Zabou the terrible

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En argot, en poésie, en vie ?


En Argot

les hommes appellent les oreilles

des feuilles

c'est dire comme ils sentent que

les arbres connaissent la musique

Mais la langue verte des arbres

est un argot bien plus ancien

Qui peut savoir ce qu'ils disent

lorsqu'ils parlent des humains. 


Les arbres parlent arbre

comme les enfants parlent enfant 


Quand un enfant

de femme et d'homme

adresse la parole à un arbre

l'arbre répond

l'enfant entend

Plus tard

l'enfant parle arboriculture

avec ses maîtres et ses parents

Il n'entend plus la voix des arbres

il n'entend plus 

leur chanson dans le vent

Pourtant

parfois une petite fille

pousse un cri de détresse

dans un square

de ciment armé

d'herbe morne

et de terre souillée. 


Est-ce... oh... est-ce 

la tristesse d'être abandonnée

qui me fait crier au secours

ou la crainte que vous m'oubliiez 

arbres de ma jeunesse

ma jeunesse pour de vrai


Dans l'oasis du souvenir

une source vient de jaillir

Est-ce pour me faire pleurer

J'étais si heureuse dans la foule

la foule verte de la forêt 

avec la peur de me perdre 

et la crainte de me retrouver 


N'oubliez pas votre petite amie

arbres de ma forêt. 


in Jacques Prévert, "En argot...", dans Arbres, 1968. 


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