dont chacun autour de cette table était proche.

 

Alors, on se parlait, de choses et d’autres ;

Alors, on se souriait ;

Alors, on riait ensemble, comme pour conjurer le malheur et ouvrir la porte à autre chose, que l'on espère meilleur ;

Alors, on trinquait d'un café à l'à-venir. 

 

Vous savez, on voit souvent Dieu à l’hôpital ou l’on croit a contrario percevoir son absence, mais l’on parle rarement de Lui chez les visiteurs et les familles, simples êtres de passage dans ce grand lieu grouillant de vie et de souffrance.

 

A ce moment, je suis sûre que Dieu était là, dans ces petits efforts de rien pour s’aimer pour de vrai, sans faux-semblant.

Pour elle, et pour les autres, ses voisins ;

Pour être ensemble et entourer ;

Pour aimer, à petits pas de tendresse.

 

Dans cette famille que je connais bien, il y en avait une qui avait dans la tête, allez savoir pourquoi, comme une petite ritournelle de rien :

 « Ubi caritas et amor, Deus ibi est »

Et qui la laissait résonner et grandir dans la pauvreté de son cœur ;

Comme une prière de vie.

 

dimanche, avril 29 2012

Prière simple d’une respo catho

 

D’une responsable d’un groupe de jeunes, on voit souvent la partie visible de l’iceberg : les réunions, les pélés, les messes… C’est à cela que l’on se fie pour râler après ou se fendre d’un « qu’il est c’est formidââble d’aimer ».

 

Être responsable chrétienne d’un groupe de jeunes, c’est, pour moi, aussi, et même avant tout, prier, et le plus souvent possible, pour chacun d’entre eux. Et tout particulièrement en ce dimanche où l’Eglise prie pour les vocations. Non pas parce qu’être responsable dans le cadre de la jeunesse catholique, c’est être sergent recruteur mais simplement parce que, être au service d’un groupe comme responsable, c’est être vraiment à leur service et aider à ouvrir comme on peut, pour chacun d’entre eux, un chemin de bonheur. Et que celui-ci, je crois qu’il commence dans la prière.

 

 

 

Seigneur,

 

Je Te présente tous ces jeunes qui me sont confiés :

Tu connais chacun d’eux bien mieux que moi et, pour chacun d’eux, je le sais, Tu as un projet d’amour.

 

Que tous apprennent à se mettre à l’écoute de Ta parole, toute leur vie ;

Et puissent découvrir surtout combien ils sont aimés, aussi personnellement qu’infiniment par Toi.

 

Que chacun sache ainsi découvrir et faire de sa vie une réponse à la grâce, et à l’appel que Tu lui lances, en ne se fermant à aucune possibilité, à aucun choix de vie a priori mais en Te faisant confiance car Toi qui es Amour, Tu ne saurais vouloir autre chose que le bonheur de l’homme.

 

Que chacun grandisse dans cet appel commun mais si fou à la sainteté et y réponde avec ce qu’il est, avec tout ce qu’il est, sachant que son chemin avec Toi est et sera unique, précieux et irremplaçable.

Et que tous découvrent avec joie que Te suivre, quel que soit le chemin particulier emprunté mais avec Toi comme compagnon de route des hauts comme des bas, au quotidien, est un chemin de vie et de bonheur.

Amen.

 

vendredi, avril 27 2012

La conversion en retour

 

 

 

Dans chaque pèlerinage, il y a des moments de grâce, de joie aussi profonde qu’éclatante et les quelques jours que je viens de passer à Avila avec un groupe de servants d’autel étaient loin d’en être exempts, j’y reviendrai très certainement.

 

Mais, dans chaque pèlerinage, il y a aussi ces moments un peu creux, ces moments lourds, ces instants de dissonance tant dans l’unité d’un groupe que dans ce qu’on lui propose de vivre, et l’on n’y revient pas toujours parce qu’on les associe aux moments ratés. On aurait presque envie de les cacher.

 

Dans chaque pèlerinage, il y a notamment ce moment-là, celui non pas tout à fait du retour mais du chemin de retour, juste avant d’arriver à destination.

 

Pour un Altoséquanais, cela correspond au moment du métro et à chaque fois l’on gagne dans sa prévision : les sourires s’absentent, les yeux partent au loin, le silence se crée sans qu’il soit priant… Fatigue ? Oui, fatigue mais pas uniquement.

 

Dans ces stations qui s’égrènent, chacun semble revoir en lui la plénitude des moments vécus et paraît se préparer à retourner au quotidien, à ce simple ordinaire mêlé de son quotidien, empli de hauts et de bas. On retrouve le stress, les inquiétudes qu’on avait tenu éloignées pour quelques jours et le choc peut être parfois violent.

 

Ce moment du métro, c’est un peu un chemin de Damas pour le cœur de chaque pèlerin : dans l’intensité de la Rencontre qu’il a pu vivre à travers les rencontres de figures de sainteté et de frères, il a le choix de la conversion.

 

Le choix de vivre dans le regret des instants vécus ou le choix de faire tomber un peu plus les écailles de ses yeux, aidé par ce qu’il vient de vivre.

 

Conversion sans éclat, pour devenir mieux « instrument que Dieu a choisi pour faire parvenir son Nom aux nations » mais vraie étape finale d'un pèlerinage ; pour continuer encore plus Celui qui nous oriente vers notre vraie patrie, le Seigneur.

 

jeudi, avril 19 2012

Heureux ceux qui voient...

 

Tout le monde connaît l’histoire de saint Thomas, ce formidable appel à la Foi ! « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » : la phrase résonne en moi depuis dimanche dernier.

 

Mais Jésus ne condamne pas pour autant ceux qui voient dans cette exclamation…

Car Thomas, cet incrédule, il est splendide quand il s’écrit « mon Seigneur et mon Dieu » !

Thomas, il sait reconnaître le Christ, vraiment, pleinement.

 

En cela, même s’il ne croit d’abord pas, il est aussi un modèle tout particulier d’« yeux » de la Foi, nous apprenant à reconnaître le Seigneur là où nous ne le découvririons pas forcément.

 

Et l’on pourrait s’exclamer :

Heureux ceux qui voient le Seigneur !

Heureux ceux qui savent Le voir dans ces yeux rieurs, dans ce franc sourire ou  dans la lumineuse beauté d’un paysage ;

Heureux ceux qui Le trouvent dans l’amour de leur Aimé(e) ;

Heureux ceux qui Le reconnaissent dans cette hostie élevée ;

Heureux ceux qui retrouvent leur Seigneur et leur Dieu quand ils serrent dans leurs bras un malade, un pauvre, un proche.

Heureux ceux pour qui les larmes deviennent lentilles de contact pour se rapprocher de Lui ;

Heureux ceux qui se laissent surprendre, pourtant eux aussi souvent incrédules, et voient Dieu en filigrane du quotidien.

 

Heureux ceux qui savent voir Dieu, même là où Il semble le plus absent ;

Heureux ceux qui ont un cœur suffisamment disponible pour s’exclamer, et souvent, « mon Seigneur et mon Dieu ! »

 

 

samedi, avril 14 2012

Geekophilie ou théophilie jacquaire ?

 

Roncevaux, magnifique petit village niché au cœur des Pyrénées espagnoles.

 

Lieu d’arrêt et de soin pour les pèlerins, voulu il y a des siècles par l’évêque de Pampelune « ému du sort des pèlerins qui se faisaient gniacker, bouffer, dévorer par les loups », le village appartient encore aujourd’hui à l’Eglise catholique et presque la moitié de ses 25 habitants sont des prêtres !

 

Roncevaux et la drôle de croix de sa collégiale, voyez plutôt :

 

 

  

Cela me faisait penser à quelque chose mais je n’arrivais pas à savoir à quoi… 

Un peu plus loin, un bas relief m’éclaira :

 

 

 

Ca ne vous fait penser à rien, vous ? Inversez donc l’image… 

 

 

 

Oui, oui, on arrive bien à ça !

 

Loin de l’image qui tournait sur le net il y a quelques mois qui transformait la croix en f bleu évocateur, il y a tout de même ici bien une réalité sociale :

Parce que parcourir le Camino, c’est vraiment lire au rythme des pas, de nos rencontres et de nos prières, un faith-book ;

Un réseau de marche, un camino, où l’on apprend à se découvrir non pas « friends » mais fils d’un même Père, frères.

 

mercredi, avril 11 2012

Suivre les pas du Ressuscité

Ce billet, texte écrit lundi dans le train, était programmé pour mercredi : cela a raté. Je le date donc de quand il aurait dû paraître, même si je suis désormais de retour, on fait comme si : d'acc' ?  

Une fois par an, 

C'est la grande Vigile Pascale. 

Une fois par an, 

C'est ce moment que je préfère entre tous dans l'année liturgique. 

Une fois par an, 

Ce moment qui me parle chaque fois différemment : qui du Feu, qui de la lumière dans les ténèbres, qui de la longue mais si belle histoire du Salut, qui de l'eau et de la liturgie baptismale qui me parle de renaître, qui de l'Eucharistie qui se fait action de grâce en accord majeur de Résurrection. Résurrection qui, bien souvent, suffit d'ailleurs à elle seule à ma joie, à une certaine forme d'ivresse qu'elle seule est susceptible de me donner. 

Une fois par an, oui, 

Mais une fois par an pour en vivre tous les jours. 

C'est pourquoi, pour mieux suivre les pas du Ressuscité comme le proclame la bénédiction solennelle pascale, 

Pour mieux Le découvrir, dans toutes Ses traces, dans toutes Ses manifestations, au creux même de là où l'on ne saurait que voir l'absence, 

Je suis partie peleriner quelques jours sur ce beau Camino

vendredi, avril 6 2012

Via Crucis - Per crucem et passionem Tuam

 

 


En portant cette croix, en chemin,

Je n’ai pu m’empêcher de m’arrêter,

Et d’appuyer quelques instants, pesamment,

Mon front dessus.

 

Mots et sentiments mêlés de cette prière :

Entre « pardon » ;

Entre « merci » ;

Entre « je T’aime »…

 

Mots impuissants face à l’Amour livré ;

Un simple genou face à une croix,

Les deux plantés en terre, ne partageant que cela.

 

Simplicité de l’espace,

De l’espace de l’amour ainsi dessiné

Passer, de la terre au ciel, de la Mort à la Vie ;

En une clef, en une croix : donné.

 

jeudi, avril 5 2012

Temps de Dieu fait pour l'homme

 

Il y a quelque chose de très particulier avec le temps durant la Semaine Sainte. Pas le temps météorologique – quoique toutes les personnes s’occupant de liturgie surveillent avec angoisse le ciel pour le feu de la vigile pascale – mais ce temps chronologique qui semble toujours s’écouler différemment.

 

Ces jours prennent leur temps, semblent s’étirer pour nous faire entrer dans le mystère dont ils sont porteurs.

 

Quand on s’occupe d’un groupe de servants d’autel, il faut encourager les jeunes à venir aux différentes célébrations… Et là, on se heurte souvent à l’incompréhension de certains jeunes mais, aussi, de certains parents, pas forcément très au fait de la signification de ces jours. Venir autant à l'église ? Mais pourquoi donc ? Même moi, encore hier, je me suis entendue dire par un proche « Ah oui, en fait, tu passes toute sa semaine à la messe, quoi ! ». Hmm…

 

Pour certains, le devoir est accompli quand on est venu qui le jeudi, qui le vendredi, qui le samedi, qui le dimanche… Mais là, il n’est pas question du tout de devoir ! C’est parfois difficile à faire entendre mais, pendant la Semaine Sainte, il est question d’apprentissage.

 

Le triduum, c’est la pédagogie divine en actes.

 

Si l’on me demandait quand il est préférable de venir lors du Triduum pascal, je répondrais : « à tout ! » et je nous pourrais pas faire autrement.

 

Parce que chaque moment nous aide à marcher vers la joie de Pâques ;

Parce que chaque jour, si différent, nous est offert comme pédagogie divine pour nous apprendre à entrer plus avant dans un mystère qui nous dépasse.

 

Chaque moment importait fait l’objet d’une célébration dans ces trois jours : la Semaine Sainte se fait alors anamnèse de ce sur quoi repose notre foi.

 

Dans un monde qui brille souvent par sa vitesse tourbillonnante, j’aime que ces jours me donnent de prendre enfin le temps, de m’arrêter sur ces instantanés de la Passion du Christ qui ne sont pas détails mais conduisent pas à pas à la joie ineffable de la Résurrection.

 

Le Triduum, ou le temps de Dieu fait pour l’homme !

 

Heureux Triduum pascal à vous, chers lecteurs !


 

 

mercredi, avril 4 2012

Chrême solaire

 

Je suis une vraie gamine du diocèse.

Quand je dis une gamine du diocèse, de « mon » diocèse, ce n’est pas pour de faux, c’est pour de vrai, je lui suis profondément attachée : j’y suis née, j’y ai grandi et ma vie va profondément de pair avec la naissance et la croissance de ma foi, au service d’une des paroisses de celui-ci.

 

Prenant de l’âge, j’ai participé aux événements diocésains proposés, un peu, puis toujours plus, découvrant la beauté de cette dimension qui pourrait sembler géographiquement purement arbitraire et qui, pourtant, nous apprend à élargir un peu plus l’horizon de notre foi aux « juste proches » que, autrement nous ne verrions pas forcément.

 

Donc, j’ai participé, j’ai donné quelques humbles coups de mains ici ou là, j’ai découvert des gens formidables avec lesquels j’ai vécu de non moins formidables événements de ma vie de foi : beaucoup m’ont apporté au-delà de ce qu’ils peuvent imaginer et restent pour moi, qu’ils soient prêtres ou laïcs, des exemples de foi pleinement vécue.

 

Bien sûr, aujourd’hui, jeune adulte, je connais plein de gens du diocèse, de mon diocèse. Alors, réussir à venir pour la première fois de ma vie à la messe chrismale (car oui, honte à moi, je fus toujours empêchée d’y aller jusque là !), c’était être sûre par avance que je croiserais des visages connus à chaque pilier, à chaque rang ou presque, dans les rangs des laïcs, comme dans ceux des diacres et des prêtres.

Oh, pendant la procession d’entrée – et même avant, en saluant les uns et les autres croisés – , ça m’a un peu beaucoup fait l’effet dont parle le beau billet de David. Beaucoup tout court, même. 

Se signer en guise d’accueil.

Puis, prier, ensemble, dans la joie.

Dans et par la joie de ces prêtres jubilaires notamment : vies données qui se célèbrent en années mais qu'on se doute être "oui" de chaque instant. 

Et plus tard encore, c’était beau, c’était très beau, d’entendre tous ces prêtres dire, ou plutôt redire, leurs « je le veux » ; c’était émouvant même…

 

Et c’était magnifique aussi, à côté mais pas du tout en marge, de sentir que nous étions un dans ce (trop) petit vaisseau de pierre(s) qu’est la cathédrale.

 

Hier, dans la cathédrale de Nanterre, il y avait un seul peuple qui priait dans toute sa diversité d’états de vie, de sensibilités, de niveau social et que sais-je encore. Un peuple dont certains membres seraient marqués prochainement d’ailleurs de ces huiles bénies (ou consacrée) ; un peuple aux membres différents, des plus bien-portants aux plus souffrants, mais un. 

C’était un peuple se réjouissant ensemble, à côté de ses pasteurs qu’il remerciait ; 

Se réjouissant, mais profondément, intensément, non pas à côté mais avec eux : d’une manière qui m’a semblé plus profondément unie encore que lors des ordinations tant il y avait là un peu de tout le diocèse de présent. 

Ca peut sembler bête mais il y a des jours comme ça où je suis fière et où j’aime, au plus profond de moi, être de ce beau diocèse. 


... Et je suis pourtant sûre que, dans les vôtres, c'est tout pareil ! :-) 


dimanche, avril 1 2012

Il se sauva tout nu !

 

« Les disciples l'abandonnèrent et s'enfuirent tous.

Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n'avait pour vêtement qu'un drap. On le saisit. Mais lui, lâchant le drap, se sauva tout nu. »

 

S’imaginer la scène prête toujours un peu à sourire tant on se demande ce qu’elle vient faire là (enfin, on se demande… « je » me demande plutôt : je n’oserais vous prêter les pensées farfelues qui me traversent trop souvent l’esprit pendant les lectures ou l’Evangile !) : on dirait une anecdote, une légère digression inintéressante du narrateur, à moins qu’elle n’ait un but strictement narratif, pour mieux faire ressortir le reste.

 

En la réentendant, en la relisant, je l’ai enfin un peu mieux écoutée et regardée.

 

Ce jeune homme, il a suivi Jésus, mais il le faisait couvert, caché. Certes d’un seul et unique drap mais couvert quand même.

 

Quand on le saisit, le voile tombe et il n’ose plus suivre ce Christ qu’il suivait – certes, les autres disciples ne valent pas mieux, mais il n’empêche.   

 

Ce jeune homme, il suivait le Christ ; mais il n’a pas osé le suivre dans toute sa vérité, dans toute sa pauvreté et là, c’est la vérité de son chemin qui éclate : il a peur, il ne saurait s’exposer à l’Amour. Cet Amour qui demande toujours de prendre le risque de la nudité, d’être vrai.

 

Ce jeune homme qui suivait le Christ, c’est bien sûr nous aussi.

 

Ce jeune homme, c’est le courage, la foi, le désir de suivre le Christ qui nous habitent – ou qui ne nous habitent même pas, parfois ;

Mais nous le parons comme lui de draps, de voiles, d’ornements superflus qui empêchent la vérité de notre être.

On a trop souvent la pétoche d’un Dieu qui n’est qu’Amour. 

 

Une semaine nous est donnée pour suivre le Christ à découvert.

Une semaine pour arracher ces voiles qui sont autant de filtres déformants entre le Christ et nous ;

Une semaine pour gagner en justesse, pour parfaire cette nudité du coeur profond qui a nom humilité ;

Une semaine pour oser s’exposer de tout notre être à l’Amour qui se dit jusque sur la folie de la croix et qui explose dans la lumière de Pâques.

 

Une semaine non pour se sauver, mais pour s’approcher nu de Lui.

 

Bonne grande Semaine Sainte !

 

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