En plus ce matin-là, comme toujours depuis quelques matinées, le froid sévit dans notre belle région. Les trains pour Paris sont limités et les horaires ne manquent jamais d’être retardés : chouette !

 

Malgré tout, ce matin, j’étais de sacrée bonne humeur. Sourire aux lèvres, j’attendais depuis quinze minutes mon train en ne râlant même pas (ô exploit ?) quand celui-ci, le Pape, arriva.

 

Souriante… comme toujours le plus souvent. Parce que, si la Béatitude niaiseuse n’est pas mon truc, les Béatitudes, elles si roboratives, le sont ; parce que sourire n’est pas trahir cette vie que l’on remarque trop souvent si disgracieuse,  parce que c’est, au contraire, sourire car l’on connaît ses travers, ses faiblesses, ses coins sombres ! Sourire parce qu’on en est revenu (un peu), sourire parce que l’on est encore capable de s’émerveiller. Sourire parce qu’elle est belle, cette vie, quand même… Sourire parce que l’on se sent un peu niais de le penser tout en sachant tout cela si vrai.  

 

Souriante, donc, je montai dans le train et m’installai à l’étage supérieur, dégainant mon iphone. Alors que je lançais mon courrier électronique, une dame emmitouflée, venant de courir si je m’en tenais à son souffle se planta en face de moi et s’assit. Je lui souris. En général, la réaction des gens à la cordialité d’un sourire est la peur ou un regard bizarre façon « Qu’est-ce qu’elle me veut ? ». Cette fois, la réaction fut quasi maternelle : « Alors… ? On a eu son cadeau de Noël en avance ? Un bel iphone tout neuf et ça fait sourire ? »

- Il est neuf, certes mais…

- Ah, ça se voit à votre tête bienheureuse. Les cadeaux de Noël en avance…

- Mais enfin madame, je ne souris pas pour cela !

- Ah… ? Bon.. ?

 

Je la laissais interloquée, souriant de plus belle (il faut dire que ma collègue sacristine m’avait envoyé un mail hilarant). Après la consultation de mes mails, souriant toujours, je sortis ETVDES de mon sac à dos et me mis à lire. Avec le sourire, encore. Je me sentais surveillée, ce qui me donnait évidemment une hilarité intérieure encore plus grande, se prêtant peu à ma lecture.

 

Le coup de grâce fut porté quand, un peu avant le terminus, elle se leva et que j’arborai mon plus beau sourire pour lui dire : « Au revoir madame ». Elle sembla désemparée malgré l’absence complète d’ironie de ma phrase.

 

Mais, en descendant dans les profondeurs du métro, je me suis tout de même demandé, un peu triste, si sa réaction était normale. Joie et possession matérielle, sont-ce des mots qui vont si bien ensemble pour les associer si rapidement ? La rime sonne bien mal…

 

Pourquoi un croyant, et même plus largement un vivant, qui se lève le matin, aurait-il besoin d’autre raison que la vie qui lui est donnée pour se réjouir ? Bien naïvement, sans doute, je crois que dans un monde où la joie semble terrée par peur, elle n’attend que de jaillir. Et gratuitement encore.

 

Iphone ou pas iphone, un monde se transfigure si l’on ose, un peu, rien qu'un peu, écarter la commissure de ses lèvres vers l’extérieur. Même par grand froid !