Zabou the terrible

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La petite voie/voix vulnérable des blogs

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C’était un nom de la blogosphère catholique à l’heure où celle-ci était florissante qui est retourné vers le Père : Jean-Christophe Mache (du blog : https://perejice.wordpress.com/) . Une autre blogueuse normande de jadis partageait il y a peu un témoignage émouvant sur JC et confiait qu’elle était allée relire ses billets de blog. C’est ce que je me suis également employée à faire en ce jour des fidèles défunts : j’ai souri plus souvent qu’à mon tour, avec une profonde tendresse, à la lecture de tous ces « clins-Dieu » qu’il partageait, avec une grande simplicité. 

 

Une belle manière de faire mémoire mais aussi une occasion plus large de se demander ce qu’est la blogosphère catholique devenue ? 

 

« Tout fout l’camp » / « c’était mieux avant ? » / « les jeunes, ils sont toujours sur leurs réseaux ma pauv’dame ! » ? 

 

Tel n’est évidemment pas le cœur de mon propos : il est clair qu’il faudrait parler des évolutions du web avec la place prépondérante prise par d’autres réseaux, la place de l’image ou du texte court versus celle de l’écrit long, ou encore du rythme toujours plus effréné de notre société hyper-connectée où il semble parfois difficile de voler le temps nécessaire à la gratuité (tiens ça, ce serait aussi un bon thème de réflexion). À vrai dire, je voulais surtout parler du fond : même les blogueurs restés présents ont quasiment tous fait évoluer leur billets, dans le même temps où ils se raréfiaient. Aujourd'hui, rares sont les blogs, rares sont les billets et ils sont devenus plus longs et construits, moins "spontanés". 

 

Pourtant, sans nostalgie, je me suis redit en relisant JC à quel point ces blogs étaient porteurs d’une voix et donc sans doute d’une voie singulière, nous invitant à prêter attention à l’équilibre de ce qui se dit du côté catholique sur la toile. 

 

Il me semble qu’avant l’heure des influenceurs qui s’y connaissent en comm’ et sont performants ès followers ou encore des témoignages éclatants dont nos veillées sont friandes, les blogueurs osaient partager un petit rayon de vie, et rien d’autre. Ils risquaient un texte écrit en « je », rarement triomphant ou écrit en une seule teinte, souvent un partage de trois fois rien mais porteur des inflexions sises au cœur de leur propre vie. De l’encre numérique qui s’efforçait de témoigner du seul Inouï à travers les creux et les bosses d’une vie.

 

Or, je sais moi-même que je n’écrirais pas forcément aujourd’hui de la même manière sur internet qu’à cette époque d’or des blogs cathos©️ : non parce que j’ai changé, encore moins parce que l’Église me surveillerait (!!!), mais parce que le net, y compris chrétien, est devenu plus violent et péremptoire. Quand on partage à l’occasion d’un bout de vie des incertitudes, des hypothèses, des lieux douloureux de sa propre existence, des endroits entre gris clair et gris foncé, il ne s’agit pas forcément de s’entendre répliquer en face un « ceci n’est pas chrétien » qui serait théologiquement définitif (c’est valable sur les réseaux sociaux, aussi !). Le pire est, qu’aujourd’hui, j’ai quelques années d’études de plus dans les pattes, tant théologiques que profanes, des concepts que je sais manier au besoin,  mais que je sais que la vie de foi se charge tout de même bien souvent de nous rappeler qu’elle se déploie avant tout au sein d’une existence concrète. 

 

Et pourtant, s’il fallait encore oser le faire ? 

S’il fallait résolument, encore et toujours, oser rester simples, joyeux et vulnérables dans les textes écrits en guise de tranches de vie partagées ? 

Et si cette voix des blogs – sans doute à faire résonner ailleurs ou sous d’autres modalités plus actuelles – était un utile rappel que nos témoignages ne peuvent jamais faire l’économie de l’incarnation très matérielle, et qu’il faut chercher souvent le Très-Haut du côté du Très-bas cher à Christian Bobin ? 

 

Et si JC et son blog, à l’occasion de son départ, nous rappelaient que, comme chrétiens, c’est l’humanité que nous avons à faire fleurir sur la toile où nous sommes connectés ? 

J’ose l’écouter ainsi, et peut-être que vous aussi, afin qu'à travers "ombres et lumières", tous nous soyons conduits "au jour qui ne finit pas" qui éclaire déjà le visage de JC. 

Commentaires

1. Le vendredi, novembre 3 2023, 08:18 par Lemessin

Merci pour cette lecture si juste… j’y songe toujours pour ma part. Reste à trouver le temps

2. Le vendredi, novembre 3 2023, 08:45 par Anne-Claire

Merci Zabou. D'être toujours là.
Si JC surveille ses stats de là-haut, il doit bien se marrer à voir tous ces visiteurs inattendus sur son blog :-)

3. Le vendredi, novembre 3 2023, 10:40 par Vieil Imbécile

Hihihi, ça faisait longtemps que je n’avais pas rempli un formulaire de commentaires… les vieux d’hier sont devenus les très vieux d’aujourd’hui et aiment relire ces tranches de vies désuètes mais si belles.

4. Le lundi, novembre 6 2023, 08:56 par Chantal

Merci Zabou pour ce billet tellement juste. Je reste résolument attachée aux blogs , c’est sûrement lié à mon âge et parce que j’ai du temps. Mais quelle richesse, quels lieux de méditation, réflexion, source de joie simple, de questionnement, de partage tout simplement…une pause dans l’immédiateté et la trop grande réactivité des réseaux sociaux.
Bonne reprise.

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