Zabou the terrible

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mardi, septembre 30 2014

Temps court, temps favorable

 

Un mois de plongée dans un projet pédagogique expérimental ;

Un mois peut-être plus que d’habitude au service des élèves ;

Un mois de tâtonnements, de recherches, un peu de galère quand même ;

Un mois de fatigue, il est vrai, malgré les belles joies qu’il a pu offrir ;

Un mois et encore deux semaines d’un rythme soutenu (non pas jusqu’aux vacances mais jusqu’à la fin d’une de nos nouvelles « périodes ») ;

Un mois et une très proche inspection en prévision ;

Un mois à courir, sans peu de temps pour regarder le chemin doucement et y souffler le long…

 

Mais Toi, Tu me redis toujours que c’est maintenant le « moment favorable »,

Que c’est hic et nunc que Tu me veux, que Tu viens me rencontrer,

Et cela change tout.

 

mercredi, septembre 24 2014

Les aimer ? En vérité : une réalité ?

– Madame, est-ce que vous aimez la classe dont vous êtes professeur principal ? 

– Madame, est-ce que vous nous aimez ?" 

Les 6èmes, ces champions haut comme trois pommes du plan affectif à tout va... 

Ce n'est pas si facile en réalité. 

Certains répondent qu'ils ne sont pas là pour les aimer - c'est vrai, d'ailleurs - d'autres répondent "Ben oui" risquant par là même ce que j'appellerais le "chantage affectif à la choupitude" quand il faut les punir. Plus tard, il y aura forcément des "madame, vous n'm'aimez pas !!!" lors d'heures de retenue : comme si, aimer, c'était cela, c'était être injuste et tout passer ! 

Bien sûr, je leur ai répondu "oui, j'aime toutes mes classes" devant leurs yeux épatés. Parce que, même si je ne suis pas là avant tout pour cela, c'est vrai que je les aime mais cela me renvoie toujours à cette question : que veut dire aimer ? 

Je ne pense pas qu'ils en aient vraiment conscience : sans doute que moi non plus, d'ailleurs. Et en plus, il serait plus juste d'ajouter que je ne sais pas les aimer : je m'efforce de les aimer, j'ai le désir de les aimer. 

Et cela n'enlève pas l'envie qui te prend parfois de leur coller une baffe bien appliquée, 

Et que cela n'enlève pas cette affinité qui te pousse vers l'un et moins facilement vers l'autre ; 

Et que cela n'enlève pas que le 4ème ado "de base" apparaîtra toujours plus comme un relou face au gnome naïf de 6eme ; 

Et que parfois, tu seras tellement énervée d'un comportement, qui viendra en plus s'ajouter à une journée exténuante que tu auras du mal à te dire "mais lui, il est aussi aimé de Dieu !" et encore plus à le vivre ; 

Et qu'aimer pour un être humain, cela ne veut pas forcément dire "réussir à aimer". 

Aimer, ce n'est pas enlever le poids de ton humanité et de ses inhérentes opacités ; 

Aimer, c'est Lui demander de le faire pour nous quand on en devient incapable, et, surtout, de le faire par nous, à travers nous ; 

Peut-être qu'alors, et seulement une fois l'année passée, on pourra vraiment leur dire avec un certaine réalisme et une relative justesse : "oui je vous aime" en ajoutant en esprit "mais je galérais tellement que j'ai pris le joker Dieu vous aime." 

Au cénacle, entre-deux

 

C’est avec amusement que je remarquai en arrivant à destination que le vélo du prêtre avec qui je me rendais à cette rencontre et le mien étaient de la même marque : btwin[1].

 

C’était amusant non pas parce que je voue un amour particulier à cette marque mais parce que, cette rencontre, elle était justement particulière : elle était un peu à l’image de ces vélos. Chrétiens dans l’Enseignement public (CdEP)… Des « betweens » ? Des infiltrés ces chrétiens, un peu dans les deux camps, à moins qu’ils n’aient une jambe dans l’Église et une jambe dans l’enseignement et qu’ils ne soient un peu perdus ? C’est vrai qu’ils ne sont pas si nombreux et qu’ils se sentent parfois minoritaires d’un côté comme de l’autre, c’est-à-dire dans leur paroisse comme dans leur établissement scolaire. Pourtant, comme ces vélos b'twins, ils sont en réalité de vrais passe-partout, dans les rues comme dans les chemins de traverse ! Mais bien sûr, un vélo, ça s’entretient.

 

Alors, comme entretien, j’ai découvert une soirée de la vie de cette équipe de CdEP : un temps fraternel, d’échange(s) autour d’une bonne table et de lectio. Importante la lectio 

 

Parole qui doit guider nos paroles, surtout quand il s’agit des Actes des Apôtres, ce vaste temps de l’Esprit Saint qui se donne en réalité, qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui, dans notre « temps ordinaire » liturgique mais pas que.

Parole qui forme nos mots pour prier, pour louer, pour confier…

Parole qui fait finalement de nous non pas des ‘entre-deux’ mais des êtres pleins d’e/Esprit, au choix, avec une option préférentielle pour la version avec majuscule qui n’empêche pas non plus la première… et donc doublement la joie !

 



[1] Poke le fondateur des DiMails ! 

samedi, septembre 20 2014

Synode pas sy-simple

 

« Lobby or not lobby ? »

C’est en ces mots que s’annonce, que s’écrit désormais le futur synode sur la famille. J’en suis triste.

 

Synode sur la famille donc… Et l’on transforme cela, trop abusivement, dans la presse et ailleurs – et, donc, dans les esprits de milliers de personnes – en un vaste jeu : « pour ou contre la communion aux divorcés remariés » ?

 

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mercredi, septembre 17 2014

Liste d’en-vie

 

Peiner à se lever à la première sonnerie du réveil ;

Esquisser ce vaste signe de croix sur moi en baillant ;

Sentir la saveur brûlante et amère du thé revigorant s’écouler doucement dans ma bouche tandis que la vapeur qui en sort est à l’image de mon esprit ;

Murmurer une prière laudative un mot trébuchant sur l’autre ;

Se rater et se coller encore du dentifrice partout sur le bas du visage ;

Faire vrombir le moteur de la Zaboumobile ;

Écouter le silence, y prononcer des prénoms in pectore puis chanter ;

Les accueillir ;

Les surveiller faisant leur contrôle, répondant à la question de celui-ci, réprimandant la tentative de bavardage de celui-là, sourire à une pitrerie ;

S’enchanter devant La Fontaine avec les plus jeunes ;

Écouter une question, répondre, puis une autre, puis encore une autre, puis encore une autre puis… stop ! ;

Faire pleurer une 6ème puis, à la fin du cours, l’aider à se relever ;

Partager un repas ;

Regarder en souriant son courrier ;

Se réunir à l’évêché pour préparer de futurs beaux moments ;

Passer un quart d’heure à glandouiller ;

Corriger des copies ;

« Vespériser » devant le tabernacle puis prier pauvrement en silence, tête posée sur le dossier de la chaise de devant ;

Préparer un cours, un peu mieux ;

Se marrer avec la pharmacienne ;

Tchatter avec l’un, répondre au mail d’un autre ;

Prendre le temps de se poser pour dîner ;

Finir ce truc-là qui traîne ;

Corriger des copies ;

Bouquiner, travailler, prier…

 

Tout ce qui fait l’ordinaire d’une journée : une simple liste…

Tout ce qui ne mériterait pas d’utiliser de l’encre, même numérique,

Mais qui, parce que cela est écrit en encre de Vie, le mérite et a son prix,

Parce que Tu y es présent, dans les pleins et les déliés,

Et que, si l’on T’y cherche, on y découvre subrepticement des traces, même toutes petites, de Ta présence, à chaque instant, même là où Tu semblerais a priori le plus absent.

 

Infiltration divine ?

 

 

A trop traîner d’une part dans les milieux ecclésiaux, d’autre part dans la fonction publique, on en arrive à avoir quelques hallucinations visuelles en lisant le verso d’une revue fort universitaire.

 

 

 

Comment ??? Le Service des vocations (ou SNEJV) a infiltré même la GMF pour sa prochaine campagne ?


A moins que ce ne soit Dieu Lui-même ? 

... Il est décidément trop fort... 

 

 

 

Oui, bon, pardon… ;-)

 

 

dimanche, septembre 14 2014

Ô croix sublime folie

 

 

Il y a ces croix réalistes, où le Christ est représenté souffrant,

Où l’on peut lire dans les ravins de Son visage l’horreur de la douleur insoutenable.

 

Il y a ces croix stylisées, où le Christ a déjà les bras levés, comme tendus vers la Résurrection,

Où l’on peut lire Sa gloire, l’à-venir, le triomphe sur la mort : la Vie.

 

Il y a ces croix où il n’y a rien que le bois, telle l’empreinte d’un corps,

Où l’on peut contempler, longuement, le « signe indélébile de Son Amour ».

 

 

Il y a toutes ces croix,

Et puis il y a nos croix…

Nos croix petites et grandes, celles du quotidien et les exceptionnelles,

Ces croix qu’on n’a pas à rechercher mais qui arrivent à chacun, à sa mesure ;

Ces croix qui nous font mal, qui sont rugueuses, blessantes et lourdes. 

 

Mais, toutes, Il les a déjà portées ; 

Mais en toutes, en regardant dans le même temps Sa croix, on sait qu’on a un compagnon, un frère ; un Dieu fait homme qui a aussi connu cela, ce qui le rend tout proche : on peut alors tout Lui dire, tout Lui confier car Il n’est pas un Dieu lointain et éthéré ; Il sait.

Alors toutes nos croix, on peut les mettre dans la perspective de la Sienne,

 

Dans Ta croix qui inscrit aussi un « plus », de Vie,

Dans Ta croix qui est croisement du monde et du ciel, pont que l’on a à laisser se réaliser en nous,

Dans Ta croix, nous recevons la vie, Ta vie ;  

Donne-nous, donne-moi, de savoir vivre ce mystère de la croix,

De nous y donner aussi avec et par Amour, comme on peut, même chancelant de souffrance, même tombant sous le poids de cette croix,

Parce qu’au-delà est l’horizon de la vie.

 

 

 

 

 

jeudi, septembre 11 2014

L'agence Zenit ce jour

... sincèrement, n'y a-t-il que moi que ce titre si étrangement politique fasse sourire ? ;-)


mardi, septembre 9 2014

Si, parfois, tu crois ne voir que de la fumée, n’oublie pas

 

 

« Dieu se dit à Moïse par le buisson en feu. Et Jésus : ‘Je suis venu mettre le feu et ce que je veux c’est qu’il flambe’.

 

A part la terre et les astres éteints, l’univers n’est que feu, dit-on. Dieu travaille comme le feu jusqu’à ce qu’il soit tout en tous. A la Pentecôte la foi commence par une mise à feu.

 

Certes, au long de l’histoire, il arrive qu’on ne voie que de la fumée. Mais il n’y a pas de fumée sans feu. »

 

 

Jean Sulivan, L’Exode, p. 206

 

dimanche, septembre 7 2014

"Toi y es-Tu, m'entends-Tu ?" Et Il y est toujours

Il y a ces heures où je ne sais que rester à la surface de moi-même ;
Je viens à l'oraison, oui, je suis là mais je suis dans le vague, 
Pleine de mes occupations, de mes préoccupations, 
Sur le papier, sur l'agenda, sur mon temps, je viens pour Toi, ça oui...
Mais finalement, je ne sais rester que centrée sur moi. 

Ce qui est fou, c'est que pourtant, il n'y a personne d'autre que Toi et moi, 
Je ne peux même pas dire que je fais ça pour épater la galerie, non, 
Ni pour me donner bonne conscience, assise en tailleur devant cette croix, 
Je viens pour Toi mais en fait, c'est que je ne sais pas aimer selon Toi, 
C'est que je ne sais pas aimer comme Toi, 
Parce qu'aimer, parce que prier, c'est tout un : c'est une vraie ouverture à l'Autre, 
Et comment la réaliser si l'on reste tout tourné vers soi : 
Moi, moi, moi... Où Te laisse-je donc la place, à Toi ? 

Ce qui est pourtant encore plus fou, 
C'est que, quand je T'ouvre enfin la porte, 
Quand je me tourne enfin vers Toi, 
Quand je Te demande la grâce d'aimer, 
Quand je demande à Ton Esprit Saint de prier et d'agir en moi, 
Je m'aperçois que Tu es toujours, mais vraiment toujours, là, 
Que Tu n'as même pas un mot de reproche ou une quelconque réprimande,
Que Tu es là, 
Que Tu me dis "Je t'aime", sans un mot de plus, sans un mot de trop, 
Que Tu aimes : simplement, vraiment, pleinement. 

vendredi, septembre 5 2014

Péguy le mystique et l’antimoderne – en l’honneur du centenaire de sa mort

 

« Charles Péguy a vécu pour l’humanité et il est mort pour défendre la conception grotesque qu’avaient de l’honneur national les pires de ses compatriotes. »

 

Notice nécrologique de Charles Péguy par Walter Benjamin (traduite par Hella Tiedemann-Bartels)

 

 

 

 

 

Afin de valider mon UE d’allemand en master 2, j’avais réalisé à l’époque un mini-mémoire sur « la réception critique de Charles Péguy par Walter Benjamin ». En ce 5 septembre 2014 où nous rappelons la mort de ce grand écrivain français, je publie ici en guise d’hommage quelques extraits de ma dernière partie d’alors, intitulée « Rechtsdenken ? La réception d’un écrivain pour qui la politique est une mystique » et de ma conclusion qui ne manquent pas de lien avec les sujets habituels de ce blogue. Attention, c’est un peu long : mais Péguy mérite bien qu’on s’y arrête !

 

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mardi, septembre 2 2014

A la veille de les accueillir

 

 

 


Troisième rentrée comme professeur ;

Mais première fois que je reste dans un établissement ;

Mais première fois que j’aurai des élèves déjà « eus » ;

Et là, c’est encore plus particulier : je vais être professeur principal d’une classe quasiment inchangée par rapport à la clase que j’ai eue en tant que professeur de français l’an dernier.


 

Je souris déjà en voyant leurs bouilles sur le trombinoscope : en un an, il y a déjà eu pas mal d’histoires vécues en commun : de belles histoires mais aussi des trucs plus compliqués.

Je les imagine grandis, le teint peut-être même hâlé par les vacances s’ils sont partis un peu loin : ce ne seront plus ces petits êtres minuscules que je découvrais il y a pile un an, apeurés par leur arrivée au collège, un peu perdus (comme moi qui arrivais finalement !).


 

A la veille de les accueillir,

Je suis heureuse mais je suis aussi stressée ;

Stressée parce qu’on ne maîtrise jamais tout dans la relation éducative,

Parce que je sais que ce sera compliqué avec certains,

Parce que je ne veux pas non plus les enfermer dans l’image de ce qu’ils furent l’an passé,

Parce que je n’en connais pas d’autres et qu’il faudra les apprivoiser particulièrement,

Parce qu’on change en plus un peu tout cette année dans le cadre d’un grand projet, qu’il faudra expliquer, mettre en œuvre, de manière passionnée…

Et puis, je reconnais surtout que c’est un peu stressant de penser à l’impact qu’on aura eu à leur enseigner le français durant deux ans et non plus une seule année : à cet âge, deux ans de vie, c’est énorme…

Et, cette année, il y aura en plus ce côté « référent » qu’a le professeur principal.

 


A la veille de les accueillir,

Je me sens un peu morveuse, pas trop à la hauteur,

Malgré toutes mes connaissances, malgré ma toute petite expérience encore en croissance,

Et, du coup, stressée et heureuse dans un même élan, j’ai particulièrement envie de prier.

 

A la veille de les accueillir,

Prendre une copie de leur liste de classe et la placer subrepticement dans mon coin prière, pas loin de ma Bible ouverte :

Il n’y aura jamais trop de paires d’yeux pour veiller sur eux…

Surtout la Tienne, spécialiste des clins-Dieu, sachant si bien regarder avec bienveillance,

Pourtant, avec l’homme, Tu avais tant à faire !

Que Ta Parole soit ma source,

Modèle d’éducation vraie, aimante et exigeante,

Grandissante, épanouissante : vers un toujours plus d’humanité et de liberté.

Pour qu’avec Toi, avoir des Lettres rime toujours avec l’éducation à (l’)être. 



(Illustration de : http://vidberg.blog.lemonde.fr/ )

 

samedi, août 30 2014

Août Secours Alimentaire : un témoignage parmi d’autres

A la demande d'une des responsables de l'antenne de Colombes, j'ai rédigé un (tout) petit témoignage sur Août Secours Alimentaire, cette formidable association que j'aide quelques heures (trop peu, hélas) chaque année. Je le partage ici : puisse-t-il susciter des vocations de bénévoles et des initiatives du même acabit "parce que la faim ne prend pas de vacances" ! :) 

 

 

 

Il est 16h : des tas de nourriture ont été placés sur les tables et, autour, les uns et les autres commencent à s’affairer mais, dans cette fourmilière-là, on n’oublie jamais de se saluer, avec un grand sourire : car c’est d’humain et d’humanité qu’il s’agit ici. Certains sont derrière les tables et distribuent les produits pour constituer les sacs, tandis que d’autres les portent : il s’agit des colis repas qui seront distribués à partir de 18h à ces familles, à ces personnes seules, démunies, dont Août Secours Alimentaire est la seule ressource au mois d’août.

 

Voilà quelques années que, lors de mes passages en région parisienne au cours des vacances, je viens ici comme bénévole. J’ai toujours été marquée par le fait qu’ici rien n’était hiérarchique tout le monde sert à sa mesure, selon qui il est, selon ses possibilités et ses impossibilités : chacun est important dans la construction de l’édifice et c’est dans cette cohésion que naît un ciment qui tient bon.

 

Un édifice pour moi bâti sur le roc du Christ, dans la diversité des croyances des accueillants comme des accueillis mais j’aime ce petit moment où, avant d’ouvrir la distribution de ces repas, on nous lit une pensée de Sr Rosalie Rendu à qui est confié le projet. Il s’agit d’humains, il s’agit du Christ qui vient à notre rencontre en eux.

 

Souvent, pour ma part, je porte les colis, tâche assez mécanique, mais, toujours, il y a un bonjour avec ces personnes ou, en cas d’incompréhension de nos langues, il y a un échange de sourires. Et ça, ça me semble tout aussi important que la nourriture qui est donnée. Je ne connais pas l’histoire de ces personnes en face de moi mais je sais que, pour la plupart, elles vivent des histoires compliquées, lourdes. Leur tendre juste de la nourriture n’aurait pas de sens si nous ne pouvions, avec elles, partager quelque chose de nos vies. J’aime penser qu’Août Secours Alimentaire, c’est un peu comme une pastorale du sourire parce qu’on y parle, parce qu’on y vit une expérience d’humanité, de vie, profonde, simple et vraie.

 

jeudi, août 28 2014

S’Il te donne la grâce de Le rencontrer, sois son prophète par ta vie, sans crainte !

 

Regarder dès à présent sur la suggestion du futur prédicateur la 1ère lecture de dimanche prochain sur aelf.org ;

Et voir ce sous-titre donné à la lecture : « Le prophète doit souffrir pour son Dieu » peu engageant au prime abord ;

Et lire, et finalement sourire : c’est d’un texte particulièrement aimé qu’il s’agit là !

 

Un texte qui ne présente pas la vie en rose, certes, qui parle de « raillerie », d’« injure » même et de la violence dont le prophète doit faire preuve pour parler en Son nom.

Mais ce texte, il dit l’essentiel, il dit la vérité d’un feu brûlant, d’une séduction qui n’est pas captatrice : alors, en réalité, ce n’est pas de « séduction » dont il s’agit mais d’amour.

La séduction, ça rime avec tentation : avec Sa grâce, on peut y résister ;

La seule « séduction » que puisse faire le Seigneur, elle a nom Amour : et on ne peut que s’y sentir enflammé, brûlé sans que cela s’éteigne, à tel point de ne pouvoir résister.

Oh, on pourrait, bien sûr, c’est la liberté… mais qui a envie de dire non à l’amour ?

 

J’entends en écho St Augustin que nous fêtons ce jour :

Je t'ai aimée bien tard, Beauté si ancienne et si nouvelle, je t'ai aimée bien tard ! Mais voilà : tu étais au-dedans de moi quand j'étais au-dehors, et c'est dehors que je te cherchais ; dans ma laideur, je me précipitais sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi, et je n'étais pas avec toi. Elles me retenaient loin de toi, ces choses qui n'existeraient pas si elles n'existaient en toi. Tu m'as appelé, tu as crié, tu as vaincu ma surdité ; tu as brillé, tu as resplendi, et tu as dissipé mon aveuglement ; tu as répandu ton parfum, je l'ai respiré et je soupire maintenant pour toi ; je t'ai goûtée, et j'ai faim et soif de toi ; tu m'as touché et je me suis enflammé pour obtenir la paix qui est en toi.

 

Et ces paroles de Jérémie, donc, si souvent lues, entendues, écoutées, méditées :

« Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais il y avait en moi comme un feu dévorant, au plus profond de mon être. Je m'épuisais à le maîtriser, sans y réussir. »

 

Je les aime ces paroles, parce que, souvent, ces paroles, comme Jérémie, je me les suis dites : il y a des jours où, sachant l’antagonisme rencontré ici ou encore là, je n’ai pas envie de parler de Lui, je n’ai pas envie de vivre de Lui…

Il y a des jours, oui, trop nombreux ces jours, où j’ai peur…

Mais qui ne saurait vivre quand l’amour l’anime ? L’anime au sens étymologique du terme : quand l’amour fait vivre son âme et, donc, alimente sa vie ? 

 

J’entends encore en écho Isaïe dans le chant du Serviteur souffrant « j’ai rendu mon visage dur comme pierre » mais… mais la raillerie le transperce, même si nous sommes sûrs de ne « pas être confondus ». 

Parce que Le rencontrer, c’est apprendre à aimer ;

Parce que Le rencontrer, c’est devenir plus vulnérable : comment aimer si l’on n’a pas abaissé ses barrières, si l’on ne choisit pas de devenir chaque jour plus « désarmé » ?

On ne peut aimer, barricadé derrière des protections : pas d’amour vrai sans risque.

Un disciple n’est pas plus grand que son maître : et Lui, Il est mort sur la croix ;

Oui, le prophète – c’est-à-dire nous aussi par notre baptême – devra souffrir pour son Dieu, le sous-titre donné par le site a raison…

Mais est-ce vraiment l’essentiel à titrer ?

 

En nous laissant rencontrer par Lui, il y aura toujours ce feu brûlant

Ce feu d’un « je t’aime » qui parle au plus profond de ton cœur ;

Ce feu d’un Dieu qui change ta vie, en profondeur,  

Ce feu qui déborde car tu ne saurais le maîtriser,

Ce feu qui te donne l’envie, que dis-je, le désir d’en faire un titre de ta vie, un « Il t’aime, tu sais ? » à la face du monde,

Qui que tu sois, quoi que tu fasses, où que tu sois,

Car, ô enflammé par Lui, tu sais qu’Il est avec toi.

 

 

 

mercredi, août 27 2014

Ne poussez pas, je vous prie, le Mammouth dans les orties

 

 

 

Un nouveau ministre de l’Éducation Nationale (entre autres ! Mais particulièrement…) et c’est l’effervescence sur les réseaux sociaux, notamment du côté d’un grand nombre de catholiques. Le problème, c’est que ce que j’ai pu lire m’a un peu fait froncer le sourcil.

 

Il est évident que mon âme de chrétienne ne peut être en accord avec la totalité des positions passées de Mme Najat Vallaud-Belkacem et s’est déjà trouvée chiffonnée par ses propos. Il ne s’agit pas ici de faire de la politique, il s’agit d’éthique et surtout la concernant de bioéthique : de vie, en réalité. Mais ce n’est pas mon propos ici car je pourrais tout autant parler de mes divergences idéologico-spirituelles avec l’un de ses prédécesseurs.

 

Car, quand je dis que ce que j’ai lu ici ou là comme réaction à sa nomination m’a fait froncer le sourcil, c’est en réalité un peu plus fort : cela m’a blessée. On a crié haro sur le fameux mammouth dans son ensemble, décriant dès à présent un niveau encore en baisse ou une idéologie omniprésente, englobant dans le tout d’un jugement à l’emporte-pièce des masses de personnes concernées, et ramenant ces personnes à la seule nouvelle ministre.

 

C’est facile de cracher sur l’Éducation Nationale, sur ces feignants de profs toujours en vacances, sur ces nuls d’élèves… Mais connaissez-vous le « terrain » ? Ces milliers de profs passionnés qui se battent, chaque jour, pour faire grandir un peu plus, un peu mieux ? L’idéologie y est bien loin car l’urgence y est omniprésente, le niveau de fait souvent catastrophique mais, si la marche est haute à faire franchir, le défi est passionnant. Et, pour le coup, c’est la culture de l’humain qui y règne en maîtresse : et c’est ma joie.

 

Il y a un ministre de l’Éducation Nationale, oui, et on a le droit de ne pas être d’accord avec. Et on a le droit d’être méfiant mais, s’il vous plaît, et vous en particulier, mes frères chrétiens, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain : l’enseignement privé ne saurait accueillir tout le monde et l’Éduc’ Nat’ reste la grande usine du savoir, extrêmement loin d’être parfaite, certes, mais n’étant pas repeinte idéologiquement à chaque ministre. D’autant plus qu’on peut travailler ensemble sans être d’accord ! Il faut, simplement, veiller à ce que la liberté de chacun demeure. 

 

Il ne s’agit pas pour moi de peindre plus blanc que blanc un tableau contrasté, souvent très sombre, ni en aucune manière d’encenser cette nouvelle ministre vis-à-vis de laquelle j'admets partager votre méfiance ou même  simplement de défendre mon bout de gras mais, s’il vous plaît, ô mes frères et sœurs dans la Foi, ne serait-il pas bon d’avoir aussi l’honnêteté intellectuelle que vous exigez de vos contradicteurs ? 

 

dimanche, août 24 2014

Rends-moi fidèle

 

Vers la fin des vacances, prendre enfin le temps de finaliser ce petit choix, ce tout petit choix d’hymnes monastiques que je voudrais tellement léger qu’il puisse se glisser en format miniature dans un bréviaire sans y ajouter d’épaisseur. Pas grand chose, juste quelques textes particulièrement aimés dans lesquels on puisse puiser, à l’occasion, pour laisser plus de place à l’écoute du silence qui parle dans les mots.

 

En flânant à nouveau sur le site de la CFC (Commission francophone cistercienne), je retombe sur cette hymne-là et je la trouve décidément très belle : toute pleine de la justesse qu'a la sincérité d'un coeur pauvre, mais qui s'efforce de prier. 

 

Rends-moi fidèle (CFC – S. Marie-Pierre)

Rends-moi fidèle, Seigneur,

A ce fil d’espérance,

Et ce peu de clarté

Qui suffisent pour chercher.

 

Rends-moi fidèle, Seigneur,

A ce vin de ta coupe,

Et ce pain quotidien

Qui suffisent pour marcher.

 

Rends-moi fidèle, Seigneur,

A ce brin d’allégresse,

Et ce goût du bonheur,

Qui suffisent pour chanter.

 

Rends-moi fidèle, Seigneur,

A ton nom sur mes lèvres,

A ce cri de la foi,

Qui suffisent pour veiller.

 

Rends-moi fidèle, Seigneur,

A l’accueil de ton souffle,

A ce don sans retour,

Qui suffisent pour aimer.

 

 

vendredi, août 22 2014

Et maintenant notre page de psaume

 

Certains erraient dans le désert sur des chemins perdus,

Sans trouver de ville où s’établir :

Ils souffraient la faim et la soif,

Ils sentaient leur âme défaillir.

 

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,

Et lui les a tirés de la détresse :

Il les conduit sur le bon chemin,

Les mène vers une ville où s’établir.

 

Extrait du psaume 106 offert par la liturgie en cette fête de Marie Reine

 

 

 

 

Certains jours, les psaumes – celui de la messe ou ceux des offices – sonnent comme un J.T.,

Mais un J.T. sans voyeurisme, un J.T. du simple fait :

La souffrance, l’errance et, en même temps, parce qu’ils sont d’un peuple croyant, une incroyable, une invincible confiance.

Parce que la liturgie ne nous met en réalité pas à part mais nous plonge toujours dans l’actualité, dans celle qui a nom éternité, on a le cœur peut-être plus à même d’écouter, d’entendre résonner ce qui bat au cœur du monde, et, sans doute, alors, de prier…

 

Comment, en priant ce psaume, n’avoir pas à l’esprit ces intentions ?

Pour tous les persécutés, notamment nos frères d’Irak ;

Pour que, criant leur détresse, ils gardent confiance ;

Cette confiance en Lui pour laquelle ils sont persécutés et qui, en même temps, est leur Salut ;

Pour que nous sachions être les instruments du Seigneur, pour les aider dans tout ce qui est en notre pouvoir ;

Et surtout, pour que nous ne passions pas à autre chose, laissant l’actualité toujours mouvante, celle des J.T., nous submerger mais qu’au contraire, nous sachions toujours plus nous plonger dans l’actualité éternelle du Seigneur ;

Alors, en méditant Sa Parole, nous garderons toutes les pauvretés du monde en nos cœurs,

Comme un apprentissage en vérité du « Tu aimeras » de l’Évangile.

 

 

jeudi, août 21 2014

Lire l’été ? Quelle drôle d’idée ?

 

Dans le silence profond de la campagne où même le chant des oiseaux se fait murmure atténué,

Il y ce livre, et puis moi qui le tiens,

Des heures durant, solitude de la lecture.

Il y a la lecture sur papier, profonde, d’un ouvrage, généralement d’un bout à l’autre, parfois de tel ou tel papier transmis ou d’Écriture ; 

Il y a la lecture numérique, souvent plus légère, parfois plus profonde, de tel ou tel article que l’on n’a pas le temps de lire en temps ordinaire.

 

Temps de l’été, propice à cette activité de l’esprit,

Lecture qui nécessite le silence, ce silence profond,

Comme celui d’une bulle où se place le lecteur :

Non pour buller mais pour écouter, pour regarder, pour sentir,

Pour vibrer, pour goûter, pour s’instruire, pour ruminer ;

Pour savourer.

 

Lire, cueillir, se recueillir :

Il y a comme des racines communes,

Car il est question de butiner, de glaner,

De sélectionner pour prendre ce qui est bon,

Il est question de concentration pour recueillir le suc ;

Celui-là même qui nourrit en chemin.

 

Lire, cueillir, se recueillir,

Les trois activités s’exercent dans le silence,

Comme le silence des germinations même en dehors de la saison,

Quand le soleil commence à prendre sa teinte de rentrée,

Il y est question de reprendre souffle,

Il y est question de mieux capter Son Souffle,

Pour, substantiellement nourri, être mieux envoyé(e), vivant de Lui.

 

 

 

 

(Un peu comme ce panda la bulle du lecteur… mais pas avec les mêmes effets dans la vie !)

  

Lecture estivale #5 : et Madeleine, bien sûr

 

Je la cite ici ou là sur mon blogue ou sur les réseaux sociaux mais j’aime surtout la lire : je parle de Madeleine Delbrêl (1904-1964) dont le procès de béatification est en cours. Elle est pour moi une grande figure « inspirante », d’une actualité détonnante et pertinente.

 

Forcément, je ne pouvais qu’aller lire Madeleine Delbrêl, poète, assistante sociale et mystique, cette nouvelle biographie faite par les pères Gilles François et Bernard Pitaud, bien nécessaire après la première écrite par Christine de Boismarmin, une des équipières de Madeleine certes, mais rédigée voici trente ans.

 

Littéraire de formation et de goût, je ne suis pas une grande lectrice de biographies : j’ai tendance à préférer me plonger dans les écrits mêmes de la personne. C’est a fortiori le cas pour Madeleine à la plume si agile (ça pourrait être son épithète homérique !) : ses écrits et ses poèmes sont forts, denses et profonds. Je n’ai que 3 volumes de ses Œuvres complètes toujours en cours de publication mais je vais souvent piocher dedans tant Madeleine a une vision profondément christocentrique de la vie. Et ça, c’est essentiel pour nous chrétiens : tant pour comprendre sa vie et son œuvre que pour nous en inspirer. Rien n’a de sens dans la vie de Madeleine sans le Christ et sans l’Évangile : cela ne devrait-il pas être le cas pour chaque chrétien ?

 

Toutefois, même si je ne peux donc cacher ma préférence pour ses propres écrits, cette biographie a l’immense mérite de me faire découvrir toute une période de notre histoire ecclésiale que je connais assez mal : les années 1930/40/50 en particulier. Avec la fameuse « crise » des prêtres ouvriers et, en même temps, l’immense désir missionnaire qui animait une partie de la France – l’a-t-on encore ? –, le marxisme omniprésent et le concile de Vatican ii en préparation : cela permet de mieux comprendre le monde dans lequel Madeleine a évolué, ainsi que sa pensée. Du coup, on conçoit mieux les différences mais aussi les points de convergence que la vie de Madeleine peut avoir avec notre propre monde et ce qui l’anime présentement. Personnellement, je reste marquée, comme toujours, par sa présence chrétienne réelle au sein d’une mairie marxiste : belle voie à suivre quand on est professeur dans l’enseignement public et dans un pays touché par ce qu’on nomme à grands cris la « sécularisation » ?

 


 

P.S. : il y aura un colloque pour le cinquantenaire de sa mort à la Catho de Paris en octobre. Plus d’infos par là >>

 

mercredi, août 20 2014

Lectures estivales #4 : sur les fins ?

 

Au gré de l’été, deux autres romans que j’ai littéralement dévorés.

 

Émile Ajar / Romain Gary, L’Angoisse du roi Salomon

 

C’est la même grossièreté apparente, c’est la même tendresse omniprésente que dans La Vie devant soi : le même altruisme, la même sensibilité à fleur de peau, le même amour de l’humanité qui  n’ose se dire que caché sous des mots dépravés. Cette fois, ce n’est pas dans le monde de la prostitution : c’est sur la vieillesse et, par là même, tout simplement sur la vie.

 

            C’est trop peu de dire que j’aime car on sourit plus qu’un peu, ne serait-ce que sur le grandiose passage sur la Connerie : 

 

« Moi, quand je suis en présence d'un con, d'un vrai, c'est l'émotion et le respect parce qu'enfin on tient l'explication et on sait pourquoi. Chuck dit que si je suis tellement ému devant la Connerie, c'est parce que je suis saisi par le sentiment révérenciel de sacré et d'infini. Il dit que je suis étreint par le sentiment d'éternité et il m'a même cité un vers de Victor Hugo, oui, je viens dans ce temple adorer l'Eternel. Chuck dit qu'il n'y a pas une seule thèse sur la Connerie à la Sorbonne et que cela explique le déclin de la pensée en Occident. »

qui pourrait paraître si grossier, si contre l’humanité. Mais, en réalité, souvent, le cœur nous étreint tant l’Amour paraît souvent sous l’amour dont on découvre les fils au long du livre. De la découverte de SOS bénévoles aux histoires sordides se cache ce regard si spécial signé « Ajar » qui nous donne envie de le porter à notre tour sur l’humanité… peut-être tout de même en moins désabusé.

 

 

Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard

 

 

 

Mis au programme de l’agrégation 2015 dans la question de littérature comparée intitulée « romans de la fin d’un monde », c’en serait un excellent résumé.

 

Le pitch en quelques mots : la Sicile, la chaleur, la révolution, la noblesse dégradée, la bourgeoisie gagnant en puissance, l’impuissance d’un « guépard » pourtant lucide. C’est du tout bon, malgré une première partie moins originale : à lire !

 

 

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