Zabou the terrible

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lundi, août 31 2015

Le Christ venu nourrir ses pauvres

 

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C’était il y a une dizaine de jours, une simple messe de semaine.

 

C’était une simple messe de semaine : la Parole de Dieu, le Pain qui devient Corps, le Vin qui devient Sang. L’extraordinaire présent auquel on ne s’habitue jamais.

 

C’était une simple messe de semaine : l’assemblée avait plus qu’aux 9/10èmes les cheveux plus que blancs mais, pour une fois, elle n’était absolument pas clairsemée. Elle était assise, parfois dans des fauteuils roulants, parfois avachie… Et là, il y avait pourtant une telle dignité régnante que nous, les quelques valides, n’osions même pas nous mettre debout : cela aurait eu quelque chose de malvenu, de malséant.

 

C’était une simple messe de semaine où les silences côtoyaient les réactions marquées à l’Évangile – un peu fort, semblait-il, à leur goût ! -, où les prières d’intercession étaient hésitantes, parfois oublieuses de leur fin, où personne n’avait envie de rire à des réactions inconsidérées des uns ou des autres, où les réponses de la messe et le Notre Père étaient dits encore avec une certaine conviction, car sus vraiment « par cœur », appris en ce temps-là où leur mémoire fonctionnait encore aussi bien que leur cœur et que leur capacité d’aimer. Et cette dernière, elle ne s’oublie jamais.

 

C’était une simple messe de semaine dans un lieu spécialisé pour ces personnes… avant tout des personnes : oui, des prières hésitantes, avec des balbutiements, des incompréhensions, des oublis, des rappels d’un temps très passé ressortis on ne sait comment à ce moment-là, mystère de la mémoire. Des prières semblant comme un peu ratées mais pourtant tellement réussies, tellement justes…

 

C’était une simple messe de semaine qui m’a remué les entrailles. Peut-être parce que j’ai un membre proche de ma famille aussi atteint de cette terrible dégénérescence cérébrale, peut-être surtout parce que cette messe, c’était vraiment le Seigneur qui se faisait proche des pauvres, très concrètement, parce que cette messe, c’était le mystère de l’Eucharistie à l’état brut.

 

C’était une simple messe de semaine qui redisait si fort combien elle célébrait la Vie.

 

Foretti de Laudato si (3/6)

       Dans ce troisième chapitre de l'encyclique intitulé "La racine humaine de la crise écologique", c'est une belle série de crochets et d'uppercuts bien sentis que le pape François propose. De quoi non seulement tous se sentir responsables - sans défaitisme - mais aussi et surtout de quoi nous interroger sur ce qu'il nomme, et ce avec beaucoup plus de justesse que le mot technologie, la technocratie. De quoi réfléchir à la racine, pour agir... Comme précédemment, quelques citations glanées à la lecture. 

 

"On a tendance à croire que 'tout accroissement de puissance est en soi 'progrès', un degré plus haut de sécurité, d'utilité, de bien-être, de force vitale, de plénitude des valeurs' <Romano Guardini>, comme si la réalité, le bien et la vérité surgissaient spontanément du pouvoir technologique et économique lui-même. Le fait est que 'l'homme moderne n'a pas reçu l'éducation nécessaire pour faire un bon usage de son pouvoir', parce que l'immense progrès technologique n'a pas été accompagné d'un développement de l'être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience." (§105) 

"Aujourd'hui le paradigme technocratique est devenu tellement dominant qu'il est très difficile de faire abstraction de ses ressources, et il est encore plus difficile de les utiliser sans être dominé par leur logique." (§108)

"La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d'apparaître par rapport à la dégradation de l'environnement, à l'épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constituerait une résistance face à l'avancée du paradigme technocratique." (§111)

"La façon correcte d'interpréter le concept d'être humain comme 'seigneur' de l'univers est plutôt celle de le considérer comme administrateur responsable." (§116)

"On oublie que la valeur inaliénable de l'être humain va bien au-delà de son degré de développement. Du reste, quand la technique ignore les grands principes éthiques, elle finit par considérer comme légitime n'importe quelle pratique. Comme nous l'avons vu dans ce chapitre, la technique séparée de l'éthique sera difficilement capable d'autolimiter son propre pouvoir." (§136)

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jeudi, août 27 2015

L’un et l’Autre

 

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Beaucoup de bruit pour pas grand chose : c’est la première chose qui me vient en tête lorsque je lis les débats récents sur internet autour de l’Église et du FN.

 

Rappelons les faits : une élue de ce parti a été invitée par un évêque à une université d’été.

 

Évidemment, cela a tout de suite grossi puis, comme souvent, dérivé dans la presse… L’Église serait-elle devenue pro-FN ?

 

Heureusement, un communiqué très juste de ton du p. Olivier Ribadeau-Dumas, porte-parole de la Conférence des Évêques de France est venu ce jour redire et clarifier les choses : certaines des « grandes » idées du FN ne sont pas compatibles avec l’Évangile.

Donc, non, un chrétien ne peut pas « être FN » (avant de pousser de hauts cris, notez bien l’emploi du verbe « être », merci) ;

Tout comme, non, un chrétien ne peut pas « être communiste » (idem) ;

Car, tout simplement, il « est » chrétien.

Essentiel.

 

Je mets ce balancement de deux partis extrêmes en avant car c’est celui qui est beaucoup utilisé comme moyen de comparaison sur internet, comme s’il fallait absolument faire pencher la balance vers l’un ou l’autre bord et faire le jeu d’une absurde binarité qui n’a pas lieu d’être. En réalité, dans les deux cas, c’est la même chose qui est en jeu : le chrétien, parce qu’il est chrétien, ne peut chercher qu’à faire grandir l’homme, quel qu’il soit, dans toute son humanité. Donc :

Le chrétien ne peut pas aimer qu’on attaque la dignité humaine de quelqu’un parce qu’il est étranger, bref, dans son altérité ;

Le chrétien ne peut pas aimer qu’on attaque la dignité humaine dans son unicité et dans sa grandeur propre.

Il est bon de le dire et de se le redire, au-delà des querelles partisanes.

 

Mais alors… inviter une élue FN dans une université d’été catholique, quid ?

Il me semble que, dans tout cela, c’est au discernement individuel des motivations qu’il convient de laisser sa part.

 

S’il s’agit de faire le jeu des puissants et n’inviter que les élus de partis faisant de gros résultats, il semble dommage de laisser le plus grand parti de France, celui des abstentionnistes, ne pas être très largement représenté… plus sérieusement, c’est surtout avec tous qu’il convient de savoir dialoguer, y compris les petits partis. 

Si c’est pour flatter un penchant nauséabond que j’aurais au fond de moi, une accointance secrète, il me semble que c’est néfaste… est-ce que je serais capable d’avoir la même démarche avec quelqu’un d’un parti opposé ?

Si, au contraire, c’est pour dialoguer en vérité avec quelqu’un de différent, cela est vraiment très juste et très beau et je prie pour que les échanges se déroulent dans la paix.

 

Le discernement, c’est la seule vraie question à se poser dans cette affaire et il revient à chacun de se la poser plutôt que de chercher à « scruter les reins et les cœurs » des organisateurs à la place de Celui qui s’en charge :

Suis-je capable d’entrer en dialogue avec l’autre, même si ses pensées sont antipodes des miennes ?

Suis-je capable d’entrer en dialogue vrai avec l’autre : l’écouter et parler, sans jamais rien perdre de ma foi chrétienne ? C’est-à-dire suis-je capable d’oser placer notre échange sous le prisme de la confiance et de la Vérité ?

Vérité qui, pour nous, est une personne, le Christ : appel sempiternel à la conversion, au diaLogue, à Le laisser paraître et transparaître au travers de nos échanges.

 

Illustration : Jérome Bosch,  Ecce Homo

mercredi, août 26 2015

Des coups de fil du pape François

On sait bien que le pape François donne parfois des coups de fil inattendus....

Quelle ne fut pas ma surprise ce jour de m'apercevoir à la maison diocésaine que tout y était prêt pour les recevoir ?!?! ;-) 

 

François à la maison dio

 

lundi, août 24 2015

Lectures estivales 2015 #3 de la grammaire et des sourires

 

J.-P. Minaudier, Poésie du gérondif

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On se demande vraiment de quoi il s'agit quand on ouvre ce livre... Déstabilisés, perdus, même quand, comme moi, on apprécie la grammaire un peu comme un vice secret qu'on n'ose pas trop avouer et qui vous prend quand, le soir venu, vous aimez aller compulser de vieux ouvrages pour chercher si telle tournure est admissible en français et pourquoi. 

Et puis, la première surprise passée, on goûte le charme curieux de cet ouvrage qui navigue "à sauts et à gambade" à travers la grammaire, comme si elle était un vaste continent qu'on n'avait jamais fini de découvrir aux détours charmants et charmeurs. Citons l'auteur : "bref, je voudrais montrer qu'en prenant la grammaire par un autre bout, on peut en faire un jeu et une passion, sans forcément être soi-même être linguiste : tout un chacun peut avoir accès à ce trésor, à ce plaisir [...]. Je soutiendrai que si on l'aborde comme une ouverture sur le monde et non comme une tyrannie, la grammaire devient invitation à la rêverie et à la rencontre de l'autre, elle ouvre des portes sur l'inépuisable variété de l'esprit humain." 

 

Paroles joyeuses de Jean-Paul II

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Des fioretti pour mieux connaître de l'intérieur saint Jean-Paul II : c'est toujours plaisant et souvent profond ! 

Une parole qui me plaît bien sur le "tourisme pastoral" de Karol Wojtyla parce qu'elle parle d'une attitude générale qui concerne aussi chaque chrétien pour vivre partout, avec : "Le devoir d'un prêtre est de vivre avec les gens, partout, où qu'ils soient, être avec eux dans tout, mis à part le péché. [...] Durant lees randonnées, on parle... Ce ne sont pas forcément des discussions qu'on pourrait appeler élémentaires. Il s'agit de savoir parler de tout, des films, des livres, du travail, des recherches scientifiques, du jazz... Souvent, durant ces années-là, je me demandais si j'avais le droit d'effectuer ce genre de tourisme pastoral et si je ne me détournais pas ainsi de ma mission réelle. Cependant, après de longues réflexions, des jours d'interrogation et de prières, j'arrivais toujours à la conclusion que je pouvais, et même devais le faire, car il s'agissait bien, malgré les apparences de mon rôle d'évêque." 

 

jeudi, août 13 2015

Ne soyons pas cloches

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Quelques mots alors que je me trouve présentement en train de marcher sur un tronçon de la via Francigena dans l'est de la France. 
 
J'ai pu entrapercevoir, depuis plusieurs jours, une belle initiative sur les réseaux sociaux : #ChristianBells 
 
Quid ? Sonner les cloches le 15 août, comme signe de soutien avec nos frères chrétiens d'Orient dont les conditions de vie sont chaque jour un peu plus difficiles. 
 
Quelle utilité dans les histoires politico-religieuses qui agitent le Moyen Orient ? 
Aucune... directement ! 
C'est dérisoire de sonner les cloches !
 
Mais quelle utilité a une cloche sinon celle de faire du bruit ? 
C'est justement ce qu'on leur demande : faire du bruit, qu'on parle de ces violences, de ces persécutions, qu'elles soient rappelées à nos cerveaux ayant trop tendance au zapping ! 
Mais quelle utilité a une cloche sinon d'appeler à la prière ? 
C'est justement aussi ce qu'on leur demande : appeler chacun à sa responsabilité ! À la prière d'abord, à l'action s'il peut faire plus ! 
 
Le 15 août, je cheminerai pour ma part sur une étape au départ de Besançon. 
Que les cloches sonnent pour #ChristianBells, pour l'Angelus ou pour les heures, je m'associerai humblement à l'initiative en priant un "je vous salue Marie" à l'intention des chrétiens d'Orient à chaque cloche entendue. 
 
Que sonnent les cloches, 
Que prient les hommes ! 

jeudi, août 6 2015

Fioretti de Laudato si (2/6)

          Dans ce deuxième chapitre de l'encyclique, intitulé "L'Evangile de la création", le pape nous offre une belle réflexion sur notre situation de croyant au sein de notre "maison commune" : en retraçant les rapports de l'homme et de la création dans l'histoire du salut, il attire notre regard sur des points parfois trop oubliés (... en tout cas par moi !) de la Parole de Dieu qui invitent à mieux contempler la Création, à mieux regarder le monde. Plein d'audace et de réalisme, j'ai trouvé ce chapitre particulièrement nourrissant et stimulant pour notre prière comme pour notre action responsable (en lien avec la doctrine sociale de l'Eglise, notamment)... voici quelques fioretti que j'en relève, parmi tant d'autres.  

https://lh3.googleusercontent.com/IMzSZlMu3HzShUMYGI4nII0K0d-P-v04pz5JA2sbOGPEH5CZES-IX8TF4KzAVd-pyd_Cl3FVxSMDyU8=w1062-h406

 

 

"Pour la tradition judéo-chrétienne, dire 'création', c'est signifier plus que 'nature', parce qu'il y a un rapport avec un projet de l'amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification [...] comme une réalité illuminée par l'amour qui nous appelle à une communion universelle." (§ 76) 

 

"La nouveauté qualitative qui implique le surgissement d'un être personnel dans l'univers matériel suppose une action directe de Dieu, un appel particulier à la vie et à la relation d'un Tu avec un autre tu. A partir des récits bibliques, nous considérons l'être humain comme un sujet, qui ne peut jamais être réduit à la catégorie d'objet." (§ 81) 

 

 

"Chaque créature a une fonction et [...] aucune n'est superflue. Tout l'univers matériel est un langage de l'amour de Dieu, de sa tendresse démesurée envers nous. Le sol, l'eau, les montagnes, tout est caresse de Dieu." (§ 84) 

 

 

"D'où la conviction que, créés par le même Père, nous et tous les êtres de l'univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle, une communion sublime qui nous pousse à un respect sacré, tendre et humble." (§ 89) 

 

 

" Tout est lié. Il faut donc une préoccupation pour l'environnement unie à un amour sincère envers les êtres humains, et à un engagements constant pour les problèmes de la société." (§ 91) 

 

Comme des frères

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Courant juillet, j'ai expérimenté la marche en groupe lors de six jours avec les jeunes adultes de mon diocèse sur le chemin d'Assise. Nouveauté pour moi que cette marche en groupe : j'ai déjà marché parfois avec des amis et je marche le plus souvent seule. 

C'est... différent, ne serait-ce que parce que, contrairement aux amis, on ne se choisit pas : on se rencontre ; ne serait-ce aussi que parce qu'il y a la vie en communauté avec ses joies et ses concessions évidentes. Mais, plus que tout cela qui s'expérimente n'importe où ailleurs, j'ai découvert lors de cette marche quelque chose de l'ordre d'une école de fraternité. 

Fraternité : ce mot si galvaudé à force de sonner dans notre devise républicaine comme  le troisième terme un peu oublié, comme quelque chose de passé, voire de dépassé, sans force et sans âme alors que ce mot est tout sauf insipide. 

Partir avec des chrétiens, c'est se rappeler que nous sommes enfants d'un même Père. Cela se vit avant tout dans la prière, partagée, et non dite chacun dans son coin, ce qui est souvent le cas quand on part en solitaire - bien qu'on cherche souvent à s'agréger à la prière de telle ou telle communauté au passage, évidemment. 

Et c'est dans cette prière que renaît ce ferment profond d'une même filialité, où se puise cette fraternité vraie. Elle en découle, profondément et, au cours de cette marche, nous avons pu la goûter. Valeur indépassable de la prière commune ! 

Alors quand, au retour, on commence à lire l'encyclique Laudato si et que l'on voit l'analyse du pape François sur le fameux cantique des créatures comme un appel à sortir de toute forme de domination pour entrer dans un rapport de fraternité, y compris avec la nature dans laquelle on a marché, justement... 

.... On se rappelle alors que l'auteur de ce cantique des créatures est un certain saint François d'Assise, on sourit en pensant qu'on a marché avec ces frères-là sur le chemin... d'Assise ! Coïncidence, vraiment ? ;) 

 

mardi, août 4 2015

Fioretti de Laudato si (1/6)

Parmi les lectures estivales se trouve évidemment l'encyclique du pape François Laudato si que, oui, je n'ai pas encore lue ! On en trouve des résumés et des critiques à peu près partout sur la toile... et pourtant, j'avoue que je me laisse agréablement surprendre par les propos percutants et profonds de celle-ci, décalant certainement notre propre centre de gravité occidentalo-centré sur ces questions écologiques. Et cela est bon. 

Alors, plus que parler, plus que résumer et plus que commenter, je laisserai ici comme des fioretticoncept si lié au saint patron de notre pape, des étincelles ayant illuminé et fait pétiller ma lecture, bref des citations de quelques phrases au fil de ma propre lecture critique et méditative, en guise de partage.  Il y a 6 chapitres, donc il y aura 6 billets avec la particularité que ce premier "vaudra" pour introduction et premier chapitre ("Ce qui se passe dans notre maison") !  

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"Le monde est plus qu'un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange" (§12) 

"L'objectif [...] est d'oser transformer en souffrance personnelle ce qui se passe dans le monde." (§19)

"Il semble que nous prétendions substituer à une beauté, irremplaçable et irrécupérable, une autre créée par nous." (§34)  

"Si nous tenons compte du fait que l'être humain est aussi une créature de ce monde, qui a le droit de vivre et d'être heureux, et qui de plus a une dignité éminente, nous ne pouvons pas ne pas prendre en considération les effets de la dégradation de l'environnement, du modèle actuel de développement et la culture du déchet, sur la vie des personnes." (§43)

"A cela s'ajoutent les dynamiques des moyens de communication sociale et du monde digital, qui, en devenant omniprésentes, ne favorisent pas le développement d'une capacité de vivre avec sagesse, de penser en profondeur, d'aimer en générosité. Les grands sages du passé, dans ce contexte, auraient couru le risque de voir s'éteindre leur sagesse au milieu du bruit de l'information qui devient divertissement. Cela exige de nous un effort pour que ces moyens de communication se traduisent par un nouveau développement culturel de l'humanité, et non par une détérioration de sa richesse la plus profonde. La vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s'obtient pas par une pure accumulation de données qui finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale." (§47) 

"Nous avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine. Il n'y a pas de frontières ni de barrière politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n'y a pas non plus de place pour la globalisation de l'indifférence." (§52) 

 

lundi, août 3 2015

Vacance(s) et présence

 

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C’est drôle, ce besoin de s’éloigner pour se recentrer,

Ce besoin de marcher pour mieux s’arrêter sur le quotidien,

Ce besoin de s’élever pour mieux contempler,

Ce besoin de changer de rythme pour reprendre une juste cadence,

Ce besoin d’être seul(e) pour mieux rencontrer,

Ce besoin de rencontrer, pour savoir être seul(e),

Ce besoin de se taire pour mieux écouter et mieux parler.

 

C’est drôle, toutes ces recherches et tous ces constats presque contradictoires tendus vers Toi, Seigneur,

Alors même que Toi, Lumière, où qu’on soit, Tu es toujours là.

 

dimanche, août 2 2015

Lectures estivales 2015 #2

 

Une petite sélection B.D. pour continuer l’été.

 

Riad Sattouf, L’Arabe du futur 2 (1984-1985)

 

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La suite du premier volume et toujours la même verve. Riad Sattouf raconte, comme l’indique le sous-titre, une jeunesse, sa jeunesse, au Moyen Orient, en Syrie, et c’est malheureusement terrifiant. Les rêves fabuleux de son père – mais celui-ci y croit-il vraiment ? - sont sans suite, les conditions de vie désastreuses, le système entièrement pourri et, peut-être le pire pour la prof que je suis, l’ « éducation » calamiteuse, pour ne pas parler de formatage complet à la gloire du régime. On aimerait hurler, on aimerait croire que tout cela est faux mais le caractère autobiographique de cette œuvre nous fait surtout réaliser, malgré sa subjectivité, qu’il s’agit là d’un documentaire précieux, qui plus est bien construit et plutôt souriant. A lire sans hésitation.

 

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Tiphaine Rivière, Carnets de thèse

 

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L’aventure de la thèse dans le domaine des humanités et de la recherche en général croquée en autant de personnalités emblématiques et de galères existentielles… c’est bon ! On sourit plus souvent qu’à son tour, même si ce roman graphique pose en arrière-plan une question qui a pu déjà étreindre chaque personne ayant un peu touché du doigt la recherche en ces domaines : quid de la juste distance avec notre sujet de recherche pour maintenir une relation équilibrée avec le monde et avec les autres ?

 

jeudi, juillet 16 2015

Hymne à la Sainte Face

De sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix : 

"Toi qui as aimé les tiens
comme jamais aucun homme n'a aimé sur cette terre,
Tu nous as fait, en quittant la terre,
la promesse consolante
de rester avec nous jusqu'à la fin des temps.

Maintenant Tu habites caché au milieu de nous.
En tous temps et en tous lieux se déversent hors de ta tente
consolation, lumière et force dans les âmes ici-bas
qui se réfugient auprès de Toi.
Elles regardent avec amour vers la petite hostie,
image silencieuse de la pureté et de la paix.
Pourtant, dans le coeur de ceux qui T'aiment, 
jamais ne se tait le désir ardent de Te voir en personne,
Toi, le plus beau de tous les enfants des hommes,
dans ta forme corporelle. (...)

Et maintenant, en ces derniers temps,
alors que la foi, l'espérance et l'amour ont disparu,
Tu as découvert ta Sainte Face,
la Face de celui qui souffrit sur la Croix
et ferma les yeux dans le sommeil de la mort.

Comme derrière un voile nous voyons la souffrance
dans ces traits saints, sublimes.
Cette souffrance - dépassant toute mesure humaine -
est si grande que nous ne pouvons 
ni la saisir ni la pénétrer.
Pourtant Tu souffris silencieux
et en Toi était une force qui maîtrisait l'excès de la souffrance.
Tu étais son Seigneur lorsque Tu Te livrais à elle.
Une paix insondable et profonde coule de ces traits et dit :
Tout est accompli.

Sur celui à qui Tu T'unis éternellement
Tu jettes le mystérieux voile :
il supporte avec Toi Ta souffrance et souffre comme Toi,
caché, silencieux et profondément en paix." 

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lundi, juillet 13 2015

Parce que la vie est là

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Soir d’été dans un hôpital de banlieue : l’air est doux, le jardin charmant, les anciens hospitalisés nombreux.

Échanger avec ce soignant au réalisme douloureux mais profondément humain, puis monter à l’étage, même si l’on n’est pas au bon horaire.

Te saluer ;

Entendre ta respiration sifflante ;

Tes mots embarrassés, pas tout à fait logiques ;

Ton regard ayant du mal à nous fixer ;

En quelques jours, beaucoup de fonctions se sont dégradées et c’est vrai que je peine à voir en toi celui que tu es, étendu que tu es sur cette couche sordide d’hôpital.

Mais il importe peu : je sais qui tu es.  

Échanger quelques mots avant de te souhaiter une nuit la plus paisible possible.

 

Et entendre encore ta respiration sifflante au traves de tes balbutiements de réponses,

L’entendre me rappeler l’essentiel en réalité :

Penser au souffle de l’Esprit, Celui qui fait vivre, Celui qui mène toujours au-delà,

Penser à ce souffle de vie de Dieu, donné à l’homme.  

Et rendre grâce, même dans ces terribles faiblesses, du don incommensurable de la vie.

 

Lectures estivales 2015 #1 (Ph. Claudel & Erri De Luca)

Comme quasiment tous les ans, je proposerai à l’occasion sur mon blogue quelques partages de mes lectures estivales. Et, comme toujours, pas d’autre ligne conductrice que la la joie de la découverte et la sapidité de la lecture : ici, deux livres savourés dans l’avion, l’un à l’aller d’un voyage en Andalousie, l’autre au retour.

 

 

Philippe Claudel, La Petite fille de M. Linh

 

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Il est des livres mystérieux, qui s’ouvrent dans le brouillard et la lenteur et dont on ressort avec l’impression d’avoir vu se façonner un beau travail d’orfèvrerie. C’est le cas de ce roman extrêmement bref publié en 2005 : à voir arriver ce vieil homme en bateau, on pourrait croire qu’il ne s’agit que d’un livre sur le malheur des immigrations forcées en temps de guerre, un livre bien-pensant en quelque sorte, alors que nous en sommes bien loin. Il serait même trop facile de n’en faire qu’un simple livre sur l’exil et la nostalgie des racines : il en est question mais le romancier nous perd et nous entraine bien plus loin. Seule demeure la vraie question : qu’est-ce qui, finalement, nous fait vivre, même au plus sombre de nos pertes ?

 

Erri De Luca, Un nuage comme tapis

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Ce que j’aime le plus chez De Luca, c’est cette approche double des textes bibliques : hébraïsante et littéraire. Elle se décline ici en seize courts textes, cherchant à offrir un regard différent sur des épisodes précis de l’Ancien Testament. C’est simple, priant, beau et tout bon !

« Illustrer la Bible d’une note nouvelle : non pas pour apposer en bas de page, à l’infini, une autre signature, mais pour refléter une part de la lumière qu’elle offre, même au dernier de ses lecteurs. » (préface)

 

Lacryma pueri

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Elles coulaient le long de ses joues…

Silencieusement.

Pas de sanglots, juste des larmes,

Des grosses larmes qui coulaient sans discontinuer, le visage enfoui dans les bras d’une autre.

 

Douleur réelle et profonde :

Parfois, trop souvent, les mots sont impuissants.

Il n’y a pas de raison à donner,

Et là, pas de vraie consolation.

 

Larmes d’une enfant face à notre impuissance.

Juste nos bras pour accueillir et recueillir son chagrin,

Juste nos mains tendues ensuite pour Te les présenter,

Te présenter toutes ces larmes, comme autant de miroirs limpides et si purs, offerts à refléter Ton amour :

Viens y rayonner, s’il Te plaît.

 

vendredi, juin 26 2015

Foi de l'alchimiste, foi du prof ?

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Ce ne sont que des noms alignés sur le papier.

En réalité, ce n’étaient que des noms alignés sur le papier il y a encore quelques mois…

Car, au long de ceux-ci, ils ont pris l’image d’une figure, l’inflexion d’une voix, les souvenirs de moments partagés ensemble joyeux comme pénibles : l’épaisseur d’une vie.

 

Les bilans d’année ont été faits : les progrès, les inquiétudes, les joies, les craintes. Des mots pour dire ce qui fut et pour conseiller, faiblement mais au mieux possible pour ce qui sera.

Et pourtant ils sont encore tous rassemblés sur ce papier.

 

Constitution des classes : exercice d’orfèvre.

Il faut chercher les bons ingrédients pour qu’à peine une année touchant à son but, la potion de l’an prochain soit réussie.

La potion ne sera pas franchement translucide, elle est souvent troublée, et elle ne doit être ni inodore, ni incolore, ni insipide : quel intérêt ?

 

La constitution des classes, c’est une forme d’alchimie de la vie ;

Une recherche d’équilibre, d’associations intéressantes et goûtues, en évitant les trop corsées mais en laissant les accords réussis se prolonger.

 

Quand l’année peut sembler s’essouffler à force de tirer en longueur, l’événement donne déjà envie de la suite : de découvrir le résultat comme de rencontrer ceux qui ne sont encore que de simples noms sur ces listes.

 

Rien n’est déjà gagné, rien n’est déjà perdu : c’est l’ouverture à l’imprévisible de la vie.... en quelque sorte un acte de foi du prof !

 

mercredi, juin 24 2015

En archē ēn ho Lógos

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Verbe, Parole, Voix :

Mots de la Bible, mots de Dieu…

Parfois, on a l’impression que Dieu est le plus grand des littéraires !

 

Et qu’Il nous invite à l’être à Sa suite.

Parvenir à dire, parvenir à écrire : 

Dire, agir, proclamer !

 

La Parole est risque : elle peut n’être pas reçue.

La Parole est promesse : elle engage, parfois, souvent, bien plus loin que nous-mêmes.

Car si les paroles s’envolent, la Parole, elle, reste, plantée au cœur, prête à germer.

 

La Parole se lit, se médite, s’écoute, se travaille…

Puis la Parole peut agir et nous travaille.

La Parole est murmure fragile et force aimante,

Le tout dans le même temps.

 

Au cœur, elle se susurre dans le dialogue intime de la prière pour pouvoir, en grandissant, un jour être dite, lancée plus loin que nous-mêmes :

Pour que nous soyons Sa voix.

 

J’aime que saint Jean-Baptiste fêté ce jour soit « la voix de celui qui crie dans le désert » :

il nous invite à oser être prophètes comme lui puisque Dieu « nous a façonnés dès le sein de notre mère », pour que « son salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre »,

Pas forcément en allant à ces extrémités lointaines,

Mais en laissant Dieu écrire en notre vie,

Puisqu’Il y fait entrer l'Être (lettre(s) ?) et l'Esprit !

 

mardi, juin 16 2015

Il est toujours l'Heure de l'alphabet

 

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En entrant au fil des mois et des années dans une régularité plus grande de prière de la Liturgie des Heures, je m’aperçois combien les psaumes se mettent à s’ancrer en ma tête et, de là, à irriguer tout mon quotidien sans que je l’aie recherché.  

 

Dans la prière elle-même, bien sûr ; mais aussi dans diverses situations de la vie. Je me suis surprise à penser avec joie lors d’une nouvelle inattendue il y a une dizaine de jours :

 

« Devant l’ouvrage de Tes mains, je m’écrie :

Que tes œuvres sont grandes Seigneur,

Combien sont profondes tes pensées ! » (ps. 91)

 

Et ainsi de suite… Il n’est pas rare qu’un verset me vienne facilement en tête, au détour d’une situation, comme pour m’aider à l’habiter de Dieu.

 

C’est peut-être pour cela que la Liturgie des Heures est parfois exaltante, parfois lourdement ânonnante : elle est comme la récitation d’un alphabet particulier, celui des psaumes, qui nous offre les mots pour dire et vivre mieux Dieu en nos vies.

 

dimanche, juin 14 2015

Elle seule me suffit...

Parce que, certaines fois, les oraisons s'allument enfin à nos oreilles inattentives ou trop habituées... Et alors, on les trouve vraiment très belles, très justes, parlant à notre coeur. 

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"Dieu tout-puissant, force de ceux qui espèrent en toi, sois favorable à nos appels : puisque l'homme est fragile et que sans toi il ne peut rien, donne-nous toujours le secours de ta grâce ; ainsi nous pourrons, en observant tes commandements, vouloir et agir de manière à répondre à ton amour." 

Oraison du 11ème dimanche du T.O. 

 

dimanche, juin 7 2015

Certainement... sans la grâce !

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Toujours avec les mêmes 6èmes, s'acheminer doucement vers la fin de la séquence sur la Bible en abordant le genre de la "parabole". 

Choisir pour illustrer mon propos la parabole du Bon Samaritain. 

Lire, expliquer, commenter avec eux... pour qu'ils découvrent la définition et l'utilité de la parabole. 

Et puis, de manière inattendue, cette remarque qui fuse du fond de la classe : 

 

"Il dit bien qu'il faut aimer les autres, tous les autres, comme soi-même ??? Wesh, c'est trop dur ce truc en fait !" 

Allez savoir pourquoi, cela m'a doucement fait sourire ! :) 

 

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